Découvrez les récits touchants et les anecdotes familiales qui témoignent de la créativité et de l’humanité de celles et ceux qui façonnent le Québec. Une plongée dans des histoires insoupçonnées, portées par des voix d’ici.
Pilotée par Julien Morissette, la série hebdomadaire donne la parole à celles et ceux qui façonnent la province au quotidien. Des créateurs·trices issu·e·s de tous les horizons se succèdent pour raconter des expériences qui résonnent bien au-delà de leur parcours personnel, révélant les forces invisibles qui tissent notre société.
· Animation et réalisation : Julien Morissette
· Production au contenu : Audrey Blackburn
· Indicatif musical : P’tit Belliveau
· Réalisation sonore, enregistrement, montage et mixage audio : Simon Coovi-Sirois
· Musique originale : Simon Coovi-Sirois et Alexis Elina
· Caméra et montage vidéo : Patrick Lozinski
· Recherche : Emmanuelle Gauvreau et Maude Petel-Légaré
· Script-édition : François DesRochers
· Cheffe de contenu pour Télé-Québec : Sophie Bélanger
· Coordination : Clara Gauthier-Morrison
· Communications : Louis-Philippe Roy
· Visuel : bureau60a
· Remerciements : Steven Boivin, Clara Lagacé, Marysol Foucault et Sophie Lacelle-Bastien de Transistor Média
L’heure de grande écoute est une série de Transistor Média, produite en collaboration avec Télé-Québec.
Ce projet a été rendu possible grâce au soutien financier du ministère de la Culture et des Communications du Québec et de la Ville de Gatineau (via l'Entente de développement culturel avec le gouvernement du Québec).
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Transistor Média, basée à Gatineau (Québec), est un studio de création, de production et de diffusion d'œuvres audios. En plus de ses balados, l’organisme tient annuellement le Festival Transistor et le Kino-radio.
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C'est quand le bon moment pour commencer à
parler d'un projet sur lequel on travaille,
mais qui n'est pas totalement fini?
Quand est-ce qu'on parle de nos plans, même
s'ils ne sont pas confirmés?
Quand une cinéaste commence la
pré-production d'un film,
un musicien amorce l'enregistrement d'un
album,
est-ce qu'on doit être prudent,
ou on veut susciter de l'enthousiasme,
créer du « fomo »?
Je pense spontanément à « Chinese Democracy
», l'album du groupe « Guns N'Roses », qui a
été en gestation de 1994 à 2008.
C'est l'exemple parfait de « Development Hell »,
un concept en culture populaire qui désigne l'état de
suspension ou de purgatoire
dans lequel se trouve une œuvre, entre la
création et la diffusion.
La majorité des projets qui sont dans ce
purgatoire-là finissent par mourir,
mais certains d'entre eux voient le jour.
C'est rare que ces œuvres-là triomphent, par contre.
Est-ce que c'est lié à l'anticipation des publics
qui devient trop grande,
la patience et l'engagement des créatrices
et créateurs qui s'effritent,
le décalage entre l'idée de départ ou
l'esprit du temps dans lequel
le concept est né et après le contexte
dans lequel il est reçu?
Ça pourrait expliquer les déceptions du
public, la décision d'abandonner. Des fois,
il ne faut pas creuser trop loin
pour voir des projets disparaître; des
manuscrits perdus dans des incendies, des
disques durs cambriolés,
des clés USB oubliées dans un avion ou sur
la banquette d'un taxi.
Aujourd'hui avec Charlotte Biron, autrice
et professeure de littérature,
et la réalisatrice et autrice Éloïse
Demers-Pinard,
on vous présente une enquête sur un mystère
de la littérature canadienne.
Une publication annoncée
il y a des années, mais qui tarde
à voir le jour.
Bienvenue à l'Heure de Grande Écoute,
le balado qui vous fait entendre
des histoires vraies et des personnages
surprenants qui façonnent le Québec.
L'épisode d'aujourd'hui : « Les journaux de
Mavis Gallant »
On est en studio avec Charlotte et Éloïse,
salut à vous deux!
Vous êtes ici pour nous parler d'une
écrivaine canadienne, de Mavis Gallant,
Et vous venez nous parler de ses journaux, de la
publication de ses journaux en livre.
-Oui. En fait, je veux vous parler de ses
journaux personnels,
plus précisément d'un livre qui s'intitule :
« The Journals of Mavis Gallant, 1952-1968 ».
Mais pour être claire, je ne l'ai pas lu,
le livre.
En fait, personne ne l'a lu. Ça fait dix
ans qu'on annonce la sortie du livre et ça
tarde.
Moi, la première fois que j'ai entendu
parler du livre, c'était parce que
le magazine « New Yorker »
avait fait pareil des extraits des
journaux.
C'était tellement bon; on voyait Mavis
essayer de publier ses premiers textes.
