Soigner jusqu'à se briser

🎙 Épisode 0.21 : Continuer à soigner après une plainte – Dre Catherine Pound

Recevoir une plainte, ce n’est jamais anodin.
Ce n’est pas qu’un processus administratif ou juridique.
C’est souvent un choc intérieur, silencieux, qui vient ébranler l’identité professionnelle, la confiance, le sens même du travail.

Dans cet épisode de Soigner jusqu’à se briser, je m’entretiens avec Dre Catherine Pound, médecin et directrice du soutien et du bien-être des médecins à l’Association canadienne de protection médicale (ACPM).

On parle des impacts psychologiques des plaintes et des poursuites.
De la culture du silence dans les milieux du soin.
De la culpabilité, de la honte, du sentiment d’échec qui s’installent souvent loin des regards.

Mais on parle surtout de l’après.
De ce qui permet de continuer à soigner après une plainte.
De soutien entre pairs.
De vulnérabilité.
De reconstruction, sans nier ce qui a été traversé.

Une conversation lucide et humaine, qui s’adresse à tous les soignants et soignantes.
Parce que les événements médicolégaux ne concernent pas que les médecins.
Et parce que personne ne devrait traverser ça seul.

💡 Ce qu’on aborde dans cet épisode
  • Ce que vivent intérieurement les soignants après une plainte ou une poursuite
  • L’impact des événements médicolégaux sur l’identité professionnelle
  • La culture de la performance, de la résilience et du silence
  • Pourquoi la résilience individuelle a ses limites
  • Le lien entre plaintes, détresse psychologique et épuisement
  • L’importance du soutien entre pairs
  • La vulnérabilité comme force et non comme faiblesse
  • Comment continuer à soigner après une plainte
📢 Citations marquantes

« Puis tout d’un coup, on reçoit une plainte… ça vient nous chercher au niveau de notre identité. »
« Ça, ça brasse, là, parce qu’on est qui si on est un médecin qui a eu une plainte? »
« Les plaintes et les poursuites… c’est un gros risque d’épuisement professionnel, un risque de dépression, même un risque qui augmente le risque de suicide. »
« Transformer la culture du silence qu’on a en une culture de soutien où les erreurs, les émotions, les difficultés sont accueillies avec humanité, puis pas avec jugement. »


📚 Ressources mentionnées dans l’épisode
🆘 Ressources et soutien

📞 1-800-267-6522 – Assistance confidentielle aux membres de l'ACPM
📞 1-866-APPELLE (277-3553) – Ligne québécoise de prévention du suicide
📞 811, option 2 – Info-Social
💬 535353 – Texter un·e intervenant·e
💻 Suicide.ca – Service d'aide professionnel et confidentiel offert 24 h sur 24, 7 jours sur 7
💡 PAMQ.org – Programme d’aide aux médecins du Québec

🎧 À propos du balado

Soigner jusqu’à se briser est un balado documentaire qui donne une voix aux soignant·e·s et à leurs proches, créé et animé par Steven Palanchuck, MD.

Une production de VociNova – La Nouvelle Voix des Soignant·e·s
Diffusé par @MedicaBot

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Créateurs et invités

SM
Hôte
Steven Palanchuck, MD
Médecin et fondateur de VociNova – La nouvelle voix des soignants. Créateur du balado Soigner jusqu’à se briser et de MedicaBot - Dialogue & Dx, il met en lumière la détresse des soignants et les enjeux du système de santé.

Qu'est-ce que Soigner jusqu'à se briser ?

« Soigner jusqu’à se briser » est un balado documentaire francophone qui explore la détresse des soignant·e·s principalement du Québec à travers des témoignages bruts et des discussions avec des proches et des expert·e·s. Entre pression du métier, traumatismes accumulés et failles du système, nous posons une question essentielle : qui soigne celles et ceux qui soignent?

Puis tout d'un coup, on reçoit une plainte.

Puis généralement, on a donné de notre mieux.

Il n'y a pas un médecin qui se réveille le matin en se disant, "Ouf, je vais voir ce que
je peux faire aujourd'hui." On donne de notre mieux.

Puis tout d'un coup, là, ça vient nous chercher au niveau de notre identité.

Tu sais, quand on travaille 70-80 heures par semaine, on oublie qu'on est quelque chose
d'autre qu'un médecin souvent.

Donc, on devient

un médecin c'est tout ce qu'on...

c'est souvent une grande partie de ce qu'on est, puis là on vient de nous dire qu'on a eu
un échec.

Ça, ça brasse, là, parce qu'on est qui si on est un médecin qui a eu une plainte?

Bonjour et bienvenue à "Soigner jusqu'à se briser".

J'espère que vous allez bien.

Je m'appelle Steven Palanchuck et aujourd'hui, on parle d'un sujet qu'on connaît tous,
mais qu'on nomme rarement.

Vous avez été vraiment nombreuses et nombreux à m'écrire depuis le début du balado en
privé pour me demander d'aborder ce thème-là, c'est-à-dire les plaintes, les poursuites,

donc tous les enjeux médicolégaux, surtout de ce que ça nous fait intérieurement quand ça
arrive.

Parce que quand une plainte tombe, ce n'est pas juste un processus, ce n'est pas juste du
juridique.

Souvent, ça vient même ébranler quelque chose de beaucoup plus profond,

comme l'identité, la confiance, le sentiment d'être encore un bon professionnel.

Pour en parler, j'ai rencontré Dre Catherine Pound, qui médecin et directrice du soutien
du bien-être des médecins à l'Association canadienne de protection médicale, donc l'ACPM.

On a parlé du silence, de la honte, de la culpabilité, puis des liens entre les événements
médicolégaux l'épuisement, puis la détresse psychologique.

On a aussi parlé de ce qui peut réellement aider, concrètement, quand on est pris dans
là-dedans.

Je trouve que c'est une conversation qui est lucide,

humaine, mais absolument nécessaire.

Je vous souhaite une très bonne écoute.

Merci beaucoup d'avoir accepté l'invitation.

Première question, pourquoi avoir dit oui pour participer à ce projet?

Pour moi, c'est une façon de discuter de choses que je pense qui sont très importantes.

Le bien-être en médecine, c'est quelque chose qui me passionne depuis longtemps comme un
sujet qui est non seulement important, mais essentiel au bien-être de notre système de

santé.

De par votre rôle, j'imagine que vous avez été exposée à plusieurs formes de détresse du
côté des médecins.

Oui, effet, de par mon rôle en ce moment en tant que directrice du département de soutien
et bien-être aux médecins à l'ACPM, l'ACPM, c'est sûr qu'on voit des médecins en détresse

tous les jours parce que les médecins, quand on les voit à l'ACPM, généralement, c'est
qu'il y a quelque chose qui ne pas dans leur vie professionnelle.

Mais aussi dans ma vie personnelle, en tant que médecin, avant d'arriver là, j'ai aussi eu
mes propres difficultés face à l'épanouissement professionnel.

Donc, je me suis rendu compte que c'est quelque chose d'endémique.

Puis pourquoi, d'après vous, on a ce problème-là du côté de la culture médicale?

C'est une grosse question.

Combien de temps vous avez?

Je pense qu'il y a plusieurs choses qui contribuent à ça.

J'approche ça vraiment d'une façon des facteurs personnels, des facteurs professionnels et
des facteurs systémiques.

Je pense que premièrement, c'est important de réaliser, et ça, ce n'est pas du tout
blâmer, ce n'est qu'un fait selon moi, que chez plusieurs médecins...

On a une personnalité qui s'apprête bien aux facteurs de risque pour l'épuisement
professionnel.

On va en médecine parce qu'on veut aider.

