L'heure de grande écoute

Est-ce que Les Cowboys Fringants ont contribué à politiser toute une génération?

Les Cowboys Fringants ont marqué toute une génération. Élise Ekker-Lambert et Gaël Poirier explorent le legs de ce groupe phare de la culture québécoise, la portée et l’impact de leurs chansons sur l’individu, la société et l’engagement citoyen.

· Animation : Julien Morissette
· Invitée, scénarisation et coréalisation : Élise Ekker-Lambert
· Invité et coréalisation : Gaël Poirier
· Collaboration : Mickaël Bergeron, Martine Desjardins, Danick Trottier et Rodrigue Turgeon
· Production au contenu : Audrey Blackburn
· Indicatif musical : P’tit Belliveau
· Réalisation sonore, enregistrement, montage et mixage audio : Simon Coovi-Sirois
· Musique originale : Simon Coovi-Sirois et Alexis Elina
· Caméra et montage vidéo : Patrick Lozinski
· Recherche : Emmanuelle Gauvreau et Maude Petel-Légaré
· Script-édition : François DesRochers
· Cheffe de contenu pour Télé-Québec : Sophie Bélanger
· Coordination : Clara Gauthier-Morrison
· Communications : Louis-Philippe Roy
· Visuel : bureau60a
· Remerciements de l’épisode : Les Cowboys Fringants, Francis Bélanger, Marc-Antoine Jodoin et Mélanie Jean
· Remerciements de la série : Steven Boivin, Clara Lagacé et Sophie Lacelle-Bastien de Transistor Média

Archives et extraits
· Extrait de la vidéo « Les Cowboys Fringants à Amos », Facebook, publié par Marc-Antoine Jodoin, 13 avril 2012.
· Extrait de la vidéo « 22 mars 2012 à Montréal - 2 minutes comme si vous y étiez !!! », Facebook, publié par Jean-François Veilleux, 26 mars 2012.
· Musique : Le Shack à Hector / Paroles et musique : Jean-François Pauzé / Éditions : Editions JFP et Editions De La Tribu / Année : 2000
· Musique : En berne / Paroles et musique : Jean-François Pauzé / Éditions : Editions JFP et Editions De La Tribu / Année : 2002
· Musique : La Fin du Show / Paroles et musique : Jean-François Pauzé / Éditions : Editions JFP et Editions De La Tribu / Année : 2024
· Musique : Break syndical / Musique : Marie-Annick Lépine, Dominique Lebeau / Éditions : Editions JFP et Editions De La Tribu / Année : 2002

L’heure de grande écoute est une série de Transistor Média, produite en collaboration avec Télé-Québec.

Ce projet a été rendu possible grâce au soutien financier du ministère de la Culture et des Communications du Québec et de la Ville de Gatineau (via l'Entente de développement culturel avec le gouvernement du Québec).
/
Transistor Média, basée à Gatineau (Québec), est un studio de création, de production et de diffusion d'œuvres audios. En plus de ses balados, l’organisme tient annuellement le Festival Transistor et le Kino-radio.

Site Web de Transistor : https://transistor.media
Pour découvrir le catalogue de balados : https://transistor.media/balados
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What is L'heure de grande écoute?

Découvrez les récits touchants et les anecdotes familiales qui témoignent de la créativité et de l’humanité de celles et ceux qui façonnent le Québec. Une plongée dans des histoires insoupçonnées, portées par des voix d’ici.

Pilotée par Julien Morissette, la série hebdomadaire donne la parole à celles et ceux qui façonnent la province au quotidien. Des créateurs·trices issu·e·s de tous les horizons se succèdent pour raconter des expériences qui résonnent bien au-delà de leur parcours personnel, révélant les forces invisibles qui tissent notre société.

· Animation et réalisation : Julien Morissette
· Production au contenu : Audrey Blackburn
· Indicatif musical : P’tit Belliveau
· Réalisation sonore, enregistrement, montage et mixage audio : Simon Coovi-Sirois
· Musique originale : Simon Coovi-Sirois et Alexis Elina
· Caméra et montage vidéo : Patrick Lozinski
· Recherche : Emmanuelle Gauvreau et Maude Petel-Légaré
· Script-édition : François DesRochers
· Cheffe de contenu pour Télé-Québec : Sophie Bélanger
· Coordination : Clara Gauthier-Morrison
· Communications : Louis-Philippe Roy
· Visuel : bureau60a
· Remerciements : Steven Boivin, Clara Lagacé, Marysol Foucault et Sophie Lacelle-Bastien de Transistor Média

L’heure de grande écoute est une série de Transistor Média, produite en collaboration avec Télé-Québec.

Ce projet a été rendu possible grâce au soutien financier du ministère de la Culture et des Communications du Québec et de la Ville de Gatineau (via l'Entente de développement culturel avec le gouvernement du Québec).
/
Transistor Média, basée à Gatineau (Québec), est un studio de création, de production et de diffusion d'œuvres audios. En plus de ses balados, l’organisme tient annuellement le Festival Transistor et le Kino-radio.

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Quand j'étais ado, j'avoue que j'ai eu
une phase d'engagement assez intense
envers les Cowboys fringants.

Je pouvais aller voir le groupe en
spectacle dix fois par année, un peu
n'importe où entre Gatineau et Québec.

Beaucoup de routes parcourues dans la
Eagle Summit 92 de mon frère Benoît,

à se rendre à des festivals, dans des
arénas, des petits bars ou des salles
mythiques du Québec.

C'était pendant la tournée Break
Syndical en 2002.

Ça a été une relation courte, mais
tellement intense.

Je n'ai pas continué à suivre le
groupe après cette période-là,

mais ça a laissé une trace vraiment
importante dans qui je suis devenu. Un
soir d'été, il y a

7 ou 8 ans, dans l'appartement de mon
frère, je regardais la pochette du
vinyle de Break

Syndical, un disque que le journaliste
Dominic Tardif décrit comme « l'album
qui allait cimenter

le statut de groupe phare d'une
génération ». Et mon frère et moi, on
s'est posé la question,

quelle influence a eu cet album-là
dans nos parcours de vie. Lui a fait de
longues études en sciences politiques

jusqu'au postdoctorat, et moi, j'ai
réalisé

quelques documentaires sur l'histoire
musicale

et culturelle du Québec. Mais plus
largement,

on s'est amusé à se poser la question,

est-ce que cette phase-là du groupe,

durant laquelle leur musique jouait
partout, à la télé,

à la radio, dans les salles du Québec,

a contribué à politiser notre
génération?

