L'heure de grande écoute

Richard traque les meilleures aubaines et déconstruit les idées préconçues.

Avec la réalisatrice Maude Petel-Légaré, on suit Richard, passionné d'autos usagées, qui aide les autres à trouver le bon char, souvent celui qu’ils n’auraient jamais imaginé vouloir. Une quête de liberté, d’identité et de moteurs qui rugissent.

· Animation : Julien Morissette
· Invitée, scénarisation et réalisation : Maude Petel-Légaré
· Collaboration : Richard et Jean-Philippe Pleau
· Production au contenu : Audrey Blackburn
· Indicatif musical : P’tit Belliveau
· Réalisation sonore, enregistrement, montage et mixage audio : Simon Coovi-Sirois
· Musique originale : Simon Coovi-Sirois et Alexis Elina
· Caméra et montage vidéo : Patrick Lozinski
· Recherche : Emmanuelle Gauvreau et Maude Petel-Légaré
· Script-édition : François DesRochers
· Cheffe de contenu pour Télé-Québec : Sophie Bélanger
· Coordination : Clara Gauthier-Morrison
· Communications : Louis-Philippe Roy
· Visuel : bureau60a
· Remerciements de l’épisode : Richard et Jean-Philippe Pleau
· Remerciements de la série : Steven Boivin, Clara Lagacé, Marysol Foucault et Sophie Lacelle-Bastien de Transistor Média

Archives
· Extrait de l’émission Les Francs-Tireurs XIV, une production de Zone3.

L’heure de grande écoute est une série de Transistor Média, produite en collaboration avec Télé-Québec.

Ce projet a été rendu possible grâce au soutien financier du ministère de la Culture et des Communications du Québec et de la Ville de Gatineau (via l'Entente de développement culturel avec le gouvernement du Québec).
/
Transistor Média, basée à Gatineau (Québec), est un studio de création, de production et de diffusion d'œuvres audios. En plus de ses balados, l’organisme tient annuellement le Festival Transistor et le Kino-radio.

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Pour découvrir le catalogue de balados : https://transistor.media/balados
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Qu'est-ce que L'heure de grande écoute ?

Découvrez les récits touchants et les anecdotes familiales qui témoignent de la créativité et de l’humanité de celles et ceux qui façonnent le Québec. Une plongée dans des histoires insoupçonnées, portées par des voix d’ici.

Pilotée par Julien Morissette, la série hebdomadaire donne la parole à celles et ceux qui façonnent la province au quotidien. Des créateurs·trices issu·e·s de tous les horizons se succèdent pour raconter des expériences qui résonnent bien au-delà de leur parcours personnel, révélant les forces invisibles qui tissent notre société.

· Animation et réalisation : Julien Morissette
· Production au contenu : Audrey Blackburn
· Indicatif musical : P’tit Belliveau
· Réalisation sonore, enregistrement, montage et mixage audio : Simon Coovi-Sirois
· Musique originale : Simon Coovi-Sirois et Alexis Elina
· Caméra et montage vidéo : Patrick Lozinski
· Recherche : Emmanuelle Gauvreau et Maude Petel-Légaré
· Script-édition : François DesRochers
· Cheffe de contenu pour Télé-Québec : Sophie Bélanger
· Coordination : Clara Gauthier-Morrison
· Communications : Louis-Philippe Roy
· Visuel : bureau60a
· Remerciements : Steven Boivin, Clara Lagacé, Marysol Foucault et Sophie Lacelle-Bastien de Transistor Média

L’heure de grande écoute est une série de Transistor Média, produite en collaboration avec Télé-Québec.

Ce projet a été rendu possible grâce au soutien financier du ministère de la Culture et des Communications du Québec et de la Ville de Gatineau (via l'Entente de développement culturel avec le gouvernement du Québec).
/
Transistor Média, basée à Gatineau (Québec), est un studio de création, de production et de diffusion d'œuvres audios. En plus de ses balados, l’organisme tient annuellement le Festival Transistor et le Kino-radio.

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L'anthropologue et sociologue
français David Le Breton

s'est toujours intéressé aux
jeunes générations.

Il a publié plusieurs articles et ouvrages
sur le risque et la souffrance

chez les adolescents. Ses réflexions
sur la violence et la santé mentale

des jeunes ont été particulièrement
éclairantes durant la pandémie.