On la voyait au début, dans les premières
années en Europe.
On la voyait essayer de devenir écrivaine.
C'était extraordinaire comme extrait.
Puis on annonçait la sortie du livre
tiré des journaux pour 2015.
Puis là, on est en 2025.
C'est toujours pas publié.
-OK, donc là, c'était supposé être publié,
ce l'est toujours pas, 10 ans plus tard.
-Oui, puis moi, ça fait 10 ans
que j'essaie de comprendre ce qu’il se passe
avec les journaux,
puis que je lance ponctuellement la
question
dans l'univers, ça me revient comme un
boomerang.
On me dit, « ça tarde, c'est long,
c'est compliqué ». Tellement qu'il y a eu
un moment où je me suis dit,
« je vais peut-être arrêter de chercher ».
Puis même, je me suis demandé, « est-ce que
les journaux sont disparus? »
-OK. Puis toi, Éloïse, étant donné
que, bon, je l'ai dit, tu es une autrice,
tu as étudié en littérature aussi;
Mavis Gallant, est-ce que ça te disait
quelque chose?
-Pas du tout.
Maintenant, je le sais qu'elle est connue
au Canada anglais, mais pas au Québec.
Mais je ne savais pas qu'elle avait été
journaliste à Montréal. Je ne savais pas
qu'elle avait habité à Paris.
Je ne savais pas non plus qu'elle avait
écrit des nouvelles pour le New Yorker.
Donc moi, je ne suis vraiment pas une
spécialiste de Mavis Gallant, contrairement,
par exemple, à Charlotte.
-Moi je suis spécialiste là, mais je suis
devenue spécialiste de Mavis Gallant un peu
par accident parce que,
comme Éloïse, j'ai étudié en littérature,
en français, au Québec.
On ne parle pas vraiment des
auteurs-autrices anglophones de Montréal.
-OK, là, c'est par un hasard que tu l'as
connue.
Comment tu l'as découverte?
-La première fois que je l'ai entendue,
c'est parce que
je regardais la série « Contact », qui
était une série d'entretiens
sur la création, avec des gens comme Marie
Laberge,
Daniel Pennac, Michel Tremblay, Robert
Lepage.
Puis il y a eu un épisode sur Mavis
Gallant.
(Mavis Gallant) Je voulais vivre de mes
écrits.
Je trouvais que si on voulait être
écrivain,
il fallait vivre de ses écrits.
Et je ne voulais pas être quelqu'un qui
écrit les week-ends et après le travail.
Je voulais vivre de ça uniquement.
Et ça, c'était une gageure.
-C'est la voix de Mavis Gallant, ça?
-Oui, c'est elle, puis elle décrit ses
premières années comme écrivaine en 1950.
-On dirait que ça me surprend qu'elle ait un
si bon français,
c'est moi, ou... c'est pourquoi?
-Elle vient d'une famille anglo-protestante
de Montréal, mais ses parents, sa mère,
l'ont placée super jeune dans un pensionnat
catholique francophone.
Donc, elle parle un français parfait,
mais elle a écrit toute sa vie en anglais.
-Je pense que c'est un peu ça aussi qui la
rend insaisissable quand on la découvre.
C'est ce rapport-là aussi, je pense, à son
passé.
Mais ce qui est aussi remarquable, c'est
cette publication, j'arrête pas de le dire,
mais... ces publications-là de nouvelles aux
New Yorker, aux États-Unis.
-C'est gros quand même.
-Ça payait bien.
-Ça payait bien, et ce qui est encore plus fou dans son
histoire, c'est qu'à 28 ans,
elle décide de lâcher sa carrière de
journaliste à Montréal.
Elle divorce et elle part à Paris pour
devenir écrivaine.
(Marie-Andrée Lamontagne) Elle m'a raconté
son divorce.
Donc, il avait fallu trouver un subterfuge,
parce qu'à l'époque, on ne divorçait pas.
Donc, la seule raison pour ce subterfuge,
c'était de faire constater un adultère.
Donc, il y avait une scène de théâtre
qui a été jouée.
C'est dans le ton de l'époque, là,
où il faut ruser avec les pouvoirs en
place, puis les conventions.
-On vient d'entendre l'écrivaine et
journaliste Marie-Andrée Lamontagne,
à qui vous avez parlé durant vos recherches.
-Oui, mais c'est elle qui était recherchiste
à l'époque pour l'émission « Contact ».
C'est elle qui a eu l'idée de faire un
épisode sur Mavis Gallant.
C'est comme ça que moi, j'ai entendu sa
voix la première fois.
-Puis, de quoi elle parle dans l'extrait
avec l'adultère?
Elle décrit ça comme une scène de théâtre?
-Oui, elle raconte comment Mavis Gallant
s'est entendue à l'amiable avec son mari
pour divorcer;
il fallait faire venir un huissier pour
faire constater un problème avec le mariage,
donc un adultère. Ils ont créé une fausse
scène d'adultère.