Aujourd'hui, avec Élise Ekker-Lambert
et Gaël Poirier, deux documentaristes qui s'intéressent

à des sujets sociaux et
environnementaux

dans leurs projets.

On se penche sur cette question-là,
qui me fascine depuis presque dix ans.

Est-ce qu'un artiste ou un groupe peut
transformer une génération?

Bienvenue à L'heure de grande écoute.

Le balado qui vous fait entendre les
histoires vraies et les personnages
surprenants qui façonnent le Québec.

L'épisode d'aujourd'hui, Génération
Cowboys.

On est en studio avec Élise et Gaël.
Salut à vous deux.

Salut.

Salut.

J'imagine que, j'espère, que les
Cowboys vous ont autant marqué que moi
dites moi oui. Ah oui, moi je

pense que les Cowboys ça m'a marqué de
mon enfance et ça m'a accompagné très
loin dans ma vie. Je repense

à quand j'étais très jeune, j'avais
sept ans, mes parents se sont séparé,
mon père est parti vivre

en appart puis on faisait tout le
temps rouler l'album de « La
Grand-Messe » sur le vieux stéréo

dans le salon. Je me rappelle c'était
pas des paroles nécessairement joyeuses
sur cet album-là, mais

mon frère et moi, c'est comme ça nous
passait pas dessus la tête. On dansait

fort, on piochait fort sur le plancher
puis on chantait fort, mais non c'est
ça je pense que ça

m'a accompagné dans ma vie. Tu sais
après ça, je me rappelle j'écoutais
dans la Hyundai accent 2000 de

mon chum du secondaire de l'époque
« L'expédition », on chantait ça en
boucle tout le temps aussi fait que

ouais, ça m'a accompagné tout le temps.

Moi c'est drôle ça a plus passé
par le top 5 franco à MusiquePlus. Je pense

qu'on était plusieurs là à vivre une
espèce de semi-angoisse, semi-vertige

en écoutant le vidéoclip de la chanson
« Plus rien ».

Oui.

Qui est une toune qui parle du
désastre écologique

et de la fin de la vie sur Terre si on
n'agit pas.

C'est un peu lourd.

Tu n'es pas toujours prêt à écouter ça
quand tu as genre 11 ans.

Oui, ça peut déclencher un petit peu
d'éco-anxiété, on s'entend.

Sûrement un déclencheur d'éco-anxiété.

Puis les albums précédents de « La
Grand-Messe »,

on les a rattrapés, je pense, plus un
peu au cégep

ou dans notre adolescence.

Mais moi, d'une manière ou d'une
autre, c'est sûr que ça a contribué à
ouvrir une porte sur des réflexions sociales, politiques.

Oui, moi aussi.

Puis même si les albums après « La
Grand-Messe » me semblaient un peu
moins frontalement dénonciateurs,

il y avait toujours un sous-texte
social et politique, une critique de
notre société.

Je pense entre autres à « L'Amérique
pleure », plus récemment, mais aussi
« Monsieur », « Shooters » ou « L'Horloge ».

Il y avait toujours des histoires
touchantes auquel on a pu s'identifier.

Bref, ça nous a comme accompagné dans
un parcours naturel, on a grandi avec
eux.

Ok, est-ce que vous iriez jusqu'à dire
que ça a influencé votre travail parce
que bon vous avez

co-réalisé en 2023 la série balado
« Au pays des cratères » qui est un
projet qui s'intéresse à

la course aux minéraux critiques
stratégiques donc à l'ouverture de
nouvelles mines en Abitibi.

Est-ce qu'il y a un petit peu de
Cowboys là-dedans, dans cette
démarche-là?

Oui, je pense que oui.

Je pense que notre envie de protéger
le territoire,

de s'y connecter plus, ça vient entre
autres de là.

Je me souviens encore des paroles de
la chanson « En berne », « Et dans le parc
de la Vérendrye.

Ils continuent à tout raser. »

On ne parle pas souvent de ma région
natale,

dans la sphère publique, à la
télévision, dans les médias.

On parle du parc de la Vérendrye, moi
je le traversais.

C'est comme interpeller le petit gars
de l'Abitibi.

J'avais commencé à me poser des
questions à ce moment-là.

Puis la vie faisant drôlement les
choses,

en travaillant sur ce balado-là
« Au pays des cratères »,

on a rencontré Rodrigue Turgeon,

qui est un avocat en droit de
l'environnement,

qui est en Abitibi.

Puis c'est aussi un grand fan des
Cowboys.

Fait que là, au décès de Karl, en
fait, en 2023,

Karl, le chanteur du groupe.

Rodrigue avait posté sur sa page
Facebook

un long post en hommage à Karl.

Puis on s'est comme rendu compte que
ça avait été

vraiment important dans sa vie.
C'était après

qu'on a fait « Au pays des cratères ».

On était quand même curieux
aujourd'hui de savoir

c'était quoi son impact avec le
groupe.

Quel impact le groupe a eu sur lui

en fait, parce que c'est vraiment

quelqu'un de très engagé là, Rodrigue,
dans la région puis au Québec.

Oui, Rodrigue, c'est une voix

qu'on entend sur plusieurs tribunes,

beaucoup en Abitibi, mais au plan
national

et provincial aussi, en ce qui
concerne

les enjeux sociaux, légaux et
environnementaux

qui sont liés à l'exploitation
minière.

C'est un gros dossier à gérer.

C'est aussi un solide

canoteur qui a navigué d'Amos

jusqu'à la Baie James, sur le fleuve

Arikana. C'est un cours d'eau

qui est important, mais qui est aussi
menacé par l'extractivisme

autant forestier que minier.

Il s'est impliqué aussi dans de
nombreux

dossiers au Québec, dont les plus
connus.

On compte le Gazoduc

GNL, Northvolt,

la fonderie Horn. Ils s'impliquent
dans

toutes sortes de projets miniers dont
on entend

moins parler. Bref, au Québec,

s'il y a un problème d'exploitation

minière, il est là, il est partout.

Dans le cadre de notre épisode, il a
accepté de sortir

un peu de son

professionnalisme d'avocat

pour nous parler des Cowboys parce que

c'est un groupe, puis là je le cite,
qui l'a vraiment transcendé.

OK, c'est quand même très
fort là. Comment Rodrigue a découvert
les Cowboys ?

C'est son demi-frère qui avec les albums

« Motel Capri » et « Break Syndical ».

Ok, ouais. Puis, c'est drôle, il me
disait, je me

rappelle encore des la chanson « Heavy
metal » qui lui faisait un peu peur
quand il était enfant. Parce que lui,

il était quand même jeune à ce moment là.
Mais ça lui a donné envie d'écouter d'autres
albums puis de suivre le groupe ensuite.

