Découvrez les récits touchants et les anecdotes familiales qui témoignent de la créativité et de l’humanité de celles et ceux qui façonnent le Québec. Une plongée dans des histoires insoupçonnées, portées par des voix d’ici.
Pilotée par Julien Morissette, la série hebdomadaire donne la parole à celles et ceux qui façonnent la province au quotidien. Des créateurs·trices issu·e·s de tous les horizons se succèdent pour raconter des expériences qui résonnent bien au-delà de leur parcours personnel, révélant les forces invisibles qui tissent notre société.
· Animation et réalisation : Julien Morissette
· Production au contenu : Audrey Blackburn
· Indicatif musical : P’tit Belliveau
· Réalisation sonore, enregistrement, montage et mixage audio : Simon Coovi-Sirois
· Musique originale : Simon Coovi-Sirois et Alexis Elina
· Caméra et montage vidéo : Patrick Lozinski
· Recherche : Emmanuelle Gauvreau et Maude Petel-Légaré
· Script-édition : François DesRochers
· Cheffe de contenu pour Télé-Québec : Sophie Bélanger
· Coordination : Clara Gauthier-Morrison
· Communications : Louis-Philippe Roy
· Visuel : bureau60a
· Remerciements : Steven Boivin, Clara Lagacé, Marysol Foucault et Sophie Lacelle-Bastien de Transistor Média
L’heure de grande écoute est une série de Transistor Média, produite en collaboration avec Télé-Québec.
Ce projet a été rendu possible grâce au soutien financier du ministère de la Culture et des Communications du Québec et de la Ville de Gatineau (via l'Entente de développement culturel avec le gouvernement du Québec).
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Transistor Média, basée à Gatineau (Québec), est un studio de création, de production et de diffusion d'œuvres audios. En plus de ses balados, l’organisme tient annuellement le Festival Transistor et le Kino-radio.
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Récemment, je suis tombé sur
un article de journal assez inusité,
publié le 30 avril 1942. Je ne sais
pas ce que je cherchais exactement,
mais mon regard a été attiré par le titre
accrocheur : « Hitler embouteillé ».
On y apprend que la police de Montréal
a arrêté 19 personnes qui pratiquaient
la magie noire, dans une vaste opération
qui ciblait 16 salons clandestins.
On y a saisi 50 bouteilles qui
contenaient, selon les rumeurs,
les âmes de Hitler et Mussolini.
Dans des écrits journalistiques et
historiques sur ces pratiques occultes,
on découvre que Montréal était le point
névralgique de sorciers et de voyantes,
qui avait un réseau de plus de
10 000 clients à travers le Canada,
les États-Unis et l'Amérique du Sud.
On utilisait notamment les bouteilles
contenant les âmes des dictateurs
pour faire du chantage
aux clients superstitieux.
Les pratiquants de magie noire avaient
des systèmes et des tactiques frauduleuses
en inventant des sorts,
et ensuite des potions
pouvant guérir les
victimes à prix fort.
C'était comme une dîme pour sauver leur âme
des forces occultes.
Historiquement, on associe la montée du
spiritisme à l'époque victorienne,
mais les voyantes ont connu un essor avec
les deux Guerres Mondiales.
Les familles des combattants et les
populations décimées
cherchaient des façons de surmonter
leurs traumatismes.
Même si le 20e siècle est derrière nous,
l'ésotérisme est encore pratiqué sous
diverses formes ;
le tarot, l'astrologie, les recherches
paranormales, l'occultisme.
Les voyantes peuvent encore exercer une
certaine influence
sur leur clientèle, peut-être pas avec
des âmes embouteillées,
mais avec des prédictions.
Aujourd'hui, Vanessa Landry, une actrice
avec un intérêt marqué
pour les récits et la scénarisation,
nous fait découvrir comment
la rencontre d'une voyante
a changé le cours de sa vie.
Bienvenue à L'heure de grande écoute,
le balado qui vous fait entendre les
histoires vraies
et les personnages surprenants qui
façonnent le Québec.
