L'heure de grande écoute

Chercher Leloup c’est chercher quoi, au fond?

Jean Leloup, artiste adoré et maître de la disparition, semble s’être éclipsé pour de bon. Élodie Gagnon enquête pour le retrouver avec Émilie Perreault, Christophe Chat-verre, Nadia Murray et Catherine Dorion. Mais pose-t-on la bonne question?

· Animation : Julien Morissette
· Invitée, scénarisation et réalisation : Élodie Gagnon
· Collaboration : Christophe Chat-verre, Catherine Dorion, Nadia Murray et Émilie Perreault
· Production au contenu : Audrey Blackburn
· Indicatif musical : P’tit Belliveau
· Réalisation sonore, enregistrement, montage et mixage audio : Simon Coovi-Sirois
· Musique originale : Simon Coovi-Sirois et Alexis Elina
· Caméra et montage vidéo : Patrick Lozinski
· Recherche : Emmanuelle Gauvreau et Maude Petel-Légaré
· Script-édition : François DesRochers
· Cheffe de contenu pour Télé-Québec : Sophie Bélanger
· Coordination : Clara Gauthier-Morrison
· Communications : Louis-Philippe Roy
· Visuel : bureau60a
· Remerciements de l’épisode : Merci à toutes les personnes interviewées pour cet épisode. Et merci à Jean Leloup de nous l'avoir inspiré!
· Remerciements de la série : Steven Boivin, Clara Lagacé et Sophie Lacelle-Bastien de Transistor Média

L’heure de grande écoute est une série de Transistor Média, produite en collaboration avec Télé-Québec.

Ce projet a été rendu possible grâce au soutien financier du ministère de la Culture et des Communications du Québec et de la Ville de Gatineau (via l'Entente de développement culturel avec le gouvernement du Québec).
/
Transistor Média, basée à Gatineau (Québec), est un studio de création, de production et de diffusion d'œuvres audios. En plus de ses balados, l’organisme tient annuellement le Festival Transistor et le Kino-radio.

Site Web de Transistor : https://transistor.media
Pour découvrir le catalogue de balados : https://transistor.media/balados
Pour vous inscrire à l’infolettre mensuelle : https://bit.ly/infolettre-Transistor

Suivez Transistor Média
· Facebook : https://www.facebook.com/transistormedia
· Instagram : https://www.instagram.com/transistormedia/
· TikTok : https://www.tiktok.com/@transistor_media
· YouTube : https://www.youtube.com/@transistor_media

Suivez Télé-Québec
· Site Web : https://video.telequebec.tv/
· Facebook : https://www.facebook.com/TeleQc
· Instagram : https://www.instagram.com/telequebec/
· TikTok : https://www.tiktok.com/@teleqc
· YouTube : https://www.youtube.com/@Tele-Quebec

Qu'est-ce que L'heure de grande écoute ?

Découvrez les récits touchants et les anecdotes familiales qui témoignent de la créativité et de l’humanité de celles et ceux qui façonnent le Québec. Une plongée dans des histoires insoupçonnées, portées par des voix d’ici.

Pilotée par Julien Morissette, la série hebdomadaire donne la parole à celles et ceux qui façonnent la province au quotidien. Des créateurs·trices issu·e·s de tous les horizons se succèdent pour raconter des expériences qui résonnent bien au-delà de leur parcours personnel, révélant les forces invisibles qui tissent notre société.

· Animation et réalisation : Julien Morissette
· Production au contenu : Audrey Blackburn
· Indicatif musical : P’tit Belliveau
· Réalisation sonore, enregistrement, montage et mixage audio : Simon Coovi-Sirois
· Musique originale : Simon Coovi-Sirois et Alexis Elina
· Caméra et montage vidéo : Patrick Lozinski
· Recherche : Emmanuelle Gauvreau et Maude Petel-Légaré
· Script-édition : François DesRochers
· Cheffe de contenu pour Télé-Québec : Sophie Bélanger
· Coordination : Clara Gauthier-Morrison
· Communications : Louis-Philippe Roy
· Visuel : bureau60a
· Remerciements : Steven Boivin, Clara Lagacé, Marysol Foucault et Sophie Lacelle-Bastien de Transistor Média

L’heure de grande écoute est une série de Transistor Média, produite en collaboration avec Télé-Québec.

Ce projet a été rendu possible grâce au soutien financier du ministère de la Culture et des Communications du Québec et de la Ville de Gatineau (via l'Entente de développement culturel avec le gouvernement du Québec).
/
Transistor Média, basée à Gatineau (Québec), est un studio de création, de production et de diffusion d'œuvres audios. En plus de ses balados, l’organisme tient annuellement le Festival Transistor et le Kino-radio.

Site Web de Transistor : https://transistor.media
Pour découvrir le catalogue de balados : https://transistor.media/balados
Pour vous inscrire à l’infolettre mensuelle : https://bit.ly/infolettre-Transistor

Suivez Transistor Média
· Facebook : https://www.facebook.com/transistormedia
· Instagram : https://www.instagram.com/transistormedia/
· Tik Tok : https://www.tiktok.com/@transistor_media
· YouTube : https://www.youtube.com/@transistor_media

Suivez Télé-Québec
· Site Web : https://video.telequebec.tv/
· Facebook : https://www.facebook.com/TeleQc
· Instagram : https://www.instagram.com/telequebec/
· Tik Tok : https://www.tiktok.com/@teleqc
· YouTube : https://www.youtube.com/@Tele-Quebec

L’histoire de la musique et de la chanson
est encore trop peu documentée au Québec.

Si on parle d’une perspective de
recherche universitaire et même d’accès

aux archives,

il y a beaucoup de chemin à faire
encore.

C’est ce qui m’a toujours donné envie
de raconter l’histoire d’albums ou de

groupes mythiques

à travers des séries documentaires.

Mais il y a un artiste que je n’ai pas
réussi à asseoir en studio.

Un musicien dont je n’ai pas réussi à
obtenir l’accord pour lui

consacrer une série.

« Jean Leloup, ma baleine blanche. »

Les raisons qui m’ont été données par
son agente sont totalement légitimes.

Il ne voulait tout simplement pas que

d’autres personnes
que lui capitalisent sur

son image.