Puis, lui quand il écoutait ses
chansons-là, justement, avec son

demi-frère, c'est vraiment ça qui les
a soudés.

Puis comme toi, puis ton frère

Julien, il était toujours front row
dans les shows.

Ben oui, c'est ça. Moi, je suis né en
88,

donc j'imagine qu'on est un peu dans
les mêmes âges.

Son demi-frère et moi, mon frère est
né en 82,

donc ça nous a touchés en tant que
millénariaux.

Puis Rodrigue, lui,

a été rapidement un ado engagé

qui prenait position dans des luttes
sociales

et environnementales. Mais
malheureusement,

en 2012, en plein cœur de la grève
étudiante, les choses se passaient pas

ben ben au cégep d'Amos.

C'est une honte ce qui s'est passé au
cégep à Amos. Je crois que c'était

le seul cégep où il n'y a pas eu de
vote de grève étudiant. C'est même pas
comme on est contre la

grève. C'est on est contre le vote de
grève. Puis, je m'exclus de cette
équation

parce que j'ai tenté de forcer la
tenue d'un vote

parce qu'on nous niait notre droit de
vote.

Donc j'ai fait circuler une pétition,

puis je me souviens, le président du
conseil étudiant

a pris la pétition, me l'a arrachée
des mains,

il l'a déchirée devant tout le monde.

Et ça, ça m'a consterné.

On était la risée du Québec collégial.

Puis tu sais, c'est ça, je me
réfugiais dans l'écoute furieuse des
Cowboys

fringants quand même à ce moment-là.

C'est ça. Fait que lui et ses amis
sentaient le besoin de s'impliquer dans
quelque chose

à ce moment-là. Ils ont voulu brasser
la cage un peu au cégep. Fait que lui
et ses

amis musiciens se sont présentés dans
un concours musical.

OK.

Ils ont voulu interpréter le « Shack à
Hector ».

OK, ouais, un classique. Il me semble
que c'est sur « Motel Capri », cette
chanson-là.

Puis, est-ce que c'était sa première
fois sur scène?

Bien, ses amis étaient musiciens,

mais il faut savoir que Rodrigue,

puis là, je rapporte les propos,

il dit lui-même, il ne chante pas
tellement sur la note.

Fait que lui, étrangement,

il a comme hérité du rôle de chanteur
pour ça.

Puis malheureusement, le show,

c'est pas passé comme il pensait.

On était déguisés, on avait vraiment,
tu sais,

mis le paquet sur les pratiques.

On était bons, on l'avait, puis elle
est pas si dur comme toune, mais

là on fait notre toune puis je
m'emballe, je prends, je sors le micro
du trépied, je me promène

sur la scène, je rentre de la salle
pendant le « Shack à Hector »,
j'arrive, je remets le micro sur le trépied.

Je continue à chanter, puis là, à
moment donnée il y a un gars, un de nos
amis dans la salle, il monte sur la scène.

Il prend le micro. Il rouvre. Puis, là je dis
« qu'est-ce que tu fais là? »
Il dit, ça fait genre une minute

que tu chantes, puis genre on t'entend pas,

t'as fermé le micro ou

le micro est fermé. Là, on est

déboussolé, on est

confus, on est gêné.

On essaie de reprendre la toune,

on se regarde, on la reprend là,
finalement

le batteur, il fait la finale

deux couplets d'avance, ça a

pas d'allure. Là, on quitte

la scène sous les

huées, pratiquement, ou les rires.

On a l'air d'une gang de bozos.

On rentre dans les coulisses.

J'envoie promener le technicien.

Je dis, c'est qui le tabarnak

qui a fermé mon micro?

Il part à rire et il dit, c'est toi le
tabarnak

qui a fermé ton micro.

Là, les gars sont fâchés après moi.

Notre guitariste, Antoine Jobin,

rentre dans la loge. Il prend les
chaises.

Il les swing dans tous les sens.

Il dit, on ne pourra plus jamais
regarder les Cowboys en pleine face,

écouter leurs tounes, on a toute
scrappé, on est une honte,

on ne pourra plus jamais écouter les
Cowboys.

Là, moi, je suis responsable de ça,
puis là, je leur dis,

tout ce que je trouve à leur dire,
c'est, on va se reprendre.

Ça fait que ça ne s'est pas passé tout
à fait comme ils voulaient.

J'imagine, mais en fait, j'imagine la scène dans
les loges d'un cégep tellement dramatique.

Avec ces jeunes adultes qui sont tellement
déçus, mais Antoine Jobin avec les
chaises puis tout.

Ça y est allé. C'était important pour lui,
il tenait fort. Là, Rodrigue il se
sentait coupable, mais là, la semaine

suivante, les Cowboys allaient être de passage à
Amos. Rodrigue, bien, pour se racheter,

parce que ses amis étaient fâchés,

puis aussi, bien, c'est ça, il voulait
leur remonter le moral.

Il a contacté le groupe pour savoir
s'ils pouvaient

chanter une de leurs tounes avec les
Cowboys.

Pour vrai?

Sur la scène.

OK. Pour être capable de les regarder
en pleine face encore.

Moi, j'avoue que je les ai côtoyés un
tout petit peu, là,

dans mon autre vie de musicien,

puis ils sont tellement sympathiques
et accessibles,

l'équipe des Cowboys, que j'imagine
qu'ils ont répondu.

Ils ont pris la peine de répondre au
moins.

Non seulement ils leur ont répondu,

mais ils leur ont demandé de
s'habiller avec des cagoules fluos

et de se tenir sur le bord de la scène

pour que les Cowboys les reconnaissent

et qu'ils leur fassent signe de monter
le moment venu.

Ah, wow!

Karl, sur la scène, il dit,

« Bon, les gars, ils ont choké

leur shot la semaine dernière,

donc on va se reprendre avec eux
autres.

Checkez bien ça. »

Donc là, ils nous font monter et il
dit,

« Pour une première on laisse nos
instruments à

d'autres mondes pis là c'est eux qui
vont jouer le Shack à Hector. Le
guitariste, JF Pauzé,

le bassiste, Jérôme Dupras, le drummer
du moment passe leurs instruments à
Charles qui est à

la batterie, Antoine à la guitare pis
l'autre Antoine à la bass, puis ils ont
joué la toune.

Il y a juste Karl qui était là à
chanter parce qu'effectivement, je ne
chante pas très bien.

Il était là pour un peu compenser,
disons.

