Découvrez les récits touchants et les anecdotes familiales qui témoignent de la créativité et de l’humanité de celles et ceux qui façonnent le Québec. Une plongée dans des histoires insoupçonnées, portées par des voix d’ici.
Pilotée par Julien Morissette, la série hebdomadaire donne la parole à celles et ceux qui façonnent la province au quotidien. Des créateurs·trices issu·e·s de tous les horizons se succèdent pour raconter des expériences qui résonnent bien au-delà de leur parcours personnel, révélant les forces invisibles qui tissent notre société.
· Animation et réalisation : Julien Morissette
· Production au contenu : Audrey Blackburn
· Indicatif musical : P’tit Belliveau
· Réalisation sonore, enregistrement, montage et mixage audio : Simon Coovi-Sirois
· Musique originale : Simon Coovi-Sirois et Alexis Elina
· Caméra et montage vidéo : Patrick Lozinski
· Recherche : Emmanuelle Gauvreau et Maude Petel-Légaré
· Script-édition : François DesRochers
· Cheffe de contenu pour Télé-Québec : Sophie Bélanger
· Coordination : Clara Gauthier-Morrison
· Communications : Louis-Philippe Roy
· Visuel : bureau60a
· Remerciements : Steven Boivin, Clara Lagacé, Marysol Foucault et Sophie Lacelle-Bastien de Transistor Média
L’heure de grande écoute est une série de Transistor Média, produite en collaboration avec Télé-Québec.
Ce projet a été rendu possible grâce au soutien financier du ministère de la Culture et des Communications du Québec et de la Ville de Gatineau (via l'Entente de développement culturel avec le gouvernement du Québec).
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Transistor Média, basée à Gatineau (Québec), est un studio de création, de production et de diffusion d'œuvres audios. En plus de ses balados, l’organisme tient annuellement le Festival Transistor et le Kino-radio.
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En 2006, l’auteur américain Kevin Brockmeier
a publié le livre The Brief History of the Dead.
La prémisse est assez saisissante. Dans
son univers, les gens qui meurent ne
disparaissent pas immédiatement.
Ils se retrouvent dans une sorte de
ville entre deux, où ils demeurent aussi
longtemps que quelqu'un de vivant se souviendra d'eux.
Quand plus personne ne pense à eux sur
Terre, les morts disparaissent de cette
ville.
C'est un livre qui nous fait réfléchir à
la mémoire et à l'oubli, et surtout aux
liens entre les vivants et les morts.
Aux traces qu'on laisse dans nos
relations
et dans nos interactions humaines.
Et ça, c'est un thème qui est revenu
souvent
dans cette première saison de l'heure de
grande écoute.
Le leg, la transmission, le deuil,
la transformation, la mort.
Aujourd'hui, pour le dernier épisode de
la saison,
on va aller au cœur de ces questions-là,
qui nous ont guidés dans toutes nos
réflexions.
Avec le réalisateur François Desrochers,
on part sur la route pour aborder
l'inévitable
disparition des choses et des êtres, et
même notre propre
disparition. Et je vous promets que ce
ne sera pas morbide. Bienvenue à l'heure de
grande écoute, le balado qui vous fait
entendre les histoires vraies et les
personnages surprenants
qui façonnent le Québec. L'épisode
d'aujourd'hui, comment disparaître
complètement.
On accueille François Desrochers en
studio. Salut François.
Salut Julien.
Aujourd'hui, tu nous parles de
l'impermanence des choses et des traces
qu'on laisse ou pas de notre passage sur terre.
Sujet de discussion qui est quand même fréquent
dans nos balades en voiture. Oui, puis ma
réflexion a
commencé justement par quelque chose que
tu as dit. Tu avais parlé d'un concept
avec un nom
suédois que je ne pourrais certainement
pas répéter. Le « döstädning », on en a
parlé
dans un épisode un peu plus tôt dans la
saison. Exactement. Le concept suédois,
je vous rappelle,
c'est le ménage de la mort. Une pratique
dans laquelle on encourage les gens à se
débarrasser des objets superflu qu'on
a accumulé durant notre vie et la grande
question qui guide nos choix quand on fait
ça c'est est-ce
qu'on voudrait que quelqu'un tombe sur
telle photo, tel objet ou se souvenir là
après ma mort. Ouais, exactement.
Puis, moi ça m'a fait réfléchir à ce que
je voudrais pas que mes proches retrouvent.
Oui, j'ai tout de suite pensé aux piles,
au pluriel de journaux intimes que j'ai
quelque part dans un coin de sous-sol pas fini.
Que j'ai écrits durant toute ma
vingtaine,
ma trentaine, puis ma quarantaine.
Puis pourquoi tu veux faire disparaître
ça?
Pourquoi tu ne voudrais pas que les gens
lisent ces journaux-là?
Bien, pour moi, il y a la question de
protéger les gens,
premièrement.
Je ne voulais pas laisser derrière des
écrits
qui sont très stream of consciousness,
comme on dirait en anglais.
C'est-à-dire que j'écrivais vite, sans
filtre,
j'exprimais tout, très librement, cru,
sans réserve.
Puis je nomme plein de gens là-dedans.
Beaucoup de gens, d'ailleurs, quand je
relis mes journaux,
je ne me souviens même plus c'est qui
ces gens-là.
Alors, je voulais trouver une façon de
me débarrasser de tout ça.
Donc, tu as décidé de nous emmener sur
un road trip.
Et le premier arrêt, c'était les
journaux.
Il fallait s'en occuper.
Mais avant de prendre la route, on s'est
rencontrés chez toi,
dans ton salon,
pour mettre tous tes journaux dans une
caisse qui débordait.
Il y a Sophie Lacelle-Bastien qui est
venue avec nous,
assistante à la réalisation,
qui va nous suivre tout au long de
l'aventure.
On part chez toi, dans ton salon.
T'en as combien?
Faque. Là, j'ai une couple de piles.
Ça, c'est ce que j'ai passé à travers
sur 37, là.
Il y en a 21 que j'ai même pas eu le
temps de jeter un coup d'oeil,
fait que j'ai aucune idée de ce qu'il y
a dedans.