Quand on est une icône culturelle,

je sais pas à quel point on peut
contrôler ça.

Je dois avouer que ça m’a

challengé en tant que réalisateur.

Oui, je veux lui rendre hommage, parler
de sa discographie,

de son œuvre, mais est-ce que je le
fais

même s’il refuse ?

À travers mes recherches

pour comprendre la
place qu’il occupe dans la

culture populaire, il y a
un élément qui ressortait

toujours et qui ressort
encore en 2025.

Les gens veulent savoir où est Jean
Leloup.

C’est vrai que c’est un artiste qui
disparaît constamment,

sans crier gare et souvent pour de
longues périodes de temps

allant de quelques mois à plusieurs
années.

Aujourd’hui, avec la réalisatrice Élodie
Gagnon,

on va se pencher sur
la figure de Jean Leloup

et sur cette petite obsession de savoir
où se trouve le cow-boy

qui se balade avec
son étui de guitare.

Parce que là, justement, ça fait un
petit bout qu’on ne l’a pas vu.

Bienvenue à L’heure de grande écoute,

le balado qui vous fait entendre les
histoires vraies

et les personnages surprenants qui
façonnent le Québec.

L’épisode d’aujourd’hui, Où est Jean
Leloup ?

On accueille en studio Élodie Gagnon.
Salut Élodie.

Salut Julien.

On t’a mandaté pour cet épisode-là,
quand même une grosse mission,

nous retrouver Jean Leloup.

Rien de moins.

J’ai pensé à toi parce que tu as réalisé
l’excellente série « Pourquoi Julie ? »

Un balado dans lequel tu partais à la
recherche de Julie Masse,

icône des années 90, avec la journaliste
Émilie Perrault.

Je veux juste spécifier
un petit quelque chose

pour ceux qui n’ont
pas entendu la série.

Julie Masse n’est pas disparue.

On sait où elle est.

Elle est aux Bahamas
avec ses quatre enfants,

son chum Corey Hart.

Tout va bien.

C’est bon, c’est bien de le spécifier.

Parce que contrairement à Jean Leloup,

on le sait où elle est, Julie Masse.

Mais vous avez quand
même essayé de lui parler.

Oui, tout à fait.

Et ça n’avait pas été simple.

Émilie avait sondé beaucoup de
contacts, de gens autour d’elle pour

essayer de trouver le meilleur
chemin pour lui remettre une magnifique

lettre qu’elle lui avait écrite, dans
laquelle elle expliquait sa démarche

et surtout, évidemment, dans
laquelle elle lui demandait une entrevue.

Et pour les gens qui n’ont pas écouté la
série, qu’est-ce qu’elle vous a dit ?

En fait, on a eu une belle réponse, tout
à fait à l’image de Julie, très polie.

Mais dans laquelle elle déclinait
malheureusement à notre demande d’entrevue.

Ça fait partie des risques
du métier qu’on fait,

mais quand c’est l’objet principal de ta

quête, ce n’était pas une simple
invitée, c’était

au cœur de votre projet, c’est quand
même dur à encaisser.

Bien oui, mais je te dirais

que le pire dans tout ça, ce n’était

même pas ça. Et ça, je vais

te donner un scoop parce qu’on ne l’a
pas dit dans la série,

mais c’est que lorsqu’elle

nous a répondu qu’elle ne
voulait pas nous donner d’entrevue.

Elle a aussi ajouté qu’elle ne
voulait pas que le balado se fasse.

Oh, ça, je ne savais pas.

Est-ce que vous avez eu peur

de recevoir une mise
en demeure en lisant ça ?

Non, parce que c’était
à l’image de Julie.

C’était très « soft ».
C’était plus subjectif.

Bienveillant.

Ce n’était pas une menace, clairement.

Mais on a quand même
senti qu’on avait franchi

une limite qu’elle-même avait posée.

Ça nous a un petit peu ébranlés,

même remis en question, parce que, comme
tu le dis, c’était quand même l’objet

de notre balado.

Alors, c’est pour ça qu’avant de partir
pour retrouver Jean Leloup,

je voulais justement parler avec
Émilie, parce que ça

fait six ans que
« Pourquoi Julie ? » est sortie.

Donc, je voulais avoir un peu son
avis sur cette nouvelle quête-là, avec le

recul sur « Pourquoi Julie ? »

Mais aussi, Émilie, elle a, je pense,
interviewé à peu près tous les artistes

du Québec à son émission

« Il restera toujours la culture » à
Radio-Canada.

Et en plus,

la cerise sur le sundae,
c’est l’amoureuse

de Tire le coyote.

Je ne vole pas de punch,
tout le monde le sait.

Donc, en termes de personnalité connue,

elle se connaît.

Est-ce qu'on a le droit de partir
à la recherche de ces artistes-là

sous prétexte qu’on les aime,

qu’on a un lien d’attachement ?

C’est une bonne question.

Moi, je pense qu’ils
ne nous doivent rien.

Les artistes nous donnent déjà
beaucoup. Ils nous donnent accès à leur

psyché, à leur créativité. Ils nous
laissent des chansons qu’on peut réécouter.

Quand ils sont en spectacle,
on peut aller les voir.

Mais pour moi, le
contrat, il s’arrête là.

Ils nous doivent rien de plus.

Ils ont droit à leur vie privée.
Ils ont droit de changer d’idée,

de changer de carrière.

Je ne sais pas,
effectivement, si cette quête-là…

Si tu découvres l’endroit où il est...

Qu’est-ce que tu fais une
fois que tu as cette information-là ?

En même temps, il fut un temps où on se
demandait il était où Karim Ouellet.

Puis, on disait « ça fait longtemps
qu’on a entendu parler de Karim ».

Puis, ça passait.

Puis, c’est quand même triste de
penser que pendant quelques semaines,

il n'était plus là.

Puis, personne ne le savait.

Je pense qu’il ne faut pas trop
culpabiliser les gens qui se demandent

« il où est Jean-Leloup ? »

Il y a aussi une part
d’inquiétude là-dedans.