-Éloïse, tu n'as pas trouvé d'archives sonores
de cette scène-là, malheureusement?
-Non, malheureusement. Ça aurait été
excellent.
Mais tu sais, je pense qu'il faut quand
Même se rapporter à l'époque,
on est en 1950, au Québec, c'est encore
très contraignant, l'institution du mariage.
Les femmes, par exemple, n'ont pas le droit
de disposer de leurs propres biens.
Mais quand même, ça n'empêche
pas Mavis de partir en Europe, de tout lâcher.
-Moi, c'est ça qui m'impressionne. Le geste
est spectaculaire.
-Puis clairement, son départ de Montréal
pour Paris, je pense que ça ne nous fascine
pas juste toutes les deux.
Ça fascine les artistes encore aujourd'hui,
ce geste-là spectaculaire.
Puis c'est le cas de l'autrice Heather
O'Neill, une grande admiratrice de Mavis
Gallant.
(Heather O'Neill) Moi aussi, j'avais ce goût
d'aller à Paris.
Comment est-ce qu'une jeune femme de
Montréal peut arriver à Paris?
C'était comme un énorme océan pour moi.
Je trouve ça tellement intéressant qu'elle
aille suivi ce chemin,
mais elle a vécu d'une tellement différente
façon que celle des hommes.
Elle était tellement féminine d'une façon
intéressante. Elle a trouvé un très
intéressant regard sur la fémininité.
Elle n'a jamais comporté ou changé de
vêtements. Non, je trouve ça fascinant.
-Est-ce qu'on peut dire que c'est une des
écrivaines canadiennes les plus reconnues,
les plus lues, Mavis?
-Plus reconnue dans la communauté
littéraire, oui. Pas l'écrivaine la plus lue
au Canada anglais non plus.
Il y a quelque chose que je n'ai pas encore
dit et que j'ai peut-être de la misère
à formuler un peu, c'est que Mavis Gallant n'est pas
facile à lire.
Mettons, moi, je ne sais jamais si je dois
recommander ses livres aux gens.
-Je pense que Heather, c'est sans doute une
Des meilleures personnes pour comprendre la
magie des livres de Mavis.
Qu'est-ce qui fait, par exemple, que son
écriture est si exceptionnelle.
-Oui, parce que Mavis, c'est particulier,
elle est adorée par les écrivains et les
écrivaines, comme Heather O'Neill.
C'est une des questions que j'ai posées à
Heather, c'est une des choses qui
m'intriguent :
« Pourquoi les écrivains aiment autant
Mavis? »
(Heather O'Neill) Je pense que peut-être
c'est parce que les écrivains,
on reconnaît qu'il y a quelque chose de
vraiment différent, vraiment, vraiment
unique dans la façon dont elle écrit.
Puis peut-être qu'on a la patience aussi,
parce qu'on veut...
on sent qu'il y a quelque chose dans
le texte qu'il faut relire.
-Je pense que Heather, elle aime le fait que
Mavis, elle ne fait pas de compromis
Dans l'écriture, qu'elle assume son projet
d'écrivaine jusqu'au bout.
Puis quand on l'écoute, on dirait même
qu'elle, elle trouve des réponses
dans les livres de Mavis sur comment devenir
une écrivaine.
Heather va parler aussi beaucoup du fait
que Mavis écrit des personnages féminins qui
se trouvent un peu mal à l'aise ou à
l'étroit dans leur rôle de « blonde ».
(Heather O'Neill) J'ai lu son roman « A
Fairly Good Time »,
et cette image d'une jeune femme
qui est mal à l'aise
dans son environnement, c'était un des premiers
textes où j'ai lu où un homme disait
à elle « qu'elle n'était pas une bonne
blonde,
qu'elle n'était pas une bonne femme » et
tout ça.
Et j'ai vraiment aimé ça, parce que c'était
le cas dans ma vie, même à ce moment.
Chaque fois que je sortais avec un gars, il
m'arrête à un moment pour dire :
« Mais écoute, tu ne réagis et tu ne te
comportes pas comme une vraie « girlfriend ».
Il faut faire ça, puis il faut faire ça.»
Et je me sentais exactement comme les
personnages de Mavis Gallant;
ça te rend très petite.
Et j'ai adoré le fait qu'avec les hommes,
toutes les crises dans les histoires avec
les hommes,
ce n'est pas décrit comme des grands
événements qui brisent le cœur, ou n'importe quoi ;
c'est comme juste... elle en train de
les regarder.
-Mais, on se sent comme ça en lisant Mavis.
On se sent comme si elle était juste
en train d'observer ses personnages, assise
dans un café.
