Découvrez les récits touchants et les anecdotes familiales qui témoignent de la créativité et de l’humanité de celles et ceux qui façonnent le Québec. Une plongée dans des histoires insoupçonnées, portées par des voix d’ici.
Pilotée par Julien Morissette, la série hebdomadaire donne la parole à celles et ceux qui façonnent la province au quotidien. Des créateurs·trices issu·e·s de tous les horizons se succèdent pour raconter des expériences qui résonnent bien au-delà de leur parcours personnel, révélant les forces invisibles qui tissent notre société.
· Animation et réalisation : Julien Morissette
· Production au contenu : Audrey Blackburn
· Indicatif musical : P’tit Belliveau
· Réalisation sonore, enregistrement, montage et mixage audio : Simon Coovi-Sirois
· Musique originale : Simon Coovi-Sirois et Alexis Elina
· Caméra et montage vidéo : Patrick Lozinski
· Recherche : Emmanuelle Gauvreau et Maude Petel-Légaré
· Script-édition : François DesRochers
· Cheffe de contenu pour Télé-Québec : Sophie Bélanger
· Coordination : Clara Gauthier-Morrison
· Communications : Louis-Philippe Roy
· Visuel : bureau60a
· Remerciements : Steven Boivin, Clara Lagacé, Marysol Foucault et Sophie Lacelle-Bastien de Transistor Média
L’heure de grande écoute est une série de Transistor Média, produite en collaboration avec Télé-Québec.
Ce projet a été rendu possible grâce au soutien financier du ministère de la Culture et des Communications du Québec et de la Ville de Gatineau (via l'Entente de développement culturel avec le gouvernement du Québec).
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Transistor Média, basée à Gatineau (Québec), est un studio de création, de production et de diffusion d'œuvres audios. En plus de ses balados, l’organisme tient annuellement le Festival Transistor et le Kino-radio.
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Chaque année en décembre, les animatrices
et animateurs de radio du Québec
font une entrevue avec le Père Noël.
Ce qui me fait rire
dans cette tradition-là, c'est que
ça fâche certaines personnes,
qui vont même jusqu'à déposer des plaintes
formelles, notamment à Radio-Canada,
parce qu'on dit que de présenter
le Père-Noël en ondes,
comme une réelle personne,
ce serait de la désinformation.
Ça, ça me rappelle
l'histoire de la petite Virginia,
qui a écrit au New York Sun en 1897,
pour demander à la rédaction du journal
si le Père Noël existe. Le Sun a
publié une réponse très touchante,
dans laquelle on peut lire
la célèbre phrase :
« Yes, Virginia, there is a Santa Claus ».
Donc : « Oui, Virginia,
le Père Noël existe. »
On peut voir ça comme un appel
à célébrer les mythes,
les fantaisies et la fiction dans nos vies
de tous les jours.
Le texte a connu un tel succès, qu'il a été
republié les années suivantes,
et le Sun a aussi décidé d'envoyer des
dizaines de milliers de copies
à des lectrices et des lecteurs qui en
faisaient la demande.
Même si le journal a cessé
ses activités en 1950,
cet éditorial-là a continué d'être imprimé
dans d'autres journaux,
année après année, devenant une nouvelle
tradition du temps des Fêtes.
La phrase « Yes, Virginia, there
is a Santa Claus » est maintenant
l'une des citations les plus iconiques
du journalisme américain,
qui est utilisée dans une tonne de
contextes différents ;
des films, des livres, des émissions
de télé. Ça, ça nous rappelle qu'il faut
cultiver notre émerveillement,
surtout quand on est enfant.
C'est entre autres pour ça que
le commandement de la défense aérospatiale
de l'Amérique du Nord, le
NORAD, simule le trajet du Père Noël
chaque année depuis 1955. Et que
les journalistes posent des questions
à un personnificateur du Père Noël
dans des émissions d'information.
Au Québec, le deuxième personnage hivernal
le plus important,
après le Père Noël bien entendu,
fait aussi l'objet d'une mythologie
bien entretenue : « le Bonhomme Carnaval ».
Quand on s'intéresse à
son histoire et sa création,
on se rend compte que les réponses sont
plutôt compliquées à obtenir.
Aujourd'hui, avec la réalisatrice
Maude Petel-Légaré,
on tente de comprendre pourquoi
le Carnaval de Québec
met autant d'efforts pour cacher les
origines de ce personnage
qui est quand même reconnu par
plus de 9 Québécois sur 10,
selon un sondage Léger Marketing.
Bienvenue à L'heure de grande
écoute, le balado qui vous fait entendre
les histoires vraies et les personnages
surprenants qui façonnent le Québec.
L'épisode d'aujourd'hui : « L'Omerta de
Bonhomme Carnaval : le devoir de mémoire »
-On est en studio avec Maude Petel-Légaré.
Salut Maude.
-Allô!
-Aujourd'hui, on va parler d'un sujet
qui est très fortement rattaché
à l'identité de la ville de Québec,
qui est d'ailleurs ta ville d'adoption
depuis un certain temps ;
Bonhomme Carnaval.
-Oui, tout à fait. J'ai assisté à mon
premier carnaval, il y a quelques semaines,
et j'ai vu Bonhomme,
et ça m'a fait quelque chose.
Est-ce que ça t'a fait, je ne sais pas,
développer ce sentiment d'appartenance
à ta nouvelle ville?
-Oui, mais j'ai surtout développé
une sorte de fascination pour
Bonhomme cette année.