Puis tu veux pas les regarder avant?
Bien, c'était ça le plan,
mais il y en a trop.
Tout, on garde rien?
Euh, non.
T'es sûr, là?
There's no going back.
Bien, tu les liras dans le char.
Fait que là, Franck, où est-ce qu'on
s'en va?
Là, on s'en va dans la Petite Nation,
près de Saint-André-Avelin, chez mon
meilleur ami Jean.
On est meilleurs amis depuis qu'on a 7
ans, ça fait que ça fait 57 ans qu'on se
tient ensemble. Puis il y a sa blonde aussi.
Nathalie, que je connais aussi depuis presque
que quarante ans qui a toujours été ma confidente.
OK. Puis est-ce qu'ils savent qu'est-ce
qu'on s'en va faire?
Non, ils ne savent pas.
Je l'ai juste demandé à Jean de préparer
un feu sans lui dire quoi. On est
vraiment creux, fait qu'il y a pas de problème.
Pourquoi on se fait... on se tape une
heure de route,
79
on aurait pas pu faire ça genre à côté
du studio, un petit feu de joie?
On aurait probablement pu, mais un, je
voulais le faire à quelque part,
c'était légal, lui il est vraiment en
campagne, mais l'autre affaire,
Jean il a été pompier pendant 35 ans
pour les villes d'Ottawa,
fait qu'on est entre bonne main.
Mais aussi, j'avais le goût d'avoir des
gens
qui m'ont connu à travers toutes mes
époques
pour être là pendant que je brûle le
passé.
Ah, tu sais, je regarde, il y a des
affaires ici,
comme en 1999.
Je me retrouve face au même choix.
Est-ce que je veux vivre ou non?
Honnêtement, je veux pas me tuer.
Peur de payer pour s'il y a la
réincarnation
ou l'enfer ou les limbes.
C'est fou, esti.
T'es en paix, là, à les brûler?
Je pense que oui.
On n'a pas fait une heure de char pour
rien.
Pour attendre que tu finisses de lire
tes journaux.
Fait que là, bien, j'ai continué à lire
mes journaux
dans l'auto vers Ripon.
Puis pendant qu'on était en voiture,
je me posais la question,
c'est quand même une grosse caisse avec
plein de journaux.
Tu le disais, il y en a une trentaine.
Pourquoi t'es a gardé?
T'as déménagé une couple de fois à
travers ça,
il me semble que c'est encombrant. Oui,
je les ai trimballés d'un appartement à l'autre
pendant des décennies.
Ben, tu sais, je pensais qu'un jour
j'aurais le goût de les relire, mais ça
s'est jamais produit.
Tu sais, c'est dark, c'est explicite,
c'est un outil thérapeutique. Alors,
j'écrivais juste dans les
périodes où ça allait vraiment mal. Oui.
Tu sais, ça fait que c'est pas une partie
de plaisir lire ça.
Ça devient comme un fardeau, on dirait de
transporter ça là, d'années en années, mais
je me suis posé la question quand même
pourquoi les brûler maintenant. On est en
2025, tu as décider que
c'était là que ça se passait. Est-ce que tu
prévoyais je sais pas mourir... Mourir, non.
On ne sait jamais, mais
disons que c'est pas dans les cartes bientôt.
Non, c'est juste que toute ces journeaux-là, de
toute façon, ils vont disparaître un jour.
Si j'attends après ma mort, ça va être
soit jeté ou gardé par une de mes sœurs.
Puis si c'est pas jeté au recyclage tout
de suite après ma mort, ça va rester dans
une cave pendant 30 ans, une autre cave.
Puis éventuellement, ça va être détruit,
recyclé, oublié.
Ça va disparaître un jour.
Pourquoi pas le faire disparaître
maintenant?
C'est pour ça que tu étais quand même
serein quand on se rendait chez Jean et
Nathalie.
C'était vraiment beau.
On a fait une heure de route.
Ils ont un petit domaine caché, tu le
disais,
dans la Petite Nation.
Donc ça, c'est entre Gatineau et
Montréal.
Il y avait, quand on est arrivé sur le
terrain,
c'est un terrain en pente avec un
atelier immense.
Je pense que c'est le plus bel atelier
d'artistes
que j'ai vu de toute ma vie.
J'en ai visité quelques-uns.
Il y a une yourte aussi, une plage,
une vue magnifique sur la montagne.
Et Jean et Nathalie, c'est la première
fois
que je les rencontrais,
ils nous ont accueillis de façon
tellement chaleureuse.
Hey! Allô. Salut!
Salut, moi c'est Nathalie. Julien,
enchanté.
Salut Julien, ça fait plaisir.
Sophie.
Ça fait que là, on va faire un feu.
On va faire un feu, c'est ça que le boss
veut.
Donc là, Jean est allé chercher des
branches, des troncs.
En fait, c'était gros, en quatre roues,
dans le bois, avec Sophie, à dos de quatre
roues.
Il a sorti sa chain saw ça, il nous a fait
un beau petit bûcher de peut-être trois
pieds de haut dans une clairière avec un
gros pain, mais assez loin des branches
pour être
sécuritaire parce que je le rappelle
c'est un pompier qui a 35 ans
d'expérience à la ville
d'Ottawa. C'est là que je leur ai dit ce
qu'on s'en venait à faire. As-tu des
allumettes, du papier? J'ai un briquet.
Ce que j'ai à porter aujourd'hui
c'est... J'ai hâte de voir ça.
Tous mes journaux intimes de 1982 à 2008
à peu près,
donc entre les âges de 22 et 48 ans
environ.
Oh my God!
On devait venir ici brûler ça la semaine
dernière, mercredi.
Le jour avant, j'ai commencé à lire
quelques phrases ici et là
juste pour voir c'est quoi que je m'en
allais brûler.
Puis là, j'ai eu des hésitations le jour
avant qu'on tourne puis là j'ai appelé
Julien pour reporter. Oui. Ça va man? Oui, toi.
Yes sir. Ouin,fait que
je voulais te parler de quelque chose. Oui,
vas-y donc. Ben là, c'est parce que demain on est
supposé, on est
supposé brûler toutes mes journaux.