On va en médecine parce qu'on veut donner de nous-mêmes, de notre être à nous.

Et puis, au travers de notre éducation en médecine, on apprend rapidement qu'on doit
passer les besoins des patients avant les nôtres parce qu'il faut vraiment s'en occuper.

Et puis, on apprend très vite qu'on est résilients.

On se le fait dire.

On le voit aussi dans la façon dont on s'entraîne.

On travaille des 24 heures, des 30 heures, des fois.

Donc, je pense qu'on internalise cette idée-là qu'on est un peu invincible.

On dit à nos patients de se reposer, mais nous, on ne se repose jamais.

On dit aux gens de prendre du temps pour eux, mais nous, on ne le fait pas.

Donc, on a cette idée-là qu'on est invincible.

On veut faire de plus en plus sans arrêt parce que ce n'est jamais assez.

On peut toujours en faire plus.

Et on est dans une culture où l'efficience est importante, évidemment.

Le perfectionnisme est important.

On veut toujours faire mieux.

Et on est aussi dans une culture où on valorise être occupé.

On valorise en faire de plus en plus.

On valorise de

promouvoir le bien-être des autres.

Donc, on se trouve dans un cercle vicieux où on est prêt pour ça d'un côté de la
personnalité, mais la culture aussi favorise ça.

Donc, c'est vraiment, selon moi, des conditions propices.

Je dirais même aussi la manière dont on est sélectionné avant d'entrer.

On est en compétition les uns avec les autres, même durant les études médicales, durant
l'externat, on essaie de bien performer pour impressionner nos patronnes, nos patrons pour

entrer dans les programmes de résidence contingentés, puis éventuellement se trouver un
emploi.

Puis on dirait qu'on n'apprend pas à ce moment-là.

En fait, on nous apprend à ne pas montrer

la vulnérabilité parce que c'est souvent perçu comme une faiblesse.

Puis vous mentionnez la résilience.

Maintenant, ce mot-là me fait sourire parce que depuis la pandémie, je trouve - en tout
cas la résilience individuelle - on a beaucoup mis l'accent là-dessus en disant, si tu

n'es pas capable de t'adapter au système dysfonctionnel, c'est parce que tu n'es pas assez
résilient.

Puis là, on va parler de classes de yoga, de méditation pleine conscience, puis je trouve
un petit peu de mettre la faute sur la capacité d'adaptation des individus, alors que

comme vous dites, il y a des composantes qui sont systémiques.

Puis même, je dirais, au niveau systémique, le système bénéficie de cette culture du
sacrifice, puis de ce mythe de l'invulnérabilité-là.

Tout à fait.

Je pense qu'il faut s'entendre.

Les médecins, sont résilients.

Pour s'être rendus où ils sont rendus, ils sont résilients.

Et leur demander d'être plus résilients, à un moment donné, il n'y en a plus.

La résilience, pour moi, je vois ça comme un espèce de petit thermomètre.

Plus on en utilise, plus ça descend.

Et à un moment donné, il n'y en a plus.

Et le yoga, la méditation pleine conscience, toutes ces choses-là qu'on recommande, c'est
sûr que c'est bon, mais ce n'est pas tout.

Mmh.

Il faut être capable de remplir sa résilience, puis il y a des limites.

Et puis comme vous avez dit, en effet, le système est fait d'une façon que...

Ils en demandent tout le temps de plus en plus aux médecins, parce que les médecins sont
si résilients, pas juste les médecins, tous les travailleurs dans le système de santé, on

en demande de plus en plus.

Mais on ne rend pas compte qu'à moment donné, la résilience, il n'y en a plus.

Puis va falloir trouver d'autres solutions que les solutions personnelles.

Puis ce qu'on voit aussi qui est un gros problème, c'est la culture du silence.

La culture du silence, parce que quand un médecin se retrouve avec

plus de résilience, quand un médecin n'est plus capable...

On n'en parle pas parce qu'on regarde autour et on a l'impression que tout le monde
performe.

Donc, on a cette peur d'être seul, d'être un imposteur, d'être la seule personne qui n'est
pas capable de continuer.

Donc, ça ajoute beaucoup de trauma à ce qui se passe.

Il y a les aspects organisationnels et déontologiques aussi qui viennent jouer, qui sont
particuliers du point de vue des médecins par rapport aux autres travailleurs de la santé.

Il y a l'imputabilité médicale.

La façon dont on est organisé aussi en tant que service médical à la population, on sait
très bien que dans une équipe de cinq, six personnes, s'il y a une des personnes qui est

malade, donc qui doit arrêter,

on sait que ce seront les collègues qui vont écoper puis qui vont devoir en prendre plus
sur leurs épaules.

Puis ça vient avec un grand sentiment de culpabilité souvent parce qu'on voit bien les
autres autour de nous qui font aussi juste leur possible.

De se dire, si je dois prendre un moment d'arrêt pour prendre soin de moi, bien, je vais
peut-être épuiser le reste de l'équipe.

Puis donc, on dirait qu'on baisse la tête puis qu'on se dit, on va continuer.

Puis souvent, on va tirer sur l'élastique

jusqu'à tant que ça pète en disant : "Quand ça pètera, on gérera." Mais il y a cette
pensée magique-là, effectivement, je pense peut-être par rapport à l'invincibilité et

l'incompatibilité aussi, je dirais, entre le rôle du soignant et du patient.

C'est comme si on ne pas être les deux en même temps.

Moi, j'ai vu des collègues qui ont travaillé avec des problèmes de santé physique quand
même importants,

parfois même à en être plus malades que les patients qu'ils étaient en train de voir à
l'hôpital, mais malgré tout, ils étaient là.

Puis moi, ça me fait sourire, puis j'aimerais ça vous entendre là-dessus parce qu'on
compare souvent l'industrie de l'aviation, puis le pilotage à certaines composantes du

système de la santé, puis à l'effet que,

les pilotes d'avion ont la vie des passagers entre leurs mains puis on leur impose donc
des limites physiques en termes de nombre d'heures par semaine puis de quantité de repos

minimale.

Alors que nous aussi, médecins, comme travailleurs de la santé, on a souvent la vie des
patients, des personnes entre nos mains, mais malgré tout, on fait comme si on n'avait pas

de limite physiologique.

Oui, vous avez tout à fait raison.

Puis, il y a tellement, je pense qu'il y a tellement de raisons pour ça.

Pas des raisons qui, selon moi, sont bonnes, ça ne devrait pas exister, ça.

Mais on en a parlée un petit peu, de cette invincibilité-là.

On parlait de l'élastique qui va péter.

Je pense que chacun d'entre nous a cette pensée magique-là qu'il ne pétera pas, pas pour
nous.

Parce que nous, on est forts, on est invincibles, puis on va être corrects.

Puis il y a aussi ce refus même

de s'en rendre compte.

J'ai parlé à tellement de médecins que c'est clair qu'ils ne vont pas bien, mais ils ne
savent même pas.

Pourtant, ils sont tellement bons à identifier ça dans leurs patients, mais c'est comme
s'il y avait une partie de...

On refuse de le voir, on met tout ça dans quelques murs, puis on cache ça en dedans nous,
puis on l'oublie parce qu'on doit continuer.

Puis je pense qu'une des différences peut-être entre l'aviation et le système de santé,
c'est que nos patients...

On n'a pas le choix, ils ne vont pas bien et c'est essentiel.

L'aviation, on peut dire, on l'a vu, l'avion ne va pas partir.

On l'a vu souvent dernièrement.

Il n'y avait personne pour voler les avions, donc les avions ne pas.

C'est plate, ça cause des gros problèmes.

Mais en général, il n'y a personne qui va perdre la vie parce qu'un avion ne vole pas.

