Le balado de l’Armée canadienne

La guerre est bien plus compliquée que d’affecter des troupes et de l’équipement dans un vaste champ et de voir qui remporte la victoire. Il y a des hôpitaux, des maisons, des usines et bien d'autres choses qui rendent les décisions exceptionnellement compliquées, tant pour les soldats que pour les personnes qui vivent là où la guerre a lieu. La capitaine de corvette Amélie Aubut est avocate militaire et l'une de ses tâches consiste à aider les commandants et les soldats à comprendre comment le droit des conflits armés s'applique lorsqu'ils n'ont que quelques secondes pour faire le bon choix.

Guide du soldat sur le droit des conflits armés applicable à la guerre terrestre

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What is Le balado de l’Armée canadienne?

Le balado de l’Armée canadienne s’adresse aux soldats de l’Armée canadienne et traite de sujets qui les concernent. Les soldats constituent notre public cible principal, mais les sujets abordés pourraient s’avérer pertinents pour toute personne qui appuie nos soldats ou qui s’intéresse aux enjeux militaires canadiens.

[Musique commence]

Capitaine de corvette Amélie Aubut : Le droit des conflits armés, ça soulève des questions de vie ou de mort, donc c’est les questions les plus sérieuses qui existent.

Capitaine Adam Orton : Salut et bienvenue au Balado de l’Armée canadienne. Je suis capitaine Adam Orton. À l’épisode aujourd’hui, nous recevons la capitaine de corvette Amélie Aubut qui est avocate au Cabinet du juge-avocat général; essentiellement, une avocate militaire dans les Forces armées canadiennes et nous allons parler du droit des conflits armés. Bienvenue au balado.

Capc Aubut : Merci pour l’invitation.

[Musique termine]

Capt Orton : Donc, peut-être juste pour commencer, pouvez nous peut-être définir le droit des conflits armés?

Capc Aubut : En fait, le droit des conflits armés, c’est le droit qui régit la conduite des hostilités lors d’un conflit armé.

Capt Orton : Et pouvez-vous nous expliquer peut-être les principes qui sont liés à ces droits-là?

Capc Aubut : Oui, en fait, il y a quatre principes de base au droit des conflits armés : la nécessité militaire, l’humanisme, la proportionnalité et la distinction. Donc, la nécessité militaire, va vraiment entrer au but du conflit armé, c’est la soumission complète de l’ennemi. Donc, on reconnaît qu’on a le droit de faire ça, mais qu’il y a des limites, donc on doit faire ce qui est nécessaire pour atteindre la soumission totale de l’ennemi. L’humanisme, c’est vraiment l’inverse logique du principe de la nécessité militaire. Donc, c’est si certaines actions sont justifiées, ça veut dire que définitivement il y a d’autres actions qui seront pas justifiées. Donc, le concept de l’humanisme va interdire d’infliger des souffrances, des blessures, de détruire des choses qui sont pas nécessaires ou qui sont inutiles pour atteindre l’objectif militaire. La distinction c’est vraiment un principe qui était imposé aux commandants, aux soldats pour vraiment faire la distinction entre les combattants, les objectifs militaires valides, donc qu’est-ce qu’on peut finalement attaquer, puis les civils, puis les objets civils qu’on peut pas attaquer. Donc on doit vraiment faire la distinction entre les deux parce que dans tout droit de conflits armés, on ne peut qu’attaquer que des objectifs militaires valides. Finalement, il y a la proportionnalité qui vraiment est le lien entre la nécessité militaire et puis l’humanité, donc les dommages collatéraux qui découlent des opérations militaires, il y en aura, OK, puis il va en avoir, puis c’est légal, mais ils doivent pas être excessifs en regard de l’avantage militaire concret puis direct qui va être obtenu suite à cette attaque. Donc ça c’est vraiment la question de la proportionnalité. C’est une balance qui est très délicate et c’est pas un calcul mathématique. C’est vraiment au cas par cas selon chacune des situations dans laquelle les soldats vont se trouver.