L'épisode d'aujourd'hui : « Voir l'avenir »
-Vanessa, bienvenue en studio.
-Salut Julien, merci !
-On va se parler aujourd'hui d'un moment
qui a été déterminant dans ta vie,
mais pas nécessairement dans
le meilleur sens...
C'est la fois où ta mère t'a emmené
consulter une voyante quand t'étais ado.
-Oui, oui, ma mère a fait ça.
-Est-ce que c'est quelque chose qui est
courant dans ton coin de pays de faire ça?
-Oui, puis je réalise que ça peut avoir
l'air un peu bizarre, là,
une mère qui amène son ado consulter une
voyante comme ça, pour le fun.
Mais c'est quand même commun par chez nous
de consulter des voyantes, des guérisseurs.
Moi, dans le fond, j'ai grandi
dans la vallée de la Matapédia,
à Amqui plus précisément. Je pense
que je pourrais dire qu'on a un rapport
un peu particulier avec les forces
invisibles ou les croyances.
Mettons, quand j'étais enfant, j'ai vu des
apparitions d'entités à quelques reprises.
Puis mes parents, ils ont fait venir
quelqu'un pour les chasser.
Puis pour moi, c'était tout à fait normal.
-Est-ce que tu te souviens de la
rencontre avec la médium?
-Oui, j'avais 16 ou 17 ans,
mais je dirais probablement plus 16,
parce que j'étais encore à la polyvalente.
Puis je veux quand même préciser que
c'est une voyante qui est très réputée
dans le Bas-Saint-Laurent. C'est pas
genre « Annie-Claude qui a commencé
à lire le tarot l'année passée »
là, tu sais?
Elle est vraiment reconnue pour avoir
prédit l'avenir à beaucoup de personnes
puis avec une justesse impressionnante.
-Oh, OK. Et toi, dans ton cas, qu'est-ce
qu'elle t'a dit qui était si marquant?
-Au début de la séance, ce n'était
pas « si marquant. »
Elle me parlait, admettons, en général,
du chemin de vie que j'allais prendre,
que moi, j'allais avoir une vie « un peu
plus semblable à celle de mon père
que celle de ma mère », puis tu sais,
« que mon père allait vivre à l'extérieur
du pays, beaucoup », puis des affaires
de même, là, tu sais.
Puis à un moment donné, bien là,
elle me demande si je veux tout savoir.
-Tout?
-Ouais. Donc là, sans savoir
ce que ça veut dire « tout
savoir », moi, je dis, « bien, oui? »
Donc là, elle me dit,
avec comme curiosité,
« Ok, bien, on va regarder si
tu vas vivre vieille. »
Fait que là, elle commence... Elle voit
genre, « Ok, on commence 100 ans. »
Puis là, elle continue ;
« Est-ce que tu vas vivre jusqu'à 90 ans? »
Elle continue en décroissant puis en
faisant défiler les décennies.
« 70 ans ? Non, je te vois pas 70. 60 ?
Non plus. 50 ? Hé, coudonc, tu vas pas
vivre vieille, ma fille. 40 ? On dirait
que tu te rends pas à 40, toi. »
-Ben voyons.
-Ouais.
-OK, mais là, est-ce qu'elle te dit comment
ça arriverait ? Ou elle t'a juste donné
comme ça un chiffre sans donner
trop de détails?
-Ouais, elle a dit justement, « bien on va
regarder comment ça va arriver. »
Puis là, elle dit « Ah, c'est dans
un accident d'auto,
puis là, je vois que t'auras
vraiment pas de chance. »
-OK, puis là, au moment où
on se parle, t'as quel âge?
-37.
-Est-ce que c'est quelque chose
qui t'habite, ça? Parce que
là, il te reste du temps à vivre,
selon la prédiction de la voyante,
mais ça, c'est arrivé à 16 ans,
ça fait un petit peu plus que 20
ans. Ça doit être quelque chose
que tu as porté en toi.
-Oui, tu me fait réaliser; deux décennies.
Ça veut dire que là, il me resterait comme
trois ans, gros top.