En 2022, il a publié un livre sur la
sociologie de la voiture.

Plus particulièrement, la relation des
jeunes générations à la voiture.

Oui, la vitesse et les comportements à
risque, comme les courses clandestines

au Brésil, qui sont particulièrement
mortelles,

mais aussi toutes les questions de
transmission

et d'apprentissage quand nos proches nous
donnent

des leçons de conduite.

David Le Breton a pu prouver qu'encore
aujourd'hui,

l'obtention du permis agit comme une forme
symbolique

d'entrée à l'âge adulte, le réel rite de
passage.

Ensuite, la voiture devient essentielle à
la liberté,

le principal instrument d'autonomie

dans la vie quotidienne.

Il fait même référence à Virginia Woolf en
disant

que les jeunes perçoivent leur voiture
comme un lieu à soi, un refuge personnel.

Aujourd'hui, on va aller voir dans les rues
de Québec et de Montréal

avec la même curiosité que
David Lebreton,

dans nos villes dessinées en
plaçant l'automobile au centre

de leur développement. On va faire la
rencontre d'un homme qui a toujours

placé la voiture au cœur de son identité.

Avec la réalisatrice et scénariste
Maude Pétel-Légaré,

on part à la chasse aux voitures.

Bienvenue à L'heure de grande écoute,
le balado qui vous fait entendre

les histoires vraies et les personnages
surprenants qui façonnent le Québec.

L'épisode d'aujourd'hui : « Richard, le
chasseur de chars »

(Richard) J'étais un enfant dans
les années '60.

Et puis, les années '60, à mon avis,
c'était la consécration du feu.

Tu sais, parce que pendant des milliers
d'années, l'homme était soumis au feu.

C'était le serviteur du feu.

Puis là, finalement, dans les années 60,

c'est nous autres qui étaient le boss!
C'était pas le feu.

Puis ce que j'entends par consécration,

bien, c'est les fusées, puis la conquête de
la Lune,

tu sais, c'est quand même, on l'a fait par
le feu, ça.

Donc, on se sentait agrandis par le feu et
les explosions.

Ça fait que j'étais un enfant de mon
époque.

-On est en studio avec Maude Petel-Légaré.
Salut, Maude.

-Allô!
-Aujourd'hui, on parle de char,

de moteur, de brûler du gaz.
-Tout à fait, et je ne suis pas

la plus grande amatrice de voitures.

En tant que classique montréalaise, j'ai eu

mon permis de conduire tardivement parce
que pendant

longtemps, la simple idée de conduire

me faisait faire des crises d'anxiété.

Mais le besoin est devenu plus important

quand j'ai déménagé à Québec

et je devais me déplacer plus souvent,
notamment pour venir ici.

-Ah ben oui, à Gatineau, puis là
comme des centaines de Québécoises

et de Québécois qui font ça
chaque année, tu as fait appel

à un mercenaire, une sorte
de personne qui allait t'aider à t'acheter

une voiture usagée.
-Exactement, il fallait que je m'achète

une voiture usagée, puis je n'avais aucune
connaissance en mécanique,

ni un oncle garagiste ou des amis qui
pouvaient m'aider là-dedans.

Des amis à ma soeur m'ont recommandé
d'appeler, attention,

« Richard, le chasseur de chars. »

-Et c'est Richard qu'on a entendu en
introduction.

Oui, et comme il le disait,

Richard est né dans les années '60

et il se passionne pour les voitures

depuis sa tendre enfance.

(Richard) Et puis, ce qui m'a marqué,

c'est les « muscle cars. »

Ça, c'était la nouveauté des années '60.

Parce que depuis toujours,

il y a eu des autos avec des moteurs,

des gros moteurs ou des moteurs
performants.

Mais ces autos-là, pour te dire, même la
deuxième auto

était deux fois plus puissante que la
première, tu sais.

Ça fait que ça a toujours été une course à
l'armement.

Mais les autos qui avaient des gros
moteurs,

ça coûtait de 5 à 10 fois plus qu'une auto
normale.

Ça fait que personne n'en avait.

Puis là, les manufacturiers américains,
dans les années 60,

ils ont décidé de faire des autos,
ça s'appelait des muscle cars.