Capt Orton : Si je regarde peut-être mes expériences dans la salle de classe, en discutant le DCA droit des conflits armés, on voit que le monde s’implique beaucoup. Puis ça devient des fois un petit peu épicé parce que t’as des soldats qui cherchent peut-être à accomplir leur mission puis ils voient ces règlements-là peut-être comme quelque chose qui les empêche d’accomplir leur tâche. Ou il y a des perspectives différents sur cette application dans l’exécution d’une mission. Puis il y en a qui disent même, bien, regarde moi j’ai une fraction de seconde, faut que je considère toutes ces facteurs-là en essayant de faire ces choses-là, c’est pas réaliste. Pourquoi est-ce que ces discussions-là tendent vers peut-être un engagement émotionnel?

Capc Aubut : Je comprends parce que le droit des conflits armés et les conflits armés comme tels, ça soulève des questions de vie ou de mort, donc c’est les questions les plus sérieuses qui existent. Puis je comprends que ça peut amener une certaine émotion, puis des certains enjeux éthiques. Si on regarde la question des combattants qui sont hors de combat, bien, techniquement on a le droit d’attaquer un combattant, mais la minute qu’il est hors de combat, on doit arrêter de l’attaquer. Donc, là, je comprends que le soldat peut se dire bien pourquoi est-ce qu’il y a deux secondes j’avais le droit de l’attaquer, puis là, j’ai plus le droit de l’attaquer, tu sais? Puis là, ce combattant-là qui est hors de combat, qui est blessé, qui peut plus m’attaquer, mais il peut quand même dans quelques semaines, dans quelques jours, revenir m’attaquer. Donc, je comprends que ça peut soulever des émotions. Puis ça peut soulever des émotions parce qu’on peut avoir des amis, des confrères, des compatriotes qui ont été attaqués puis on veut les protéger également. Donc, c’est totalement légitime de se sentir comme ça. Mais ce qu’il faut se rappeler, c’est qu’il y a des règles qui existent pour des raisons claires. La première, c’est que peu importe la façon qu’on traite les gens, ça peut encourager l’autre partie à les traiter de la même manière qu’on les traite. Donc, si on commet des atrocités, si on respecte pas le droit des conflits armés, bien, ça va encourager l’ennemi à ne pas le respecter. Et puis ça, ça fait en sorte que nos compatriotes, nos consœurs, nos confrères peuvent aussi être victimes de ces agissements-là qui viennent porter atteinte à leurs droits, la torture et tout autre. Donc ça c’est la première raison pourquoi c’est important de le respecter. La deuxième raison, c’est parce que l’histoire est venue nous démontrer que ne pas respecter le droit des conflits armés va seulement envenimer la situation, va ralentir la résolution du conflit. Donc plus on respecte le droit des conflits armés, plus on a de chances d’avoir une résolution qui est rapide puis qui va convenir aux deux parties. La dernière chose que je dirais, c’est important de respecter le droit des conflits armés parce que vous, en tant que soldat, moi en tant que soldate, je peux être responsable, tenue responsable, criminellement pour mes agissements. Donc, on a tous l’obligation personnelle de respecter le droit des conflits armés. Puis, si on le respecte pas, on peut être tenu responsable devant les tribunaux canadiens, même à l’international.

Capt Orton : Je pense aussi à un facteur à considérer, c’est, souvent, on dirait un objectif militaire, des fois ça peut être très clair, un char d’assaut : ah, objectif militaire, trop facile. Puis on sait généralement les gens sont d’accord, un hôpital c’est un objectif civil, puis ça sert à prendre soin des gens qui sont blessés. Ça, ça fait beaucoup de sens. Mais quand qu’on commence à entrer en jeu plusieurs dimensions, le concept de peut-être que l’ennemi, comme en Afghanistan, porte pas d’uniforme. Ou peut-être qu’un emplacement est utilisé pour des fins civiles-militaires, on dirait un dépôt de carburant. C’est là où est-ce que des fois ça devient incertain et les gens ont peut-être des perspectives qui sont pas alignées sur qu’est-ce qui est un objectif et qu’est-ce qui est pas un objectif.