Une fascination sur tout le secret, mais
surtout sur son influence.
-Oui, parce qu'il y a quand même une aura
de mystère autour de Bonhomme.
J'ai l'impression que c'est plus qu'un
simple personnage.
-C'est littéralement un porte-parole de la
ville de Québec.
On est loin d'une mascotte traditionnelle.
-Oui, j'ai entendu dire que Bonhomme
se fait même donner les clés de la ville
pendant le carnaval. Mais là, c'est
quoi qui le rend si spécial à ton avis?
-En fait, ce qui est le plus fou, c'est que
Bonhomme parle.
Donc, on ne s'en rend pas compte, mais
c'est très peu commun pour une mascotte.
-C'est vrai!
-Oui, oui, il parle, puis il fait
des grands discours avec sa voix
caverneuse comme ça.
Et c'est même un représentant de la ville.
Il fait des conférences sur le tourisme,
sur le développement économique
devant des hommes d'affaires
qui l'écoutent religieusement.
-Pour les gens qui nous écoutent
à l'extérieur du Québec,
ils doivent être quand même surpris
parce que c'est vrai que c'est pas
tellement commun.
Puis c'est une grosse
responsabilité à donner à,
je vais dire une figure, je veux pas trop
dire mascotte,
mais oui, des grosses chaussures à
porter pour Bonhomme.
Tout à fait. C'est pas une mascotte, c'est
un représentant, c'est un porte-parole.
Et justement, puisque c'est quasiment
un politicien,
on veut contrôler son image.
Et ce contrôle peut aller très loin.
Et c'est ça que j'ai découvert
l'année dernière, en travaillant
sur un projet historique.
-OK. Puis ton projet, ça, tu le fais,
je pense, pour le centième anniversaire
des archives de la Ville de Québec,
si je me souviens bien.
-Oui, un super beau projet,
donc, on a eu accès aux archives de la
Ville de Québec
et notre recherchiste,
Simon-Olivier Gagnon,
a déniché une archive sonore assez rare
du premier interprète de Bonhomme
qui s'appelle Noël Moisan.
-Il s'appelle Noël, wow!
-Oui, exactement! Et c'était un comédien.
Et dans cette archive, Noël Moisan raconte
le plus grand secret de Bonhomme,
les dessous de la confection du costume
réalisé par le grand tailleur
Alfred Tétrault en 1954.
(Diane Brazeau) Laboratoire d'ethnologie
urbaine, bobine 1, Monsieur Noël Moisan,
par Diane Brazeau,
le 17 juin 1991, à deux heures trente.
(Noël Moisan) -Moi, j'étais choisi pour
être l'interprète.
Il fallait que je travaille
pour avoir un costume
qui puisse me faire et puis
réussir à animer ce bonhomme-là.
Bon. Alors, il fallait penser qu'il fallait
qu'il entre à l'intérieur.
Donc, il y avait des limites
à la grandeur, à la grosseur.
Bon, il y avait tous ces inconvénients-là,
qu'il fallait tenir en compte.
Et avec M.Tétrault, après plusieurs
visites, discussions, essayages,
toutes ces choses là, il fallait le
grossir. Alors, M. Tétrault, je pense
qu'il a été important pour la création
du costume du bonhomme.
-Mais là Maude, explique-nous ce
qu'elle a de particulier, cette archive-là.
-Il y a plusieurs affaires. C'est-à-dire
que le fait de connaître l'identité
d'un interprète de Bonhomme,
déjà, c'est incroyable,
parce que c'est très secret,
tout cet univers-là.
Puis aussi, c'est qu'on parle de la
confection du costume.
-Oui, puis j'imagine que votre projet,
c'était de mettre en valeur les archives,
la mémoire. Ça vous a permis
d'avancer plus dans cette enquête-là,
dans ce devoir de mémoire?
-Tout à fait. Puis moi, je n'avais jamais
entendu parler d'Alfred Tétrault,
qui est le concepteur du costume.
Je me suis dit, bon, ça va être super
intéressant de faire une chronique
historique sur la conception du costume.
Donc là, on a contacté la petite-fille
d'Alfred Tétrault, le concepteur
du costume, pour venir nous parler
de l'histoire de son grand-père.
Alors, je suis Diane Goulet, je suis la
petite-fille d'Alfred Tétrault.
Alfred Tétrault était le
propriétaire de l'Atelier du Tailleur
et il a mis ses ciseaux dans du tissu
pour créer Bonhomme Carnaval,
la première version de Bonhomme Carnaval,
qui a lancé le carnaval en 1955.
À la blague, j'ai toujours envie de lui
donner un câlin
et de l'appeler mon oncle, parce
que ça se trouve à être le fils de...
la création de mon grand-père,
donc ça se trouve être un oncle pour moi.
Je trouve qu'il est un excellent
ambassadeur de la ville de Québec,
excellent ambassadeur
du Carnaval de Québec,
mais je trouve aussi que c'est
important que le monde sache que
c'est Alfred Tétrault qui a créé ce
bonhomme. Et ça me fait de la peine de voir
que c'est comme effacé, un peu,
parce que je me dis,
est-ce qu'il y a d'autres artistes qui
ont été mis dans l'ombre?
Est-ce qu'on donne cette chance
à ces créateurs-là
et créatrices de pouvoir avoir un petit
moment de gloire
pour ça, un petit moment de succès?