Ils prenaient une voiture normale,

puis ils mettaient un gros moteur dedans.

Ça fait que c'était « power to
the people. »

Tu sais, tu peux avoir ta propre machine
infernale,

propulsée par des explosions.

-À l'entendre parler, Richard,
je me dis que c'est la bonne personne

avec qui partir à la chasse aux voitures.

Explique-nous « comment ça marche? »

-Alors, premièrement, t'appelles Richard.
Il te pose des questions pour savoir

quel genre de voiture tu recherches
et si ta quête est réaliste.

Ensuite, il décide s'il veut faire affaire
avec toi.

Puis là, quand il y a un commun accord, tu
lui payes 400 $ en amont.

Et là, la chasse commence.

Puis quand je parle de chasse, c'est
vraiment intense.

-OK, intense comment?
C'est quoi les étapes?

-OK, alors, Richard t'envoie un nombre
incalculable de courriels

avec des voitures tous les jours.

Puis c'est lui qui a fait les... selon les
filtres. Puis ensuite,

il contacte le propriétaire de la voiture,
il va lui poser des questions au téléphone,

on prend rendez-vous avec le propriétaire
et on part ensemble,

en équipe, évaluer la voiture usagée.
Et c'est là que la chasse s'opère.

Richard scrute la voiture de A à Z,
tel un complice.

Il te fait des signes et te montre
des détails importants sur la voiture.

Moi, on se rappelle, je ne connais
rien là-dedans. Puis dans un conciliabule,

Richard te dit pourquoi ou non
tu devrais l'acheter

et qu'est-ce que ça vaut. Puis
là, c'est tout au même moment.

Si on va de l'avant, c'est lui qui
négocie avec le propriétaire de la voiture

et c'est un fin négociateur.
-OK, mais là, il arrive quand même

bien outillé. Comment tu fais?
Parce que là, tu disais que tu n'avais pas

d'oncle ou d'ami.e, mais il se fait un
peu passer comme ton oncle. Comment?

-Non, ce n'est pas un menteur.

(Richard) Évidemment, si on me le
demande, je ne conte pas de menterie,

je dis la vérité. Mais au départ,
je n'essaie pas d'arriver comme

un petit « Joe Connaissant »,
si je peux le dire ainsi.

Évidemment, j'essaie toujours de traiter
les vendeurs avec beaucoup de respect,

parce que quand même, c'est eux autres, le
système immunitaire de l'automobile,

c'est eux autres qui en ont pris soin.

Moi, j'ai toujours considéré que quand
j'achète un auto,

ce n'est pas moi qui fais une faveur à mon
client, c'est le vendeur.

C'est lui qui en a pris soin pendant des
années.

Moi, je suis juste l'intermédiaire.

J'essaie toujours de respecter beaucoup les
vendeurs.

-Il dit que « le système immunitaire des
voitures » ; c'est quand même fort.

Oui, et le plus intéressant, selon moi,
c'est sa mission première.

C'est-à-dire que son travail principal est
de changer la mentalité de son client

pour qu'il achète une voiture qu'il ne
pensait pas nécessairement vouloir.

(Richard) Louis Pasteur,
c'est un de mes héros.

Et puis, la chose que je fais pour
mes clients,

c'est une phrase de
Louis Pasteur, c'est, il dit :

« la chance apparaît aux
esprits préparés. »

Donc moi, une de mes
fonctions face à mes clients,

c'est de préparer leur esprit à la chance.

Un acheteur de voiture usagé, il ne pense
pas comme un acheteur de voiture neuve.

Un acheteur de voiture neuve,
il dit, « bon, je veux tel modèle,

avec telle couleur, telles options.

Tandis qu'un acheteur de voiture usagé, la
question est inversée.

C'est « il y a ça disponible, est-ce que ça
remplirait mon mandat? »

Donc c'est là que la notion de
chasse entre en ligne de compte.

Si tu allais à la chasse à l'orignal et que
tu engageais un guide et que tu lui disais

« bon, je veux l'attraper entre 5h15
et 6h15 du matin, parce qu'on m'a dit

que c'était la meilleure heure,
je veux que le panache aille 2 mètres

et je ne veux pas que ça prenne
plus que trois jours »

le guide il va dire, « c'est pas de même
que ça marche, là, tu sais? »

Tu peux pas commander une chasse.
Tu peux juste la découvrir.