Mais je pense que la différence pour les médecins, c'est cette responsabilité-là dont vous
parliez tantôt, cette culpabilité-là que si j'arrête là, qu'est-ce qui va se passer?

Ce sentiment d'être irremplaçable qui, des fois, est vrai, des fois, c'est un sentiment
qu'on a bâti aussi, de se dire qu'il y a juste nous qui peuvent donner ces soins-là.

Mais je pense que ça, c'est vraiment au niveau des facteurs professionnels, personnels
qu'on se dit pourquoi on ne peut pas arrêter.

Mais il y a aussi les facteurs systémiques qui font en sorte qu'on a cette
responsabilité-là déontologique.

Qu'est-ce qui se passe quand on n'est plus là?

Donc ça ajoute beaucoup de pression.

Est-ce qu'il y a une solution magique?

Pas à ce que je sache, mais une solution qui, à long terme, je pense à laquelle on devrait
penser.

Et puis, je n'ai pas nécessairement...

Je n'ai pas de solution magique qu'on peut implémenter comme ça, mais pour moi, une grande
partie de ce qui se passe en médecine, c'est qu'on va tellement vite, on essaie tellement

d'en faire plus, qu'on a perdu une partie de cette compassion-là qu'on avait quand on est
rentré en médecine.

Compassion pour les gens, mais aussi pour nous-mêmes.

Et puis, on en parlait aussi un petit peu d'une culture de silence où on souffre en
silence et où

on n'a pas l'emphase sur s'aider les uns et les autres parce qu'on est tellement à bout
qu'on essaie juste de survivre.

Ça m'a pris du temps aussi à réaliser que la demande est infinie.

Il va toujours y avoir des patients malades, puis on pourrait toujours en faire un petit
peu plus.

On pourrait toujours rajouter un patient de plus dans nos cliniques.

On pourrait toujours faire une ou deux consultations de plus.

C'est comme essayer de remplir un évier qui est percé.

Éventuellement la limite, je pense qu'il faut qu'elle vienne des individus parce que sinon
la demande étant infinie, je veux dire, nécessairement il n'y aura pas de fin à ça.

Par rapport aux obligations déontologiques, c'est sûr que aussi sur la culture du silence,
il y a aussi, il faut se rappeler que le rôle des ordres professionnels comme le Collège

des médecins, c'est de protéger le public.

Puis je pense que c'est leur rôle, puis ils le font bien.

C'est essentiel.

Mais ça fait en sorte que plusieurs médecins, parfois, vont hésiter à afficher leur
vulnérabilité ou à demander de l'aide de par la honte.

Puis là, je vais parler de mon expérience personnelle.

J'ai traversé des difficultés, deux épuisements professionnels, un trouble de dépendance,
de consommation de substances.

Moi je dis en fait, l'argument c'est le contraire, c'est si on veut vraiment protéger le
public et la population, il faut faire en sorte que nos soignants aient la capacité

d'aller demander l'aide professionnelle quand elle est nécessaire, de prendre une pause
quand c'est nécessaire au bénéfice de la sécurité des patients.

Parce que sinon, on encourage des comportements puis des états d'esprit qui ne pas au
bénéfice de la population.

Je ne peux pas être plus d'accord avec vous.

Par contre, ce qui m'encourage, ou peut-être pas par contre, de plus, ce qui m'encourage,
c'est qu'on voit un changement au niveau des collèges.

Je pense qu'il y a beaucoup de collèges qui sont en train de réaliser que oui, ça c'est
important, c'est important de soutenir les médecins, de les aider au travers de leurs

difficultés.

Puis c'est là aussi, je pense que l'ACPM peut vraiment aider les médecins.

On n'est pas là juste quand il y a des poursuites ou quand il y a des plaintes au collège.

On est là pour donner du soutien aux médecins dans n'importe quel événement médico-légal
qui a rapport à la santé des patients.

Donc, une chose que j'aimerais vraiment mettre de l'avant, c'est que oui, les collèges
sont là pour protéger les patients, mais nous, on est là aussi pour aider les médecins.

Donc, on peut nous appeler, on peut vous mettre en contact avec des programmes de soutien
aux médecins

et on offre aussi plusieurs programmes de soutien aux médecins qui sont en détresse
émotionnelle.

Donc, on fait notre part de ce côté-là, je pense, et puis on espère rejoindre de plus en
plus de médecins à ce niveau-là pour leur rappeler que nous, on est là pour les aider,

pour les appuyer, pour les soutenir dans leur démarche avec le collège.

Le balado est maintenant diffusé depuis le début de l'année en janvier 2025.

J'ai reçu beaucoup de retours publics ou anonymes de médecins ou d'autres professionnels
de la santé qui remerciaient de parler de cette réalité-là, de briser justement cette

culture du silence.

Le thème des plaintes et des poursuites était quelque chose qui revenait vraiment souvent,

qui était une grande cause de détresse.

Puis on parlait du perfectionnisme.

Souvent, quand on vit des difficultés en médecine, soit pendant les études médicales ou
après, pour plusieurs personnes, c'est le premier échec de toute leur vie.

Parce qu'on a été dans une culture de la perfection jusque-là.

Puis alors que d'avoir des difficultés, selon moi, ça fait juste partie de la vie normale.

Une fois que ça nous arrive, on dirait que cette image de la perfection qu'on s'était
bâtie, tout à coup s'effondre.

Une grosse partie de l'estime de soi et de l'identité, même, j'aurais dit, ont tendance à
s'effondrer.

Absolument.

Je suis tellement contente que vous ayez parlé de ça parce que je pense que c'est
tellement important.

C'est un sujet dont on ne parle pas énormément.

Un autre sujet qui est stigmatisé, les plaintes au collège, les plaintes à l'hôpital, les
poursuites.

Et puis, je pense que vous avez mis le doigt dessus tout à fait.

Toute notre vie, on est entré en médecine parce qu'on était dans le top de notre classe,
puis on est entré dans une résidence contingentée parce qu'on a travaillé fort, puis on

est...

On a fait une surspécialité parce qu'on a travaillé fort et tout ça.

Puis on a toujours réussi.

Puis tout d'un coup, on reçoit une plainte.

Puis généralement, on a donné de notre mieux.

Il n'y a pas un médecin qui se réveille le matin en se disant, "Ouf, je vais voir ce que
je peux faire aujourd'hui." On donne de notre mieux.

Puis là, on reçoit une plainte.

Puis tout d'un coup, là, ça vient nous chercher au niveau de notre identité.

Notre identité professionnelle aussi devient presque une identité personnelle.

Tu sais, quand on travaille 70-80 heures par semaine, on oublie qu'on est quelque chose
d'autre qu'un médecin souvent.

Donc, on devient

un médecin c'est tout ce qu'on...

c'est souvent une grande partie de ce qu'on est, puis là on vient de nous dire qu'on a eu
un échec.

Ça, ça brasse, là, parce qu'on est qui si on est un médecin qui a eu une plainte?

Puis on n'en parle pas, on ne sait pas que c'est normal, que la plupart des médecins vont
avoir des plaintes au collège ou à l'hôpital ou même une poursuite.

Puis on vit ça encore là en silence.

Puis on le sait au niveau de la littérature, c'est clair, on le sait que c'est un gros
risque,

les plaintes et les poursuites, un gros risque d'épuisement professionnel, c'est un risque
de dépression, même un risque qui augmente le risque de suicide.

C'est énorme.

On sait ça, et pourtant, on n'en parle pas.

Je pense que vous avez vraiment touché un point super important, l'identité
professionnelle.

On se remet en question, puis on ne sait plus où on s'en va, puis ça ajoute énormément au
stress.