-Ok, Maude, est-ce que tu sais pourquoi
on a peu ou pas d'informations
sur la création du costume?
J'ai l'impression que le Carnaval
essaie de cacher cette information-là.
-Vois-tu, c'est que l'histoire
officielle de Bonhomme,
c'est que ce n'est pas une mascotte,
mais plutôt un vrai bonhomme de neige.
-« Oh boy », ok, raconte-moi
cette histoire-là.
-Alors, sur le site web du
Carnaval, on peut lire :
« Bonhomme est un personnage bien
mystérieux
dont l'origine compte sa part de secret.
À l'aube du carnaval contemporain,
les trois fondateurs de l'événement
ont créé sur mesure un personnage
capable de porter en lui tous
les bonheurs de l'hiver.
Par miracle, ce bonhomme s'est animé
comme si l'esprit de la fête
des habitants lui avait donné vie.
Dès lors, Bonhomme répondit à
l'appel de nos fondateurs
et prit le carnaval en main.
C'est grâce à lui que notre
fête est devenue
l'explosion de joie que l'on
connaît aujourd'hui. »
-Ok, je salue quand même l'effort
du Carnaval de Québec
de créer de la magie puis le mythe autour
de Bonhomme Carnaval.
Mais là, j'ai comme l'impression
qu'on en fait beaucoup
pour épaissir le mystère autour de
Bonhomme.
-Tout à fait. Donc là, au
projet historique, on s'est dit,
ça serait vraiment « hot » de faire une
chronique sur la conception du Bonhomme.
-Bien oui!
-Et d'inviter Bonhomme, parce qu'il parle!
-Bien oui, c'est vrai,
ça ferait un bon invité!
-Exactement, mais là on a eu un refus
catégorique du Carnaval, parce que
selon eux, parler de l'histoire
de la conception du costume,
c'est de briser la magie de Bonhomme.
-Ah, non... Bon, ok, mais là,
est-ce que tu as réussi à parler
à quelqu'un, parce que tu as pu
contourner quand même...
Il y a plein de gens qui ont travaillé
sur Bonhomme, sur le Carnaval,
en bonne journaliste d'enquête.
-Bien sûr. J'ai parlé à plein de monde.
Mais là, j'ai commencé à faire
une demande d'entrevue au Carnaval.
Donc là, j'ai appelé le Carnaval, ils
m'ont parlé, puis ils m'ont écrit, bon,
« Écris-moi un courriel
avec tes motivations. »
Donc là, je leur ai parlé d'Alfred
Tétrault, le concepteur du costume.
Puis de Noël Moisan, tout ça.
-Le premier interprète, oui.
-Puis là, voici ce qu'ils m'ont
répondu par courriel :
ils ont refusé ma demande.
Mais ils m'ont quand même répondu.
-Ça ne me surprend pas.
-« Alors, pour ta demande d'entrevue,
nous devons la décliner malheureusement.
D'abord, parce que nous n'avons personne
à l'interne qui connaît suffisamment
le sujet. Les archives de cette époque
étant en effet plutôt timides et
le personnel du Carnaval de cette époque
n'est évidemment plus à
l'emploi de l'événement. »
-Ouais, mais tu as trouvé des archives,
là? C'est pas... Il y a des traces.
En tout cas, continue,
mais je suis sceptique.
-Voici la deuxième, tu vas comprendre
pourquoi il y a la première réponse.
Donc, voici la suite de la réponse :
« Secondement,
-Oh, « secondement » !
-« Secondement, parce que nous avons
le devoir de conserver la magie autour
de Bonhomme, l'un des trois emblèmes
les plus connus et reconnus de
la ville de Québec,
et ce, dans l'esprit même des créateurs
que tu nommes dans ton courriel.
Nous ne pensons pas que cela favorisera
cette magie et contribuera plutôt à casser
le mythe. Notre mission est de faire rêver
les gens par les joies de l'hiver,
et Bonhomme, un homme de neige,
en est son principal ambassadeur.
Ce n'est pas une mascotte, car il parle ;
C'est un peu comme le Père Noël!
-Ok, ok, là, qu'est-ce que t'as fait
après ça? Tu t'attendais peut-être
au refus. C'est quoi la piste que t'as
suivie pour avoir des réponses?
-Je savais que j'allais avoir un refus,
mais là, j'étais contente
au moins d'avoir une
explication par courriel.
-Oui! C'est vrai.
-Moi, j'habite à Québec,
donc je suis allée parler à plein
de monde, j'ai écrit à plein de gens,
puis je suis allée à la rencontre
de la chroniqueuse qui a beaucoup
écrit sur le sujet ;
Valérie Gaudreau.
-OK, oui, du journal Le Soleil.
-Exactement, et qui est maintenant
chroniqueuse municipale,
ancienne rédactrice en chef.
Et on s'est rencontrées en
plein mois de juillet
à la Fontaine de Tourny, devant
l'Assemblée nationale,
où le palais de glace de
Bonhomme prend forme
en hiver, et quelque chose de drôle,
il y avait une mascotte qu'on est arrivées.
-Tout est dans tout.
-En tout cas. Tout est dans tout.
(Valérie Gaudreau) Alors, dès le départ,
il y a 70 ans, le Carnaval a associé
donc à l'hiver, hein, donc quel meilleur
emblème qu'un bonhomme de neige?
Dans ce cas-ci, il a un peu
évolué, il était un peu plus chétif
lorsqu'on regarde les photos
des années '50, '60.