Premièrement, hier tu sais je suis allé
chercher dans la cave, tu as vue,
je t'ai envoyé une photo. J'ai quand même 37
journaux intimes.
Dans mon esprit, ça allait être rien du tout.
je vais arriver là-bas,
je vais tout sacrer ça dans le feu,
mais là hier j'ai commencé à lire des affaires.
J’ai juste lu le premier journal sur 37, puis
j'ai complètement été absorbé…
Ok, qu'est-ce que ça dit?
Ah oui y’a toutes sortes…
Comme j’en regarde un ici,
Un souper avec Michel Marc
Bouchard,
qui était mon best friend à cette
époque-là.
J'avais 21 ans.
Hier soir, il y avait un souper chez
Michel Marc et Anne-Marie Cadieux.
Je m'assois près de Chantal,
qui était la meilleure amie de Michel
Marc,
et dont j'étais amoureux.
J'essaie d'avoir l'air réveillé, sûr de
moi,
d'avoir de la contenance,
mais je me sens diminué parmi ces gens
imposants.
Pourtant, on avait tous 21 ans.
Il était
encore étudiant universitaire.
Tous ceux qui étaient là étaient
des individus avec des idées, des
personnalités
bien distinctes. Mais moi,
je faisais semblant. Finalement, je m'en
suis
tiré de cette soirée comme de tant
d'autres soirées, juste content de ne
pas
m'être cassé la gueule, de ne pas avoir
été
mis au rencard. M'être amusé?
Non. Mais au moins, on n'a pas remarqué
mes faiblesses. Ah, mon Dieu!
Anyway. Mais tout ça pour dire que je
pense que j'aimerais peut-être si
possible
reporter de quelques jours le brûlage de
mes journaux intimes parce que je me
rends
compte que j'ai quand même le goût de
passer à travers comme vite fait parce
qu'il y a
plein de trucs que j'ai complètement
oublié dans ma vie là-dedans.
Ok, ben oui.
Anyway, à suivre.
Ok cool, tiens moi au courant.
Ok.
Ciao man.
Ciao.
Ça te faisait quoi de toute relire ça?
Euh...
J'étais très détaché.
Parce que, tu sais, je parle de toutes
sortes de trucs
qui sont réglés, là, maintenant, tu
sais.
Ça fait que... Mais troublé aussi, je te
dirais,
de revivre un peu ces moments-là que
j'avais oubliés
où j'étais tellement mal, là, tu sais.
Genre, du métal, on l'enlève, genre?
Ah! Euh...
OK, bien, regarde, on va juste arracher
des pages.
Oui, c'est ça.
Fait que...
Tu veux qu'on t'aide?
Oui, oui, ben, voyons.
T'en as dit des affaires, là.
J'en ai dit.
Oui, oui, t'en as écrit pas mal.
Mets-en...
Fait que là, bien, on était rendu à
l'étape
où Jean a pris une seule petite boule de
papier,
il l'a mis en dessous de son échafaudage
de bois,
j'ai allumé ça, puis là, le feu est
parti en un rien de temps.
Là Jean est en train d'arroser autour du
feu à terre pour pas
qu'on aille un peu de forêt.
Jean, t'étais-tu capitaine ou lieutenant
pompier?
Capitaine.
Capitaine. On est entre bonnes mains.
Capitaine Johnny.
Chaque fois qu'il y a une page qui tombe
à terre, je me dis,
ah! Il y a peut-être quelque chose de
vraiment intéressant
là-dedans.
Souvent, j'ai le ventre tendu, je suis
stressé, je suis fatigué.
Ça, c'est un truc, c'est qu'à force de
les lire,
à un moment donné, tu t'ennui.
Ça devient répétitif.
Je suis tout croche physiquement,
blablabla.
Non, mais quand tu le mettais sur
papier, c'était...
Non, c'est ça.
Oui, oui, c'est exactement...
Quand j'écrivais, ça me faisait du bien.
Mais je me rends compte que les relire,
c'est comme...
C'est des instants fugaces.
Oui. C'est pas fait...
Ça n'a pas été fait pour être relu, tu
sais.
Oui, exactement.
J'écrivais volontairement tout croche, mal,
vulgaire, cru.
C'est ça, c’est un geste qui a sa
puissance dans le moment
où tu l'écris, mais après, ça ne vaut
plus rien.
Non, c'était comme un espace de liberté
total.
Oui.
Mais à relire, c'est un peu...
Il y a bien des affaires là-dedans sur
mon père avec
qui j'avais tellement de misère dans la
vingtaine puis la trentaine.
Puis c'est fou maintenant, quand je
pense à lui, il n'y a aucun ressentiment,
zéro amertume.
Je suis juste, j'ai beaucoup
d'appréciation en fait pour ce qu'il a
apporté à ma vie.
La curiosité intellectuelle, la culture,
les livres.
Oui, tu récoltes plutôt.
Et plein d'autres aspects de lui, mais
oui.
Alors que quand je lis ça, c'est juste
de la colère.
T'en reste un.
Check. That's it.
Bon, bien, vous reviendrez.
Merci, François.
C'était le fun.
Ça m'a fait plaisir, Julien.
À la prochaine. C'était vraiment le fun.
Cette rencontre-là avec Jean et Nathalie
était tellement riche d'un point de vue
humain.
J'étais heureux de les rencontrer
parce que c'est des gens qui t'ont
accompagné
dans diverses étapes de ta vie.
Un moment auquel je n t'ai pas connu.
C'était vraiment une belle expérience,
honnêtement, amicale.
Oui, puis c'est des gens, j'ai braillé
dans leurs bras bien, bien des fois.
C'est ce qu'ils nous disaient.
De faire ça avec eux, je comprends
pourquoi
on a fait cette heure de route pour le
petit rituel
avec Jean et Nathalie.
Mais l'aventure ne s'est pas terminée
là.
On poursuivait le road trip, on est
partis de Ripon
et tu voulais qu'on aille au cimetière
Beachwood à Ottawa.
Oui, puis pour ceux qui ne le
connaissent pas,
c'est vraiment un cimetière qui est
magnifique.