Je pense que c'est important de le reconnaître, et c'est encore là.

Au niveau de l'ACPM, on le reconnaît ça et on en offre, du soutien.

On a un nouveau programme d'écoute pour les médecins qui souffrent d'une façon encore plus
grande que ce à quoi on peut s'attendre.

On les accompagne pendant leur stress.

On leur donne du support par des pairs parce qu'on sait que c'est difficile.

Et puis, si ça persiste, on les réfère à

des programmes de soutien, mais je pense que c'est important de le reconnaître.

C'est quelque chose dont j'espère qu'on va se mettre à parler plus que les plaintes.

C'est vraiment difficile.

Puis aussi, on a même fait une étude récemment qui démontre que les plaintes au niveau de
la résidence, ça a un impact encore plus intense parce qu'au niveau de la résidence, c'est

là qu'on bâtit notre identité professionnelle.

Puis tout d'un coup, on vient se faire dire, tu as un problème.

Ou c'est ce qu'on comprend.

Plutôt que de voir ça comme

quelque chose de constructif, qui peut être difficile, mais de voir peut-être avec un
mentor ou un pair, de se faire dire, c'est correct, ça arrive.

On va voir qu'est-ce qu'on peut apprendre de ça.

Peut-être rien.

Peut-être qu'il n'y a rien qu'on aurait pu faire.

Peut-être que c'était le système.

Mais peut-être qu'il y a quelque chose qu'on peut apprendre.

Mais le fait qu'on a fait une erreur, le fait qu'on a une plainte, ça ne veut pas dire
qu'on est un mauvais médecin.

Ça veut dire qu'on est humain.

Puis je pense qu'on est dans un système en ce moment

qui enlève un petit peu l'humanité dont on a tant besoin en médecine.

On l'a comme un peu perdu quand on se regarde nous-mêmes.

C'est comme s'il y avait une dualité, en fait, par rapport aux attentes.

On est beaucoup, en ce moment, dans une culture de la performance, puis je dirais même de
la marchandisation des soins de la santé.

J'entends des commentateurs dans les médias dire "Est-ce Est-ce que les médecins vont
livrer la marchandise?" On ne parle pas de marchandises ici, on parle de soins de santé,

de soins à une partie de la population.

Puis comme vous dites, on a souvent tendance à perdre de vue le sens.

En fait, moi, c'est ce qui m'est arrivé à certains moments.

J'ai vécu des pertes, du point de vue de ma vie personnelle, des suicides de collègues, de
médecins, puis c'est très confrontant par rapport à sa propre souffrance.

Puis à ce moment-là, moi, je m'étais dit, bien, ça aurait pu être moi.

Puis à ce moment-là, bien, je trouve que pour se mettre en mode action, bien, il faut...

Un, reconnaître cette humanité-là, puis essayer peut-être de trouver l'équilibre entre
cette culture de l'efficience puis d'être sûr qu'on donne des soins de qualité tout en

répondant aux exigences du système qui effectivement ont souvent tendance à déshumaniser
les personnes qui le composent.

Premièrement, je suis vraiment désolée d'entendre ça.

C'est vraiment difficile.

C'est toujours difficile, la perte d'un collègue.

Je pense qu'en médecine aussi, ça a un impact sur tout le monde, mais c'est difficile
aussi à vivre parce que, comme vous avez dit, on se dit c'est quoi la différence entre ce

collègue-là et moi?

Ça nous remet en question, et des fois ça nous pousse à réaliser qu'on ne va

peut-être pas aussi bien qu'on pensait, ou ça nous pousse à regarder nos difficultés.

On n'est pas toujours équipés pour s'occuper de nos difficultés.

On est équipés pour aider les gens, s'occuper de leurs difficultés, mais comme on en
parlait tantôt, on ne s'en rend pas compte souvent des nôtres.

Donc je pense qu'il y a beaucoup de travail à faire là-dessus.

Et puis c'est en en parlant, comme vous vous faites dans votre balado, comme nous on
essaie de le faire à l'ACPM, d'en parler et puis d'implémenter des programmes de soutien.

Parce que je pense qu'on est aussi à un temps où la porte est ouverte un petit peu parce
que je dirais il y a peut-être une dizaine d'années quand on parlait du soutien puis du

bien-être des médecins, c'était quelque chose que c'est bien de faire ça si on a le temps,
mais je pense que là on commence à réaliser que c'est pas juste quelque chose qui est le

fun à faire si on peut.

C'est quelque chose qui est essentiel, plus qu'essentiel, que c'est vraiment un pilier de
notre système de santé.

Je pense que c'est en en parlant comme ça, en déstigmatisant cette idée-là, en acceptant
qu'on est humain, qu'on fait des erreurs, qu'on va avoir des plaintes, nous aussi, qu'on a

des problèmes d'épuisement professionnels, qu'on n'est pas superhumain, qu'on est juste
comme le reste de la population.

En en parlant comme ça d'une façon ouverte que j'espère on va être capable de faire un
petit peu, de faire bouger les choses un petit peu.

Durant la pandémie, on nous appelait les héros de la santé ou les anges gardiens.

Je trouve que ça venait un petit peu glorifier ce rôle-là au-delà de ce qu'on est capable
d'offrir.

Puis effectivement, je trouve pas que...

En tout cas, pour moi, je ne me considérais pas équipé pour gérer ma propre détresse.

Puis effectivement, j'avais...

intériorisé cette capacité à aider tout le monde autour de moi avant de m'aider moi-même,
puis de même reconnaître mes propres signaux de détresse.

C'est très insidieux, puis on a touché tantôt à la fatigue de compassion.

Pour moi, ça a été un des symptômes, c'est l'empathie.

Je trouve que,

un peu comme la résilience, il y a des batteries d'empathie, et éventuellement, quand ces
batteries-là sont à zéro, on tombe en fatigue de compassion, puis c'est là aussi qu'on

perd un peu de cette humanité-là.

Puis on nous enseigne beaucoup à être dans l'empathie, non pas dans la sympathie.

On se fait répéter souvent ça.

Puis je pense que jusqu'à certain point, je comprends, dans le sens que c'est pour

protéger aussi parce que si on absorbe tout ce qu'on vit, on est exposé à des tragédies, à
des traumas, c'est clair que ça va nous submerger et puis comme on à un moment donné, il

faut créer une distance professionnelle.

Mais d'un autre côté, les moments où je me suis donné la permission d'être vulnérable avec
mes patients, c'est à ces moments-là, je pense, que la qualité de la relation s'est

améliorée.

Puis je dirais même que j'ai évité probablement des plaintes

ou que des conflits escaladent parce que les patients se sont sentis écoutés, parce que
les familles se sont senties entendues, vues.

Elles ont vu que je ne suis pas parfait et que je le reconnaîs.

Je pense que les patients et les familles vont pardonner beaucoup d'erreurs parce qu'ils
comprennent que l'erreur est humaine.

Ce qui est plus difficile, par contre, c'est quand on essaie de faire comme si

on ne pouvait pas commettre d'erreur ou que ça n'avait pas eu de conséquences
psychologiques et qu'on n'avait pas validé finalement l'expérience des patients.

Mais je pense que des fois d'être dans la sympathie, ça peut nous permettre de connecter
un petit peu plus d'égal à égal.

Là, j'ai pris des notes parce que vous avez dit tellement de choses que je trouve
tellement importantes, je ne sais même plus par où commencer.

Il y avait tellement de beaux matériels dans ce que vous venez de dire.

La première chose, je pense que vous avez dit, c'était par rapport à reconnaître nos
propres signaux de détresse.