Ça fait que c'est sûr que oui, ça m'habite.
Puis en plus, ça m'habite d'autant plus
parce qu'il y a eu plusieurs événements
issus de cette séance-là
qui se sont produits dans ma vie. Juste
comme, tu sais, vraiment des descriptions
très précises de chums
que j'allais avoir, de type, de relations,
d'événements, de choses quand
même précises qui sont arrivées.
Ça renforcit le fait que peut-être que ça
va vraiment arriver pour vrai.
Donc là, bref, j'osais pas trop
parler de cette prédiction-là,
puis de cet accident mortel-là, parce que
j'avais peur de faire peur à ma famille,
tu sais, puis au monde qui embarquait
avec moi en char.
-OK, ça veut dire que t'as quand même
décidé de conduire
puis de faire face à cette prédiction-là,
peut-être, en allant
derrière le volant dans ta vie.
-Oui, mais ça a vraiment pas été facile.
Ça m'angoissait. Comme tout le
monde, tous les jeunes en région,
ils passent leur permis à 16 ans, le plus
vite possible.
Ils veulent leur permis. Moi, j'ai
quand même attendu un bon 3-4 ans
avant de trouver le courage
de compléter le processus.
J'ai fini par avoir mon permis à environ
19 ans, je pense, mais là, ça m'a pris
quand même une dizaine d'années
avant de me sentir en confiance
pour conduire et dire « j'ai une
voiture et je conduis régulièrement. »
J'ai fait beaucoup de travail pour ne
pas que ça m'empêche de vivre ma vie,
mais c'est quand même tout le temps là
quelque part dans ma tête.
J'en ai parlé un peu avec des gens, puis
les gens, en général,
ils vont dire, « Non, mais tu sais,
ne crois pas à ça.
Il ne faut pas que tu crois à ça,
ben non, c'est stupide. »
Mais qu'est-ce que tu fais
quand tu y crois?
Quand la graine de la croyance a déjà
commencé à germer dans ta tête
depuis longtemps, en plus,
tu fais comment pour arracher ça?
C'est comme une mauvaise herbe, tu sais ?
-Oui, puis ça prend toujours
de plus en plus de place.
-Oui, puis en tout cas, tout ça
pour dire que moi,
j'ai de la misère à me voir plus loin
que 40 ans dans ma vie.
-OK, là, on arrive aussi à la fin de ça,
vu que tu as 37 ans. Puis je comprends
que tu essaies de décortiquer, de
mieux comprendre ce qu'il s'est passé
chez la voyante.
Par où on commence pour faire ça?
-Oui. La première étape, ça a été de...
c'est de valider mon souvenir.
Parce que des fois, ça m'arrive de
me questionner sur mon expérience
en tant que telle. Je me demande
si ce n'est pas mon imagination
qui m'a joué un tour.
Donc j'ai contacté des personnes qui
vivent dans la Matapédia,
qui ont eu des séances avec la même femme,
pour voir si nos expériences concordaient.
Je me dis, si c'est arrivé à quelqu'un
d'autre,
ça va me donner un élément de preuve que
c'est effectivement
une méthode qu'elle a déjà employée,
et que je n'ai pas inventé ça, le compte
à rebours, de 100 à 40 ans, tu sais, ouais.
(Valérie) -Allô, Vanessa! Bon, j'aurais
bien aimé ça participer à ton projet,
pour vrai, mais ça fait vraiment
longtemps qu'elle m'a tirée aux cartes,
vraiment longtemps.
La seule chose que je me rappelle,
c'est qu'elle me faisait boire du thé
ou je sais pas quoi,
puis il fallait que je brasse ma tête.
C'est la seule affaire que je me souviens.
Je me souviens même pas de ce
qu'elle m'a dit, pantoute.
Pantoute, pantoute, pantoute
-OK, première tentative.
T'as une amie qui t'a répondu,
mais ça a pas apporté beaucoup d'éléments,
à part l'infusion.
Mais ça ne t'a pas fait avancer tant que ça
non plus dans tes recherches.