Capc Aubut : Absolument. Puis en fait, c’est que c’est pour ça que je trouve que c’est le droit le plus fascinant qui existe parce qu’il y a beaucoup de zones grises. Justement, comme vous l’avez dit, il y a certaines choses qui sont clairement des objectifs militaires qu’on peut clairement; un combattant qui porte l’uniforme, on peut clairement l’attaquer, mais il y a énormément, puis on l’a vu énormément en Afghanistan, mais il y a beaucoup de zones grises, il y a beaucoup d’incertitudes. Mais c’est pour ça qu’il faut prendre toutes les moyens nécessaires et raisonnables dans les circonstances pour avoir l’information qui est disponible, puis prendre la décision la plus éclairée dans les circonstances. Donc, tu sais, c’est facile de faire le « twenty-twenty hindsight » (avec du recul, tout est clair), mais je pense que quand on analyse la situation après coup, on doit se remettre dans les pieds du commandant ou du soldat qui a pris la décision, l’information qu’il y avait, puis essayer de se dire quelle était la meilleure décision à prendre dans les circonstances. Mais souvent, il y a pas de réponse claire, puis il y a pas de bonne réponse comme dans un livre d’école, malheureusement. Ce qui fait en sorte que ça met un fardeau qui est difficile effectivement pour les soldats parce qu’ils se font face à des choix difficiles et ça peut être un fardeau pour eux. Mais je pense que c’est pour ça que c’est vraiment important d’enseigner, d’éduquer le plus possible sur le droit des conflits armés, les règles, les obligations pour que ça devienne ce qu’on appelle le « muscle memory » (mémoire musculaire) et tout de suite, on connaisse les règles, on connaisse les balises, puis qu’on les applique à la situation qui est devant nous.

Capt Orton : Puis c’est sûr que, en y parlant à grandes reprises, ça nous permet de faire peut-être un petit peu de travail de l’avance en pensant, OK, voici un scénario, ça c’est la bonne chose à faire, on en discute, quelqu’un a des opinions. Ah, peut-être on devrait faire ça comme ça, comme ça. Puis vers la fin de cette discussion-là, bien on a passé au travers de l’exercice mentalement, donc quand que ça vient, à l’instant où est-ce qu’on a une seconde à faire ces décisions-là, au moins on a déchargé un petit peu la pression de l’instant pour une connaissance qui existe déjà.

Capc Aubut : Oui, absolument. Donc, c’est pour ça que l’entraînement militaire, c’est pas juste apprendre à manier les armes ou apprendre son métier, c’est vraiment aussi apprendre le droit des conflits armés pour pouvoir l’appliquer le temps venu.

Capt Orton : Ouais. En fait, dépendant du métier ou à quel point dans notre carrière on se trouve, généralement les soldats à un certain point vont avoir des règles d’engagement. Pour ceux qui savent pas, des règles d’engagement, souvent on voit ça sur une petite carte de soldats, puis c’est vraiment les règlements de qu’est-ce que vous pouvez et vous pouvez pas faire lors d’une opération. Généralement, un soldat peut se protéger. L’autodéfense ou la défense des autres, c’est quelque chose qui existe toujours. Mais par contre, c’est là où vraiment presque, c’est la distillation de toutes ces discussions-là au niveau politique, au niveau opérationnel, au niveau stratégique qui ont pris place, puis c’est donné à un soldat. Puis c’est presque ces choses-là qu’on revisite à plusieurs reprises qui leur donnent dans leur tête un image de qu’est-ce qu’ils peuvent ou ils peuvent pas faire dans le contexte de leur opération. Et pour développer ces choses-là, il y a beaucoup de temps et d’effort qui vont en jeu, j’imagine, pour qu’un soldat sache quoi faire au bon moment. Est-ce que vous pouvez parler un petit peu du développement de ces choses-là?