J’aime beaucoup la réponse d’Émilie
Perreault, parce que j’ai l’impression

de me refaire remettre à
ma place, un tout petit peu,

mais avec beaucoup de
bienveillance et de sensibilité.

Parce que bon, d’un côté, Émilie nous
dit que les artistes ont droit à leur vie

privée, même s’ils sont
dans la sphère publique.

Mais en même temps, l’exemple de
Karim Ouellet, que je ne voyais pas venir,

très honnêtement, ça m’a un peu
surpris et saisi quand elle a dit ça.

Le corps de Karim Ouellet a été retrouvé
quelques semaines après sa mort.

Et ça nous prouve

que des fois, on a peut-être raison

de s’inquiéter, je ne sais pas.

Oui, s’inquiéter, oui,

mais justement, Émilie nous dit

que ce n’est pas notre rôle de partir

à leur recherche.

Ça ne va pas légitimer à tout coup une
recherche.

Exact. Elle, ce qu’elle dit, c’est qu’on
ne devrait pas

être trop dur envers nous-mêmes

de s’inquiéter, de notre curiosité.

Parce que, tu sais, Jean Leloup,

on n’est certainement pas les seuls

à le chercher. On n’est
pas les seuls à l’aimer.

Non, je te le confirme. On n’est pas
les seuls à se demander « il est où ? »

Exact.

Comme il y avait quand même
plusieurs personnes qui cherchaient

Karim Ouellet, et
malgré tout, ça n’a pas empêché,

malheureusement, le triste
sort qui lui est arrivé.

Puis, Émilie l’a soulevé,
autre point important,

qu’est-ce qu’on ferait
avec cette information-là

si on pouvait localiser
exactement Jean Leloup ?

Moi, je ne voudrais pas, je pense,
troubler sa paix en dévoilant

ici, à L’heure de grande écoute,

qu'on peut voir Jean Leloup
du lundi au vendredi

au coin de telle rue,

où, je sais pas, il
gratte la guitare,

à tel parc, à tel moment.

Tu la garderais pour toi,
mais tu ferais quoi avec ?

Je ne sais pas...

J’aimerais ça que Jean Leloup sache

au moins qu’on a ce désir

de le voir et de l’entendre à nouveau.

Parce qu’en tant que public

on est très attaché à sa musique,

puis je pense que c’est
légitime de se poser la question

« Est-ce qu’il va revenir
un jour, Jean Leloup ? »

Parce que ça fait quelques
années déjà qu’il nous

a proposé un album, « L’étrange pays ».

Puis, je me souviens, au début

de cette année-ci, début
2025, dans une émission

culturelle à ICI
Radio-Canada première,

l’animatrice Rebecca
Makonnen émettait le souhait

d’entendre parler ou
d’avoir des nouvelles

de Jean Leloup en 2025, donc je pense

qu’on est quand même
une bonne gang de gens

à se demander « où
il est, Jean Leloup ? »

Je vais te raconter une petite anecdote
qui va peut-être t’aider dans ta réflexion.

Alors, quand j’étais petite, j’habitais
à l’île d’Orléans. Et puis, un jour,

j’étais avec mon père sur la rue.

Il y a un touriste qui nous arrête
et qui demande à mon père,

« Est-ce que vous savez
où habite Félix Leclerc ? »

À l'époque où il était vivant.
Félix a fini la fin de sa vie

et a habité une
longue partie de sa vie

à l’Île d’Orléans.

Et donc, mon père répond oui.

Je sais où il habite.

Le touriste, tout content, lui demande

« Pouvez-vous me donner son adresse ? »

Mon père répond... non.

Il n’a pas besoin d’être dérangé.

Il est chez lui. Il est bien.

Le touriste, tout énervé, dit

« Je ne veux pas le déranger.

Je veux juste aller le rencontrer

pour lui dire à quel
point j’aime ce qu’il fait. »

Ton père est-ce qu'il lui a
donné l’adresse, finalement ?

Non. Jamais. Jamais.

Le touriste est reparti frustrer.

Sauf que ça m’a appris très petit

qu’il y avait une distinction très
claire entre la vie privée

et la vie publique.

Et que c’est pas parce
que t’es connu que t’as pas

le droit d’avoir quand même une vie

intime, une vie personnelle.

Vraiment.

Puis tu vois, moi je pense que ça nous

amène à reconsidérer

la question de base.

Parce que je pense qu’on se
pose pas la bonne question.

Ce n’est pas « où est Jean
Leloup » qu’on devrait se poser,

c’est « pourquoi on le cherche » ?

Tu as vraiment raison.

Ça, je te l’accorde. Mais moi, je
te reviens avec une autre question.

Donc, elle vient d’où
cette obsession-là,

à ton avis, à chercher ou à
vouloir retrouver des vedettes

qui s’éloignent de
la sphère publique ?

C’est une bonne question, puis je pense
que la meilleure personne,

encore une fois, pour y répondre,

c’est Émilie Perreault, parce
qu’elle, elle a écrit un livre

« Faire œuvre utile ».

Oui, qui est devenue une série aussi.

Exactement, qui justement
met en contact des gens

qui ont été hyper touchés par une œuvre

avec l’artiste qui l’a créée.

Donc, voici ce qu’elle avait à dire sur
la question.

Il y a quelque chose d’intime dans la
création.

Donc, souvent, quand
on écoute une chanson

d’un artiste qu’on aime,
ce qui fait qu’on va « bonder »,

si je peux utiliser l’expression.

C’est qu’on a l’impression
que tout à coup,

il y a quelqu’un qui nous comprend.

On n’est pas tout seul.

Ah, il y a quelqu’un
qui a mis des mots

sur ce que je suis
en train de vivre.

Donc, c’est sûr qu’il y a une connexion

qui se crée à ce moment-là.

Puis là, ça peut nous donner
l’impression

qu’on est proche de cette personne-là.

J’ai l’impression que ce que dit Émilie,

de manière générale,
s'applique encore plus

dans le cas de Jean Leloup.

Je ne sais pas si tu
es d’accord, mais…

Pourquoi ?

Parce que pendant longtemps,
il a été tellement accessible.

Tout le monde le croisait à Montréal,
dans des cafés.

On le voyait à Québec aussi.