-Là, on entendait l'autrice Heather O'Neill,
que moi j'apprécie beaucoup, comme bien des
gens au Québec,
parce que Heather O'Neill, elle est
traduite, elle est lue massivement,
mais je n'ai jamais lu Mavis Gallant, je suis un peu
comme Éloïse,
je ne la connaissais pas. Est-ce qu'il y a
des similitudes?
Est-ce qu'on peut tracer des parallèles
entre leurs pratiques d'écrivaine?
-Oui, surtout dans leur vie ; je pense que
c'est ça qui interpelle Heather.
C'est l'ambition de Mavis Gallant,
l'ambition de devenir écrivaine, le fait
qu'elle ait réussi à écrire à temps plein,
qu'elle ait échappé aussi au destin
d'épouse, de mère.
C'est comme si elle ne pouvait pas
concevoir comment elle pouvait réussir
à être une écrivaine si elle était l'épouse
de quelqu'un.
Il n'y avait pas de demi-mesure possible. Puis
c'est sûr que pour moi, quand j'imagine ça,
ça représente vraiment une grande force de
caractère, surtout à l'époque.
Puis je pense que c'est peut-être ça aussi
qui fait en sorte que les journaux,
finalement,
sont aussi attrayants, que les gens veulent
absolument les lire.
-Moi, c'est pour ça que les journaux
m'intéressent autant,
parce que le livre qui a été annoncé,
ça décrit ces années-là : 1950-1960.
C'est le début de l'écriture.
Je pense que ça intéresse beaucoup
d'écrivains et d'écrivaines
pour ça aussi,
mais je sais que les journaux,
c'est un truc de geek littéraire.
-Oui, même pour être tout à fait honnête
avec toi, Charlotte,
moi, au début, j'avais quand même un
préjugé,
je pense, sur les journaux d'écrivaines et
d'écrivains.
Je pense que je trouvais ça niché,
puis je me rappelle même, j'avais suivi un
séminaire
à la maîtrise en littérature à l'UQAM sur
les journaux et les correspondances
d'écrivains.
Puis j'avoue que ce n'était pas mon premier
choix. Je me suis un peu ramassée à la
dernière minute avec ce séminaire-là.
-Ok, donc toi, même si tu étais une
étudiante en littérature, aux études
supérieures, tu trouvais ça niché en tant
que tel?
J'avais comme des préjugés, comme si
c'était un peu le « 7 jours » des écrivains.
Comme si on voulait chercher des potins sur
des auteurs et des autrices qui fréquentent
des affaires comme ça,
puis je pense c'est pour ça que j'étais un
peu comme « ben on dirait que c'est pas si
intéressant »,
mais j'avoue qu'à la fin de mon séminaire,
j'étais convertie et que je me suis rendue
compte que j'avais
des préjugés, donc on s'est dit dans le
fond, que la meilleure personne peut-être
pour vous convertir aussi,
c'était une prof, une chargée de cours en
fait à l'UQAM, qui est spécialiste de la
question des journaux et qui est aussi écrivaine,
qui s'appelle Manon-Louisa Auger, et
peut-être qu'avec Manon, on va mieux
comprendre l'obsession de certaines
personnes sans nommer, ou pointer quelqu'un...
-Haha, Charlotte...
-Sans nommer Charlotte ici, cette
obsession-là pour les journaux d'écrivains
et d'écrivaines.
(Manon-Louisa Auger) C'est un peu comme les
« Vault Track » de Taylor Swift, ou les
chansons des Beatles qu'on re-sort,
c'est-à-dire qu'on n'en a pas eu assez,
puis on a comme envie de voir,
on aime vraiment ce que fait cet écrivain
ou cette écrivaine-là.
Puis à ce moment-là, on peut s'intéresser
au journal, justement pour aussi avoir une
espèce de vue à hauteur d'homme,
si on veut, une vue de la création,
voir comment ça s'est fait.
On peut aussi s'intéresser à ça parce que
ça va venir nous apporter des informations
supplémentaires sur la vie de la personne,
sur son œuvre.
Donc, on peut voir aussi des brouillons,
des ébauches.
-Donc, ça n'intéresse pas seulement les
fans.
Je pense parce que ça nous fait voyager
aussi.
Quand on lit des journaux, on a accès aux
pensées des gens d'une autre époque.
Ça nous donne vraiment l'impression et le
sentiment de les côtoyer.
(Manon-Louisa Auger) Le « feeling » d'avoir
l'impression que cette femme-là est assise à
côté de toi
et qu'elle te parle, à un siècle et demi de
distance, c'est comme un voyage dans le
temps. C'est ça, c'est extraordinaire.
J'ai l'impression de communiquer avec des
personnes à travers le temps.
Là, c'est vraiment une communication
authentique, il y a quelque chose qu'on ne
peut pas avoir avec les romans
qui sont écrits, réécrits, construits,
retravaillés, édités, tout ça.