Il a pris du tonus. C'est une image...
c'est une mascotte
qui est très belle. Moi, je trouve
que Bonhomme Carnaval
est rudement efficace ; Bonhomme
fait encore des visites d'entreprises,
d'écoles, de centres sportifs,
de centres de personnes âgées.
Je veux dire, honnêtement, là, ça fait...
je veux dire, j'ai 47 ans,
j'ai vu Bonhomme toute ma vie
exister à Québec.
Mon père était
aussi commanditaire,
j'avais une certaine proximité avec
le Carnaval à mon enfance.
Et encore aujourd'hui, cette année,
je le voyais arriver
au conseil municipal, il était comme
« invité d'honneur ».
Et il arrive avec sa petite chanson,
son entourage, et ça fait son effet, là.
Ça le fait, Bonhomme, là. Il est
vraiment... Il y a quelque chose
d'impressionnant dans l'image,
dans l'espèce de rituel, je pense,
qu'on veut lui associer. Et je pense
que tout ça est relié aussi au fait
que le Carnaval tient à ce point
à protéger l'image de Bonhomme,
parce qu'il devient son emblème.
Évidemment, s'attaquer à l'emblème,
c'est s'attaquer à l'organisation,
c'est s'attaquer à cette tradition,
et c'est s'attaquer à la Ville
de Québec par la bande.
-Donc, selon Valérie Gaudreau,
le Carnaval et la ville de Québec
misent tellement sur cette figure,
dans son discours, dans son image,
dans sa présence, dans les médias,
dans les voyages à l'étranger,
parce que oui, Bonhomme voyage.
Il va partout dans le monde,
donc ça se peut qu'à un
moment donné, tu le croises...
-Il va avoir un beau passeport.
-Tout à fait.
Je me demande d'ailleurs
comment il fait pour passer les douanes.
-C'est une bonne question, bonne question.
Il va falloir que tu pousses ton enquête
encore plus loin.
-Il va falloir que... Oui, Ok.
Donc, ça crée une espèce de conjoncture
où on veut protéger à
tout prix Bonhomme,
parce que c'est synonyme
de protéger l'organisation.
-Ok, mais est-ce que tu as l'impression
que ça crée comme un déséquilibre
entre vouloir protéger la
mythologie de Bonhomme,
mais aussi le travail des artisans
derrière la confection du costume,
mais aussi les personnificateurs
parce que ça a l'air de demander
quand même des qualités assez poussées
pour enfiler le costume.
-Tout à fait. Être personnificateur,
ça doit être extrêmement difficile.
Et ça prend beaucoup de qualités uniques :
il faut être un bon politicien,
il faut être diplomate, enjoué,
puis il faut être en forme.
(Valérie) Je veux dire, ces hommes-là
qui sont dans le costume de Bonhomme,
c'est quelque chose. Ils ont à être le
porte-parole, ils doivent s'exprimer bien,
ils doivent connaître les enjeux,
avoir de la répartie,
toujours parler pour l'organisation,
dans un contexte extrêmement difficile.
De mesurer 7 pieds, avec une tête où
à peu près tes yeux arrivent à la bouche,
et donc physiquement, ça doit
être extrêmement incommodant.
Je pense pas que c'est le grand confort,
d'arriver dans un centre d'achat
ou dans un CPE quand t'es Bonhomme
Carnaval. C'est un peu comme
des politiciens qui
rentrent quelque part.
-Et Noël Moisan, dans l'archive
qu'on a entendue tantôt,
je vais vous faire écouter un
autre extrait hyper intéressant.
C'est que Bonhomme, il fallait qu'il parle.
Donc là, on est en 1955, il n'y avait
pas de haut-parleurs
ou de micros comme on a aujourd'hui.
Donc, il raconte un peu cette
conception du costume
de comment faire parler ce grand bonhomme.
Il fallait créer sa propre énergie,
au Bonhomme.
Alors, imaginez une batterie
de bicycle à gasoline
qui fournira l'énergie pour activer le
système de haut-parleurs.
Alors, les premières sorties,
pendant 3-4 ans,
c'était la source d'énergie, c'était
une batterie de bicycle à gasoline,
que j'avais sur le ventre.
J'avais une espèce de corset pour tenir ça.
Et dans ma manche, moi, jusqu'à
dans ma mitaine,
j'avais une prise de courant. Et
lorsque je savais que j'étais pour parler,
je mettais le courant avec ma main.
Naturellement, pour partir la batterie,
il faut entendre que ça se
réchauffe un petit peu.
Et lorsqu'il a pu parler, bien là,
naturellement,
je pouvais parler. Il fallait toujours
surveiller la batterie,
parce que, naturellement,
après un certain temps,
c'est sûr qu'elle tombe à terre.
Est-ce que ça vous est arrivé?
Ça peut arriver, mais seulement,
il fallait surveiller continuellement.
Et il y avait l'autre problème, c'est qu'il
y a de l'acide là-dedans.
Et moi, quand j'ai imaginé, parce qu'il
fallait tout créer à ce moment-là,
il n'y avait pas de précédent à ça.
-Ah, mon Dieu! Ok, mais ces
archives-là, il faut que ça circule,
il faut qu'on l'entende, cette histoire-là,
parce que c'est un peu dangereux,
selon ce que Noël dit,
ingénieux, complexe.
Il faut que les gens entendent cette
histoire-là.
-Non, mais les archives,
c'est extraordinaire.