J’ai entendu des anecdotes de gens

qui se sont retrouvés dans des partys
avec lui à jouer de la guitare,

à presque devenir collaborateurs avec lui
juste comme ça parce qu’ils l’ont croisé.

Ça, c’est ce que le photographe
Christophe Chat-verre

appelle l’aura
amicale de Jean Leloup.

C’est d’ailleurs ce qui l’avait le plus
marqué la première fois qu’il l’a rencontré.

Donc, je te raconte
vite, vite sa rencontre

avec Jean parce que
c’est assez démonstratif.

Alors, Christophe, à l’époque, on parle
du début des années 90,

il est étudiant à Montpellier.

Il revient d’une soirée où il est allé de
jammer avec un ami.

Donc, il a sa basse sur l’épaule.

Il traverse la place publique et là, il
voit deux gars, Jean Leloup

et son comparse d’alors, Michel Dagenais.

Un excellent guitariste québécois.

Tout à fait. Et Jean interpelle
Christophe en disant « Hey, t’as une

basse, tu fais de la musique ? »

Et là, ils se mettent à parler.
Christophe les invite chez lui

et à partir de ce
moment-là, ils deviennent

des potes inséparables. Puis, quelques
jours après, ils vont même partir à

Barcelone pour aller recruter

des membres du groupe qui s’appellera
« Jean Leloup et La sale affaire ».

C'est l’anecdote la plus

Jean Leloup de toutes les anecdotes.
Ça me surprend vraiment pas,

Puis, ça démontre à quel point,

des rencontres comme ça, ça
peut changer la trajectoire d’une vie.

Bien oui, parce que... écoute Christophe
n’était pas photographe à l’époque.

C’est grâce à Jean Leloup qu’il est
devenu un photographe professionnel.

Ça, je ne savais pas.

Non, ben écoute, très simple, je te
raconte l’anecdote.

C’est qu’en fait, Christophe,
je t’ai dit qu’il jouait de la basse.

Quand Jean Leloup a vu sa basse, il lui a
demandé qu’il lui fasse quelques morceaux.

Et très vite, les deux se
sont rendu compte que

Christophe n’était pas
au niveau de Jean Leloup.

Pauvre Christophe !

Ben oui. Oui, mais quand même.

Christophe l’a aidé à trouver les
autres membres du groupe qui, eux,

étaient à la hauteur de Jean Leloup.

Sauf qu’un jour, Jean Leloup était chez
Christophe et il a vu un appareil photo

sur la table de Christophe.

Il a pointé l’appareil et il lui a dit
« Prends des photos, ça va servir ».

Et c’est comme ça que Christophe est
devenu le photographe attitré du groupe.

C’est un des dons de Jean Leloup de
voir le talent chez d’autres personnes.

On peut le voir comme ça.

Oui, et évidemment, tu as déjà vu les
pochettes de « L’amour et sans pitié ».

Oui, puis « Le Dôme ». Oui,
l’iconique photo de Jean Leloup.

Complètement.

Ce sont des photos que Christophe,
justement, a prises.

Je pense que tu l’as bien dit, mais Jean
Leloup, c’est un de ses pouvoirs.

C’est qu’il est vraiment capable de
réunir n’importe qui pour créer,

mais aussi, surtout, de convaincre
les gens de partir à l’aventure avec lui.

Puis, avec l’aura amicale qu’il dégage,
il est capable de rassembler des gens et

de faire collaborer du
monde. Il y a plein de

personnes talentueuses qui se
retrouvent, qui se greffent à ses projets.

Oui, sauf que, des
fois, ça vient avec

pas mal de pression
comme l’explique Christophe.

Donc « Le Dôme », en fait... je sais pas

combien de musiciens ont
participé, mais peut-être il y a

40 musiciens ou 50 ou 60 musiciens
qui ont participé au « Dôme ».

Donc, imagine entre ceux qui ont participé
directement plus les amis de ces gens-là.

Dans le milieu musical,

entre 92 et 95,

déjà, il y avait cette fascination

d'expériences possibles. Et déjà dans
le milieu musical, c’est... ça se répand.

Tu sais, Jean Leloup
devient comme un...

quelque chose de possible, un initiateur
éventuel ou quelqu’un qui accepte

d’accueillir des gens
dans ses projets.

Et ensuite, les gens qui écrivaient
éventuellement des paroles aussi.

Donc ce n'est pas des musiciens,
et qui se rapprochaient.

Après, t’as des gens qui
faisaient de la vidéo et souvent,

Jean entamait des discussions
et les gens étaient tellement

demandeurs que Jean
il savait pas dire non.

Donc, il disait parfois

« Ouais peut-être, ah ouais ça serait cool
si on faisait ça un jour », par exemple.

Donc, après, ça restait suspendu
dans la tête de pas mal de personnes.

Et après, il y a beaucoup de monde aussi
qui espérait…

Je parle du milieu artistique qui
voulait faire des choses avec lui

parce qu’il savait qu’en même temps, il
y avait une ouverture

et qu’il faisait plein de choses.

De tous les artistes québécois,
honnêtement, dans les musiciens,

j’ai l’impression que c’est
probablement la personne

qui a collaboré avec le plus de
gens de plein d’horizons différents,

de styles musicaux,
de pays différents aussi.

Il a collaboré avec plein
de gens d’un peu partout.

Moi, je rajouterais de
générations différentes

parce que tu me racontais
qu’il y a plusieurs jeunes artistes

que tu as rencontrés
dont c’était l’idole.

Exactement.

Tu sais, quand je faisais…

J’ai fait une série sur Daniel Bélanger

et l’importance de
l’album « Rêver mieux ».

J’ai eu des témoignages
vraiment inspirés

de la part d’Hubert Lenoir,

qui a vu Jean Leloup au
Colisée Pepsi à Québec,

et ça a vraiment changé sa perception

de ce qu’une vedette
ou une figure mainstream

pouvait représenter dans une culture

comme celle du Québec.

Klô Pelgag qui a
témoigné de son rapport,

de la sensibilité de Jean Leloup

aux questions de santé mentale.

Des artistes comme Philippe Brach,

Dumas, qui ont vraiment,

vraiment été influencés
directement par Jean Leloup.