Puis, c'est un moment surréel de
chanter avec eux sur la scène,

avec les gens qu'on aime dans le
salle.

C'était vraiment magique.

Les Cowboys qui nous ont passé leurs
instruments, ils se sont déguisés, ils
se promenaient dans la foule,

donnaient des bières à tout le monde,
body surf, c'était malade.

C'est l'un des plus beaux moments de
ma vie, sinon le plus beau.

Je veux toujours pouvoir me remettre
sur la scène,

aux côtés de Karl, qui monte à jouer
du gazou,

puis que, avec, je sais,

je me souviens des gens qui étaient
dans la salle,

devant, tu sais, ça m'a tellement
frappé,

j'étais un jeune adulte, là, tu sais,

qui avait fait aucune preuve dans le
monde,

puis qui se demandait tellement

où est-ce qu'il s'en allait, tu sais,

je pense que tous les enfants

qui deviennent ados, qui passent par
le cégep,

c'est une des périodes les plus dures
de notre vie.

Là, de vivre ça,

à ce moment-là,

la dose de bonheur que ça t'insuffle,

c'est plus que l'événement du cégep
pour moi.

C'est pas comme « Hey, sont donc bien
cool les Cowboys? »

C'est que c'est le groupe ou les
artistes qui ont le plus d'impact dans
ma vie.

Les Cowboys fringants, c'est tellement
un groupe qui est proche de son public,

quiconque les a vues en spectacle, en
entrevue,

peu importe, le sait, il peut le
sentir.

Donc, les voir en show, pour vous,
pour moi, pour Rodrigue,

je pense que ça a été des points
tournants dans nos vies.

Ça a vraiment changé de quoi.

Est-ce que vous pensez qu'on peut le
mesurer dans la collectivité?

Parce que c'est finalement, moi, la
question qui m'intéresse le plus,

à savoir si la musique des Cowboys a
pu être une bougie d'allumage

pour la conscientisation politique.

C'est ça, on ne s'attaque pas à une
petite question, je pense, en parlant
de ça.

Mais c'est sûr que nous, on se l'est
posé,

bon, c'est ça, en s'analysant, en
prenant un pas de recul

sur notre engagement commun avec
d'autres personnes,

puis les gens avec qui, justement, on
s'engage aussi

se sont posé cette question-là.

C'est vraiment... Il y a beaucoup de
personnes.

Oui, puis tu sais, moi, une des
hypothèses

que je lance comme ça, c'est les
premiers albums

dans les années 90 étaient peut-être
plus humoristiques,

accessibles, tu sais, c'est comme un
pastiche de country.

Ça s'appelle les Cowboys fringants.

Et tranquillement, pas vite,

dans la discographie, il y a des
pièces

qui sont plus engagées, donc j'ai
l'impression

que ça facilite, c'est comme une
espèce de

chemin vers

des causes sociales, vers

une réflexion plus critique qui se
fait

de façon progressive, je sais pas.

Ben oui, ben tu sais, « 12 grandes
chansons » ou

« Sur mon canapé », ça c'était

dans les premiers albums, c'est comme

de la chanson plus sympathique, comme on
pourrait le dire,

mais ça a pas été long, tu sais, on a
vraiment

commencé à sentir les chansons plus
engagées

entre autres en 2000

sur « Motel Capri » avec « Le gars de
la compagnie »

qui est une chanson qui a marqué
énormément

de personnes. Sur les coupes à blanc,
sur l'industrie

forestière. Absolument. Puis sur les
conditions

d'ailleurs aussi de ces gens-là. Des
travailleurs.

Des travailleurs. Il y avait vraiment
une position

sociale, environnementale déjà
affichée.

Puis tout ça, ça se passe aussi en
2000.

Il faut quand même rappeler dans le
contexte où on est

qu'on est dans un mouvement de
contestation alter mondialiste. On
pense à 2001, le Sommet des

Amériques. Exactement, c'est un
croisement, on est à ce moment là, les

questions environnementales commence
de plus en plus importante. On est
après

l'échec du deuxième référendum donc
c'est des nouvelles questions sociales

qui nous préoccupent.

C'est ça, mais il y a un contexte, mais
ça reste

que c'est quand même difficile à
mesurer l'impact que la musique a sur la

population à ce moment là.

Tu as bien raison Gaël.

Tu sais, comme là, on a le témoignage
de Rodrigue, on a le tient, on a le
notre, mais

au delà du témoignage individuel, ça
s'explique comment l'influence de la
musique

sur un individu ou la société. On voulait vraiment
comprendre un peu comme la science
derrière ça. Puis, on se demandait

même, il y as-tu vraiment un effet Cowboys.
Ou c'est juste nous, qui sommes des fans du groupe.

Tu as raison, on est peut-être
un peu biaisé finalement.

Mais ce serait possible, mais on

s'est dit on va devenir des grands
scientifiques, et ne reculant devant
rien.

C'est à ce moment-là qu'on a commencé
à chercher

justement des études

sur les Cowboys, puis on s'est dit,

ça existe-tu tout court?

Y a-t-il des sociologues, des
musicologues

qui sont intéressés à notre question?

Je l'espère, là. Mais c'est quand même

niché, là. La question, plus on
avance, plus

c'est étroit comme

champ d'intérêt.

On se disait qu'on n'allait trouver
rien. Mais finalement,

on a quand même été surpris

de découvrir qu'il y a plusieurs
chercheurs

et chercheuses qui les ont étudiés.

Ah oui, OK.

Oui, on est entre autres tombés sur

Danick Trottier,

qui est professeur de musicologie

à l'Université du Québec à Montréal.

Je vais lire ce qu'il fait,

parce que sinon, je ne me rappellerai
pas,

mais c'est un spécialiste de l'analyse
musicale

et du rôle socio-culturel de la
musique populaire au Québec.

OK, c'est bon, ça.

Oui, donc en gros, c'est un historien
de la musique

avec des perspectives culturelles,

sociologiques et esthétiques, mais
s'intéresse particulièrement

à la musique populaire à travers les
siècles d'où son intérêt pour les
Cowboys fringants.

C'est comme

notre licorne on a trouvé la bonne
personne.

Oui, c'est ça, on l'a trouvé. Enfin, et
il a fait

de nombreuses publications et analyses
sur le groupe fait qu'il a apparu dans
les médias pour

en parler. Il connaît vraiment ça les
Cowboys fringants. Donc, on n'est pas
passé par quatre chemins avec

lui et on lui a posé directement la
question, est-ce qu'une oeuvre
musicale,

un groupe ou un artiste

peut influencer socialement ou
politiquement

un individu ou la collectivité?