Capc Aubut : Oui, tout à fait. Donc, habituellement, il y a des avocats qui sont impliqués au niveau tactique, au niveau opérationnel, puis au niveau stratégique, dans la mise en place des règles d’engagement pour s’assurer que, au niveau tactique, ça réponde aux besoins des forces qui vont être déployées, puis au niveau opérationnel et stratégique également. On va réviser les règles d’engagement, puis on va proposer des modifications, si nécessaires, pour s’assurer que toutes nos règles d’engagement respectent le droit canadien, puis le droit international, ce qui inclut évidemment le droit des conflits armés.

Capt Orton : Ouais, puis c’est pas toujours facile non plus parce que dépendant de l’environnement et de la mission, il y a beaucoup d’interactions en termes des lois canadiens, des lois de la nation hôte, peu importe qui que c’est, là t’as des droits du conflit armé. Il y a d’autres lois internationaux, peut-être…

Capc Aubut : Droit international de la personne.

Capt Orton : C’est ça. Et donc c’est un intersection de beaucoup de choses qui sont assez complexes pour encore une fois que ça arrive, qu’il y a des soldats qui vont faire des choses, faut qu’ils sachent comment agir dans cet environnement-là.

Capc Aubut : Oui, tout à fait. Hyper-compliquées, mais, tu sais, les règles d’engagement et ultimement, le « soldier card », la carte du soldat, doit être le plus simple possible parce que, tu sais, le droit des conflits armés, oui, c’est complexe, mais si on n’est pas capable de l’expliquer simplement à un soldat qui est au camp d’entraînement à Saint-Jean-sur-Richelieu, bien, le droit des conflits armés, il sera pas respecté, il va être d’aucune utilité. Si les soldats, les recrues ils sont pas capables de le comprendre, bien, c’est eux qui sont sur le front, c’est eux qui l’appliquent au jour le jour c’est pas les académiques, c’est pas les ONG, c’est pas moi avocate militaire qui est à Ottawa qui doit l’appliquer à tous les jours. Donc, c’est pour ça que c’est hyper-important, que malgré sa complexité, on soit capable de le réduire à sa plus simple essence, finalement.

Capt Orton : Faut apprécier la magie de réduire des centaines de milles de pages de textes légal avec comme une petite carte à deux bords qui « fit » (rentre) dans ta poche.

Capc Aubut : Oui, effectivement, ça vient avec certains enjeux.

Capt Orton : Donc est-ce vous pouvez peut-être parler des restrictions sur les armes? Pour simplifier le droit des conflits armés, c’est un certain point lors de la guerre des deux bords ont décidé « waouh, comme c’est un peu trop là », comme si on utilise des gaz puis des lance-flammes puis toute ça, puis c’est vraiment comme déplaisant pour tout le monde. La guerre c’est jamais plaisant, mais en plus il y a certains armes qui sont juste trop. Puis là, dans le fond, on a été d’accord que pour pas vraiment augmenter la misère humaine en général lors de la guerre, on va plus faire ces choses-là. Quelles sont ces choses?