C'est un cimetière patrimonial qui est à
Ottawa.
Plein de jardins, des petites collines,
des vallons, des sentiers.
Il y a des arbres centenaires.
Puis ce que tu m'as expliqué, François,
c'était que c'était important pour toi
qu'on aille là.
Oui, bien, c'est qu'à relire mes
journaux,
je me suis rendu compte à quel point
j'avais énormément écrit sur mon père.
Puis sur comment ça me faisait
travailler plus jeune.
Mon père, c'était
un gars de son époque.
Il aurait eu 96 ans maintenant.
Et c'était le genre de père
qui était souvent atypique, dans le sens
qu'il n'était
pas affectueux, il n'était pas
encourageant.
Puis il n'avait certainement pas
accès non plus à son monde émotionnel.
Il est disparu
en 2018.
Il est mort d'un cancer, donc ça fait 7
ans.
Je suis retourné une seule fois
visiter sa plaque avec son urne
enterrée en dessous
l'année après sa mort.
Puis là, quand on est arrivé au
cimetière, aux portes du cimetière,
on s'est rangé sur le côté en voiture
parce que tu t'es rendu compte que
t'avais
une idée un peu moins précise que tu
pensais
de la localisation exacte
de la plaque de ton père parce que,
je le rappelle, c'est un cimetière qui
est énorme.
Donc, t'as appelé la personne la mieux
placée
pour se souvenir de cette information,
ta maman.
Ma petite maman.
Oui, j'ai appelé ma mère de 93 ans au
secours.
En fait, tu sais, la réalité, c'est que
je voulais sauver du temps en évitant
d'aller à la réception,
mais aussi je l'ai appelée parce qu'elle
aime bien se sentir utile, mais ça, il ne
faudrait pas lui dire.
OK.
Là, on arrive au cimetière.
Attends minute. Je vais juste... Faut
juste que j'appelle ma mère.
OK. La dernière fois que t'es venu,
c'est avec ta mère?
Oui. Je pense que c'était l'année après.
Je vais me stationner ici.
Allô, allô?
Allô! Hé! Je t'appelais parce que là,
j'arrive au cimetière Beachwood avec mon
ami Julien Morissette.
Salut! Oui.
On s'en va faire un petit
enregistrement, mais je me suis rendu
compte que je n'ai
pas une idée très claire d'où est-ce
qu'elle est la plaque à papa.
Y a-tu comme un numéro, une adresse ou
un secteur?
Il y a surement un numéro.
Bien, il faudrait que tu ailles au bureau
et que tu leur demandes le numéro.
Avant que je te trouve ça ici, bien moi,
je suis allée l'année passée.
Je n'ai pas eu de misère.
Je savais à peu près où c'était. OK. Je
vais peut-être aller leur demander parce que...
Tant qu'à être rendu. Bien écoute, en attendant,
je vais regarder dans mon dossier. Parfait.
Je vais sûrement le trouver. Je te
rappelle.
Elle t'a raccroché ça, mon gars.
Elle est partie sur une mission.
Elle est partie sur une mission.
Wow!
J'aimerais visiter la plaque de mon
père, qui est ici, mais je me souviens
plus du numéro, de la localisation.
Desrochers, Jean-Marc. Ah, vous avez
des cartes.
Oui, là, on est à peu près ici.
Ok, ça fait qu'on traverse un petit
étang, on traverse la pagode, on continue
tout droit.
Puis là, il y a toutes les plaques en
rond.
Ça, ça va être les noms.
Rita Desrochers.
Attendez un petit moment. Allô?
Oui, c'est moi.
Oui.
L'as-tu trouvé?
Bien là, je suis en avant, je suis à la
réception.
Ils m'ont trouvé la section.
Section 64.
Oui.
Et tombe 106.
Parfait.
Bon, bien, à bientôt.
OK, à bientôt, bye.
Bye.
Là, on a pris le chemin entre la
réception
puis la plaque de mon père.
Puis à part une tondeuse à gazon ici et
là,
c'était immédiatement paisible.
Un peu hors du temps.
C'était un peu au ralenti.
C'est comme si on était rentré dans une
bulle.
Il y a un aspect sanctuaire là-dedans
où j'avais l'impression de flotter un
peu avec toi.
On regardait le nom de gens célèbres
aussi
qui ont été enterrés au cimetière
Beachwood.
Il y avait plein d'anecdotes, plein de
souvenirs qu'on se racontait.
On a traversé un petit pont de bois
aussi,
magnifique, au-dessus d'un étang.
On a traversé la petite pagode et on est
arrivés.
Ça, je reconnais ça.
C'est comme une grande allée, plein
d'arbustes.
C'est presque solennel, j'aime ça.
Oui.
La première fois que je suis venu ici,
je pense,
c'était quelque chose comme en 97, 98.
C'était pour faire une entrevue avec mon
amie Annette,
Annette Pypops, qui avait 36 ans à
cette époque-là.
Moi, j'en avais 37-38.
Puis elle... c'était quelques mois avant
qu'elle meure.
Puis je voulais faire une entrevue avec
elle
dans un cimetière.
Puis c'était l'automne.
C'était super beau.
Je sais pas si tu peux imaginer
l'automne ici,
mais il y a des couleurs.
Elle était tout à fait prête à ce qu'on
parle de la mort
dans un cimetière deux mois avant
qu'elle meure.
Si tes amis, dont moi, dans deux ans,
cinq ans, dix ans, cinquante ans, on est
assemblés,
puis on regarde la télé, puis on regarde
ce reportage-là, qu'est-ce que tu
aimerais qu'on
sache sur ce qui aura été important pour
toi dans ta vie? Oui, bien si ça te dit
ici cinquante ans,
ce que j'espère au moins, c'est que vous
allez vous rappeler de mon nom.
Et quand même,ça c'est une réponse
qui rentre dedans.
Elle est pas mal réaliste.
Très réaliste. Lucide, Annette.
Oui, parce que là, ça fait presque
30 ans qu'elle est décédée. Moi, j'y
pense
de temps en temps.
Ses amis aussi, certainement.
Mais Annette, elle n'avait pas d'enfant.