Donc, ça touche beaucoup de gens de
beaucoup de générations.

Tu vois, c’est drôle parce que
Christophe parle de lui comme un peu

d’un chaman. Je sais que le terme

est un peu fort, mais un chaman

parce qu’il a cette vision très ouverte

sur le monde, qui a probablement été

façonnée, entre autres,
par son enfance au Togo

et son adolescence en Algérie.

Mais tu vas voir, il l'explique bien
pourquoi il prend pour un chaman.

Il est un peu un chaman du monde

urbain, de Montréal aussi,
je pense, inconsciemment.

Et parfois, les gens
aussi sont attirés vers ça,

en fait, vers cette énergie.

C’est-à-dire qu’au départ, c’est
un chanteur qui a du succès,

c’est le jeune premier qui
va vers la gloire, mais en fait,

lui, il prend des chemins de traverse,
c’est l’instinct.

Il y a une espèce d’instinct.
Et en fait, quand il est sur un

plateau télé et qu’on commence
à lui poser des questions

trop sérieuses, puis là, tout d’un coup,
il part complètement

sur un délire. Et je crois que ça
aussi, ça fait qu’il fascine beaucoup.

Et qu’il attire et que les
gens veulent en savoir plus.

Tu sais, la fascination
qu’on a pour un artiste,

c’est certain que ça
crée son statut de vedette.

Je pense que ça répond à la question
que tu posais tout à l’heure Élodie.

« Pourquoi on le cherche, Jean
Leloup ? »

Honnêtement, je
pense que j’ai trouvé

peut-être une piste de réponse. Je
ne sais pas si tu vas être d’accord,

mais...
Je t'écoute.

L’unicité de Jean Leloup, je
pense qu’au Québec, on pourrait dire

qu’il n’y a personne qui se rapproche

de ce qu’il représente.

Moi, j’irais plus loin. Je dirais,
je pense que dans le monde,

il est unique, Jean Leloup.

Il y a peut-être Bob Dylan, je ne sais
pas si tu es d’accord,

mais qui pourrait

peut-être s’en rapprocher.

Pourquoi ? Qu’est-ce
qu’ils partagent, tu trouves ?

Bien, je ne sais pas, c’est comme deux

conteurs qui arrivent à nous accrocher

avec des histoires
tellement bien ficelées.

Un peu comme dans le
film très librement inspiré

de la vie de Dylan, « I'm Not There ».

J’ai l’impression que Jean Leloup,

lui aussi, il a eu
plusieurs vies, puis c’est

ce qui fait qu’il y a autant
d’histoires à raconter.

Oui, et autant d’histoires à raconter,
mais autant de personnages à incarner

aussi, surtout.

Moi, l’authenticité de Jean Leloup,
je la vois pas tant dans sa capacité à

confier ce que lui vit.

Mais plutôt à dire dans ses
chansons ce que l’humain peut vivre.

Moi, je dirais ça comme ça. Je trouve
que son côté authentique, c’est d’être

capable de s’imprégner

de tous ces états d’âme,
d’esprit qu’un individu peut avoir

sans que ce soit nécessairement les

siennes à ce moment-là. Je
le trouve un peu caméléon.

Des fois, quand il joue, mettons le rôle
de quelqu’un comme dans « L’antiquaire »,

qui est un vandale, on a
l’impression vraiment,

dans sa manière d’interpréter,
qu’il va voler quelque chose.

Quand il va interpréter sur

« Paradis City » les
bateaux, la voix dans la

cabine téléphonique, on a
vraiment l’impression que

c'est lui le criminel qui
essaie de renouer les ponts

avec la personne à qui il s’adresse.

Fait que l’authenticité, je pense pas que
c’est juste le fait de se confier soit.

C'est aussi d’être capable
d’incarner l’authenticité

des sentiments, des
émotions de ce que peut vivre

finalement n’importe quel être
humain. Moi, je le vois comme ça.

Celle qu'on vient
d'entendre, tu la connais.

Oui !

C’est Nadia Murray.
Oui, celle qui a écrit le

livre « Le principe de
la mygale » aux éditions L'instant même.

Puis ça, pour les fans,
les fans de Jean Leloup,

c’est vraiment un livre à lire

parce que ça décortique

de manière tellement intelligente

son œuvre. Puis moi, c’est vraiment

en parlant avec elle

que ça m’a fait comprendre
en fait toute la fascination

qu’on entretient pour Jean Leloup.

Parce que, tu sais, on parle souvent du
personnage

excentrique,

bon, assez spécial,

différent, mais on oublie

des fois que c’est vraiment un formidable
esprit créatif d’abord et avant tout.

Comme il s’est refait un peu d’un album à
l’autre, c’est hyper diversifié, tu sais.

C’est une espèce d’insaisissable,
c’est tellement difficile de le

cadrer dans un seul imaginaire.

Des fois, c’est ça qui arrive aussi avec
la chanson populaire, quand on écoute un

artiste, il est très bon.

Mais d’un texte à l’autre, il va nous
ramener souvent le même genre

d’imaginaire, un peu le même style.

Chez Leloup, d’un album à
l’autre, c’est vraiment très différent.

Quand par exemple, il est arrivé

avec « Paradis City », quand il amène
cette idée-là de mettre dans la musique

des sections de cordes,

des violons, violoncelles et
autres, puis qu’il va faire la chanson

entre autres « Le Roi se meurt »,

on est proche de quelque chose
de très classique. Puis en plus,

le propos de la chanson, c’est aussi

le titre d’une pièce d’Eugène Ionesco,
une pièce absurde.

Puis en même temps, je pourrais prendre
une chanson

sur les fourmis, où là,

on est dans un
univers hyper décadent.

Bertha, c’est l’incarnation,
elle est très gargantuesque

elle est haute, elle
mange énormément,

ça fait sourire. Fait qu’il
y a beaucoup de fables,

de personnages animaux chez Leloup.

Des fois, il va nous parler de ces
personnages un peu

marginaux, comme Cookie
dans « L’amour est sans pitié ».

Fait que résumer

Leloup à quelques thématiques,
c’est à peu près impossible.

C’est tellement riche, c’est fou.