Capc Aubut : Donc, le droit des conflits armés vient limiter les types d’armes qui peuvent être utilisées, puis la manière dont ces armes-là vont être utilisées. Donc, les armes, les projectiles, les méthodes de guerre qui sont de nature à causer des maux superflus vont être interdits. Donc quand on parle de superflu, on parle de ce qui est pas strictement nécessaire. Donc, il y a deux choses : il y a les armes qui sont interdites, puis il y a l’emploi de certaines armes qui sont interdites. Donc, il y a certaines armes que on peut pas utiliser, on peut pas se procurer à cause que ça crée des maux superflus. L’exemple le plus communément utilisé, c’est l’exemple des balles dum-dum, les balles à pointe creuse qui vont se dilater ou s’aplatir facilement dans le corps humain. Donc ça c’est les armes qui sont interdites. Les Forces armées canadiennes peuvent pas se les procurer. Ensuite, il y a les armes dont l’emploi est limité. Donc on va dire dans certaines circonstances, telle ou telle arme tu peux l’utiliser, mais dans d’autres non, parce que ça peut créer des maux qui sont superflus. Alors c’est vraiment là où on va limiter justement les armes et l’emploi des armes pour s’assurer, comme vous l’avez dit, qu’il y a une limite à ce qu’on puisse faire puis pour que ça respecte encore là les quatre principes dont on a parlé un peu plus tôt du droit des conflits armés. Ces limites-là viennent principalement des Conventions de La Haye qu’on a adopté il y a plusieurs années, mais par la suite, il y a énormément de conventions qui ont été adoptées par rapport aux, tu sais, aux mines antipersonnel et autres pour vraiment adresser chacun des enjeux qui était soulevés par certains types d’armes.

Capt Orton : Donc on a parlé pas mal du, tu sais, de la construction des lois, comment on les applique du côté canadien. Mais peut-être dans le contexte de nos adversaires, on peut utiliser l’Afghanistan, par exemple, c’est des fois l’ennemi peut utiliser comme tactique d’exploiter l’application de ces lois-là. Je vais utiliser l’exemple de peut-être des combattants qui sont pas en uniforme ou qui se dissimulent dans la population civile donc ça crée une zone grise où est-ce que c’est pas certain qu’on peut faire la bonne chose ou ça prend beaucoup de temps à faire la décision. Comment est-ce que on peut engager dans des guerres contre des tels ennemis?

Capc Aubut : Je pense la première chose qu’on doit regarder c’est bon, c’est quoi le droit qu’on a devant nous? C’est quoi le droit qui s’applique, puis comment on peut l’adapter à la situation. Si on reprend l’exemple que vous avez donné des combattants qui portent pas l’uniforme, c’est souvent ceux qu’on fait référence, aux civils qui participent directement aux hostilités, tu sais. L’exemple patent en Afghanistan, c’est les fermiers de jour qui le soir allaient poser des « IEDs » (dispositifs explosifs de circonstance) sur les routes, par exemple. Bien ça, le droit des conflits armés nous donne la réponse. Donc, les civils, comme on le sait, sont protégés dans le cadre des conflits armés, on peut pas délibérément les attaquer parce qu’ils prennent pas part à l’effort de guerre, donc on peut pas les attaquer. Mais dans le cas des civils qui participent directement aux hostilités, bien là, ils commettent des gestes hostiles envers nous, OK, on a le droit de se défendre, puis on a le droit de les attaquer. Donc durant le moment où ils prennent part aux hostilités, donc soit en posant des « IED » (dispositifs explosifs de circonstance), en nous attaquant, en servant de « lookout » (guetteurs), etc., bien dans ces circonstances-là, oui, on peut les attaquer. Donc il y a une limite parce que ça demeure quand même des civils, mais lorsqu’ils sont en train de poser des gestes hostiles à notre égard, bien on a le droit de les attaquer. Donc on a quand même parfois des solutions, il faut juste être inventif et regarder un peu comment est-ce qu’on peut l’adapter aux situations nouvelles, les situations qui se posent à nous pour essayer d’être pratico-pratique puis de protéger nos membres aussi.

Capt Orton : Donc en parlant de toutes ces lois-là, qu’est-ce qu’on fait quand les gens suivent pas le droit du conflit armé?