-Il faut calibrer ses attentes, là.
C'est un cas typique de...

« Tu pensais que c'était ça que c'était,
mais c'était pas ça que c'était. »

Parce que Richard, il t'aide à changer de
mentalité

pour que finalement, t'achètes une voiture
que peut-être, finalement,

tu pensais pas nécessairement vouloir,
c'est ça? Si je suis sa logique, là.

Oui, tout à fait, belle
référence, d'ailleurs!

-...Alaclair Ensemble!
-Yes, il priorise, Richard priorise

le côté pratique et ton budget,
plutôt que l'esthétique.

(Richard) Mais moi, tu sais, quand
j'avais mes « muscle car »,

j'étais jeune, j'avais des autos
pour l'hiver, parce qu'un « muscle car »,

dans la neige, c'est pas tellement bon.

Puis là, j'achetais n'importe quoi :
des autos que j'aurais jamais voulu ou...

tu sais, que j'aurais jamais pensé
acheter, comme des « Chevette »,

ou j'avais une « Datsun 1200 », c'est pas
des autos qui me plaisaient.

Mais à chaque véhicule, je
trouvais qu'elle avait un petit côté

que je trouvais agréable. On
peut souhaiter avoir un conjoint,

le voir en rêve, merveilleux, puis tout ça,
puis on peut rencontrer quelqu'un,

puis bien s'entendre avec, même si c'est
pas ce qu'on avait souhaité.

Moi, pour les autos, j'étais un
petit peu comme ça. Je me dis,

« oui, mais on finit par les apprécier,
tu sais?

Même si ce n'est pas exactement ce qu'on
aurait souhaité. »

-Je prends des notes en ce moment, par
rapport à ce que Richard dit, parce que

j'ai l'impression que sa philosophie va
pouvoir m'aider au-delà de mes besoins

automobiles : « il faut comprendre
ou reconnaître ses besoins

et ensuite se laisser surprendre par le
résultat » ;

est-ce que je suis un bon élève?

-Tout-à-fait. C'est ça qui m'est arrivé.
C'est-à-dire que Richard a réussi

à me convaincre de m'acheter une voiture
à transmission manuelle.

On se rappelle, moi je faisais
des crises d'anxiété parce que

j'avais peur de conduire.
-Ah, ça c'est une grosse étape pour toi.

-Oui, puis il m'a donné deux heures de
cours de conduite, puis le lendemain,

j'étais dans les côtes de Québec, parce
que j'habite en Haute-Ville.

J'ai beaucoup pleuré, j'ai beaucoup calé,
je me suis même fait imprimer un collant

« Attention voiture manuelle. »
Mais bon.

-Tu te faisais tout le temps
klaxonner, j'imagine les gens derrière toi

étaient un peu impatients, mais
c'est beaucoup de chemin parcouru

pour toi, Maude, qui faisait des crises
de panique à la simple idée de conduire.

-Tout-à-fait! J'ai suivi la philosophie
de Richard et aujourd'hui, je suis très

contente et c'est pas mal pratique une
voiture à transmission manuelle

dans la neige. Même si j'ai
brûlé ma clutch.

Mais, mon char, c'est pas le
plus cute, mais je l'aime bien.

(Richard) Je fais ça pour
aider les gens qui ont besoin

de s'acheter une voiture d'occasion.

C'est quelque chose qui n'est
pas venu naturel...

C'est venu naturellement ; j'ai
jamais décidé de faire ça, c'est les gens

qui me l'ont demandé. Durant ma vie
d'automobiliste, j'ai eu personnellement

environ une centaine d'automobiles,
donc je changeais régulièrement,

puis les gens me disaient :
« Hey Richard, pourquoi tu m'en

trouverais pas une, auto usagée? »
Donc trouve à un, trouve à l'autre,

le bouche à oreille a fait
boule de neige,

et c'est maintenant mon
principal emploi du temps.

J'ai transformé une mauvaise
habitude en profession.

-On parle d'une centaine de voitures...
Est-ce qu'on glisse dans le terrain

de l'obsession quand on est rendus à
cette échelle-là, à ton avis?