-Puis moi, une des choses que Manon m'a
rappelées pendant l'entretien,
puis qui est tellement importante, c'est
que pour les femmes,
dans plusieurs contextes, ça a été la seule
manière d'écrire.
(Manon-Louisa Auger) Pendant super
longtemps, c'est à peu près le seul type
d'écriture
que les femmes ont été autorisées à
produire.
Donc ça, puis la correspondance, sont
souvent beaucoup plus intéressants, je
trouve,
parce que toute la créativité littéraire
s'exprimait là-dedans.
Tandis que pour les hommes, c'était vu
comme quelque chose de « ah, c'est féminin,
c'est un peu péjoratif ».
Donc les hommes, par exemple, ont souvent
beaucoup de mal à dire qu'ils tiennent un
journal.
Ils vont dire « ah, c'est un carnet ». Puis
là, ils vont passer l'essentiel de leurs
notes à dire pourquoi ils ne font pas du
journal,
pourquoi eux c'est meilleur, pourquoi eux
c'est différent. Tandis que les femmes vont
comme vraiment juste plonger dans cet
espace-là, cet univers-là intime.
Elles vont beaucoup parler de ce qui
empêche la création.
-C'est frappant d'entendre Manon parler de
l'aspect genré du journal.
Juste dans la vie quotidienne, je cherchais
ça pour mes enfants ;
j'ai un garçon, une fille,
et essayer de trouver un journal pour un
garçon, c'est pas facile.
On voit que c'est très féminisé,
que les petites quêtes qu'on achète en
librairie ou dans les papeteries,
c'est axé vraiment sur les filles plutôt
que les gars, donc encore un siècle et plus
plus tard...
-Oui, les garçons, peut-être aussi,
voudraient avoir une petite clé avec un
cadenas.
Il faut garder leurs secrets, leurs
pensées.
-Oui, puis à l'inverse, les journaux des
femmes,
comme le journal de Mavis,
mais ça parle d'enjeux hyper importants,
graves, d'enjeux économiques.
Dans les extraits des journaux de Mavis
auxquels on avait accès dans le New Yorker,
elle racontait qu'elle vendait
des morceaux de vêtements pour arriver à
vivre dans les premières années où elle
était écrivaine.
Donc, c'est pas des petits enjeux, c'est
pas des petites choses.
-Ça va au-delà du « 7 jours »
et des potins de l'époque.
-Oui, puis moi, ce que j'ai compris, c'est
que
les extraits avaient fait du travail de
promotion,
puis que j'étais pas toute seule dans les
derniers mois, en faisant les entretiens, à
m'intéresser aux journaux,
puis à me demander qu'est-ce qui arrivait
avec les journaux. Par exemple, quand j'ai
demandé à Heather O'Neill
si elle avait entendu parler des journaux,
tout de suite, elle m'a dit oui.
(Heather O'Neill) C'est comme un grand
mystère ; je me souviens la première fois
que j'ai lu un extrait dans The New Yorker,
ça fait comme quoi, 20 ans? J'étais
tellement excitée, parce que je me disais «
bon, ils vont venir »...
J'ai même demandé aux auditeurs, j'ai dit «
c'est quand que ça va arriver », parce que
je veux écrire quelque chose là-dessus, je
veux le lire.
Ça existe, je les ai vus, donc il y avait
l'impression que quelqu'un travaillait
là-dessus, mais je ne sais pas ce qu'ils
sont en train de faire. Est-ce que toi, tu
le sais?
-Oh, c'est énoncé, vous avez une mission là,
les gens veulent des réponses!
-Tout le monde se pose la question!
-Wow!
-Puis je pense qu'à un certain moment, on
se demande même si, en fait, ça va jamais
être rendu accessible,
est-ce qu'un jour on va pouvoir avoir accès?
On n'est pas seules à chercher
désespérément.
-Oui, oui, moi avant de commencer à faire
les entretiens, je vous l'ai dit ; j'avais
peur
que les textes avaient été jetés, qu'ils
soient disparus, qu'ils soient tenus loin du
public,
mais,
j'ai compris aussi, en écoutant des gens
comme Heather, qu'attendre la sortie des
journaux pendant 10 ans, 20 ans,
on dirait que ça crée quelque chose de beau
aussi.
Quand je parlais aux gens, je voyais que
leur imagination s'était emballée,
moi incluse, puis qu'on avait créé un peu
un mythe autour de Mavis,
qu'on avait commencé à écrire le roman de
sa vie, à force d'attendre les journaux.
-Ah, comme si on avait fabulé un peu sur ce
qui aurait pu se passer.
Il y a comme le principe de la fabulation
critique,
des fois, de nourrir ça et de se dire,
bon, bien, avec les informations qu'on a,
ça peut faire aller notre imagination.
Mais là, on parle des éditeurs.
Est-ce qu'on sait c'est qui?
-Ça m'a pris un moment pour trouver toutes
les infos.