Moi, je répondrais que oui. Oui,

assurément.

Alors voilà, mystère résolu.

Ah, simple de même. Merci Danick. Vous
avez écouté l'heure de grande écoute.

On se revoit la semaine prochaine.

Non, mais sérieusement. C'est ça,

il a apporté plusieurs nuances
intéressantes. Oui, j'imagine.

Parce que pour lui, influencer
l'individu

versus la collectivité,

c'est vraiment deux choses
complètement différentes.

C'est ça. Au niveau individuel, la
prise de conscience qu'on peut avoir

en écoutant une chanson avec des
propos politiques très forts,

elle existe. Ça existe, ce
phénomène-là, mais elle existe pour
deux raisons.

En premier, parce que l'artiste va
incarner son message à travers son art

et dans sa vie personnelle.

On l'a vu avec les Cowboys fringants,
par exemple,

toute la cause environnementale,
comment elle est portée.

Un exemple avec Jérôme Dupras, le
bassiste, lui s'est engagé autant comme

professeur avec sa chaire de
recherche.

Oui, ici à l'Université du Québec en
Outaouais. Exactement.

Pour l'économie écologique ou il ya
aussi la Fondation Cowboys fringant qui
a été créé par

le groupe qui met leur musique au
service d'une gestion saine
respectueuse et réfléchie de

l'environnement. Bien oui comme des
gestes concrets, des initiatives
concrètes.

Ils incarnent ce qu'ils disent. Ils
sont

allumés, ils mettent ça en action.

Les bottines suivent les babines. Oui.

Puis en deuxième, Danick nous a dit

qu'une prise de conscience est forte

quand le propos, il est fort,

quand la chanson est traversée d'une
musique qui porte,

mais qu'il y a aussi une émotion qui
est générée là-dedans.

Dans le fond, ça nous touche, ça nous
marque,

puis ensuite, ça nous pousse à
l'engagement.

Bien oui, tu sais, on parlait de « Le
gars de la compagnie »,

cette pièce-là sur « Motel Capri ».

Mais ça, c'est donc une question
environnementale.

Mais dans les pièces des Cowboys
fringants par la suite, il y a plein

d'autres enjeux sociaux qui sont
abordés.

Donc, on peut aller au-delà de cette

thématique-là. Oui, totalement.

En fait, Danick, comparait même

cet impact sur l'individu à l'époque
de la guerre

du Vietnam aux États-Unis. OK.

Quand il y avait des prises de
conscience pour la paix,

des mouvements pacifistes, et quand il
y a des gens qui se

réunissaient, faisaient des bed-in ou
des

sit-in, et qui décidaient de porter

ce flambeau-là contre la guerre du
Vietnam

sur les campus américains. Il y avait
des artistes qui

portait aussi cette cause là à
l'époque comme John Lennon ou Bob Dylan
par exemple, on pourrait en nommer plein.

Comment cette cause là était incarnée
par des artistes, ça été très important
au niveau individuel. Ouais, c'est ça.

On parle du niveau individuel, mais là
l'aspect collectif de... c'est un peu
la deuxième partie

de votre question, qu'est ce qui vous
a dit par rapport à ça. Est-ce que les
Cowboys s'inscrivent dans des positions

qui sont un peu plus marquées et plus partisanes.

Parfois, on sent clairement leur
opinion qui est affichée, est-ce que ça
a une influence ça?

Mais, c'est là que les pistes vont se
brouiller un petit peu parce que
l'effet individuel ce qu'on

se disait c'est pas mal plus facile à
mesurer. Tu sais quand on parlait à des
gens qu'on a croisé il pouvait

nous dire exactement quelle chanson à
quel moment précis les ont marqués,
quel effet ça l'a fait ça, ça se quantifie, ça se mesure.

Mais au niveau collectif,

Danick avait plusieurs bémols parce
que pour lui,

c'est pas parce qu'une masse écoute un
artiste

avec un propos engagé qu'on partage
nécessairement

toutes les opinions de l'engagement.

OK, je comprends la nuance.

Oui.

Il nous a donné l'exemple, entre
autres, de Gilles Vigneault,

qui à l'époque plaisait à un vaste
public,

mais il y en a beaucoup qui
décrochaient

quand ça devenait trop politique,
justement.

Fait qu'on peut être influencé en
gros, mais ça va pas

tout à fait nous faire changer
d'allégeance politique.

Mais là où ça devient intéressant

c'est quand il ya des phénomènes ou des
moments historiques sont soit cumulatif

ou parallèle. C'est pas clair quand
je le dis comme ça. Non, non, mais je vous expliques.

Merci. La chanson devient encore plus
puissante, plus forte

quand il y a des événements externes à
la chanson qui viennent s'y greffer et
qui viennent lui donner un sens.

Là, on pourrait parler d'un effet
collectif.

Le meilleur exemple, c'est le
Printemps érable de 2012.

Durant le Printemps érable de 2012,
évidemment, c'était la cause des droits
de scolarité,

de l'accès universel aux études
supérieures au Québec.

Quand la grève de 2012 a commencé, ça
a été un petit peu par échantillon dans
certaines

universités, dont l'Université de
Montréal et l'UQAM, surtout l'UQAM en
premier,

après l'Université de Montréal.

Bon, les autres universités ont
embarqué tranquillement,

par après, c'est devenu très gros.

Ce qui est intéressant, c'est que les
artistes ont commencé

tranquillement à prendre position, à
écrire des chansons.

Je me rappelle d'Ariane Moffat, je me
rappelle aussi d'artistes,

par exemple, en musique classique,

il y avait eu un ensemble de
musiciens, d'étudiants

qui avaient été créés.

Et il y a des chansons qui existaient
déjà,

qui sont devenues emblématiques à ce
moment-là du mouvement.

Et je pense à une, qui est celle des
Locolocas,

qui datait déjà de pratiquement huit
ans, c'est « Libérez-nous des libéraux ».

Et donc, les artistes avaient commencé
à prendre conscience, à prendre la
parole.

Et j'ai plus l'impression qu'au début
des années 2010,

puis entre autres au moment du
Printemps érable,

c'était plus le répertoire des Cowboys
de 2000, grosso modo,

de 2002 à 2006, qui faisait sens

et qui était beaucoup, beaucoup repris
et tout.

Parce qu'il ne faut pas oublier qu'en
2012,

pour les gens qui avaient début
vingtaine,

les Cowboys fringants avaient été
importants pendant leur adolescence.

Donc c'est ça aussi, il ne faut jamais
oublier,

la prise de conscience, l'engagement
est fort aussi

par rapport à la jeunesse.