Ça, ça me fascine tellement à chaque fois que je parle à un médecin en détresse de voir à
quel point ce sont des médecins qui ont tellement d'empathie, de compassion et qu'ils vont

reconnaître tout

plein de signaux de n'importe quelle maladie dans leur patient, mais eux sont sur le bord
de l'épuisement professionnel ou en plein épuisement professionnel et ils n'ont aucune

idée de ça.

Je pense que ça vient vraiment de ce que vous dites.

On met tous nos feelings, nos émotions dans une petite balle et on met ça le plus creux
possible parce qu'il y en a trop et on n'a pas le temps de regarder ça et on a peur de

craquer si on les regarde.

Ça me rappelle une anecdote qui m'a vraiment fascinée et que j'ai trouvé tellement
intéressante.

Il y a quelques mois, l'ACPM a lancé un indice pour mesurer notre bien-être, l'indice de
soutien de bien-être.

Je m'excuse, l'indice de bien-être aux médecins.

Et puis, c'est tout petit comme indice.

Ça va vite, ça prend quelques minutes à répondre aux questions, puis ça nous donne un
score qui nous dit c'est quoi notre bien-être par rapport aux autres médecins.

Et puis, en même temps, ça nous donne des ressources pour accéder

à des programmes de soutien si on en a besoin.

Si on est en crise, ça nous donne des ressources autres.

Enfin, le but de l'anecdote, c'est que je parlais à une collègue dans un programme de
soutien aux médecins qui m'a dit, j'ai reçu un appel d'un médecin qui venait de faire son

indice de bien-être que vous avez lancé.

Et puis, il m'a appelé parce qu'il m'a dit, je viens de voir mon score qui est vraiment,
vraiment bas.

J'avais aucune idée que je n'allais pas bien comme ça.

J'ai besoin d'aide.

Puis pour moi, ça a été tellement significatif de voir, wow!

On est entraîné pour reconnaître la détresse.

Puis là, on vient de donner un petit outil qui est bien validé, mais quand même, c'est
juste des petites questions sur le bien-être.

On donne un score, puis c'est ça que ça a pris pour le médecin de dire, wow!

Mon bien-être, et je ne pas c'était quoi son pourcentage, mais à 10 ou 15 % comparé au
reste de la population des médecins, j'ai un problème.

Puis pour moi, ça a vraiment mis en valeur

cette idée-là qu'on n'a aucune idée quand on ne va pas bien, ce qui est quand même
vraiment intéressant.

La médecine c'est une profession relationnelle, puis je pense qu'on l'oublie, on a parlé
tantôt de la marchandise, quand on parle de marchandise, on ne parle plus d'être humain.

...

C'est tellement important de garder cette idée-là que c'est relationnel.

Il faut bâtir la confiance, il faut parler avec nos patients.

Je pense qu'on est tous venus en médecine avec cette idée-là.

C'est ça qu'on veut, c'est ça qu'on aime.

On développe une relation, une confiance.

Mais quand on a 50 patients à voir pendant la journée, on s'empêche un petit peu de faire
ça.

Je pense que ça aussi, c'est de la détresse morale.

On sait que...

Au fond, on sait que ce n'est pas ça qu'on veut faire, mais on n'a pas le choix.

Ça aussi, ça écorche un petit peu notre humanité.

Et puis on se retrouve avec un cycle qui est décrit dans la littérature où on est en
épuisement professionnel.

On est moins professionnel parce qu'on ne peut plus.

On fait plus d'erreurs et puis on se retrouve avec la culpabilité.

Puis ça recommence.

Puis on fait ce petit cycle-là.

Puis là, on ajoute les erreurs, les événements médico-légaux.

Puis là, ça ajoute, puis on se retrouve comme ça dans un cycle qui est difficile à briser.

Hmm.

...

ce que je trouve vraiment très intéressant, est-ce que vous constatez une augmentation de
la détresse chez les médecins ou est-ce c'est davantage rapporté parce que les gens osent

plus en parler?

C'est vraiment une question qui est difficile à répondre parce qu'on n'a pas de données de
départ.

On n'a vraiment pas de données probantes au Canada par rapport à la détresse des médecins,
ou très peu.

On sait que ça ne va pas bien, mais on n'a pas vraiment de chiffres.

L'Association médicale canadienne avait fait un sondage il y a quelques années et ils
reviennent d'en refaire un, mais je pense que les résultats ne sont pas sortis encore, qui

avait démontré beaucoup de détresse, mais il y avait à peu près 3 % des médecins canadiens
qui avaient rempli ça.

Notre espoir avec cet outil-là que nous on a lancé, c'est que c'est un outil qui très très
très rapide.

Le sondage de l'Association médicale canadienne, l'AMC, c'était un sondage qui était
vraiment très bien, mais il était très long, à peu près 65 questions.

Nous, ce qu'on fait, c'est le sondage, l'index du bien-être aux médecins qui a été
développé par des chercheurs à la clinique Mayo, donc qui est très bien validé.

Ce sont 9 questions, 9 questions oui et non, c'est super rapide,

plus quelques petites questions démographiques.

Puis on vient de lancer le mois de février 2025, c'est tout nouveau.

Notre espoir, c'est vraiment d'obtenir des bonnes données probantes pour qu'on puisse
voir, bien, c'est où qu'il y a des gros problèmes.

On sait qu'il y en a partout, mais est-ce qu'il y a des groupes qui sont plus à risque
pour lesquels on pourrait développer des interventions spécifiques?

Mais aussi, ce qu'on aimait beaucoup de cet outil-là, c'est que ça donne des ressources

aux médecins.

Ce n'est pas juste nous qui vont chercher des données, mais on donne des ressources qui
sont spécifiques à chaque province et chaque territoire.

Donc, pour répondre à votre question au niveau du niveau de détresse, on n'en a pas à quoi
comparer.

Mais ce qu'on voit pour l'instant, c'est très haut.

On a un niveau de à peu près deux tiers des médecins qui rapportent être dans la catégorie
qui est en détresse ou en crise même.

Le tiers, ce n'est pas un tiers qui va bien, c'est un tiers qui va bien ou qui est comme
OK.

On n'a pas un taux de réponse qui est super haut, on a à peu près 4000 membres qui ont
répondu jusqu'à maintenant, on considère qu'on en a 117 000, mais on espère vraiment être

capable d'augmenter ce chiffre-là pour voir où on en est.

Parce que c'est quand même des données qui sont importantes, si on peut avoir des données
vraiment claires de où on en est,

c'est là qu'on peut voir, un, qu'on peut pousser pour des solutions, puis deux, on peut
voir où on s'en va aussi.

Selon les bases de données et les groupes, j'avais vu entre 50-60 % de symptômes de
détresse psychologique, d'anxiété, de symptômes dépressifs.

Une des statistiques du côté du Québec, du programme d'aide aux médecins du Québec, le
PAMQ, qui m'avait frappé en 2024, il a 4,3 % des médecins et des résidents qui ont fait

appel au programme.

Autour de 4 %, on s'entend, ça c'est à peu près un médecin sur 25.

Mm-hmm.

Alors qu'on vient de dire qu'il y a peut-être 50 % jusqu'aux 2 tiers de ces personnes-là
qui éprouvent des symptômes de difficulté psychologique.

Il y a tout un gap finalement.

En fait, on va dire que c'est l'iceberg qui est caché finalement de toutes ces
personnes-là qui éprouvent des symptômes, mais qui ne consultent pas.

Oui, bien c'est sûr qu'on ne sait pas si le reste, s'ils voient leur médecin de famille ou
s'ils voient des psychologues en privé, on ne saura jamais.

Mais je pense qu'en effet, il y en a très peu.

Il y en a très peu qui demandent de l'aide.