J’aime ça quand Nadia parle
des univers de Jean Leloup,

parce que c’est vrai que les artistes,
parfois, se limitent à un univers

ou à des thèmes très connexes,

mais Jean Leloup, chaque fois qu’il sort
un nouvel album, un nouveau projet,

c’est un univers en soi,
une nouvelle proposition.

Oui, puis à chaque fois, c’est
complètement différent.

Puis, c’est ce que Nadia me disait, qu’elle,
c’est ce qu’elle préfère chez Leloup.

Tu sais que Nadia a jamais
rencontré Jean Leloup ?

Vraiment ? Vraiment. Je savais pas.

Non, puis justement, je lui ai demandé
qu’est-ce qu’elle pensait de notre

quête de le retrouver.

J’aimerais pas qu’on le trouve... parce
que je… il me semble que c’est tellement...

ce qu’il y a de plus
beau dans cet artiste-là.

Puis à la rigueur,
je blaguais, je disais

qu’en décortiquant un
peu la pochette du dernier

album « L’étrange pays »,
puis en regardant les textes,

pour moi, il y avait suffisamment
de signaux qui laissaient penser

voici mon dernier album.

Mais s'il y a un album
qui sort l’année prochaine

génial.

Génial, je me serais trompé.
Puis, ça va juste me dire

« ben voilà, tu t’es encore
fait avoir ma grande ».

Puis, il y a cette idée-là aussi
de berner un peu tout le monde.

Se faire berner par Jean Leloup.
On dirait que j’aime ça comme

idée parce que... on s’entend
que lui il aime ça jouer avec nous

en tant que public. Oui,
mais en même temps s'il y a

une chose que Jean Leloup
ne me semble pas être,

c’est calculateur. Ah c’est vrai, il
n’est pas malicieux. Non, puis c’est pas,

je ne l'imagine pas en train
d’élaborer des stratégies

pour berner son public.
Moi, en fait, Jean,

je trouve que c’est même
complètement l’inverse de ça.

Pour moi, Jean, il
incarne la liberté.

La liberté, c’est être
sans contraintes.

Évidemment, c’est un
idéal qui n’est jamais atteint,

parce qu’il y a toujours
des contraintes.

Il faut manger, il faut
s’occuper de ses enfants,

on a diverses contraintes
qu’on accepte, qu’on accueille.

Puis là, bon, les philosophes disent la
liberté c’est choisir ses contraintes, OK.

Mais... on est élevés
d’une telle façon que...

On ne les choisit plus tellement
les contraintes parce que...

ils deviennent comme
une part de nous-mêmes,

ils deviennent naturels,
c’est ça être formaté,

tu sais, c’est comme on
prend une forme qui n’est

pas la nôtre, qui n’est pas tout à fait,
en majorité, pas faite par nous-mêmes.

Fait que, juste commencer à se poser la
question,

est-ce bien la forme dans laquelle moi
je me sens bien ?

Est-ce bien une forme que je valorise,
qui a du sens pour moi ?

Juste commencer à se
poser la question, puis dire,

hum, pas tout à fait, à tel et tel
moment et tout, ou vraiment pas.

Puis, commencer à essayer de
regagner du territoire sur le formatage.

Pour moi, ça, c’est tendre vers la
liberté.

Pour moi, c’est quelque chose qui se
fait depuis toujours,

puis c’est effectivement une valeur
fondamentale.

C’est une des choses principales qui me
guide dans ma vie,

qui me donne un sens, qui fait que je ne
suis pas complètement

perdue sans boussole au milieu de
l’océan,

sans trop savoir qu’est-ce que je fais.

C’était bien Catherine Dorion, ça.

Oui, écoute, je voulais tellement
l’interviewer

pour qu’elle nous parle de ce
concept-là.

Parce que, pour moi, s’il y a une
personne

qui a vraiment incarné la liberté dans
les dernières années,

c’est elle quand elle
a quitté la politique

pour justement regagner
sa liberté artistique.

Alors, je l’ai attrapée, je
l’ai contactée en fait, elle est

en résidence d’artiste en
Slovénie, mais elle m’a accordé…

Est-ce qu’elle cherchait Jean Leloup ou
non ?

Elle ne cherchait pas
Jean Leloup, mais j’ai

découvert que c’est une
fan finie de Jean Leloup.

J’aime Jean Leloup
parce qu’il est un peu fou.

Bien, il est fou.

Je ne sais pas si c’est
« politiquement correct » de dire ça,

mais sa façon d’être

et d’être à l’extérieur,

en tout cas, comme il est à l’intérieur,

probablement qu’il essaye, malgré tout,

de ressembler un peu
plus à un gars normal,

ce qui est difficile pour lui,

mais on sent sa différence,

on sent sa folie, carrément.

Puis, je trouve que c’est un signe de…

C’est quelque chose qui
peut guérir dans une société

très conformiste,

où tout le monde est pareil, où en fait,
tout le monde

est très, très, très différent à
l’intérieur.

Moi, je dis souvent, vu de près, tout le
monde est

fou, tu sais, mais que...

on se fait violence, chacun d’entre nous,

pour correspondre à quelque chose

qui soit rien.

Le conformisme, c’est un lissage

complet pour pas
apparaître, pour pas

se faire remarquer,
pour pas être victime de...

du conformisme

qui peut être aussi intense et violent
que n’importe quel autre « isme ».

Quand on voit quelqu’un
comme Jean Leloup

qui est soit totalement
fidèle à sa folie intérieure,

soit incapable de le cacher, c’est une
bouffée d’air pour tout le monde.

C’est une « Ah ! On a le
droit d’être comme ça ! »

Dans ses textes, on sent la même folie,
dans sa façon de chanter,

sa façon d’être sur scène, sa façon
d’être en entrevue.

On sent qu’il y a soit une irrévérence

complète pour la tentative

d’être normale ou une incapacité

de l’être qui, vraiment,

pour moi, c’est un effet guérisseur,
complètement.

Ça donne une bouffée d’air à la personne

qui se promène dans le monde en disant

« Je me sens étrangère à ce monde »

ou « Je me sens étranger à ce monde ».
On est nombreux à se sentir

comme ça par moments ou tout le temps.