Elle n'était pas célèbre. Elle n'a pas
laissé
des traces permanentes.
Quand tout le monde dans son cercle
d'amis,
on ne sera plus là dans quelques
dizaines
d'années ou plus. Elle va avoir
complètement disparu de la mémoire
collective.
Puis, est-ce que t'avais réécouté?
C'était arrivé de réécouter cet
entreprise-là?
Non, j'avais pas réécouté ça depuis 30
ans.
C'était dans une autre boîte, dans mon
sous-sol,
avec des cassettes audio,
des reel-to-reel, des DVD,
toutes sortes d'affaires que j'ai faites
que je peux même plus lire.
Faute de machine pour les lire.
C'est pour ça que c'est aussi long quand
on te déménage.
Mets-en...
C'est pour ça que je veux me débarrasser
de mon stock.
Puis cette entrevue-là, quand tu l'as
regardée, ça avait l'air de quoi?
C'était beau en fait. C'était l'automne,
il y avait plein de couleurs, c'était une
belle journée ensoleillée, il y avait
des feuilles qui virevoltaient.
Puis Annette, elle parlait de quoi dans
l'entrevue?
De différentes choses, mais en
particulier, elle parlait d'où elle
voulait mettre son
temps et son énergie avant sa mort. Puis
ce qu'elle me disait, c'est que, en fait,
c'est quelque chose que j'ai entendu
de différents proches à moi
avant leur mort, que
rendu au bout du chemin,
le bilan que la plupart des gens
font, c'est « est-ce que j'ai aimé? »
Puis je veux vraiment travailler ça.
Je veux travailler aussi
le fait de mourir, parce que je ne suis
pas du tout
prête, puis je veux m'y préparer
parce que, bon, je ne veux pas mourir
frustrée, en rage, en colère.
Alors, et vraiment
ce qui est important, là, de plus en
plus,
ce dont je me rends compte depuis que
j'ai le cancer,
c'est que c'est les autres, c'est mes
relations avec les autres,
l'importance de l'amitié puis de
l'amour.
J'étais heureux de me promener avec toi,
de flotter dans le cimetière.
Tu me rapportais les paroles d'Annette 30
ans plus tôt.
Ça créait comme une espèce de continuité
dans le temps puis dans la mémoire de ce
qu'elle t'avait dit.
C'était vraiment précieux, je trouve.
En fait, c'est particulier
parce qu'avec Annette,
c'était aussi un moment intemporel
et un peu comme ça a été
quand on était là.
Fait que là, on a continué
à avancer, justement, dans ce cimetière
hors du temps. C'était pas évident
parce que la plaque de mon père, elle
mesure
environ un pied par un pied parmi des
centaines et des centaines d'autres
plaques, mais on approchait du but.
OK, regarde. Si tu prends le plan
comme ça.
OK, oui, il va être ici.
Jean-Marc Desrochers.
Je ne suis pas revenu ici depuis...
Je pense que c'est l'année après sa
mort.
Il est mort en 2018. Je suis revenu une
fois.
Sur sa plaque, on a mis une citation de
Bertrand Russell.
«La belle vie est inspirée par l'amour
et guidée par la connaissance.»
Bertrand Russell. C'était son idole.
Pour vrai?
Oui. Il était moine franciscain, mon
père, jusqu'à l'âge de 24 ans.
Puis là, il s'est mis à lire des
philosophes athées, humanistes,
dont principalement Bertrand Russell,
qui était comme son idole.
Alors, c'est pour ça qu'on a mis ça là.
Fait que je pense pas que ça les
dérangerait qu'on vienne pas y jaser trop
souvent sur sa plaque.
Fait que là, on était devant la plaque
de ton père, on jasait, puis je t'ai posé
une question à laquelle tu as eu beaucoup de
difficulté à répondre. Tu m'écoutais pas.
Non, je n'écoutais pas et on
dirait que j'y réfléchissais mais en fait
c'est parce
qu'il y avait deux femmes d'un
certain âge qui passait cinq pieds en
arrière de moi en jasant
super fort de l'esthétique du cimetière.
Ça te donnes-tu le goût de venir plus souvent ?
Ou pas tant?
Ben... les pierres tombales sont vraiment belles.
Sont belles les pierres, hein? Sont vraiment belles.
C'est un bel endroit.
On avait le goût que ce soit un endroit
qui soit beau.
Oui, moi, ça m'a bien influencée.
En fait, c'est mon mari.
Ah, ici, c'est votre mari?
Oui, c'est son mari.
Il vient juste de...
Ah 2025.
Oui, on l'enterre dans deux semaines.
Ah, il n'est même pas là encore.
Non, non.
Oui, ça fait que la plaque du mari,
récemment, défunt,
il n'y avait rien d'écrit dessus encore.
C'est une drôle
d'affaire. C'est comme si...
Tu sais, sa plaque est à deux
pieds de celle de mon père.
Elle est collée, collée.
Ça fait que mon père va avoir un nouveau
voisin
avec ces femmes-là qui vont venir
visiter.
Ça m'a fait étrangement plaisir.
C'est tellement surprenant parce que tu
ne crois pas
nécessairement en la vie après la mort.
Ça m'a surpris.
Non, je sais, mais il y a quand même
quelque chose de beau là-dedans.
Oui, qui s'est passé dans l'échange.
Puis, tu sais, je dois le dire, c'était
un matin de semaine.
Il n'y avait personne dans le cimetière.
Et parmi les milliers de pierres
tombales et de plaques,
les seules vivantes qu'on a vues, c'est
les deux femmes
qui venaient visiter l'endroit à côté de
la plaque de ton père.
Juste à côté.
Il y avait quelque chose de surréel dans
ce moment-là.
Puis, tu sais, ça démontre qu'il peut y
avoir de la vie dans des cimetières.
Il peut se passer des choses.
Oui, bien, il y a une de ces femmes-là
qui a dit ça
à un moment donné, qui a dit, c'est le
fun qu'il y ait
de la vie dans le cimetière.