-C'est une bonne question. Je lui ai
demandé si c'était une obsession.

Puis il m'a dit que ce n'était pas une
obsession, parce qu'il n'y avait rien

de négatif. C'est-à-dire qu'il reconnaît
quand même que ce n'est pas normal

d'avoir une centaine de voitures. Mais
il a plutôt parlé d'une forme

de compulsion d'acheter des
voitures qui dateraient de son enfance.

(Richard) Au niveau de mon père, je
travaillais chez General Motors

et puis il changeait d'auto aux deux
à quatre ans.

Ça fait que l'aspect boulimie, ça j'en ai
hérité. Puis l'aspect contestation,

« on ne fait pas comme notre père »,
je l'ai fait aussi, parce que lui,

il n'achetait que des voitures neuves,
donc moi, j'ai acheté que des voitures usagées.

Je n'ai jamais acheté une auto neuve.
Ça m'est jamais arrivé.

Je te dirais que j'en ai acheté une qui
avait 2000 km quand même,

mais c'était toujours une voiture usagée,
tu sais.

-Dès l'enfance, Richard baigne déjà dans le
monde de l'automobile.

Ça va même au-delà de son expérience
familiale :

Les voitures, ça fait littéralement partie
de son développement en tant qu'adulte.

Avant d'avoir son permis de conduire à
17 ans,

il a acheté, à 14 ans, sa première moto.

Et tous les soirs, il rentrait sa moto

dans sa chambre pour que ça soit la
première chose

qu'il voit le matin en se réveillant.

-Non! Dans la maison?

-Exactement! Puis il m'a parlé aussi de
courses de chars illégale.

-Ok, étant donné qu'on parle de « muscle
car », on n'a comme pas le choix de parler

de courses de chars dans les rues.
-À 15 ans, il a assisté pour la première

fois à une course de char illégale.
Il travaillait dans une station de service

puis c'est le mécanicien de la
station de service qui l'a invité.

(Richard) Fait que là, il arrête devant
la porte, devant chez nous,

je cours dans la maison, puis là, je m'en
allait me changer.

Puis là, ma mère, elle parlait avec une
voisine sur le trottoir,

puis elle m'a suivi, puis elle vient me
voir, puis elle me dit,

« Ah, je veux pas que t'embarques dans des
autos comme ça,

c'est dangereux, tatati tatata! »

Fait que là, moi, j'étais jeune et naïf, tu
sais,

fait que j'ai dit, « Non, non, c'est
correct! »

Fait que je rembarque dans l'auto du
mécanicien, puis je dis,

« Hey, ma mère est nerveuse, est-ce que ça
serait possible de... » Tu sais, comme...

J'aurais jamais dû dire ça, j'étais jeune
et innocent.

Donc c'est ça, le mécanicien, il dit, « Ah
oui, ta mère, elle a peur? »

(imitation de bruit de moteur)
Le gros start devant la porte.

Les traces sont restées trois mois devant
la porte.

Mais c'était comme mon... C'était
mon rite de passage à l'adulte.

Cette soirée-là, je n'étais plus

un enfant. Je faisais des affaires

d'adulte, en tout cas.

Je les faisais pas, mais je participais.

C'est comme ça que ça a commencé.

-À partir de ce moment-là, il fait
partie de la gang de Laval.

Cette gang course contre la Rive-Sud
et Montréal.

Et les courses ont lieu dans
des quartiers industriels.

Puis à chaque course, il y a environ
30 à 50 autos

puis 200 spectateurs.

-Ok, c'est quand même pas mal de monde.

Puis est-ce que Richard participe à ça

ou il est simple spectateur?
-Les deux. C'est-à-dire

qu'il est allé une soixantaine
de fois

et a participé une dizaine de fois comme
pilote

quand il a eu son permis de
conduire à partir de 17 ans,

avec sa première « muscle car. »

(Richard) Puis en plus, pour canaliser
la rébellion « adolescence », rien de mieux

qu'un « muscle car ». Parce que ça fait
peur, puis c'est toi le maître.

Tu sais, quand t'es adolescent, t'as pas de
revenu, t'as pas de maison, t'as pas rien.

Mais au moins, j'avais un moteur que je
pouvais...

« avec lequel je pouvais m'exprimer » en
crissant les pneus.