Ça fait que…

C’est ça... c'est pour ça que je l’aime.

Jean le guérisseur, ça, c’est
une image que j’aime beaucoup

parce que de penser qu’il
pourrait, en tant qu’artiste,

nous aider collectivement à
assumer qui nous sommes,

un genre d’objecteur de conscience
face au dictat de la société.

Bien, un peu ce que
Catherine, d’ailleurs, a essayé

de faire lorsqu’elle était
députée à Québec solidaire.

Tellement.

Entre 2018 et 2022. Puis, c’est
d’ailleurs cette expérience-là

qu’elle raconte dans son
livre « Les Têtes brûlées ».

Oui.

Puis, tu sais, c’est un rôle super
important d’être objecteur de conscience.

Qui est noble,
mais ça peut être ingrat.

Complètement. Puis des
fois, même, ça peut se faire

au détriment de la créativité.

Une des raisons principales, je m’en suis
rendu compte après,

mais une des raisons
principales qui ont fait que j’ai dit

« ah je veux plus être là »,

c’est que j’étais plus capable d’écrire un
texte que je trouvais bon. Je n'étais plus

capable de donner une
performance, mettons,

sur scène que je
trouvais... habitée.

Tu sais, j'étais comme
complètement siphonné, mais vraiment.

À force d’être trop vu, trop,
trop en représentation tout le

temps, il y en a plus
de sources, de ressources,

d’inspiration. Tu sais, pour
être inspiré, tu as besoin de

calme, que personne te
sollicite, d’être en dialogue

avec toi même. Même chez nous avec
les seuls échanges avec mes enfants,

puis ma famille rapprochés,
des fois, c'est trop.

Je suis trop vidée juste
de ça pour pouvoir créer.

Être avec le monde tout le
temps, avec des caméras, avec du

monde qui disent « mais qu’en
pensez-vous, qu’en pensez-vous ? »

« Qu’avez-vous à dire ? » ou je ne sais
pas quoi.

Même si c’est full du monde positif, puis
clairement, ce n’est pas toujours positif.

Dans le cas de Jean
Leloup, il y a eu du monde

qui ont ri de lui, il y a
eu de la méchanceté.

C’est dur quand quelqu’un
comme Jean Leloup

arrive avec toute sa
vulnérabilité pour...

Oui, on voit les affaires
bizarres, mais on voit...

les belles affaires. C’est un
don quelque part. C’est comme

j’accepte de me mettre
nu. Tu vas tout voir,

mais je te le donne. Puis là,
il ya une partie de la réaction

parce que les choses
sont ainsi faites, qui va

être méchante. Carrément.
C’est l’humanité,

qu’est ce que tu veux... Fait que
ça, ça te vole aussi de l'énergie.

Que ce soit positif, négatif,

à un moment donné, je pense que ça te…

ça te déconnecte

de ton esprit créateur,

disons. Puis, ça fait que

« oups », la chose qui t’a
amené en avant, tu l’as pu.

Tu fais quoi ? Tu restes-tu en avant à
occuper ça

comme une espèce de parasite, genre ?

Parce que tu veux pas quitter

le rapport avec le public

parce que… mais tu te sens pas bien.

Fait que, ça serait ridicule.

Je pense… J’ai l’impression, ça serait

mon hypothèse sur comment

peut-être Jean Leloup a vécu les choses

à travers l’expérience que moi j’ai eue.

Il me semble qu'ils sont rares
les artistes comme Jean Leloup

qui arrive à s’extirper du carcan de
la célébrité

pour mieux reconnecter avec qui

ils sont personnellement,

artistiquement aussi. Me semble
que ça prend beaucoup de courage.

Ça prend beaucoup de
courage, mais je dirais

que dans son cas à lui, il le fait de
manière très radicale.

Puis ça, moi, ça force
beaucoup mon respect

parce que c’est rare
de se rendre jusque-là.

Exactement.

Mais justement, parlant de respect, Julien,
je te relance sur la quête de départ.

Ah oui, oui.

Parce que là, on a dit plein de choses, on
a fait le tour un petit peu, mais

est-ce qu’après tout ça, t’as encore
le goût de retrouver Jean Leloup ?

Bien, concrètement, je pense pas.

Je pense que si j’ai le goût
de le retrouver, c’est pour lui

témoigner de l’admiration,
c’est sûr. On l’entend

depuis tout à l’heure.
C’est quelqu’un,

c’est un artiste qu’on
aime beaucoup, mais...

On dirait que je voudrais qu’il
ait conscience de l’effet qu’il

a eu sur tant de gens
dans la culture, dans notre

rapport à la musique.
J’aimerais surtout aussi

qu’il me donne sa
bénédiction pour faire une

série complète pour
souligner tout ça, mais ça,

c’est un autre dossier.
Mais je réalise peut-être aussi

qu’il y a une peur que
je camoufle depuis tantôt

de ne plus avoir l’occasion de le voir
ou de l’entendre.

Tu sais, je ne voudrais pas que sa
carrière s’arrête là,

que « L’étrange pays »
soit son ultime album

et qu’on n’en entende
plus parler après ça.

J’ai comme… Oui, peut-être
qu’en te lançant à sa recherche,

c’était pour répondre
à cette peur-là de ne

plus le recroiser dans
une rue ou un parc.

Sais-tu ce que Catherine
Dorion aimerait faire, elle,

si elle rencontrait Jean Leloup ?

Qu’est-ce qu’elle ferait ?

Rien.

Il n'y a pas beaucoup de
monde que j’admire, là, vraiment.

Il y a beaucoup d’artistes
que j’aime, j’apprécie,

mais admirer, il y en a pas beaucoup.

Puis lui, c’en est un.

Puis, quand j’admire du monde de même,

je me mets à développer des fantasmes,

pas sexuels, mais des fantasmes de

« Qu’est-ce qui se
passerait si j’étais avec lui ? »

Depuis que je suis enfant, j’ai ces
genres de réflexion-là.

Fait que mon fantasme de
rencontrer Jean Leloup,

je serai genre dans un
endroit n’importe où avec lui,

mais je parlerai pas.
On serrait en train

de regarder la même
affaire, puis on jaserait pas,

mais je le laisserais
peut-être parler.