Moi, j'adore travailler avec les archives,
parce qu'il y a une découverte, là,
ah c'est, non, c'est vraiment magnifique.
Puis le journaliste Jean-Simon Gagné du
Soleil, qui a aussi travaillé sur le sujet,
m'a dit qu'au début, les discours de
Bonhomme étaient écrits en alexandrins.
-Oh, wow! Ok, vraiment, il y a
toute une démarche artistique
derrière le personnage du Bonhomme.
Donc, de parler de tout ça, d'exposer,
j'ai l'impression que ça bloque
parce qu'on vient contrer
la stratégie de communication
du Carnaval de Québec?
-Tout à fait. C'est pour ça que
personne du Carnaval
va dire que Bonhomme est un personnage.
Si Bonhomme est une personne entière,
il n'y a personne, il n'y a pas
d'interprète, ça n'existe pas.
(Valérie) Annick Marchand,
qui était la porte-parole,
qui était la relationniste avec qui, bon,
je parlais presque quotidiennement
à l'époque, pour trouver un peu
des occasions de reportage et tout ça.
Et je ne sais pas s'il y avait eu un
événement,
mais je me souviens que j'avais dit
« Hey, en tout cas, la personne
dans Bonhomme... »
elle m'avait dit, « mais il n'y a personne
dans Bonhomme. »
Mais avec un sérieux désarmant.
Et là, j'ai fait, OK, on se croit vraiment.
L'organisation, c'est ça.
-Tu sais, Maude, moi, je suis vraiment
un grand fan de réalisme magique.
J'adore ça quand la frontière se brouille
entre réel et fiction.
Mais là, dans le cadre d'un
reportage comme ça,
comme Valérie, si on m'avait répondu ça,
dans un contexte sérieux,
je ne sais pas comment
j'aurais réagi, très honnêtement.
-Moi, j'aurais été
complètement déstabilisée.
-Ouais!
-Je pense que je n'aurais pas compris
ce qu'il se passe. Mais selon
Valérie Gaudreau, ce qui est intéressant,
c'est que toute cette mythologie-là,
elle est là pour éviter les railleries
qui ont eu lieu dans le passé.
-Ok, qu'est-ce que tu veux dire
par raillerie? Qu'est-ce qu'il s'est passé?
-Est-ce que tu connais le collectif
d'humoristes Les Bleus Poudres?
-Oui, Pierre Brassard, Richard Z. Sirois...
-Exact. Dans les années 90, ils ont
comme créé une parodie de Bonhomme.
Donc, ils ont créé un faux costume,
que tout le monde savait évidemment
que c'était Bonhomme.
Puis, dans leur sketch,
ils lui donnaient tout le temps
des coups de poêle sur la tête.
(Pierre Brassard) Bonjour, on m'appelle
le petit Bonhomme de Shawinigan,
ça vous tente-tu de vous défouler?
Donnez-moi un petit coup de poêle,
ça va vous faire du bien!
Non, mais pour me rapprocher des Québécois,
j'ai fondé un nouveau carnaval.
Ah oui, pour les taxes, pour les taxes!
Oui, c'est bon ça, maintenant,
l'aimez-vous ma TPS?
Plus fort madame, on dirait que vous
êtes une scénatrice!
Je veux me rendre en Chine, je
veux rentrer en Chine, s'il vous plaît.
C'est parfait! J'espère que vous
allez voter « Non » au référendum!
-Oui, mais « Non »!
-Ben oui ou non?
-Ok, c'est quand même violent, je
comprends comment ça a pu heurter
un tout petit peu Bonhomme et
l'organisation du Carnaval.
-Mais pas juste ça, c'est que des gens,
ils ont commencé à vraiment le faire,
ils ont vu cette parodie-là, puis
se sont dit... Donc il y avait un danger,
pour Bonhomme, là.
-Danger physique...
-Oui tout à fait, donc, autant
qu'il a une protection de son image,
mais là il a commencé à
avoir une protection...
Des gardes du corps.
-Ok, comme un homme politique, finalement.
Tantôt, quand on disait que c'est
une figure qui se promenait,
il avait un entourage autour de
Bonhomme pour le protéger.
-C'est ça que tu me dis?
-Oui, exactement.
Puis quand j'ai parlé avec
Jean-Simon Gagné,
le journaliste au Soleil, qui a
d'ailleurs écrit l'excellent reportage
« La biographie non autorisée de
Bonhomme », que je te recommande,
que je recommande à tout le monde
de lire. C'est vraiment extraordinaire.
-Juste le titre, ça en dit beaucoup sur
l'approche du Carnaval.
-Oui, puis lui, il a écrit justement
que la sécurité de Bonhomme
se situe quelque part entre celle
de François Legault
et celle de Justin Trudeau :
« un peu plus surveillé que François,
mais un peu moins que Justin. »
(J.S. Gagné) Il y a une anecdote
fantastique au cours de laquelle
Linda Beaulieu, la soeur de Robert Lepage,
voulait louer un costume de Robert Lepage
parce que Robert Lepage devait
incarner le Bonhomme
dans une émission de
Marc Labrèche, je crois.
Et donc, Linda Beaulieu téléphone au
Carnaval
et elle demande un costume de Bonhomme
et on lui répond : « Mais il n'y a pas de
costume de bonhomme.
Bonhomme, c'est un bonhomme de neige.