Mais c'était pas nécessairement le look,
c'était le moteur, tu sais.

Même, je te dirais que moins ça lookait,
plus j'aimais ça.

Parce que je préférais des sleepers.

Un sleeper, c'est une auto qui a un gros
moteur, mais que ça a l'air de rien.

Parce que c'est la puissance.

C'est le contrôle du feu, comme
je t'expliquais. C'était moi le maître.

Puis je te dirais que ces autos-là,
l'homme a été habitué,

pendant l'évolution, d'avoir peur des
lions ou des tigres à dents longues.

Puis ces autos-là, c'était un petit peu
un remplacement

des dangers qu'on était habitués dans
le passé. Sauf que c'était nous autres

qui avaient le contrôle de ce danger-là,
donc c'était d'autant plus agréable.

Évidemment, tous les adolescents aiment
prendre des risques, puis défier la mort.

C'est un bel outil pour ça. Ça a été une
belle façon de canaliser

mon énergie adolescente.

-C'est admirable parce que l'intensité
qu'il ressentait par rapport à l'énergie

à l'adolescence, il semble l'avoir gardée
intacte.

-Absolument. Quand tu lui
parles, il est tellement passionné.

-Oui, c'est contagieux.
-C'est le rugissement des moteurs.

Ça lui procure un sentiment d'entièreté.
Il se sent complètement vivant.

(Richard) C'est un moteur qui rugit,

donc c'est très, très prenant, puis ça
passe à travers notre corps au complet.

Puis ça m'a aidé aussi
au niveau mécanique,

à sentir la machine, à l'écouter.

Plus avec mon corps qu'avec mes oreilles,
puis c'est un outil

que pas beaucoup de monde
est conscient d'avoir, mais on l'a tous.

-Plus on l'écoute, Richard,
on sent une forme de...

je sais pas, quelque chose qui dépasse la
rationalité

dans son rapport aux moteurs
et aux voitures.

-Exact, puis encore plus, pour amener ça
une coche plus loin ;

Richard, quand il achète une voiture,
c'est pas lui qui décide de l'acheter

c'est la voiture qui le choisit

(Richard) C'est pas moi qui
décide d'avoir un véhicule

c'est le véhicule qui décide de
m'avoir comme propriétaire.

Donc je ne sais jamais qu'est-ce que
je vais acheter.

Ça arrive!

Quand je la vois, je me dis ; « non,
il faut que je l'aille. »

-Maude, j'ai l'impression d'être dans cette
vidéo-là, des « Francs tireurs ».

Je ne sais pas si tu te souviens de cette
clip virale

dans laquelle Patrick Lagacé parle avec
quelqu'un

qui est complètement investi dans sa
relation avec sa voiture.

(Musique rap, tirée du clip
des Francs Tireurs)

-(P. Lagacé) Elle a un nom?
-(S. Rico) Oui, Sérénité.

-Sérénité?
-Oui.

-Ah ben oui, comme on peut le lire.
-Oui.

-Pourquoi Sérénité?
-C'est ma déesse, c'est mon repos éternel.

-Ok, ok. C'est de l'amour?

-C'est de l'amour, là. Quand je la serre,
le soir, quand j'ai fini de conduire avec,

je l'embrasse. Je lui parle, je lui...

-Attends, tu l'embrasses?

-Je l'embrasse, je lui donne des becs, là!
T'aimes les courbes des femmes?

-Oui...

-T'aimes leur sensualité,
t'aimes leur beauté?

-« My God », oui.
-OK. Bien, moi, ma voiture,

si tu la regardes, elle a des courbes
sensuelles. C'est aphrodisiaque pour moi.

-On n'est pas là, là.
-Non, tu trouves pas? OK, c'est bon,

je suis peut-être allé trop loin dans la
comparaison.

-Oui, mais... Wow, belle archive, quand
même.

Mais non, c'est pas du tout la même chose.

Richard n'est pas à ce point amoureux de
ses voitures,

mais il a une relation avec ses voitures

plus comme il en prend soin.

(Richard) Les Japonais, ils donnent
une âme aux choses inertes.

Je ne crois pas à ça, mais je trouve que
tant qu'à posséder un bien, pourquoi pas

l'aimer et le chérir, même si
je suis conscient qu'une roche

ne me dira pas bonjour, mais
d'apprécier ce qu'on a, tu sais, plus.