-Non, non, en effet.
Mais ça m'a fait voir à quel point, elle,
ça ne l'a pas marqué.
Ça nourrit mon questionnement
par rapport aux croyances
et à l'importance qu'on leur donne.
-Ça t'a donné peut-être un peu de jus
pour aller vers d'autres témoignages
qui seraient peut-être plus encourageants.
-Oui, c'est ça. Je me suis dit, on va
continuer.
Fait que j'ai continué mes recherches.
Puis les circonstances ont fait
que j'ai repris contact
avec ma prof de théâtre du
secondaire, Marie-Caroline.
Puis en passant, je fais une petite
parenthèse là,
c'est la seule prof qui m'a permis d'avoir
un peu d'espoir
que je ferais quelque chose dans l'avenir,
parce que l'école,
je ne m'y retrouvais pas pantoute.
-Ok donc tu as comme une relation de
confiance avec elle.
-Oui, vraiment. Puis par là, je veux
en profiter pour sensibiliser les gens
à l'importance de la culture des cours
d'art dans les écoles, parce que moi,
sans ce cours de théâtre à la polyvalente
d'Amqui, je ne sais pas
si je serai là aujourd'hui.
-On remercie dans ce cas-là
Marie-Caroline d'avoir été
importante dans ta vie.
-Ouais, fin de la parenthèse.
Donc Marie-Caroline là, elle m'apprend,
elle, qu'elle a eu une séance
avec la même voyante que moi.
Puis elle, elle l'a trouvée vraiment
« hot ». Ça, ça veut dire que
ses prédictions sont arrivées.
(Marie-Caroline) Oui. Quand je suis allée
me faire tirer aux cartes par Ginette,
je ne la connaissais pas, mais elle m'avait
été recommandée
par une amie qui m'accompagnait, qui
prenait des notes.
Je ne peux pas dire qu'est-ce que
j'ai pensé sur le coup,
c'est plus après, que mon opinion
s'est forgée,
parce qu'il y a des choses qu'elle m'a
annoncé qui sont arrivées.
Moi, je te crois, Vanessa, OK?
Mais comme t'étais très jeune, je me
questionne, je me demande,
est-ce que c'est possible que Vanessa, en
sortant de là,
se soit construit un souvenir?
J'ai comme toujours entendu ou eu en tête
qu'il y a une espèce de code éthique
des tireuses de cartes
qui fait qu'on dit pas à quelqu'un
si on voit sa mort.
Je me dis, il me semble, ça se peut
quasiment pas qu'elle lui ait dit ça.
-Marie-Caroline, c'est comme une présence
rassurante. Je comprends à quel point
elle a pu être marquante dans ta vie,
ta prof de théâtre au secondaire.
Et elle vient appuyer l'idée que
c'est peut-être ton imaginaire qui t'aurait
joué des tours, qui aurait une forme
de subjectivité
dans la façon dont tu te souviens
de l'événement.
-Oui, c'est ça. À ce stade-là, moi, je me
dis que je n'ai pas pu créer ce souvenir-là
de toute pièces. Il y a certainement
des éléments là-dedans qui sont vrais.
Je suis d'accord que j'ai peut-être été
transportée
par mon imaginaire, puis été inspirée,
mais comme... « c'est quoi la partie
qui est vraie d'abord? »
Tu sais, comme dans les légendes urbaines,
il y a une partie qui s'est réellement
passée,
puis il y a une autre partie que c'est
inventé, tu sais.
Puis là, il y a quand même une
personne qui peut m'aider à départager ça,
puis c'est ma mère. Parce que ma mère
était là à côté de moi
pour prendre les notes pendant la séance.
-J'imagine que si notre mère nous emmène
voir une voyante,
c'est qu'elle a un certain rapport déjà aux
pratiques occultes.
C'était le cas avec ta mère aussi?
-Oui, oui, oui.
Ma mère, elle croit aux entités.
Mais je dirais que c'est surtout une
personne qui est spirituelle, catholique.