Il ne faut jamais l'oublier.

C'est-à-dire que la musique populaire
reste quand même une musique qui

rassemble tous les âges, mais on sait
dans les études sur les musiques
populaires que

la jeunesse a toujours été un moment
de cristallisation des goûts musicaux,
des influences musicales,

aussi de fortes émotions, parce que
pendant l'adolescence, le cerveau se
développe,

les émotions sont plus à vif, etc.
Donc, le rapport à la musique est
beaucoup plus

fort à l'adolescence. Donc, pour ceux
qui avaient écouté les Cowboys
fringants

adolescents au début des années 2000
et dans les années 2000,

c'est certain que quand ils ont vécu
les années 2010,

de réutiliser la musique des Cowboys
fringants,

ça faisait sens.

C'était une continuité logique par
rapport à leurs goûts musicaux.

Donc, il ne faut pas l'oublier.

J'aime beaucoup la façon dont Danick
Trottier l'explique,

cette manière-là de contextualiser ou
recontextualiser

une pièce déjà existante.

Ça me fait penser à « All Right », la
chanson de Kendrick Lamar qui était
utilisée

dans les manifs de Black Lives Matter
il y a quelques années. Donc, on a
repris cette pièce-là

pour créer, pour se rassembler dans
les manifs. Et c'est donc ce qui a été
fait durant le mouvement

étudiant, durant le Printemps érable
en 2012. C'est des pièces, des Cowboys
fringants qu'on avait

entendues, qu'on avait vues en
spectacle et là, on a utilisé pour
rallier les troupes lors des

manifestations. Oui, exactement. Puis
pour le mesurer puis le confirmer, on a
voulu parler à quelqu'un qui avait vécu

2012 de très, très près.

On a parlé avec Martine Desjardins,
qui était la présidente de la
Fédération étudiante universitaire du

Québec ou la FEUQ, une des trois
leaders du mouvement étudiant en 2012.

Elle aussi, c'est une très grande fan
des Cowboys.

Ah oui!

Je pense que je ne compte plus sur
tous les spectacles que je peux avoir
vus, en fait, des Cowboys fringants

dans les années. C'est une musique que
j'écoutais aussi juste pour le plaisir d'écouter

puis qui a résonné avec plusieurs
moments dans ma vie

au cours des années. Certaines chansons
qui, soit qui reviennent ou que je
revisite de temps en temps.

J'avais l'impression que parfois ça
reflétait un peu le moment où j'étais
rendue dans ma vie.

Les Cowboys on les entendait énormément
dans le cadre des manifestations

parce qu'il n'y a pas de manifestation qui se
respecte si on n'a pas une bonne playlist.

Ça prend ça, on n'a pas le choix.
On ne mettait pas la chanson de

« La manifestation », on avait interdit ça
dans toutes les listes de lecture des
manifestations parce

qu'on ne peut pas être dans une
manifestation avec une chanson qui dit
que ça ne sert à rien

de manifester. Il y a comme quelque
chose qui ne fonctionne pas. Ceci dit,
on avait quand même,

bon, « En berne », il y avait quand
même ce genre de chansons-là qui,
peut-être dans les albums, peut-être

plus au début en fait, je dirais des Cowboys,
qui sont moins défaitistes,

tu sais, qui étaient un peu plus
revendicateurs.

Donc, c'est pour ça que, « En berne »,
je trouve que, tu sais, ça marque bien,
si on peut marcher là-dessus.

Il y a quelque chose qui est quand
même, qui nous permettait de se tenir
debout un peu,

puis un peu de réclamer, de demander.

Les Cowboys sont passés dans un autre
registre dans les dernières années.

Donc, on avait quand même beaucoup de
chansons

dans les manifestations, mais il
fallait, c'est ça,

bien les choisir.

Et je pense qu'il y en a beaucoup
aussi.

J'ai l'impression que les Cowboys sont
redevenues

beaucoup populaires en 2012.

On aimait beaucoup les listes de
lecture francophones.

Il y avait très peu de chansons
anglophones

dans les manifestations qu'on faisait.

Quand justement, un chanteur est
décédé.

On a vu, justement, cette
génération-là de 2012

un peu qui a pleuré comme si c'était
son frère,

en fait, qui venait de perdre, parce
que 2012 a été une année

très intense où les gens ont réécouté,
réécouté en boucle

certaines chansons. Je pense que ça a
beaucoup marqué.

C'est vrai ce que Martine Desjardins
dit.

Il y a eu quand même un peu de
désillusion

après le Printemps érable.

Oui, le gouvernement de Jean Charest
est tombé.

Il y a eu un court mandat du PQ où on
pensait que les choses

allaient changer un tout petit peu.

Donc, de replonger dans ça à travers
la mort du chanteur des Cowboys
fringants,

qui est Karl Tremblay, qui est décédé
en 2023 des suites d'un cancer.

Il est mort assez jeune, il avait 47
ans.

Je pense que ça, ça a ajouté une
charge émotive assez importante.

Le Québec en entier a été comme secoué
par son décès.

Oui, puis tu sais, il y a tout le
temps des moments dans l'actualité

où on se souvient précisément où
est-ce qu'on était à une annonce
importante.

Je ne sais pas si toi, tu as eu ça à
ce moment-là.

Complètement, complètement.

C'est des moments marquants qui
laissent des traces.

Moi, j'étais assez vieux pour que le
11 septembre,

je me souviens exactement, j'étais où
en 2001

quand j'ai eu la nouvelle des tours.

J'ai comme l'impression que pour Karl
Tremblay,

ça a été la même chose pour bien des
gens.

Oui, nous, le hasard a fait que, je ne
sais pas,

on revenait justement de terminer
« au Pays des cratères ».

On venait de finir de mixer le dernier
épisode, on était sur le coin de la rue
puis je pense

c'est ce qui a ouvert la porte à cette
réflexion.

Ouais c'est vraiment dans les jours qui
ont suivi qu'on a

pensé à l'impact que les Cowboys
avaient eu sur notre vie ou sur notre
société aussi. Nous personnellement

ça nous a pris du temps aussi
réécouter les chansons après.

Parce que c'était trop intense, trop
chargé.

Juste l'idée que Karl était plus là ça
faisait quelque chose. Fait que j'étais
comme je ne veux pas aller entendre sa

voix en plus. Je ne veux pas activer
cette douleur-là pour rien,

quand je vais être prêt, mais on
pleurait à chaque fois

qu'on a commencé à réécouter, puis
c'était la même chose pour Rodrigue
Turgeon.