Bonhomme, c'est Bonhomme. »
Donc, évidemment, on refusait de lui prêter
un costume,
parce qu'il n'y avait pas de costume.
Donc, vous voyez, on en est là.
Donc, c'est une impasse.
-Oui, Jean-Simon Gagné, lui aussi, a eu une
réponse surréaliste à ses questions.
Pourquoi il a publié l'article? Il
n'a pas eu peur pour sa sécurité,
ou pour sa vie, Jean-Simon Gagné?
-Non, puis il y avait deux raisons, en fait.
C'était dans le cadre du 70e anniversaire
du Carnaval,
mais surtout pour rendre hommage aux
personnificateurs.
(J.S. Gagné) C'est parce que je suis
un vieux journaliste.
Et donc, au début de ma carrière,
durant les années '90
et même début 2000, j'ai eu la chance
d'interviewer
des anciens Bonhomme, donc y compris le
premier Bonhomme de tous,
mais j'en ai interviewé plusieurs,
et peut-être le Bonhomme
le plus célèbre, Rémy Danjou.
Célèbre pas parce qu'il a été connu comme
Bonhomme Carnaval,
mais parce qu'il a peut-être fait les
pires, ou les plus grandes pitreries
du Bonhomme en fait,
de l'histoire du Bonhomme.
Et donc, la plupart de ces gens-là
sont décédés aujourd'hui.
Et l'an dernier, je me suis dit, bien,
si je ne l'écris pas, ça va disparaître.
C'est pas dans un livre d'histoire, parce que
les historiens qui sont associés au Carnaval
ne veulent pas parler de ces choses-là.
Ils continuent à parler de tout,
sauf des anecdotes de ceux
qui ont incarné Bonhomme.
Mais effectivement, l'espèce d'omerta
fait qu'on ne peut même pas trop parler
de ceux qui ont créé le costume, puisqu'il
n'y a pas de costume.
-On place donc Jean-Simon Gagné
dans le camp de celles et ceux
qui veulent rendre hommage
à ces personnes-là qui commencent
à disparaître ou qui sont déjà disparues
et qui emportent avec eux des anecdotes
et des faits historiques quand même
importants pour la ville de Québec.
-Tout à fait. Et l'histoire de
Bonhomme est riche.
Savais-tu que Bonhomme est syndiqué?
-Ça, je l'ai lu, honnêtement, quand on
faisait la recherche pour cet épisode-là,
sur la page Wikipédia du Carnaval de
Québec, de Bonhomme Carnaval,
qui est assez bien fournie, si vous avez la
chance de faire un petit tour.
Donc, j'avais lu que Bonhomme et ses
escortes s'étaient syndiqués
en s'affiliant aux Travailleurs unis de
l'alimentation et du commerce,
mais je t'avoue que j'en sais pas
vraiment plus que ça.
(Jean-Simon) Une des
entrevues les plus intéressantes
que j'avais faites l'an dernier, c'est
avec le syndicaliste qui a syndiqué
les sept bonhommes, et donc le téléphone
n'arrêtait pas de sonner.
À partir du moment où
ça a été rendu public,
il dit « au même moment, on essayait
de syndiquer des gens de Walmart
à Jonquière, mais pour un téléphone
sur « Walmart de Jonquière »,
on en recevait 50 sur le Bonhomme.
Ils ont même reçu des téléphones
d'Australie, de partout.
Mais en réalité, l'histoire était très
intéressante.
C'est qu'il y avait sept bonhommes et une
vingtaine d'escortes,
dont des gens qui... des conducteurs,
des gens qui...
Et là, le Carnaval avait décidé
de changer de location,
de voiture de location. Donc, la nouvelle
compagnie de location fournissait
les chauffeurs, alors ils avaient
décidé de congédier plein d'escortes,
et là les bonhommes, dans
un mouvement de solidarité,
avaient décidé qu'il fallait qu'ils
syndiquent, qu'ils empêchent ça,
c'était en solidarité avec leurs collègues,
et les bonhommes ne faisait pas ça
pour l'argent; les bonhommes
n'étaient pas payés.
Celui qui avait qu'à syndiquer les
bonhommes, dans la vie, il est comptable.
-Il y a quelque chose de tellement
contradictoire là-dedans,
donc d'un côté tu as sept interprètes
qui se syndiquent,
ça fait la une des journaux, et la partie
patronale, après ça,
refuse de reconnaître qu'il y a des gens à
l'intérieur du costume.
Ça fait que ça devient
un dialogue de sourds.
Je ne comprends pas, honnêtement,
pourquoi on tient à la ligne éditoriale,
à la ligne narrative du carnaval,
en disant qu'il n'y a pas d'interprète.
-Ah ben moi non plus.
Moi non plus, je comprends pas du tout.
Et c'est ça aussi le sujet de mon enquête :
« Pourquoi on tient autant à conserver
cette ligne éditoriale-là, pour ne
pas briser la magie de Bonhomme ? »
Alors j'ai contacté pas mal de monde,
mais pas beaucoup...
En fait tout le monde refusait de répondre
à mes questions, puis je me sentais
comme une espèce de journaliste dans
les films d'enquête qui cogne aux portes
et qui dérange...
-Qui fait face à plein de refus, d'obstacles...
-Exactement, genre je fais de l'enquête
du siècle je deviens super populaire...
Donc là finalement, il y a une personne
qui aurait accepté de me répondre
-Ok, quelqu'un qui travaille au
Carnaval, j'espère?