Puis elle a déjà vu des voyantes
plusieurs fois,
mais elle me disait que les voyantes
prédisaient souvent des choses négatives,
donc elle a comme arrêté ça. Tu
sais, comme elle dit :
« Tu sais, quand tu te fais dire que la
personne avec qui tu es en couple,
ce n'est pas la bonne, ce n'est pas
très encourageant. » Quand j'étais petite,
mon activité préférée avec ma mère,
c'était d'aller au magasin « Dame Nature »,
où on vendait des encens et des pierres
précieuses.
J'avais vraiment une belle collection. Je
les regardais tellement
que je me rappelle la forme puis la couleur
de chacune. En tout cas, on avait comme
ce petit rituel-là
avec ma mère.
(Vanessa et Charline) -Toi, tu
te souviens-tu quand était allées
se faire tirer aux cartes ensemble?
-Une fois, oui, à Saint-Léon, ouais?
-C'était comment? As-tu des détails que
tu te souviens, des choses qu'elle m'a dit?
-Non, je ne me souviens pas de
ça, moi. Je ne me souviens pas.
Je sais qu'elle nous faisait tirer
aux cartes, après ça, elle nous faisait
boire du thé, puis elle lisait
dans les graines de thé, là.
Mais c'était des cartes ou du tarot? Je ne
me souviens plus.
Je ne sais pas si c'est la même chose, là.
Ouin, non, je ne me souviens pas de
ça, ce tirage de cartes-là, honnêtement.
-Tu te souviens-tu qu'elle nous disait
quand est-ce qu'on allait mourir?
-Non! Je ne me souviens pas de ça, moi.
-Tu te souviens pas
qu'elle faisait comme...
« Ok, on va regarder si tu vas
mourir vieille? »
Non, je me souviens pas de ça.
Peut-être que j'ai pas voulu le...
ou que ça m'a pas comme resté
dans la tête, là.
Mais j'ai pas... Non, je ne me
souviens pas de ça.
De toute façon, j'aurais pas voulu le
savoir.
-On a sensiblement le même âge,
Vanessa, toi et moi,
donc j'imagine que nos mères aussi ont pas
mal le même âge.
Hier, je soupais avec la mienne, et je lui
demandais si elle se souvenait
d'une fois où on était allés
faire du ski de fond.
Quand j'avais 6 ans, elle ne s'en
souvenait pas.
Ce n'est pas plus grave, mais si
on avait été voir une voyante
qui avait prédit ma mort, j'aurais
espéré qu'elle s'en souvienne?
On dirait que ça me surprend
que la tienne ait aucun souvenir,
aucune trace de souvenir de ça.
-Oui, puis je peux te dire que je suis
quand même passée par plusieurs émotions.
-J'imagine.
-Oui, oui, puis... Mais tu sais, comme
elle dit, elle aurait pas voulu le savoir.
Donc en même temps, c'est un peu
possible
qu'elle se soit fermée ou qu'elle ait
arrêté d'écouter
pour se protéger d'une certaine façon
en se disant que moi, j'oublierais ça un
jour de toute façon.
-Je comprends, mais là, si toi et ta
mère n'avez pas des souvenirs très précis
ou même des souvenirs existants, ça
laisse une seule personne dans l'équation,
c'est-à-dire la voyante,
qui pourrait peut-être s'en souvenir?
-Oui, c'est ça que je me suis dit; j'ai
pris la décision d'appeler la voyante
pour lui demander de la revoir.
-Tu ne l'avais jamais revue depuis?
-Non, puis je voulais vraiment
pas reprendre contact avec elle...
-Je comprends.
-Ouais, ouais, mais je voulais lui demander
directement si c'est une
méthode qu'elle a déjà pratiqué,
mais comme... c'est ça, quand
je repense à reparler
à cette femme-là, j'ai comme peur,
je me sens un peu... pas bien.
-C'est quoi qui te fait peur?