La charge d'émotion que j'ai vécue à
ce moment-là, c'est tous les souvenirs de,

pas juste cette soirée au théâtre des
Eskers à Amos,

qu'on a passé à leur côté, mais
vraiment

plutôt tous les moments de ma vie qui
m'ont accompagné, les Cowboys.

Des moments difficiles, mais joyeux.

Des amours qui naissent, qui se
fannent.

Des saisons, des convictions, des
mouvements citoyens plus grands que
nous.

Et tout ça, c'est tout ça un peu qui
mourait, je crois, en dedans de moi,

mais en même temps qui se ramenait à
ma conscience,

sans dire que je l'avais effacé, mais
juste que je me suis dit,

hey, c'est ça ma vie, c'est ça mon
bagage.

Moi, je peux le revivre grâce aux
Cowboys.

Puis c'était tellement vif que j'ai dû
prendre plusieurs semaines

avant de réécouter la moindre chanson.

Et là, j'ai repleuré là encore.

J'habite en Abitibi, puis quand on a à
se déplacer pour aller à Montréal,

on a comme un six heures de char,

fait que j'ai passé six heures de char
tout seul à brayer,

t'sais, entre Val-d'Or puis Montréal.

Puis là, je sentais que, t'sais, c'est
ma vie, elle va être différente,

t'sais, elle sera plus bercée par la
voix de Karl,

mais les Cowboys sont pas morts, ils
sont toujours là.

C'est un événement qui a affecté
vraiment beaucoup de gens,

au-delà de Rodrigue Turgeon sur la
117.

Je pense qu'on a été beaucoup à
ressentir beaucoup de chagrin

quand la nouvelle est tombée que Karl
était décédé.

Je pense à la pièce « Sur mon épaule »
que le groupe avait interprétée au
Festival d'été en 2023.

Il y a beaucoup de vidéos qui
avaient...

On a entendu des extraits de ce
spectacle-là sur les réseaux sociaux, à
la radio, dans les médias, un peu partout.

Karl Tremblay, qui était déjà très
affecté et affaibli par le cancer,

qui avait de la difficulté à finir le
spectacle,

mais la foule était là pour chanter
les paroles de « Sur mon épaule ».

Je pense à Louis-José Houde aussi,

qui animait le gala de l'ADISQ en
octobre 2023.

C'était même pas deux semaines avant
le décès de Karl Tremblay.

Il a dédié la soirée à Karl, aux
Cowboys, à tout l'entourage, à toute la famille.

Je me souviens de ce moment-là avec
mes enfants,

on regardait le gala, puis j'ai eu
comme une larme qui a coulé.

Puis mes enfants aussi étaient tristes
parce que ça les touche, eux,

étant donné que les Cowboys sont
omniprésents

dans leurs cours de musique au
primaire.

Ils apprennent de leurs chansons.

Je me souviens que mes parents aussi

ont été affectés par ça

parce qu'ils allaient nous porter.

Ils venaient au spectacle des Cowboys
avec nous.

Donc, c'est comme un deuil collectif

qu'on a vécu à travers plein de
générations.

Oui, c'est vrai.

Puis ça fait peur de penser à après
les Cowboys.

Ça fait peur de se dire

qu'on ne verra peut-être pas des
groupes

comme les Cowboys fringants dans la
chanson engagée du moins.

Un groupe qui est aussi proche du
peuple qui parle de ces enjeux qui touche autant

puis qui rassemble autant les gens. Ça
c'est vraiment comme particulier je
trouve. C'est vrai que c'est rare.

On a juste à penser mettons à quand
justement Karl est décédé, aux
multiples hommages qui ont été rendus,

aux rassemblements spontanés puis
c'était avec des gens de tous milieux
sociaux, de toute allégeance politique.

Tout le spectre politique.
Absolument.

Oui, petit exemple cocasse,

mais t'sais la conférence de presse où
Bernard Drainville. Le ministre de l'Éducation

a chanté « Toune d'automne »

au complet,

avec la musique sur son cell devant
les journalistes.

Ah mon Dieu, on vous fera pas entendre

un extrait, parce que là, ce serait un
peu de la torture.

Mais tu sais, je pense aussi à Pierre
Karl Péladeau,

cette fameuse photo

où il y a comme un tee-shirt trop
serré de Break Syndical.

Incroyable.

Non, mais en tout cas, oui.

Oui, c'est ça.

Notre crainte aussi, puis on a voulu
se rassurer

en posant la question à Mickaël
Bergeron,

que tu connais bien, Julien, c'est un
journaliste culturel,

un chroniqueur politique, un auteur
aussi.

Mais Mickaël a commencé sa carrière
avec les Cowboys

en les suivant à leur tout début.

C'est une sommité du groupe au Québec.

Puis il avait aussi rédigé un hommage
vraiment touchant

au décès de Karl qui s'appelait « Un
cowboy du peuple ».

Ce qu'on trouvait intéressant dans la
posture d'ailleurs de Mickaël,

c'est à la fois son point de vue ancré
dans la culture,

mais dans la politique aussi qui sont
comme indissociables pour lui.

Est-ce qu'en ce moment, je serais
capable de nommer un groupe qui a cette
aura-là,

cette portée-là? Non. Même s'il y a
des gens, il y a quand même des
artistes très

populaires en ce moment. Mais non, en
ce moment, il y en a pas qui, je pense,
ont à la fois cette appréciation,

ce respect, cet amour.

Non, ça dépasse.

En fait, je l'ai dit, les Cowboys,

je pense que dans 10 ans, dans les
karaokés,

si ça existe encore, ils vont
ressortir autant

que Céline Dion sort, autant que Beau
Dommage sort.

Est-ce que les artistes, c'est aussi
facile aujourd'hui

de véhiculer des messages comme
ceux-là,

comme ce qui se faisait dans les
années 90

puis peut-être plus début 2000 ou on
est ailleurs un peu.

Y a-t-il de la place pour le discours
politique encore,

en culture, bien, en musique, en tout
cas?

C'est intéressant. Je me suis moi-même
posé la question.

Plusieurs artistes politisés vont dire
que c'est plus dur

aujourd'hui qu'avant, probablement
parce que,

bon, les débats sont plus polarisés
aujourd'hui qu'ils ne l'étaient

à l'époque. Ce que je remarque, c'est
que les artistes qui abordent

des enjeux politiques, ils l'abordent
de manière personnelle.

Mais c'est là quand même.

Par exemple, ils vont parler...

Il y a des artistes qui parlent
d'anxiété,

mais l'anxiété, c'est quand même pas
juste elle,

la personne qui vit de l'anxiété.