Je pense que c'est la même qui me disait
qu'elle est allée
en Italie à un moment donné, puis
qu'elle, ça l'avait
vraiment touché comment les gens là-bas
vont visiter
les tombes de leurs proches
régulièrement,
presque tous les jours, pour visiter
des fleurs fraîches. Puis elle me disait
qu'elle, elle parle à voix haute
avec son mari à tous les jours.
Je vais à chaque semaine voir mon mari.
Ça fait trois ans. Oui.
Quand vous venez voir votre mari, est-ce
que vous avez
des discussions avec lui?
Bien oui, toujours. Et comme j'y dis
toujours, merci.
Merci d'avoir pensé à notre vie, notre
avenir et tout ça.
On a été mariés, nous autres, 57 ans.
Ah oui!
Moi, c'était près de 60 ans.
60 ans que vous étiez mariés et vous,
57.
On ne voit plus beaucoup ça, maintenant.
Non.
Est-ce que vous travaillez pour un
poste?
On fait un documentaire audio sur
accepter de disparaître.
Exactement.
Il faut, tu es née, tu vas mourir..
Oui.
Puis moi, il y en a... j'en ai une, ma
fille, elle n'est
jamais allée voir son père encore. Elle
n'est pas capable d'aller.
Ah oui?
Non. C'est comme accepter la mort, puis
tu ne le fais pas.
Tu sais. Elle n'est pas prête.
Ah bien, le soleil est sorti, regarde.
Puis le ciel est bleu.
Oui.
Je vous souhaite une belle cérémonie.
J'espère que ça va bien aller.
Bonne journée.
Tu étais vraiment sur le bord de te
faire inviter à une cérémonie pour
quelqu'un que tu ne connaissais pas.
Rendu là, Il y avait tellement un
moment d'échange
et d'amitié dans tout ça.
Mais notre roadtrip n'était pas fini.
Alors, tu as décidé de nous emmener à un
autre endroit.
Oui, je voulais passer devant une maison
dont j'ai été propriétaire pour aller
visiter ce
qui reste d'une autre personne qui
m'était très cher, mon grand, grand ami
Guy Desjardins.
Ici, ça c'est où est-ce que j'habitais
entre 2002 et 2010 à peu près pendant 8
ans. Fait que j'ai
acheté cette maison-là. On ne voit plus
grand-chose à cause des haies qui ont poussé.
Mais vois-tu, ici, quand mon meilleur
ami Guy est mort.
j'ai planté un arbre en avant.
On ne voit pas d'ici, il va falloir
qu'on débarque, je pense.
Puis c'est ça, l'arbre avait, je ne sais
pas, 10-12 pieds à ce moment-là.
Puis j'ai mis les cendres de Guy.
Ça a changé de propriétaire.
Les cendres de mon meilleur ami sont là,
mais il n'y a personne qui le sais. Le nouveau
propriétaire qui est là,
il n'a aucune idée, en fait.
Je ne sais même pas si l'arbre est
encore là
parce qu'il aurait fait plein de
paysagements.
Guy est mort en 2004.
Je n'ai pas vu cette arbre-là depuis,
quoi, 20 ans.
On débarque-tu?
Bien oui, bien sûr.
Je suis curieux.
Oh, wow!
Hé!
Regarde, c'est cette arbre-là.
Il est gigantesque.
Ah, oui, il est comme...
Holy shit!
8-9 mètres.
Wow!
Il n'y aura jamais personne qui va
savoir que ses cendres sont là.
J'avais planté plein d'affaires ici.
J'avais des rosiers là-bas,
mais là, ça a tout été enlevé.
J'avais fait des méga plate-bandes
qui ont tout disparu.
Donc là, François, je récapitule.
Tu n'es pas retourné visiter l'arbre de
Guy
depuis tant d'années, qui est en passant
peut-être plus de 20 mètres, si j'y
réfléchis.
Je pense que oui.
Pas mal plus haut.
Tu n'es pas allé visiter la plaque de
ton père
à part une seule fois. T'as pas réécouté
la cassette d'Annette. Disons que t'as
pas le réflexe
de jaser avec les défunts.
Non, j'ai pas ce réflexe-là.
Mais en même temps,
même si je pense, moi,
qu'il reste rien de la personne qu'on a
connue, ni sa personnalité,
ni ses émotions, ni ses perceptions,
rien de tout ça, je comprends
quand même très bien que
certaines personnes ressentent quand
même
le besoin de communiquer avec cet
être-là.
Tellement, c'est utile pour les vivants
de
jaser avec les morts, pour
faire le deuil, laisser les émotions
circuler librement aussi, pour boucler
certaines choses avec des personnes qui
sont
parties qu'on n'aurait peut-être pas eu
le temps de régler
durant leur passage sur Terre.
Puis, tu sais, juste par exemple
quand on est allé au cimetière, la
discussion
avec les deux femmes, le fait qu'ils
jasent
avec feu leur mari,
ça m'a vraiment fait réfléchir.
Mais en fait, ça m'a fait penser
à quelque chose dont c'est toi
qui m'avais parlé de ça, des wind phones.
Oui, c'est vrai.
Les gens l'ont peut-être entendu,
mais je parle souvent du Japon. Dans les
épisodes,
j'ai une petite obsession pour des
éléments culturels
japonais. Et c'est
Itaru Sasaki, un Japonais
qui a bâti une cabine téléphonique
après le décès de son cousin, pour que
les cabine téléphonique après le décès de
son cousin
pour que les gens puissent appeler leurs
proches décédés.
Et ça a créé tout un mouvement
pour que les gens puissent exprimer
leurs pensées, leurs émotions.
C'est donc des endroits de recueillements, de communication.
Des petites cabines blanches, vitrées avec un petit téléphone
à cadran qui des fois est un gros téléphone aussi.
Mais qui n'est pas connecté à quoi que ce soit.
Non est ça s'appelle des wind phones ou des
téléphones du vent en français.
Parce que l'idée, c'est que le vent emporte les mots
qu'on dit vers la personne qui est disparue.
Ce qui permet un dialogue imaginaire.
Il n'y en a pas tant que ça au Canada.
Il existe un répertoire en ligne où on
peut les trouver.