Et puis, je ne sais pas s'il y a assez de support pour tout le monde.

Si ces deux tiers-là se mettent à appeler tous les systèmes, les programmes de soutien aux
médecins, est-ce qu'on a assez de programmes pour les aider?

C'est un bon problème à avoir, par exemple, si ça arrive.

Peut-être que ça va nous aider à réaliser qu'on a besoin de plus de personnel pour aider.

Oui, je pense que vraiment, ce que ça nous montre, c'est que c'est vraiment le bout du
iceberg.

Puis même si on dit que maintenant, il n'y a plus de stigmas, puis qu'on peut en parler,
je pense que c'est clair qu'il y a encore beaucoup de travail à faire.

Il y en a encore du stigma.

Et puis je pense que c'est plus facile de dire, bien j'accepte que mon collègue ait de la
difficulté que de dire encore, j'accepte que moi j'ai de la difficulté.

Je pense que tant qu'on ne sera pas capable d'en parler d'une façon ouverte, puis de ne
pas avoir peur des répercussions aussi, c'est-à-dire que si on en parle, on va être vu

comme moins que, ou on va être vu comme un médecin qui est faible, on va continuer à avoir
des problèmes.

Effectivement.

je trouve que ce que ça vient souligner aussi, c'est ce n'est pas un problème de
connaissance ou ce n'est pas non plus tant que ça un problème d'accessibilité aux

ressources.

Puis j'enseigne moi-même à mes patients comment prendre soin d'eux.

Je connais les ressources du PAMQ.

Je sais qu'il y a des ressources existantes, mais malgré tout, je ne les utilisais pas.

Donc c'était le...

l'enjeu était ailleurs.

Donc c'est sûr qu'il faut trouver un moyen d'aller chercher les professionnels de la santé
là où ils sont.

Est-ce que vous réfléchissez à de nouvelles manières d'aller rejoindre les gens?

C'est tellement une bonne question parce que je pense que là où on se retrouve en ce
moment, c'est qu'on parle de guérison une fois que les gens ne sont plus bien.

Donc, je pense que c'est important de penser à la prévention.

On en parle tout le temps en médecine, là, on aime mieux faire de la prévention que de la
guérison ou du traitement.

Pourtant, là, ce qu'on regarde, c'est une fois que les médecins ne vont pas bien.

Moi, je pense que ce qui est important – il y a plein de choses d'importantes – mais une
des choses qui est très importante, c'est

la prévention parce qu'un médecin qui est en épuisement professionnel et qui continue à
travailler parce qu'il se sent trop coupable de partir, il ne le fera pas, l'appel.

Il n'appellera pas le PAMQ, il n'a pas le temps.

C'est une chose de plus à faire.

Il n'y en a plus de temps.

On n'en a plus de...

Je ne suis plus capable.

On est rendu à un point où ça ne fonctionne plus.

On fait juste les tâches qu'on doit faire.

Je pense que s'attendre à ce que les médecins une fois brisés appellent et cherchent de
l'aide,

ça n'arrive pas, c'est très rare.

Ce qui est important vraiment, c'est de changer, ça semble si simple, changer la culture.

C'est vraiment partir au tout début au niveau du système dans les hôpitaux, dans les
programmes d'éducation.

Ce n'est pas une solution facile, mais c'est sûr qu'au niveau de la l'ACPM, oui, on fait
quelque chose.

On a tout un département d'éducation qui

va donner des ateliers sur la culture juste, des ateliers sur la communication,

les comportements qui sont moins civils.

On a des ateliers sur comment, même des ateliers interprofessionnels sur comment régler
des problèmes d'équipe.

Tout ça parce que c'est important au niveau des professionnels de la santé, s'assurer que
les médecins sont bien pour aussi que les patients soient mieux parce que si on soigne nos

professionnels de la santé, on va soigner nos patients.

Ça, c'est au niveau de la prévention.

Et puis aussi au niveau de notre département,

on a commencé à donner aussi des ateliers sur la compassion.

La compassion envers nous-mêmes.

La compassion, évidemment, on est très bon avec la compassion envers nos patients, mais
aussi envers nous-mêmes.

Puis on a trouvé que ça a été très intéressant de voir la réaction parce qu'on a souvent
des médecins qui viennent nous dire, c'est la première fois depuis longtemps que quelqu'un

me donne des trucs pour moi, pas pour en faire plus pour les patients, mais vraiment pour
prendre soin de moi.

Ça, je dirais, c'est au niveau de la prévention,

ce que l'ACPM fait.

Puis on fait aussi évidemment, on est dans le traitement aussi dans le sens qu'on a des
programmes pour, par exemple, les médecins qui se retrouvent à un risque plus élevé ou qui

semblent avoir plus de plaintes que leurs collègues.

Donc on a un programme spécial, le problème de soutien aux membres, parce que, pour
plusieurs raisons.

Un, parce que...

on veut leur donner de l'aide, on reconnaît qu'il n'y a pas un médecin qui veut mal faire
son travail.

Tous les médecins veulent bien faire.

Quand on un médecin qui reçoit beaucoup de plaintes, généralement, il y a quelque chose
qui se passe.

On leur donne un pair, un médecin de l'ACPM, qui va vraiment essayer avec eux, sans
jugement, de voir d'où ça vient le problème.

Est-ce que c'est au niveau personnel?

Est-ce que c'est au niveau du système?

Est-ce que c'est juste la façon

dont leur clinique est établie, est-ce qu'ils sont juste dans un mauvais milieu pour eux?

Qu'est-ce qu'on peut faire pour les aider?

Puis on va les garder avec nous jusqu'à tant que le membre aille mieux.

Et puis ce qu'on a remarqué, c'est que non seulement ça aide à leur bien-être, ça c'est
clair, je pense qu'au-dessus de 90 % de nos participants ont dit que ça aide à leur

bien-être, mais ça a aussi diminué

leur niveau de plaintes au collège puis à l'hôpital entre 50 et 60 %.

Donc, on se rend compte que quand on est là pour aider les médecins d'une façon sans
jugement, d'une façon où on veut vraiment juste aider, parce que s'ils ne veulent pas

participer, il n'y a rien qui va leur arriver.

C'est vraiment un engagement qu'on fait entre nous et eux.

On leur donne un peu de coaching.

Tout ça a l'air de donner des très bons résultats au niveau

médicolégal et au niveau du bien-être.

Ça, c'est un de programmes qui, je pense, aide beaucoup quand on a un membre qui a des
difficultés au niveau médicolégal.

On a aussi un nouveau programme dont j'ai parlé tantôt, le programme du soutien aux
médecins.

C'est sûr que tout médecin qui appelle à l'ACPM va parler à un autre médecin et il va
recevoir du soutien par ce médecin-là.

Mais on a des fois des membres qui en arrachent un peu plus, qui viennent de recevoir une
plainte et qui disent :

"C'est fini, je ne retourne plus travailler, je n'en peux plus.

Je suis en arrêt de travail, je ne sais pas quand je vais être capable de revenir." Ces
membres-là, on a dans notre département un programme où on peut les aider, où on va leur

offrir trois à quatre conversations qui peuvent aller de 45 minutes à une heure, une heure
et quart vraiment pour les aider avec cette détresse aiguë là qui est

par rapport à ce qui s'est passé.

C'est tout nouveau comme programme.

Alors, on n'a pas beaucoup de résultats, de chiffres solides, mais ce qu'on a, ce sont des
commentaires.

Des membres qui nous disent : "Si ça n'avait pas été de vous, je ne serais jamais
retournée travailler." Pour moi, entendre ça, c'est un succès.

Si on a un médecin qui retourne au travail, c'est combien de patients?