En ce moment, on dit que la population

vit beaucoup plus d'anxiété, ou du
moins...

C'est une façon aussi de parler d'un
enjeu social,

mais en même temps, la personne va
plus raconter son histoire

à elle ou comment elle le vit,

sans avoir un message qui est
typiquement social comme peut-être le
faisaient

les Cowboys ou Rage Against the
Machine ou bon, faisaient peut-être
d'autres groupes aussi.

Ça c'est juste la façon d'en parler
est différente. Je pense que c'est
propre à la jeune

génération aussi qui n'aborde pas les
enjeux politiques de la même manière
que les Baby

Boomers ou que les X, puis que ma
génération non plus. Donc peut-être ça
va rechanger dans 10 ans aussi

cette façon de parler de la politique.

Mais c'est vrai que c'est pas de la
même manière, c'est pas aussi frontal,

mais reste qu'en témoignant, puis en
parlant

de tout ça, on aborde quand même des
enjeux

sociaux puis politiques.

En tout cas, de vous entendre

et d'entendre tous ces gens-là
témoigner,

ça m'a replongé dans mes premiers
amours

avec les Cowboys.

Je suis convaincu,

c'est pas facile à mesurer, mais que
le leg

est immense, puis c'est un peu

venu confirmer ça.

Je suis assez

d'accord avec Mickaël Bergeon, qu'on
vient d'entendre,

ça s'est rarement vu,

et surtout dans l'histoire récente de
la musique.

Je ne pourrais pas nommer, à ce
moment-ci,

en 2025, un groupe

qui a ce même effet

sur la population en général, à la
fois qui crée une forme de consensus

musical mais aussi qui éveille sur des
questions sociales politiques
environnementales fait que je

pense que ce leg là, ça va continuer
de se perpétuer puis qu'on va chanter
c'est toune là

au karaoké dans dix, vingt ans comme
Mikaël disait. Je l'espère, mais je
suis pas mal sûr aussi que ça

va se perpétuer parce que moi je l'ai
vu juste en 2019 entre autres à la
marche pour la justice

climatique à Montréal qui avait battu
des records de foule avec

Greta Thunberg. Oui. Un grand
déploiement. Là je voyais des jeunes,
moi je suivais pour un documentaire des

groupes environnementaux ce jour là
puis je voyais des jeunes qui étaient
probablement

pas nés quand les premiers albums sont
sortis qui se réappropriaient ses
chansons là. Puis j'avoue

que j'étais vraiment très touché.
J'étais comme de les voir reprendre ça,
je me disais bon bien là, le

flambeau il se passe.

Oui, puis quand on en a parlé avec
Danick Trottier

et Martine Desjardins.

C'est probablement là un des legs
sociaux

les plus importants du groupe.

Là, moi, où je pense que le leg va
être

de plus en plus important,

puis on en a beaucoup parlé ces
dernières années,

puis ça va continuer en s'accélérant,

c'est le leg environnementaliste, le
leg écologiste.

Ça, pour moi, il est très clair,

surtout, j'y reviens, grâce à la
Fondation

des Cowboys fringants en 2006, qui a
été fondée en 2006,

et grâce aussi au travail de Jérôme
Dupras.

Et là, pour moi, ça, c'est
certainement une des causes les plus
actuelles du 21e siècle.

Et la cause environnementale fluctue
beaucoup ces cinq dernières années,

depuis la pandémie, parce qu'on voit
toutes les formes de résistance qui se
mettent en place,

autant en Europe, au Canada, aux
États-Unis que dans le monde.

Et donc, j'ai l'impression que la
cause environnementale n'est pas acquise

et que, on l'a vu même dans la
campagne électorale, on vient de sortir
d'une campagne électorale

où il n'y en a pas été tant question.
Donc, j'ai l'impression que pour le
mouvement écologiste,

le fait de rappeler le leg des Cowboys
fringants, le fait de remettre à
l'honneur des chansons

comme « Plus rien » ou des chansons
qui parlent vraiment de notre rapport à
la terre et à

l'environnement, et de rappeler aussi
les actions concrètes posées par les
Cowboys fringants,

ça, je pense que ça va être important.

Ça va être un leg qui va être beaucoup
plus mis en valeur dans les prochaines
années.

Je pense que leur leg va être...

J'ai l'impression que ça va continuer
de se passer de génération en
génération,

que ça va être des textes qui vont se
faire réapproprier

de différentes façons dans le
contexte.

J'ai l'impression que ça va traverser
le temps, pour être bien honnête.

Je ne serais pas surprise que mes
garçons,

plus tard, quand ils vont être dans
des manifestations,

si jamais ils en font,

rejouent des Cowboys fringants.

Ça me surprendrait pas du tout, en
fait.

Gaël, Élise, merci d'être partie

à la recherche de réponses

par rapport à l'impact des Cowboys,

mais aussi sur les effets que peut
avoir

une oeuvre culturelle, musicale

plus largement au sein d'une
population.

Merci, Julien, de nous avoir lancé sur
cette quête-là.

Ça me fait plaisir.

Merci, ça nous a vraiment permis de
replonger dans des beaux souvenirs.

Oui, ça aura ramené, j'espère, des
beaux souvenirs aussi aux gens qui nous
écoutent,

qui aiment les Cowboys fringants, mais
aussi aux personnes qui n'ont peut-être
pas suivi

la carrière du groupe avec passion et
engagement,

mais juste de mieux comprendre
l'importance culturelle et historique

qu'a ce groupe-là dans la culture
québécoise.

En tout cas, moi, je trouve que c'est
important de le rappeler.

Merci à vous deux.
Merci.

L'heure de grande écoute est une série
de Transistor Média

produites en collaboration avec
Télé-Québec.

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votre choix.

Enregistrement, montage et mixage
audio,

Simon Coovi-Sirois.

Musique originale, Alexis Elina et
Simon Coovi-Sirois.

Caméra et montage vidéo, Patrick
Lozinski.

Productrice au contenu, Audrey
Blackburn.

Script édition, François Desrochers.
Coordination, Clara Gauthier-Morrison.

Communication, Louis-Philippe Roy.

Visuel, Bureau 60A.

L'indicatif musical est de P'tit Béliveau.

À la recherche Maude Petel-Légaré
et Emmanuelle Gauvreau.

Merci à Stephen Boivin, Clara Lagacé
et Sophie Lacelle-Bastien de Transistor Média,

à la Ville de Gatineau et au Ministère
de la Culture et des Communications
du Québec qui a rendu ce projet possible.

Je m'appelle Julien Morissette.
Merci d'avoir été à l'écoute.