Capc Aubut : Pour les soldats canadiens, il peut y avoir des conséquences au niveau disciplinaire, au niveau pénal, donc, le Code de discipline militaire, lui, fait en sorte que les soldats canadiens qui sont déployés à l’étranger ou au Canada sont soumis à sa juridiction. Donc, on dit toujours que le Code de discipline militaire nous suit partout, puis c’est vrai. Donc, si nos soldats canadiens sont en déploiement puis commettent des infractions, bien ils peuvent être poursuivis soit devant la cour martiale ou encore devant nos tribunaux civils pour les infractions qu’ils auraient commises à l’étranger. Ça, c’est une chose. Donc, si y a une personne qui est décédée, il peut y avoir une accusation de meurtre, d’homicide, etc. S’il y a quelque chose de plus, c’est-à-dire s’il peut y avoir un crime de guerre, par exemple, qui a été commis, bien le Canada a incorporé dans son droit les Conventions de Genève, donc il y a à l’intérieur du droit canadien des infractions de crimes de guerre. Donc, on peut être accusé également d’avoir commis des crimes de guerre si jamais accusation doit être portée. Donc ça c’est au niveau canadien. Mais il peut y avoir aussi des accusations au niveau international. Le meilleur exemple, c’est la Cour pénale internationale. Le Canada en 2000 a justement adopté une loi ratifiée, le traité le Statut de Rome, a adopté une loi pour incorporer le Statut de Rome et accepter la juridiction de la Cour pénale internationale, ce qui fait en sorte que des soldats canadiens, théoriquement là, ils pourraient se retrouver devant la Cour pénale internationale accusés de crimes de guerre, de génocide, de crimes de contre l’humanité. Puis, si on revient au conflit de l’Ukraine et la Russie, mais justement la Cour pénale internationale récemment a émis un mandat d’arrestation contre Poutine, et une haut placée de son gouvernement, pour avoir, pour crimes de guerre, pour avoir déplacé justement des enfants de l’Ukraine vers la Russie pour les avoir déportés. Donc on voit que justement la Cour pénale internationale est impliquée dans les conflits armés à travers le monde, puis tente de rendre justice à sa manière.

Capt Orton : Donc, sur le champ de bataille, on voit qu’il y a vraiment des évolutions technologiques dans les armes. Il y a beaucoup de changements, on a des drones, on a des lasers, intelligence artificielle. On voit vraiment que les choses sont en train d’évoluer. Par contre, la loi comme telle, il y a beaucoup des lois qui sont venues en jeu dans la Première Guerre mondiale, dans la Deuxième Guerre mondiale. Comment est-ce qu’on s’assure que les lois évoluent au même pas que le champ de bataille?

Capc Aubut : Si on regarde en ce moment, justement, le droit est appelé à évoluer en matière du droit cybernétique, droit de l’espace, même la question de la protection de l’environnement dans le cadre des conflits armés, c’est très important. C’est un sujet qui est tellement d’actualité, donc c’est appelé à évoluer. Puis les États, de manière concertée, tentent de faire évoluer le droit, mais c’est difficile, tu sais, parce que quand on regarde les conventions qui ont été adoptées au 20e siècle, c’était après justement des grandes guerres. Donc il y avait une espèce de consensus parce qu’on voulait éviter qu’est ce qui venait se reproduire, donc c’était plus facile peut-être de trouver ce consensus-là. C’est sûr qu’en ce moment, avec les nouvelles technologies, les choses qui changent, c’est plus difficile d’atteindre les consensus, puis il y a autant d’opinions qu’il y a d’États. Alors il y en a beaucoup. Donc ce qu’on voit parfois, c’est l’adoption de certains manuels. Le Manuel de Tallinn, The Tallinn Manual, lui il sert à adresser certains enjeux au niveau des questions cyber. Donc, il y a certaines façons, mais c’est pas un traité, c’est pas de la coutume internationale, c’est pas contraignant, mais les États ont quand même fait l’effort de se rejoindre entre eux, puis essayer de trouver une discussion, des points communs, convergents pour faire évoluer les choses. Donc les États tentent à faire évoluer les choses, c’est très long en droit international, ça prend beaucoup de temps, de discussions, puis de compromis. Mais c’est sûr que dans les prochaines années, avec toute l’évolution, toutes les changements, surtout en intelligence artificielle, il va falloir qu’il y a des choses qui changent puis qui avancent.