À partir de la mort de Mavis, en février
2014,
il y a eu beaucoup de promotions
pour la publication du livre, des journaux.
On lisait « À surveiller, les journaux vont
paraître en 2015 ».
Puis là, bien, 2015, rien.
2016, rien.
Mais là, 2016, il y a un document,
où on voyait le nom des éditeurs à qui les
droits ont été vendus.
Sur le document, il y avait une nouvelle
date. Ça disait que ça allait sortir à
l'automne 2017. Puis là, bien, 2017, rien.
2018, rien.
2019, rien.
Mais à partir de là, quand on cherchait, on
pouvait voir le titre
« Journals of Mavis Gallant 1952-1968 » sur
les sites de bibliothèques, sur « Goodreads
», comme si le livre existait.
-Puis en plus, sur « Goodreads », le livre
est coté 5 étoiles.
-Ok, « il n'est pas sorti, mais il est bon!
»
-Personne ne l'a lu, mais il est coté.
-Mais voyons!
-Puis là, moi, vu que j'avais trouvé le nom
de l'agence qui a vendu les droits, qui
s'appelle l'agence « Borchardt »,
je leur ai écrit en leur demandant « Mais
qu'est-ce qui arrive avec les journaux? »
Je vous lis réponse que j'ai eue :
« Dear Charlotte, unfortunately
this project has been put on hold
and we aren't sure when or if it will
actually be completed. »
-C'est bien mystérieux!
Ils ont répondu « On n'est pas sûrs quand
ou même si ça va être complété. » Donc, il y
a des chances que ça ne se passe pas.
Malgré que ce soit sur Goodreads,
que le livre ne paraisse pas du tout.
-Oui. Moi, leur courriel, je trouvais que ça
ressemblait à un cul-de-sac.
-Oui, vraiment. Oh mon Dieu, ça doit être
décourageant pour toi, Charlotte, dans ce
cas-là!
Est-ce qu'à ce moment-là, tu t'es dit, bon,
ça bloque pour telle ou telle raison? Est-ce
que tu avais des hypothèses?
-Bon, on s'est demandé si c'était pas
lié aux droits d'auteur, ou au droits de
personnalité.
C'est des enjeux, là, quand même un peu
compliqués à comprendre. Pour nous aider à
démêler tout ça,
on a contacté Véronique Roy, qui est
avocate en droit du divertissement,
étudiante au doctorat
et chargée de cours à HEC Montréal et à
l'Université de Sherbrooke.
(Véronique Roy) Il y a deux aspects auxquels
je pense par rapport à cette question :
Il y a la durée du droit d'auteur. Dans le
fond, dès qu'on crée quelque chose qui est
fixé, qui est écrit, d'une
façon ou d'une autre, on est protégé par le
droit d'auteur. Et ça, c'est pour la durée
de notre vie + 70 ans.
En fait, ça se termine le 1er janvier
suivant la fin de la 70e année.
-On lui a demandé plus précisément qu'est-ce
qui arrive aux oeuvres et aux inédits des
écrivains après leur mort.
(Véronique Roy) Mais en dehors de ça, quand
on pose la question de ce qui arrive aux
oeuvres et aux inédits,
dépendant du contenu, il peut y avoir un
problème lié à la vie privée.
On a le Code civil du Québec qui protège la
vie privée des gens.
On appelle ça les droits de la
personnalité.
C'est notre protection contre la
diffamation, contre l'usage de notre nom, de
notre image, sans notre accord.
Mais tout ça, en contexte québécois, c'est
seulement pour la durée de la vie de la
personne.
Mais si dans mes écrits, je dévoile des
éléments de vie privée de quelqu'un, que la
personne est toujours vivante,
mes écrits peuvent être quand même
dangereux ou illégaux.
Dans un sens, on pourrait décider de ne pas
vouloir le publier après le décès
parce qu'il y a des gens concernés qui
pourraient avoir leur droit à la vie privée
atteint.
-Ce que je comprends de ce que Véronique Roy
nous explique, c'est que le droit d'auteur,
c'est vraiment par rapport aux œuvres de
l'artiste.
Et les droits de personnalité, c'est par
rapport à la vie privée des personnes dont
on parle dans les livres.
Puis ça, est-ce que ça pourrait s'appliquer
aux journaux de Mavis?
-Ce qu'on a compris finalement, c'est que ce
n'était pas vraiment ça le problème.
-Non, parce que Mavis était encore vivante
au moment d'approuver la publication des
journaux.
-Je pensais qu'on avait une piste, mais là
c'est quoi la prochaine hypothèse, pourquoi
ça bloque?
-En 2024, je vous l'ai dit, c'était
l'anniversaire de la mort de Mavis Gallant,
il y a eu plein
de nouvelles infos sur elle.
Puis là, je suis tombée sur un nom que je
n'avais jamais vu, Mary Kay McLeod.