Il y en a sur la côte Ouest en Colombie-Britannique,
mais j'ai découvert à mon grand étonnement qu'il y
en avait un à 15 minutes du studio
dans la petite municipalité de Chelsea en
arrière d'un restaurant assez célèbre
qui s'appelle L'Orée-du-Bois.
C'est là que je suis allé avec Sophie
et j'avais invité aussi Chantal Richer
à venir me rejoindre.
Chantal, c'est une femme qui a perdu
sa meilleure amie il y a quelques mois.
Je suis jamais venue à L'Orée-du-Bois.
L'Orée-du-Bois, c'est comme un
restaurant
célèbre dans le coin.
J'avais interviewé le chef Jean-Claude
Chartrand. Lui est décédé au tout début
de la pandémie.
Sa veuve a permis qu'il soit installé
ici ce qu'on appelle
un wind foam, téléphone du vent,
j'imagine qu'on dirait.
En fait, le chef de l'Orée-du-Bois,
Jean-Claude,
c'est ici qu'il prenait ses breaks.
Il prenait ses pauses dans ce petit
oasis-là en arrière.
Regarde là-bas.
Oui, je pense que c'est cette petite
installation-là
qu'on voit là.
Ce téléphone, un fil du vent, est pour
tous ceux et celles
qui sont en deuil. Soyez les bienvenus
dans ce refuge.
Puissiez-vous y trouver consolation.
Utilisez-le
pour donner un coup de fil à vos êtres
chers qui sont partis.
Puissiez-vous entendre leur voix dans le
souffle du vent
et en être réconfortés. Et puissiez-vous
faire la paix
avec votre perte.
Hum! Wow!
Toi ta bonne amie est décédée il
n'y a pas
si longtemps.
Oui, ça fait quand même quelques mois.
Puis on s'est
préparé à son départ pendant qu'elle
était vivante parce
qu'elle a demandé l'aide médicale à
mourir.
Toi, est-ce qu'il y a des choses que tu
sens que tu n'as pas dit
à la personne qui est disparue ou que tu
aurais voulu dire?
Moi, j'ai eu des choses qui m'ont fait
rire. que t'as pas dit à la personne qui
est disparue ou que t'aurais voulu dire?
Moi, j'ai eu des moments avec elle avant
de partir. Seule à seule, pas vraiment.
Il y avait
beaucoup de monde. J'ai envoyé un
fichier audio. Qu'est-ce que tu lui as
envoyé?
J'ai envoyé mon témoignage sur sa perte,
qu'est-ce que ça me... Elle n'était même
pas partie,
mais j'avais déjà ce manque-là d'elle.
Puis je voulais qu'elle le sache.
Tu pense qu'il en reste encore quelque
chose de ces gens-là
qui ont été importants dans ta vie, une
présence quelconque qui existe.
Ah! Bien, peut-être pas une présence,
mais un sentiment.
C'est... Avec tout ce qu'elle a vécu,
c'est inspirant.
C'est parce que de la façon qu'elle a
vécu son départ,
comment elle était sereine, comment elle
se sentait libre,
ça, ça m'a inspirée.
Oui, c'est intéressant.
Mon meilleur ami est mort il y a 21 ans.
J'avais fait un documentaire sur lui.
Puis, tu sais, c'est un
peu la même chose que ce que tu disais
par rapport
à Josée. Moi, je pense pas qu'il reste
quelque chose de ses
pensées, de sa personnalité, de quoi que
ce soit.
Mais certainement que son influence est
encore présente dans ma vie,
tu sais, ne serait-ce que par rapport à
la douleur. Lui, il a vécu
des douleurs énormes pendant
des décennies. Là, moi, je me suis fait
remplacer les deux
hanches, j'ai mal dans le dos. Puis c'est quelque
chose qui me... qui reste encore sur
comment accueillir la
douleur, comment vivre sereinement à
travers ça.
Puis ça, c'est une répercussion directe
de la présence de
cet ami-là dans ma vie.
Je pense que c'est ça, les traces que ça
laisse.
Mon père, c'est la même chose.
Tu sais, j'avais une relation très
difficile avec mon père
toute sa vie. Maintenant, il me reste
plus aucune amertume
par rapport à lui là, zéro.
Mais tu sais, je regarde juste en fin de
parcours comment
il était à l'hôpital.
Bien, tu sais, pendant 20 ans, il était
malade, mais je regarde
comment il était avec le personnel soignant.
Il était super patient. Il se plaignait pas.
Il était attentionné envers tout le monde.
Ça, c'est des choses
qui me sont vraiment restées parce que
j'ai tendance
à être comme ça aussi.
Les gens laissent leurs traces même s'il
ne reste plus rien.
Tu sais.
Puis en même temps, ça me fait prendre
conscience que le plus
important dans le monde, c'est quoi?
C'est aimer. C'est aimer.
D'accepter l'autre tel qu'il est.
As-tu encore des choses à dire à ton amie
Josée?
Moi, j'aurais toujours de quoi dire à
mon ami Josée,
même si l'essentiel, je lui ai dit, mais
j'aurais toujours de quoi dire à Josée.
Tu veux l'essayer?
Je vais l'essayer.
Je vais y aller après.
OK, j'y vais.
Il y a un vieux téléphone à cadran.
Oui, noir, bien pesant.
Chantal s'est prêtée au jeu,
est allée parler dans le wind phone.
À quoi il ressemble, celui de Chelsea?
C'est une belle petite cabine cute très
design minimaliste avec une vue sur une petite vallée
boisé. En dedans c'est tout petit, il ya
des chandelles, il y a du papier, des
crayons pour
écrire. Fait que là on l'a laissé
seul dans la cabine. Chantal est resté là
5-10 minutes puis
quand elle est sortie, elle avait l'air toute
sereine.
Wow, ben ça m'a permis de dire des
choses que je lui avais pas dit.
Ah oui?
Puis c'est sorti naturellement.
Oui. Comment... Toute l'influence
qu'elle a sur moi,
je me rends compte que c'est beaucoup
plus que je croyais.
Puis je vois juste son visage avec un
beau grand sourire.
Ça fait que ça valait l'expérience.
Bien oui. Puis c'était pas long, mais ça
valait le coup.
Vraiment. Merci, François.