Puis, veut, veut pas, puis ça, je pense que
tout le monde est un peu comme ça, tu sais,

quand on vend notre première
voiture, on a plein de souvenirs,

puis plein de choses, tu sais. Moi, je
les associais à l'objet, puis je me dis

« tant qu'à travailler pour se payer
quelque chose, pourquoi pas l'aimer? »

-Ça, je l'ai compris. Vraiment. Puis, j'ai
l'impression que Richard incarne

bien le rapport symbolique et émotionnel
que plusieurs personnes attribuent

à leur voiture.
-Tellement, puis en faisant la rencontre

de Richard, grâce à toi, Maude, mais aussi
en lisant les travaux de l'anthropologue

David LeBreton, dont on parlait au début,
on a eu envie de pousser ça

un peu plus loin dans les recherches
et de parler à un sociologue ici,

au Québec, qui a réfléchi à la question.
Jean-Philippe Pleau, animateur radio,

qui a aussi écrit « Rue Duplessis : ma
petite noirceur », qui est un essai

sur sa mobilité sociale, dans lequel
il y a quelques passages où il parle

de son rapport à l'automobile, surtout dans

une perspective, bien, la symbolique

dont on a parlé au cours de l'épisode,
mais aussi notre rapport à l'identité

quand on réfléchit aux voitures.

(Jean-Philippe) D'un point de vue
personnel, en tout cas, moi, j'ai grandi

dans un milieu où la fierté passait
beaucoup par l'automobile.

Quand je pense à mon père, par exemple,
jusqu'à aujourd'hui, mon père

c'est quelqu'un qui n'a pas beaucoup
de sous, mais malgré tout, il y a

une voiture neuve dans la cour.

Et ça, quand on parle d'identité,
je pense que c'est... ça met le doigt

précisément sur ce que c'est : mon père ne
peut pas imaginer sa vie sans une voiture

neuve ou une voiture récente à la porte.
Pourquoi? Parce que j'ai l'impression,

puis je suis pas mal convaincu que c'est
ça, que ça contribue à masquer, justement,

la pauvreté économique, sa pauvreté
économique, c'est un « front ».

Puis c'est drôle, parce que, depuis que
j'ai écris « Rue Duplessis »,

puis que je me promène un peu partout
sur le territoire, c'est une des choses

moi qui me surprend, c'est que je pensais
que, ma famille, on était un peu

les seuls à faire ça. Que mes parents
étaient un peu les seuls à faire ça ;

masquer la pauvreté derrière un char.
Puis finalement, il y a plein

de monde qui me disent « mes parents
ont fait ça toute leur vie jusqu'à

aujourd'hui », mais ça peut aussi des fois
passer par autre chose, par d'autres

objets, mais clairement, la voiture a
l'air d'être un vecteur identitaire

pour ben, ben des gens ici.

-C'est vraiment fascinant, parce que
moi j'ai l'impression, puisque j'ai grandi

à Montréal, que le fait de ne pas avoir de
voiture, ça faisait partie de mon identité.

Je me trouvais cool de ne pas avoir
de voiture.

-Comme en rébellion, en opposition
à avoir une voiture.

-Oui, exact. Mais en même temps, je ne me
gênais pas d'emprunter la voiture

de mes parents pour sortir de la ville.
Ça démontre un certain privilège,

de non seulement de grandir en ville
où tu as accès à des transports en public,

puis aussi de pouvoir marcher,

mais de pouvoir aussi emprunter la voiture
de tes parents quand tu veux.

-Oui, ça recroise la notion de liberté
dont il a été question aussi.

C'est ressorti souvent quand on
réfléchit à ça, quand on lit là-dessus.

Ce que ça nous procure comme liberté, la
voiture ; Jean-Philippe Pleau,

je reviens à lui, il a grandi à
Drummondville, qui est une ville

de taille moyenne au Québec,
un peu moins de 100 000 habitants.