-Elle travaillait. Elle s'appelle
Annick Marchand.
Tantôt, Valérie Gaudreau l'a nommée.
Donc, la personne qui avait refusé
d'admettre qu'il y avait
un interprète dans le costume.
Donc, Annick Marchand a
travaillé pendant 20 ans
au Carnaval, et elle était directrice
de communication marketing.
Donc, c'est elle qui était
le « boss » de Bonhomme.
(Annick Marchand) Après ça,
j'ai eu une opportunité à 30 ans ;
je suis rentrée au Carnaval.
Donc, ça, au Carnaval,
c'est drôle parce que j'avais, comme toutes
les Québécoises d'ici,
puis surtout à Québec, c'est sûr,
Bonhomme Carnaval, c'était tout le temps
pour moi quelque chose de « wow ».
C'était quelque chose de voir
Bonhomme Carnaval rentrer dans
une classe ou aller quelque part.
Puis je me disais « mon Dieu, c'est
une espèce de rêve d'enfance, ça. »
Je n'en revenais pas de pouvoir travailler
avec lui.
Puis c'est sûr que quand tu es aux
communications au Carnaval de Québec,
tu travailles vraiment en étroite
collaboration
avec Bonhomme Carnaval
parce qu'il est le porte-parole
jusqu'à un certain point,
un des porte-parole,
finalement de la fête de l'hiver
de Québec. Donc, tu l'utilises
au maximum, tu fais
la mise en marché de ça.
-Bravo pour cette prise-là,
cette entrevue-là, Maude.
Je ne peux pas m'empêcher
de moi aussi trouver ça un peu rigolo
parce qu'Anick parle de Bonhomme
comme si c'était un de ses collègues.
-Oui, oui, bien, c'était
sa « boss », en fait, là.
Annick, Bonhomme, c'était la
« boss » de Bonhomme.
-Ok, faque c'est la patronne de Bonhomme...
-Tout à fait, puis elle a travaillé
pendant longtemps en étroite
collaboration avec lui,
et justement, je lui ai demandé
« bon c'est qu'est ce qui fait que
c'est un bon bonhomme ? » Je pense que
ce n'est pas n'importe qui qui peut l'être.
puis Annick m'a raconté ce que ça
prend pour être un bon bonhomme.
(Annick) Puis quand on sélectionne un
personnage, c'est parce qu'il y a tellement
de qualités requises ; il doit être un
bon communicateur, c'est un fin politicien
jusqu'à un certain point.
C'est quelqu'un qui a de l'empathie,
qui a une rétention au niveau
de la mémoire qui est phénoménale.
Les gens qui connaissent bien les noms de
tout le monde,
connaît bien son équipe,
capable d'être ultra avenant, joyeux,
qui a beaucoup de feedback, qui est très,
très drôle.
Ah ça l'humour, Bonhomme, il l'a.
Si tu l'entends dans une entrevue,
tu vas voir qu'il te répond du tac au tac.
C'est des qualités que même la...
Je te dirais que la plupart des dirigeants
n'ont même pas toutes en même temps.
C'est très, très, très difficile d'être
Bonhomme Carnaval.
-Justement, je lui ai posé des questions
sur pourquoi est-ce qu'on refuse de parler
des interprètes de Bonhomme.
-Ah, écoute c'est Bonhomme.
Donc Bonhomme, tu ne peux pas le voir
autrement qu'en Bonhomme.
C'est clair. Il n'y a pas de...
Il n'y a rien, rien, rien...
C'est Bonhomme. Moi je l'ai...
Tu sais Bonhomme, on le voit partout,
en fait tu peux pas jamais voir Bonhomme
autrement que Bonhomme. Ça n'existe
pas. Au Carnaval ça n'existe pas.
Puis partout ça existe pas.
-OK, wow. Annick, ça a dû être
une bonne directrice des « coms »
et du marketing parce qu'elle
y croit dur comme fer.
-Justement, puisqu'elle a été directrice,
je me suis dit, je vais lui expliquer
mon projet, puis je voulais savoir aussi
comment elle aurait répondu.
Donc là, je lui ai dit qu'on voulait faire
un segment historique sur Alfred Tétrault,
qui a conçu le costume,
qu'on a fait des démarches
pour inviter Bonhomme, et que le Carnaval
était en désaccord avec notre projet,
et qu'ils trouvaient que
ça brisait la magie.
-Ok, ouais, ouais, bien, t'as reçu un
refus qui est tout à fait compréhensible.
Tu aurais probablement reçu un refus
de ma part aussi, parce que Bonhomme
en 2025, c'est un personnage qui a évolué,
qu'on a travaillé très fort,
écoute les efforts qui ont été mis
sur Bonhomme Carnaval là,
tu peux... Pour ajuster,
s'ajuster aux temps modernes, hein?
Ça fait longtemps là, qu'il est là,
alors tu t'imagines, mettons si je te parle
de personnages ok, on va parler de
personnificateurs, tu veux parler de ça,
tu t'imagines, ce qu'aujourd'hui,
ce qu'on veut, par rapport
à ce qu'on voulait, il y a 70 ans?
C'est quoi la perception qu'on veut,
en fait, qu'est ce que les gens...
Qu'est ce qu'on veut que les gens
disent de Bonhomme Carnaval ?