Je vais l'essayer moi aussi.
Essaye-le ça vaut la peine.
À l'invitation de Chantal t'es rentrées dans la
cabine. Tu t'es
adressé à qui François ? J'ai décidé
de parler à mon père. Ça me surprend pas.
Non puis tu sais...
c'est surtout par rapport au fait que je
sais que il y avait l'impression que
j'étais pas fier de lui.
Ça, je l'ai su entre les branches.
Puis c'est quelque chose qui me
dérangeait,
qui me dérange encore cette pensée-là.
Puis c'est de ça que je voulais jaser.
Là, on a pris tes impressions à chaud
quand tu es sorti de la cabine
parce qu'on ne voulait pas t'enregistrer
à l'intérieur.
On voulait garder ça dans l'intimité.
Voici ce que tu nous as dit.
Bien, c'est super paisible,
premièrement,
quand on est assis.
On entend la nature autour, c'est super
calme.
Oui, ça m'a fait du bien.
Puis je dirais que, tu sais, c'est sûr
que pour moi,
j'ai pas l'impression qu'il en reste
quelque chose de mon père,
mais c'est pas grave parce que je trouve
que là où c'est
important, c'est qu'en faisant ça, quand
je lui ai parlé,
ça me met en contact avec l'amour que j'ai
pour mon père.
Puis je pense que c'est ça qu'on va
chercher. Je pense que
les gens qui parlent aux gens qui sont
décédés, tu sais,
devant leur tombe ou dans leur char ou
peu importe, ou nous
autres, là, tu sais, peu importe en quoi
on croit,
il reste que... je pense que
l'expérience qu'on va chercher
là, c'est l'expérience d'aimer, puis on
aime aimer.
Dans le fond, tout ce qu'on cherche dans
la vie, c'est aimer. Aimer n'importe
quoi,
la connaissance des êtres, des animaux,
la nature, ce qui nous entoure. C'est ça
l'expérience qu'on
cherche toutes, c'est d'aimer. Ça fait
que ça, je pense que cette expérience-là
est totalement
valable pour moi, puis je pense que je
vais le refaire d'ailleurs.
Absolument.
En t'écoutant témoigner à ce sujet-là,
François,
ça m'a vraiment rappelé
la citation de Bertrand Russell qui est
sur la plaque
de ton père, « La belle vie est inspirée
par l'amour et guidée par la
connaissance. »
C'est comme si tu...
Guidé par la connaissance, mais surtout
par l'amour, que j'aurais pu rajouter.
Tu aurais souligné par l'amour.
J'aurais souligné surtout par l'amour
parce que la connaissance
a ses limite quand même.
Tout à fait.
Puis là, si je reviens un peu à la base
de l'exercice,
de ce qu'on a vécu ensemble à travers le
road trip,
tout ça, ça faisait partie de ta
réflexion sur ta propre disparition,
sur celle de tous et de tout.
Là, on en est où avec ça?
Bien, je suis vraiment engagé dans ce
processus-là
d'accepter que les souvenirs de mon
passé et de moi
disparaissent et d'être en paix avec ça.
Pas parce que je pense mourir bientôt,
mais vraiment parce que c'est libérateur.
Et ça, ça te libère de quoi?
Ben, ça me libère du passé, ça me libère du futur.
Dans le fond pour arriver au seul
endroit qui existe vraiment qui est
maintenant.
Et ça, je n'ai pas besoin d'un passé et d'un
futur pour être bien maintenant. Ok, et
dans le parcours et
le processus, est-ce que tu t'es rendu
au point, au stade de ne pas penser aux
traces que tu vas laisser quand tu vas partir.
Pour être honnête, pas complètement parce que mon ego
aimerait quand même ça avoir des funérailles où les gens
vont dire plein de belles choses à mon
sujet. Toi d'ailleurs, tu vas faire le discours,
l'oraison funèbre. Veux-tu que je
fasse ça de ton vivant où on attend que
tu meurs.
J'aimerais mieux que ce soit non vivant. Honnêtement, oui.
Parce qu'après... c'est pour ça que je n'y
pense pas trop à quelle trace je vais laisser
parce qu'après ça, j'ai pas le contrôle sur...
Qu'est-ce que les gens vont dire de moi,
qu'est-ce que les gens vont penser de moi.
Combien de temps les gens vont se souvenir de moi.
Puis en plus, je ne serais même pas là
pour être témoin de toutes ces belles
choses-là que les gens vont dire sur moi.
C'est drôle parce que ta réflexion sur
la perte de contrôle ou laisser aller, ça
recroise un peu l'idée de Lin-Manuel Miranda
dans Hamilton. Je vais peut-être un peu
loin
dans la réflexion, mais dans Hamilton,
il y a cette phrase-là,
« You have no control who lives, who
dies,
who tells your story. » Donc, on n'a pas
de contrôle
sur qui vit, qui meurt, qui raconte
notre histoire.
C'est là que tu essaies d'aller.
Il a bien raison.
Là, tu me donnes le goût d'aller écouter
Hamilton.
Moi aussi, d'ailleurs.
Merci, François, d'avoir non seulement
commencé
la saison avec nous, mais de la terminer
sur
ces notes-là. Bien, merci à toi.
L'Heure de grande écoute est une
série de Transistor Média
produites en collaboration avec
Télé-Québec.
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Enregistrement, montage et mixage audio,
Simon Coovi-Sirois. Musique originale,
Simon Coovi-Sirois et Alexis Elina.
Caméra et montage vidéo, Patrick
Lozinski.
Productrice au contenu, Audrey
Blackburn.
Coordonnatrice, Clara Gauthier-Morrison.
Communication, Louis-Philippe Roy.
Visuel, Bureau 60A.
L'indicatif musical est de P'tit
Béliveau.
À la recherche, Maude Petel-Légaré et
Emmanuelle Gauvreau.
Merci à Stephen Boivin, Clara Lagacé et
Sophie Lacelle-Bastien
de Transistor Média, à la Ville de
Gatineau
et au ministère de la Culture et des
Communications du Québec
qui a rendu ce projet possible.
Je m'appelle Julien Morissette.
Merci d'avoir été à l'écoute.