Et il a confirmé que la voiture,
l'acquisition de la voiture, le permis

de conduire, c'était effectivement
au cœur de son identité à l'adolescence

(Jean-Philippe) C'est sûr que moi, si
je pense à l'adolescence que j'ai eue

à Drummondville, c'est comme ça pour
bien des amis qui ont grandi en région,

entre guillemets, quand vient le temps de
pouvoir passer son permis de conduire

à 16-17 ans, c'est le fun en soi, mais
c'est surtout effectivement quelque chose

qui nous permet d'avoir de la liberté. Le
transport en commun est assez peu développé,

les trucs sont loin les uns des
autres, donc le char, ça te permet de

te promener un peu partout. J'aurais pas
pu imaginer

une adolescence puis un début d'âge adulte
à Drummondville

sans voiture, j'aurais été essentiellement
confiné à la maison

puis doublé à ça, moi ça m'a permis

aussi de me construire une identité
d'un gars

qui avait un char, versus ceux qui
n'avaient pas de char.

Parce que c'était quand même une marque de
prestige de pouvoir,

même si c'était à coup d'endettement et
tout ça,

c'était comme... tu
marquais ton territoire,

quand tu disais que tu avais un char,
et quand tu le montrais.

Surtout qu'en plus, à cette époque-là,

et je pense que c'est encore le cas
beaucoup maintenant,

on avait des chars montés, on avait des
chars tunés.

Liberté et identité, pour moi,
ça va de pair

avec le fait d'avoir une voiture,
en tout cas à cet âge-là.

C'est fou parce qu'à l'adolescence, moi,
mon heure de rentrée,

c'était le dernier métro. Puis, pour
revenir sur Richard, le chasseur de chars,

ce que je n'ai pas dit, c'est qu'il habite
sur le Plateau Mont-Royal.

-OK, ça, c'est surprenant parce que, je ne
sais pas, on dirait en l'entendant parler,

il habitait à Laval ou à Longueuil,
mais pas sur le plateau.

Non, donc lui, il ne va pas faire
l'épicerie en voiture. Il fait tout

en marchant. Il prend même les transports
en commun.

Pour lui, la voiture, c'est un luxe.

-Ah oui, OK. J'avais vraiment l'impression
que ça faisait partie de son quotidien dans

la logistique de faire
l'épicerie, se déplacer.

Très surprenant, parce qu'on enregistre cet
épisode depuis Gatineau.

On entendait Jean-Philippe Pleau parler de
son adolescence à Drummondville.

Et souvent, ça fait partie de notre
identité parce qu'on a ce besoin de liberté

et que c'est la seule option pour se
déplacer. On n'a pas des systèmes

de transports publics qui sont toujours
bien développés.

Et justement, en entendant Richard,

ça nous a donné envie de pousser la
réflexion

un peu plus loin. Et on l'a fait avec toi

et ça, ce sera pour un prochain épisode,
Maude.

On a fait la rencontre d'un homme
qui se pose des questions sur

d'autres moyens de se déplacer,
de réfléchir à sa mobilité

dans une ville comme
Gatineau.

Et cet homme-là veut se déplacer à dos de
cheval.

-Oui, exact.
-Donc, on va faire la rencontre de Tristan

et son cheval, dans le Vieux Hull,
dans quelques épisodes.

Mais merci pour cette rencontre avec
Richard, le chasseur de chars.

-C'était un grand plaisir.

L'heure de grande écoute est une série de
Transistor Média

produite en collaboration avec Télé-Québec.

Écoutez tous nos épisodes sur les
plateformes de Télé-Québec,

sur Apple Podcast ou l'application de
votre choix.

Enregistrement, montage et
mixage audio : Simon Coovi-Sirois.

Musique originale : Alexis
Élina et Simon Coovi-Sirois.

Caméra et montage vidéo : Patrick Lozinski.
Productrice au contenu : Audrey Blackburn.

Coordonatrice : Clara Gauthier-Morrison.
Communications : Louis-Philippe Roy.

Visuel : Simon Guibord.
L'indicatif musical est de P'tit Béliveau.

À la recherche : Maude Petel-Légaré
et Emmanuelle Gauvreau.

Merci à Steven Boivin, Marysol Foucault
et Clara Lagacé de Transistor Média,

à la Ville de Gatineau et au ministère
de la Culture et des Communications

du Québec qui a rendu ce projet possible.

Je m'appelle Julien Morissette.
Merci d'avoir été à l'écoute.