Ou de me faire dire : "J'ai parlé à

votre médecin.

J'ai reçu tellement d'aide au niveau technique pour gérer mon stress que je suis retourné
au travail beaucoup plus tôt que si je ne avais pas parlé.

Ça a un impact sur ma pratique." Des commentaires comme ça qui me disent que vraiment ce
qu'on fait a un impact.

C'est sûr que c'est petit, c'est un médecin à la fois et vraiment c'est au niveau
individuel rendu là.

Mais c'est une petite partie de tarte.

Et puis avec notre indice de soutien aux médecins dont je vous parlais tantôt, où on
obtient des données sur le bien-être, on espère être capable d'utiliser ça pour en faire

plus.

Encore là au niveau systémique, où sont les problèmes?

Partout?

Mais où, spécifiquement?

Est-ce qu'il y a des groupes qui sont plus à risque?

Qu'est-ce qu'on peut faire pour aider?

C'est tout ça qu'on fait à l'ACPM, bien sûr dans le contexte des problèmes médicolégaux

ou des incidents à la santé des patients, mais c'est quand même assez large, c'est une
grosse partie de ce qu'on fait.

Si je prends mon expérience personnelle, avant d'appeler au PAMQ, ça m'a pris des mois
avant de décider que j'étais assez malade ou assez en détresse pour avoir besoin d'aide.

Puis je me comparais à des personnes pires que moi, puis je me disais « ben je ne pas
rendu là, je suis encore fonctionnel, je suis capable d'aller travailler ».

Effectivement, je percevais ça comme une corvée de plus, de me dire, faudrait que
j'appelle au PAMQ.

Ou il y avait des fois des initiatives de bien-être ou de soutien à l'hôpital.

Mais le premier réflexe, bien souvent, c'est la participation parce qu'on dirait que
justement, les gens en ont tellement, parfois, ras-le-bol que ça n'est pas reçu

comme du soutien nécessairement, c'est reçu, c'est perçu comme une corvée de plus.

Puis je dirais même, quand on a eu des suicides dans notre hôpital, le PAMQ offre des
services de postvention, puis on envoie les médecins-conseils sur place, on rencontre les

groupes qui en font la demande.

L'enjeu était là parce que le premier réflexe de bien des groupes ça a été de dire :
"Merci, mais non merci on va être correct." Puis je pense que pour changer une culture

comme vous avez dit, il ne faut pas être naïf, ça va prendre du temps.

Et puis je pense effectivement qu'il faut commencer tôt dans la formation médicale pour
que la prochaine génération de soignants, de médecins

ait des meilleurs modèles de rôle, peut-être aussi, parce que c'est comme ça beaucoup
qu'on apprend puis qu'on construit notre identité professionnelle.

C'est par imitation, puis en voyant tout ce qu'on appelle le curriculum caché aussi, ce
qu'on nous enseigne formellement, mais ensuite tout ce qu'on voit, on constate

informellement dans les milieux de stage.

Est-ce que je vois des mentors prendre soin d'eux?

Est-ce que je vois des gens

prendre un après-midi de congé parce qu'il y a un problème de santé qui est plus
important?

Donc, je pense que, éventuellement, pour changer ça, oui, ça va prendre du temps, ça va
prendre des efforts parce que je pense que ça se fera pas tout seul.

Mais ce sont des interventions comme les vôtres, je pense, que quand on les rajoute bout à
bout, on finit par faire peut-être un effet boule de neige.

C'est ce que j'espère parce qu'on sait aussi que la culture, ça change à partir d'en haut.

Oui, ça va prendre du temps, puis il faut que ça soit quelque chose dont on puisse
convaincre les gens qui sont à la tête du système de santé de comprendre l'importance de

ça.

C'est une des raisons pourquoi on collectionne comme ça des données probantes, parce qu'on
sait qu'avec des chiffres,

c'est plus facile de faire bouger les choses.

Mais ce qui me donne l'espoir aussi, par exemple, c'est quand on regarde les jeunes
médecins, je pense que la nouvelle génération est plus à l'aise de parler de bien-être,

plus à l'aise de mettre de l'avant leurs besoins personnels.

Mais il y a encore énormément de travail à faire.

Puis on parlait tantôt de rejoindre, d'appeler quand on est en difficulté.

Je pense qu'on a quand même, on a...

J'hésite à appeler ça "une chance" parce que ce n'est pas une chance d'avoir un événement
médicolégal, mais c'est comme une façon d'attraper les gens.

Parce que quand les gens ont un événement médicolégal, ils n'ont comme pas, ils ont le
choix, ils ont le choix de ne pas appeler, mais la plupart des gens vont appeler l'ACPM

parce qu'ils ont besoin d'aide.

Ils n'ont peut-être pas reconnu qu'ils avaient un problème de bien-être, mais ils vont
appeler pour leur problème médicolégal et on peut les attraper comme ça.

Et on se rend compte qu'ils ont des problèmes de bien-être plus concrets.

Donc pour nous, on a comme ce petit crochet-là pour les amener.

Et puis, un médecin à la fois, puis un problème à la fois.

On espère de faire du bouche à oreille comme ça.

Puis quand on se retrouve sur des balados comme ça, on en parle puis disséminer cette
information.

Puis je pense que ce que vous faites aussi, c'est super important.

Ça déstigmatise, on en parle, les gens

qui souffrent peut-être en écoutant le balado, vont se dire, peut-être qu'ils vont
commencer à se reconnaître.

Je pense que c'est comme ça qu'on va changer la culture.

Plus on en parle, plus on en fait, plus on en discute d'une façon ouverte et qu'on
reconnaît nous-mêmes qu'on a eu des problèmes.

Moi, je vais en parler d'une façon très ouverte aussi.

Pourquoi je suis si intéressée au bien-être au médecin?

C'est que j'en ai eu un épuisement professionnel assez profond tôt dans ma carrière.

La première chose qui m'a frappée, c'est quand je suis revenue au travail.

Je me suis fait dire par plusieurs personnes, en secret, moi aussi, ça m'est arrivé.

Puis je me suis dit, oui, mais pourquoi c'est un secret?

Moi, je pensais que j'étais toute seule.

Puis vivre ça d'une façon isolée, puis se dire, c'est moi le problème?

Parce qu'il n'y a personne d'autre qui en a des problèmes comme ça.

Ça ajoute au problème.

À partir de ce moment-là, je me suis dit, non, non, c'est fini, on va en parler.

Puis si ça arrive à tant de gens que ça, ça n'a pas besoin d'être un secret.

Ce n'est pas moi le problème.

Le problème est systémique, le problème vient de plusieurs...

Ce n'est pas la faute de personne, il n'y a pas personne à blâmer, mais le problème
existe.

Il faut en parler si on veut être capable de régler.

pour votre partage.

Ça vient mettre en lumière une des choses que je dis souvent, c'est que les choses sont
tabous parce qu'on tolère encore qu'elles le soient.

Si on veut changer les choses, on ne peut pas changer nos collègues, on ne peut pas
changer jusqu'à un certain point le système, mais on se contrôle nous-mêmes, on contrôle

nos perceptions, on contrôle nos comportements.

Ce que je fais maintenant, oui, le balado, c'est

un des véhicules pour aller rejoindre les gens, mais au quotidien, je pense qu'on peut
tous et toutes faire le choix de s'ouvrir.

Puis c'est ce que je fais personnellement, c'est quand je vois des collègues qui ont l'air
d'être un peu plus en difficulté, bien je vais parler des miennes, pas pour m'étendre,

mais pour montrer que c'est un lieu sécuritaire, un safe space, puis que c'est
effectivement beaucoup plus prévalent qu'on pense.