-J'aime ça, un nouveau personnage dans
l'enquête.
C'est qui Mary Kay McLeod?
-C'est l'exécutrice littéraire de Mavis
Gallant.
(Mary Kay McLeod) OK, my full name is Mary
Kay McLeod, and I'm Mavis Gallant's
literary executress and also the heir to her
estate.
-C'est quoi le rôle d'une exécutrice
littéraire?
-C'est la personne à qui l'autrice ou
l'auteur a confié la gestion de ses droits
d'auteur, mais aussi de ses archives.
Donc, si par exemple, quelqu'un veut faire
une nouvelle traduction d'un texte de Mavis
Gallant,
ou si quelqu'un veut consulter une
correspondance de l'écrivain,
ben il faut faire la demande auprès de
l'exécutrice littéraire.
-
Est-ce qu'on sait comment elle est devenu
l'exécutrice littéraire de Mavis Gallant?
-Bien moi c'est une des premières questions
que je voulais lui poser.
(Mary Kay McLeod) (traduction libre)
Premièrement, je ne sais pas comment je suis
devenue son exécutrice littéraire.
Elle me l'a demandé, et j'ai dit oui, après
avoir tenté de la persuader du contraire.
Donc ce qui est arrivé, c'est qu'après son
retour du Cap Breton pour la première fois,
nous avons commencé à s'écrire des lettres
et à se téléphoner, et elle est revenue à
Cap Breton
une fois de plus et je l'ai
visitée en France à maintes reprises.
-Donc vous êtes devenues amies?
-Des amies,oh oui, nous étions de bonnes amies.
J'étais étonnée, elle dit « je ne sais pas comment je suis devenue
exécutrice littéraire. »
Donc Mavis lui a demandé environ deux ans
avant de mourir, puis elle lui a laissé
toutes ses archives avec pas de plan de
match à suivre à peu près.
-OK, donc là, c'est Mary Kay McLeod qui a
toutes les archives.
-Toutes.
Il faut imaginer, ça veut dire que c'est une
maison
remplie de papiers, d'objets qui
représentent la vie entière
d'une écrivaine adorée par les gens.
C'est des boîtes, des boîtes, ça doit être
des centaines de photos, des lettres.
Il y a même des œuvres d'art qu'elle a,
elle, en sa possession.
Tu sais, c'est quand même une tâche assez
colossale pour quelqu'un.
Mais nous aussi, on se dit, si elle a
toutes ces choses-là,
toutes ces archives-là, elle a peut-être les
journaux!
(Traduction libre) Savez-vous ce
qu'il arrivera avec les journaux?
-Oh, je le sait : les journaux seront éventuellement
publiés.
Mais je ne peux pas... comment je peux expliquer ça
comme il le faut pour que tu comprennes bien?
J'ai besoin d'approuver ce que l'éditeur écrit.
Je ne veux pas de spéculations.
Je ne veux pas que les gens assument des choses
que Mavis aurait pu pensé ou aurait pu faire.
J'aimerais mieux que les journaux soient
publiés tels quels.
-Oh, je comprends
-Parce que si c'est quelqu'un qui interprète,
dans ce cas, ce n'est plus la voix de Mavis.
Donc la chose importante dans la publication,
c'est d'avoir la voix de Mavis tout au long,
plutôt que d'avoir la voix de quelqu'un
d'autre.
-Donc là on comprend que c'est Mary Kay
McLeod qui a empêché la publication des journaux,
parce qu'elle ne voulait pas qu'il y ait de
la spéculation.
-C'est ça, c'est ça.
Elle a rejeté ce qui a été fait, puis moi,
j'essayais de comprendre,
comment est-ce qu'on peut spéculer tant que
ça?
-C'est des journaux!
-C'est ça.
Je me demandais, c'est dans les marges,
c'est en notes de bas de page, c'est où?
(Mary Kay McLeod) (traduction libre)
L'introduction n'était que de la spéculation,
90% de spéculations.
Mais aussi dans le texte, la personne interagissait,
en écrivant un paragraphe ici ou un paragraphe là.
-Ok, donc vous travaillez pour enlever ces
choses, et peut-être que lorsque ce sera
fait, ça arrivera dans un x nombre de temps.
-Tout est déjà enlevé, parce que je n'accepte
rien de tout ça. J'ai refusé, je
l'ai rejeté.
Donc rien de tout ça n'apparaîterait dans
les journaux. Comme je l'ai dit, je veux
uniquement les journaux, ce qu'elle a écrit, publié.
Et vous pourriez avoir des commentaires sur « comment
l'Espagne était en 1952 »...
-Bien sûr.
-Ou « comment était l'Italie »,ou... vous pourriez l'avoir.
Mais pas les spéculations comme « oh, je me demande
si elle est restée dans une chambre d'hôtel
cette nuit-là, ou si elle est partie avec quelqu'un,
et elle spéculait, l'éditrice spéculait sur qui
était ce « quelqu'un ».