Alors si on revient en arrière,
puis qu'on vient prendre du temps,
puis de l'énergie pour pouvoir
le juxtaposer à quelque chose
qui a été fait super
longtemps, il y a 70 ans,
puis ce n'est pas cette image-là
qu'on veut donner,
parce qu'on a réussi,
enfin, à se le faire,
à le faire, à ce que les gens
se l'approprient comme une personne.
Tu sais, autrement dit,
l'objectif, il est atteint.
On veut justement pas ça,
que tu aies ça dans ta tête.
On veut pas que tu penses
qu'il y a quelqu'un dedans.
On veut que tu penses que lui, c'est lui.
Pourquoi? Parce qu'on a mis tout
on a mis le paquet
pour qu'il soit une personne.
Sais-tu pourquoi on a fait ça?
Parce que quand tu es une personne,
tu es reçue partout comme une personne.
-Est-ce qu'Annick est consciente
que ça invisibilise le travail
de certaines personnes?
As-tu parlé de ça avec elle?
-Oui, je lui ai posé la question
du devoir de mémoire.
Et pour elle, c'est pas le rôle du Carnaval
de parler de l'histoire de Bonhomme.
C'est-à-dire que quand il y a des
anniversaires
et le Carnaval, ils vont réaliser des
chroniques historiques pour célébrer
son histoire. Il y a aussi l'historien Jean
Provencher qui travaille beaucoup
sur le sujet. Par contre, je n'ai rien
trouvé dans la documentation officielle
du Carnaval qui portait sur
l'histoire d'Alfred Tétrault,
de la conception du costume et
des interprètes. Il n'y a rien là-dessus.
(Annick) Écoute, c'est difficile de
garder ça mystérieux.
Alors quand quelqu'un dit « je vais te
foncer dedans avec la vérité,
je vais le dire à tout le
monde », même si c'est...
Même si tu dis
« il y a une reconnaissance »
au niveau de l'histoire, c'est qu'après,
nous autres, faut qu'on continue,
nous on continue de jouer le rôle.
Mais si quelqu'un veut vraiment connaître
le sujet, je veux dire, plein de gens
ont écrit là-dessus,
il y a plein de gens qui l'ont fait,
même je ne pense pas que c'est le rôle
du Carnaval de faire ça, à part
de donner l'accès. L'accès est là,
tu peux aller aux Archives de Québec,
tu peux aller à la ville de Québec,
tu as les livres de Jean Provencher,
tu en a plein de monde
qui ont répondu là-dessus
mais je ne pense pas que ce soit
à eux de d'avoir une partie
sur le site web où on explique,
puis de toute façon, on ne
veut pas le dire aux enfants
qu'il y avait quelqu'un.
-Et aux adultes.
-Et aux adultes. Puis oui, le crédit
il faut qu'il soit donné,
puis c'est vrai que ces gens-là,
ils ont été « hot »!
Écoute, c'est de l'excellence
pure et simple.
d'avoir pensé à ça, je veux dire...
Mais je ne pense pas que le Carnaval
va vouloir s'associer à ça.
Tu comprends-tu?
-Je trouve ça un peu intimidant
comme approche.
Je pense que j'aurais fermé
mon enregistreuse
et je serais rentré à Gatineau
sans poser plus de questions.
Pas toi?
-Ah non! Moi, c'est comme un carburant
me faire dire non, arrête, tout ça.
On dirait que j'ai comme envie de creuser
parce que je me dis...
Il y a anguille sous roche.
-Faut te provoquer un peu.
-Exact. C'est peut-être mon côté
enquête, journaliste.
C'est vrai que t'es de même.
-Oui. Mais là, je me suis dit, je ne vais
pas arrêter.
Il faudrait que je trouve quelqu'un à qui
parler.
Et je me suis dit, pourquoi pas trouver un
ancien Bonhomme Carnaval
pour savoir, lui, ce qu'il en
pense de tout ça.
-Oui, bonjour. Je m'appelle Maude
Petel-Légaré.
C'est (...) qui m'a donné votre
numéro de téléphone.
-Oui.
-Oui. Est-ce que je parle bien
à un ancien Bonhomme Carnaval?
-Oui, exactement.
-Alors, cet ex-Bonhomme carnaval
qu'on vient d'entendre
va nous révéler dans le prochain
épisode de plein de choses
secrètes sur l'univers mystérieux
d'être un Bonhomme Carnaval.
-Ah, tu nous laisses là-dessus,
c'est un peu cruel,
mais j'ai hâte d'entendre
la suite de ton enquête,
Maude Petel-Légaré, merci.
-Merci!
L'heure de grande écoute est
une série de Transistor Média,
produite en collaboration avec
Télé-Québec.
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l'application de votre choix.
Enregistrement, montage et
mixage audio : Simon Coovi-Sirois.
Musique originale : Alexis Élina
et Simon Coovi-Sirois.
Caméra et montage vidéo :
Patrick Lozinski.
Productrice au contenu :
Audrey Blackburn.
Script-édition : François Desrochers.
Coordonnatrice : Clara Gauthier-Morrison.
Communications : Louis-Philippe Roy.
Visuel : Simon Guibord.
L'indicatif musical est de P'tit Béliveau.
À la recherche : Maude Petel-Légaré
et Emmanuelle Gauvreau.
Merci à Steven Boivin, Marysol Foucault
et Clara Lagacé de Transistor Média,
à la Ville de Gatineau, ainsi qu'au
ministère de la Culture
et des Communications du Québec,
qui a rendu ce projet possible.
Je m'appelle Julien Morissette,
merci d'avoir été à l'écoute.