À force d'en parler, on va peut-être réussir à normaliser ce genre de discours-là.

Est-ce que vous avez des données justement sur la prévalence des événements médicolégaux
dans une carrière?

Ouf, j'en n'ai pas au bout des doigts, je ne sais même pas si on a ça, parce que je pense
que dépend aussi des carrières, ça dépend des spécialités, mais je pense que c'est...

On dit souvent, puis on doit avoir les données pour le prouver, que c'est très commun,
c'est rare de passer une carrière sans plainte ou sans poursuite.

Les plaintes sont plus fréquentes que les poursuites, mais ce n'est pas quelque chose de
rare.

Je pense que la plupart de nos médecins-conseils sont capables de vraiment comprendre
l'état dans lequel le membre se sent parce que la plupart d'entre nous, on en a eu des

événements médicolégaux.

Et ce que je vais rajouter, c'est que même si on n'en a pas eu, si on a été chanceux, puis
qu'on n'a pas eu de plaintes, puis qu'on n'a pas eu de poursuites, on en a tous fait des

erreurs.

Des fois, c'est juste une malchance, si t'as une plainte ou pas.

Des fois, on a des plaintes quand on n'a pas fait des erreurs, mais on a tous vécu un
moment où on a fait une erreur, on est humain.

Ça, ce n'est pas facile.

Qu'on ait eu une plainte ou pas, ça vient nous chercher d'une façon qui est aussi très
profonde.

Je pense que la première chose à faire, c'est d'en parler.

À l'ACPM, on est là pour soutenir les médecins.

Nos médecins-conseils sont tous passés par là.

C'est confidentiel, c'est un milieu qui est sécurisé où les gens peuvent parler sans peur
de répercussions.

Je pense que c'est important de se souvenir de ça.

Puis, on parlait un petit peu de quelque chose que vous avez dit qui m'a juste fait penser
quand on parle de nos expériences à nous.

Je pense qu'on oublie à quel point la vulnérabilité est importante pour bâtir des
relations et bâtir de la confiance.

Je pense que quand des médecins qui sont un peu

plus tard dans notre carrière, dans leur carrière, on se donne la permission d'être
vulnérable avec des plus jeunes médecins ou avec nos pairs, ça aide à bâtir cette

confiance-là qui est nécessaire pour parler de ces problèmes-là.

Parce qu'on a beau dire, c'est important d'en parler, je pense qu'en quelque part, il faut
donner un modèle de vulnérabilité pour donner la permission aux autres de le faire.

Effectivement, il faut commencer par soi-même et montrer l'exemple.

Je pense que c'est comme ça qu'on va réussir à amorcer un changement qui va être,
espérons-le, durable.

Dans mes dernières questions pour vous, on va avoir plusieurs soignantes, soignants, des
médecins évidemment qui vont écouter ça.

Qu'est-ce que vous aimeriez leur dire?

Tellement de choses, mais je vais essayer de garder ça bref.

Premièrement, que s'ils reconnaissent leur propre détresse, de comprendre qu'ils ne sont
pas seuls, que ce n'est pas eux le problème et que c'est normal d'avoir des difficultés et

puis de trouver quelqu'un à qui parler.

Puis que l'ACPM est là.

Nos médecins-conseils sont là pour donner du support dans un

un environnement qui est tout à fait confidentiel.

C'est parler à un pair qui a déjà vécu ça.

Une autre chose que j'aimerais dire aux gens qui écoutent, puis on vient d'en parler,
c'est on oublie à quel point la vulnérabilité est importante.

Et la compassion, pas juste pour nos patients, mais pour nous-mêmes.

C'est très vrai puis je trouve qu'on a tendance à associer vulnérabilité et faiblesse,
mais je pourrais dire que je ne me suis jamais senti aussi fort depuis que j'assume cette

vulnérabilité-là parce qu'aussi en quelque part, c'est un peu reprendre le contrôle de sa
propre histoire, de ne pas se laisser définir par ces événements-là.

Comme vous le dites, puis ça, c'est vraiment pas évident

de le faire pendant, mais d'apprendre, de prendre ces occasions-là comme des opportunités
de croissance, d'apprentissage, puis d'amélioration, puis c'est évident que ce n'est pas

facile.

Puis des fois, on reçoit ça, on vit ça beaucoup comme une attaque sur notre
professionnalisme, sur même notre identité, notre personne, comme on l'a mentionné plus

tôt.

Quand on est capable de faire du sens de sa propre souffrance, je trouve que ça redonne du
pouvoir et ça permet éventuellement de continuer et de garder cette humanité-là que ça

nous prend.

Je n'aurais pas pu mieux le dire.

Tout à fait.

Mon avant-dernière question, puis je sais que là elle est difficile...

si on vous donnait cette fameuse baguette magique dont on rêve tous, qu'est-ce que vous
aimeriez changer?

Je vais renverse à que j'ai dit plutôt, c'est transformer la culture du silence qu'on a en
une culture de soutien où les erreurs, les émotions, les difficultés sont accueillies avec

humanité, puis pas avec jugement.

Puis ma dernière question pour vous, si vous pouviez parler à Catherine, début vingtaine,
avant le début du parcours, tous les événements, qu'est-ce que vous aimeriez vous dire ou

qu'est-ce que vous auriez aimé comprendre avant?

J'aurais aimé avoir la permission, me donner la permission de rester en contact avec mon
humanité, mes faiblesses, mes difficultés, m'accepter en tant qu'humain non parfait pour

être alors capable de reconnaître mon besoin de soutien,

que ce soit par mes pairs, par mon réseau de support, d'établir des relations de
compassion et de confiance avec mes collègues.

Souvent, on dirait qu'il faut vivre ces difficultés-là, on va dire traverser la souffrance
pour être capable de se l'approprier parce que tous ces concepts-là, souvent, on les

connaît, mais c'est une fois qu'on les a traversés puis qu'on se rend compte qu'il y a une
vie après aussi.

C'est pendant les difficultés...

Des fois, on perd de vue un petit peu qu'il va y avoir un après, puis qu'on va
éventuellement se sentir dans un autre état, puis que la vie doit continuer.

Non seulement la vie doit continuer, mais je pense que la vie continue et on s'en sort
plus fort.

On apprend quelque chose d'important et puis je pense que si on peut tourner cette
expérience-là, la faire devenir une expérience positive comme vous faites, ça nous donne

encore plus de force et puis c'est comme ça qu'on va arriver à changer le système un tout
petit peu à la fois.

Merci beaucoup, Dre Pound, pour l'heure qu'on a passée ensemble.

Je vais mettre les liens dans la description de l'épisode, des outils dont on a discuté,
puis des données que vous avez mentionnées parce que, en tout cas, je vais parler pour

moi, il y a plusieurs choses que j'ai apprises durant l'entretien.

Je pense qu'on sous-estime, les gens ont tendance

à penser que l'ACPM est seulement là quand on a des événements médicolégaux, puis qu'il
faut attendre finalement d'avoir une plainte ou une poursuite.

Mais de ce que je comprends, vous êtes en mesure d'accompagner les gens dans un paquet
d'autres situations.

La grande majorité des appels qu'on reçoit, ce sont pour des conseils.

Et puis si on n'est pas capable d'aider, on va être au moins capable d'aiguiller dans la
bonne direction.

diriger et d'essayer d'être un petit peu plus peut-être dans la prévention que toujours
dans l'intervention et la gestion de crise.

En tout cas, merci beaucoup pour l'entretien.

Je vous souhaite la meilleure des chances et merci pour votre travail et votre engagement.

Merci à vous et j'espère qu'on va se re-croiser dans le futur.

Ok, bye bye.