Donc là, Mary Kay McLeod, qui est l'exécutrice littéraire
de l'oeuvre de Mavis,
a refusé la version des éditeurs.
-C'est ça. Elle dit dans le fond que
l'introduction, c'était à peu près 90% de
spéculation,
mais aussi que dans le texte, la personne
en charge du projet,
Mary Kay McLeod a trouvé qu'elle
intervenait un peu trop.
-C'est ça, elle dit, elle « accepte des
détails factuels », genre on
précise c'était comment l'Espagne en 1952,
quand Mavis voyageait, mais rien d'autre.
-Ok mais il y a autre chose que je comprends
à l'écoute de l'extrait, c'est que ça va être publié!
-Oui ça va être publié!
-On a le feu vert mais on ne sait juste pas c'est quand!
-On ne sait pas c'est quand!
-Ok mais là, comment tu te sens Charlotte,
par rapport à ça, es-tu heureuse? Es-tu
prudente dans ta réaction, je ne sais pas?
-J'étais contente, mais je pense qu'il y a
plusieurs moments durant l'enquête où je me
suis demandé si je ne devrais pas arrêter.
J'avais l'impression de creuser quelque
chose de privé. Je me disais peut-être que
c'est correct qu'il y ait des trous
et qu'on laisse une partie de la vérité de
Mavis derrière un mur.
-Très sage quand même.
-Merci.
Il y a Marie-Andrée Lamontagne qui a dit
une phrase durant l'entrevue avec elle qui m'a
marquée, elle dit : « il y a une limite, il
y a un seuil sur lequel il faut s'arrêter. »
(Marie-Andrée Lamontagne) Et puis, s'il y a
une chose que j'ai apprise,
c'est que le mystère des êtres, on ne le connaîtra
jamais.
On peut s'approcher au plus près, on peut
faire le travail de manière consciencieuse,
on peut...
Mais il y a un moment où il faut se...
On s'arrête au seuil, on s'arrête au seuil
de la pensée, on s'arrête...
Ça, c'est le roman qui peut, après,faire...
prendre le relais. Mais pas une
biographie au sens documenté du terme.
-Pour toi, Charlotte, qu'est-ce que ça veut
dire s'arrêter au seuil, comme le dit
Marie-Andrée?
-Je pense que j'ai eu l'impression que
je connaissais Mavis Gallant,
à force de la lire, tu sais, dans les dix
dernières années.
Puis là, en parlant avec Mary Kay, puis en
imaginant cette maison-là remplie
d'archives, je me suis dit, bien, non, en
fait, je sais très peu de choses sur elle.
-Mais en même temps, j'ai l'impression qu'il y
a quelque chose quand même d'un
peu rassurant là-dedans.
Parce que même avec les publications qu'on espère
et qu'on souhaite vraiment lire,
il va toujours avoir des doutes.
Ça prouve qu'on ne sait pas toujours tout
sur les gens.
Puis je trouve que c'est correct aussi
qu'il y ait des intimités qui sont gardées intactes,
puis que dans le fond qu'il y ait
des moments qui ont été vécus juste parce
qu'ils ont été vécus
et que nous, on n'aura jamais accès, mais
en même temps, je pense que c'est sain
et je pense que c'est correct de laisser
le vécu au vécu aussi.
-Oui, c'est bien dit.
-Mais on veut quand même lire les journaux!
-Moi, je veux vraiment lire les journaux!
-Oui, c'est ça. Là on parle de doute pis tout, mais
clairement que tu as hâte là!
-J'ai vraiment hâte.
-Tout ça, c'est comme une histoire de
fiction. C'est incroyable.
C'est vraiment toute une enquête littéraire
que vous avez faite.
Merci à vous deux, Éloïse et Charlotte.
-Merci.
-Merci.
-L'Heure de Grande Écoute est une série de
Transistor Média,
produite en collaboration avec Télé-Québec.
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choix.
Enregistrement, montage et mixage audio ;
Simon Coovi-Sirois.
Musique originale ; Alexis Élina et Simon
Coovi-Sirois.
Caméra et montage vidéo ; Patrick Lozinski.
Productrice au contenu ; Audrey Blackburn.
Cheffe de contenu pour Télé-Québec ;
Sophie Bélanger.
Coordonnatrice ; Clara Gauthier-Morrison.
Communication ; Louis-Philippe Roy.
Visuel ; Simon Guibord.
L'indicatif musical est de P'tit Béliveau.
À la recherche ; Maude Petel-Légaré et
Emmanuelle Gauvreau.
Merci à Steven Boivin et Clara Lagacé de
Transistor Média,
et au Ministère de la Culture et des
Communications du Québec
qui a rendu ce projet possible.
Je m'appelle Julien Morissette.
Merci d'avoir été à l'écoute.