Capt Orton : Je pense que dans mon expérience, pour la majorité des gens, au moins au Canada, c’est pas souvent que les gens parlent des droits des conflits armés. Pourquoi, tant qu’à vous, est-ce que c’est important qu’on en parle?

Capc Aubut : Bien, c’est sûr que ça peut sembler loin pour nous, tu sais, au Canada. On n’est pas dans un conflit armé, ça s’applique pas à nous. Tu sais, pourquoi est-ce qu’on devrait parler? Bien, il y a des conflits armés à travers le monde en ce moment. Il y en a plus d’une centaine au monde, plus de 40 au Moyen-Orient, plus de 30 en Afrique, plus de 20 en Asie et j’en passe. Et certains de ces conflits-là ont commencé tout récemment, d’autres durent depuis près de 50 ans. On a qu’à ouvrir les journaux pour vraiment voir l’ampleur. Tu sais, quand on pense à l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Plus récemment, le conflit entre Israël et le Hamas. C’est partout. Donc, donc les conflits armés touchent des millions et des millions de personnes, puis principalement des civils. Mais peu importe la raison pour laquelle le conflit armé est débuté, qu’on soit le méchant, qu’on soit le gentil, toutes les parties au conflit armé doivent respecter les règles. Même si on se fait attaquer, même si on agit en légitime défense, puis on a le droit de se défendre, on doit respecter certaines règles. C’est ce qu’on appelle l’égalité des belligérants. Puis malheureusement, on le voit justement en ouvrant les journaux tous les jours, que ces règles-là sont violées. Qu’on pense à l’attaque délibérée de civils, la prise d’otages, imposer la famine à une population civile, ce sont des violations du droit des conflits armés. Puis c’est important, puis c’est grave, il faut qu’on en parle. Puis c’est pourquoi je pense que c’est vraiment important d’en parler du droit des conflits armés puis de l’enseigner pour pouvoir prévenir, empêcher, dénoncer puis sanctionner les violations du droit des conflits armés. Puis d’ailleurs, justement, les États ont l’obligation d’instruire leur personnel sur le droit des conflits armés, puis aussi d’instruire la population. Donc, pour ramener ça au présent balado, c’est intéressant parce que sa diffusion vient justement assister le Canada à rencontrer son obligation de droit international. Donc, c’est génial.

Capt Orton : Puis dans le fond, on est vraiment, on est impliqué, veut, veut pas, on fait partie du G7, on fait partie de l’OTAN. Au travers des dernières centaines d’années où est-ce qu’on a été un pays, vraiment, on s’est impliqué dans la Première Guerre mondiale, Deuxième Guerre mondiale, la Corée. On s’implique dans toutes sortes de conflits, puis je pense que des fois les civils, tu sais, mes amis, je dirais, sont pas au courant de qu’est-ce qui se passe ou de nos responsabilités ou qu’est-ce qu’on fait au sein international et donc, comme vous dites, ça donne un contexte à qu’est-ce qu’on essaie d’accomplir.

Capc Aubut : Oui, tout à fait. Puis de permettre aux gens de comprendre. J’enseignais aussi à l’université. Puis je disais toujours à mes étudiants, tu sais, ce qu’on est en train d’apprendre en ce moment, ça vous permet de lire les journaux, de comprendre les nouvelles avec une autre perspective, puis de mieux analyser, puis d’avoir une pensée critique face à ce que vous voyez, puis d’être capable de se faire sa propre idée plutôt que de se laisser influencer un peu par tout ce qu’on voit un peu à droite et à gauche qui est dans les extrêmes souvent, malheureusement, dans les médias.

[Musique commence]

Capt Orton : Parfait. Bien, merci beaucoup d’avoir pris le temps de nous parler.

Capc Aubut : Merci.

Capt Orton : Ça, c’était la capitaine de corvette Amélie Aubut qui est avocate au Cabinet du juge-avocat général. Et moi, je suis capitaine Adam Orton pour Le balado de l’Armée canadienne. Prenez soin de vous!

[Musique termine]