Je veux dire... le fantasme
c’est que, il y a pas de

conventions sociales.
On sent qu’avec lui il y en

a pas. Faut toujours qu’ils
se... dans les entrevues,

il valse entre sa façon d’être
tout à fait non conventionnelle

et les conventions du média.

Tu sais, tu sens qu'il ne contrôle
pas trop non plus cette valse-là,

ce qui est merveilleux.

Donc, j’imagine, dans mon fantasme,

qu’il n’y aurait pas de convention
sociale,

qu’il n’y aurait rien.

Fait qu’on serait enfin libres d’être
comme des enfants,

genre, attendre que quelque chose…

Rien. Je voudrais juste
être assis sur un banc à côté,

puis un bout de temps.

Rien faire et voir ce qui émerge.

Ça me plaît beaucoup comme idée, ça.

Et n’avoir aucune attente.

Oui, c’est vrai.

Parce que rappelle-toi ce que Nadia
Murray disait tout à l’heure.

Une des plus belles
choses chez Jean Leloup,

c’est justement qu’il est insaisissable.

Fait que le jour qu’on va aller à
l’encontre de ça,

on va détruire ce qu’il
y a de plus beau en lui.

C’est vrai.

Puis, tu sais, en même temps,

on l’a tellement idéalisé, Jean Leloup,
en tant qu’artiste,

mais aussi dans ce qu’il représente.

Puis j’avoue, je plaide coupable
d’avoir participé à ça.

Ces disparitions font partie du mythe.

Ça alimente ça.

D’où la question « Où est Jean Leloup ? »
que je me posais au tout début.

Ce mystère-là alimente notre envie de le
revoir, ses absences.

Ça devient comme un cercle vicieux.

C’est drôle parce qu’une très belle
chose que Nadia Murray me disait,

c’est que chacun cherche
un Jean Leloup différent.

Tu as des gens qui vont chercher le Jean
Leloup festif de 1990. T’en as d’autres

qui vont chercher le
Jean Leloup qui faisait

dérailler les entrevues. T’en as

d’autres qui vont
chercher le Jean Leloup

des chapeaux haut-de-forme.

Excentrique. Exact. Mais toi,

Julien, quel Jean Leloup cherches-tu ?

Je pense que c’est

le Jean Leloup cow-boy,

vagabond, solitaire. T’sais, celui

qu’on peut voir sur la pochette
de « La Vallée des réputations ».

Se promener dans « L’étrange
pays », son dernier album aussi.

J’aime beaucoup
ce côté-là du chanteur

seul avec sa « guit » qui se promène

en voyage avec son équipement de cinéma

pour s’enregistrer un peu n’importe où.

« Lonesome cowboy ».

Exactement, sur une plage du Costa Rica

ou dans le fond d’un rang à
Baie St-Paul.

J’ai beaucoup d’attachement à cette
figure-là

de Jean Leloup. Toi, Élodie ?

Moi, je ne cherche aucun Jean Leloup.
Ah non ?

Non. Moi, je suis très bien avec un
super beau souvenir que j’ai de lui.

Puis, quand je m’ennuie trop, j'y repense,
puis ça me fait sourire à chaque fois.

Raconte-moi ça.

Bien, j’étais enceinte, ça fait
plusieurs années.

Je marche sur la rue Laurier à Montréal.

Et je suis en retard, comme
d’habitude, pour aller à un rendez-vous.

Donc, j’essaie de courir, mais
évidemment, je ne suis pas capable.

Avec la bedaine.

Bien oui, ça va mal.

Donc, j’essaie de marcher
le plus vite que je peux.

En plus, c’est l’été, ça fait qu’il fait
très chaud.

Je sue, je souffle, je marche en canard.

Je ne suis vraiment pas à mon meilleur.

Et tout d’un coup,
j’entends surgir de nulle part

« Ah ! Comme les femmes
enceintes sont belles ! »

Puis là, je me retourne
pour savoir d’où ça vient.

Et là, je le vois,
Jean Leloup qui fait le

plus beau des sourires
en continuant à marcher.

Et tout d’un coup, je me suis sentie
comme la reine du monde.

J'ai ralenti le pas.

Je me suis mise à regarder partout
autour de moi et je me suis trouvée belle.

Puis pour moi, c’est ça, Jean Leloup.

C’est quelque chose de précieux,

de rare, que tu accueilles
comme le plus beau

des cadeaux, quand il se manifeste,

s’il se manifeste, mais que tu essaies

surtout pas de provoquer.

Faut que ça vienne
vers toi. Faut pas partir

à sa recherche. T’as bien
raison, ça m’a convaincu.

Je pense que j’aime mieux garder

l’image de mystère

dont je te parlais, de pas savoir

où il se trouve, sur quelle rue, dans
quel quartier,

dans quelle ville, dans quel pays.

Et s’il va revenir, ouais.

Peut-être qu’il ne reviendra pas.

Peut-être.

Il faut être en paix avec cette idée-là.

Voilà.

Merci, Élodie.

Merci à toi, Julien.

L’heure de grande écoute est une série
de Transistor Média,

produite en collaboration
avec Télé-Québec.

Écoutez tous nos épisodes sur
les plateformes de Télé-Québec,

sur Apple Podcasts ou
l’application de votre choix.

Enregistrement,
montage et mixage audio,

Simon Coovi-Sirois.

Musique originale, Alexis
Elina et Simon Coovi-Sirois.

Caméra et montage
vidéo, Patrick Lozinski.

Productrice au contenu,
Audrey Blackburn.

Script-édition, François Desrochers.

Coordonnatrice, Clara Gauthier-Morrison.

Communication, Louis-Philippe Roy.

Visuel, Bureau 60A.

L’indicatif musical
est de P’tit Béliveau.

À la recherche, Maude Petel-Légaré
et Emmanuelle Gauvreau.

Merci à Steven Boivin,

Clara Lagacé et Sophie Lacelle-Bastien

de Transistor Média, à la Ville de
Gatineau

et au ministère de la Culture
et des Communications

du Québec qui a
rendu ce projet possible.

Je m’appelle Julien Morissette.
Merci d’avoir été à l’écoute.