-Bien, tu sais, c'est petit, par
chez nous, tout le monde se connaît,
fait que d'un côté, je ne veux pas causer
du tort à sa réputation,
je ne veux pas comme... Insinuer
que la personne ne respecte pas
le genre de « code d'éthique de voyante »,
mais par code d'éthique, je veux dire,
comme Marie-Caroline, elle disait,
que si elles voient la mort de leur client,
elles ne peuvent pas le dire directement,
de ce que j'ai compris, fait que...
Puis évidemment, bien, j'ai peur aussi
qu'elle me fasse comprendre que...
Ce n'est pas mon imagination, puis
qu'elle a bien vu cette mort accidentelle
fait qu'il va donc arriver dans
les deux/trois prochaines années.
-Ça pourrait le confirmer...
-C'est ça, fait que...
Tu sais, en même temps je pourrais juste
aussi attendre que le temps passe,
puis essayer d'oublier ça, mais j'ai
essayé, ça fait 20 ans que j'essaie,
ça ne fonctionne pas. J'ai aussi envisagé
d'autres méthodes, mais ça revient toujours
au même. Je sens que c'est avec elle
que je dois régler ça.
Elle a un élément dans ma réponse.
-Donc tu l'appelles
pour avoir des réponses.
-Exactement.
Appel Ginette.
On est vendredi 15h07.
Mon Dieu. C'est parti.
(Sonnerie de téléphone)
-Oui, allô?
-Oui, allô, est-ce que je parle
bien à Ginette?
-Oui, c'est moi-même.
-Oui, bonjour. Moi, je suis Vanessa Landry.
En fait je vous appelle parce que...
C'est un peu particulier; c'est que
je m'étais fait tirer aux cartes
quand j'étais jeune, par vous.
-Eh mon dieu!
J'avais 17 ans, puis maintenant, je
vis à Montréal, je suis comédienne,
puis j'écris aussi. Puis, il y a des
choses que vous m'aviez dit à l'époque,
qui comme... Me sont restés dans la
tête depuis ce temps là, puis tellement,
que je me suis dit : « Ok, je vais
faire un projet d'écriture avec ça. »
Puis j'avais envie de vous revoir.
-...Ok? Tu restes pas par ici, hein?
-Hein?
-Vous êtes pas par ici, là.
-Non, je suis à Montréal,
mais je vais descendre voir mon père
en fin de semaine de toute façon,
donc que je m'étais dit si vous êtes
disponible dimanche,
j'aurais aimé ça qu'on se reparle, parce
que peut-être qu'il y a des choses que moi,
j'étais jeune puis je n'ai pas tout bien
compris. Peut-être qu'il y a des choses que vous
...tu pourrais m'aider à clarifier.
-Vous descendez quand pour voir votre père?
-Moi, je vais partir demain matin.
-Ah, ok.
-Donc je pourrais être là
dimanche ou lundi.
-Moi, lundi, je travaille!
-Ouin, hein ?
-Oui, mais ça peut être
dimanche matin, de bonne heure.
Bien... de bonne heure... 9h30, mettons?
-Ok!
Moi, ça fonctionnerait pour moi.
-Fait que vous me rappelez?
-Si ça vous va, moi,
9h30 dimanche, ce serait un rendez-vous,
si c'est correct.
-Oui, mais appelez-moi pareil.
-Oui. Oui, oui, oui.
-Je vais vous appeler quand même
pour avoir l'adresse.
-Oui, ok.
-J'ai hâte à ces retrouvailles!
-Bah, pas de trouble!
-Merci!
-Bienvenue, bonne journée!
-Bonne journée, bye!
Oh mon dieu, je pensais que
ce serait le répondeur!
-Ce n'était pas le répondeur, c'était
Ginette en personne à qui tu as parlé,
Vanessa! Donc là, vu que tu lui as parlé
de vive voix, tu n'as pas le choix
de partir de Montréal pour te rendre
à Amqui, pour rencontrer Ginette la voyante.
-J'ai pas le choix. Là, dans ma
tête à ce moment-là, je me dis
que c'est possible que ce soit celui-là,
mon dernier voyage à Amqui.
Ce n'est pas la première fois que
je jongle avec cette pensée-là.
Depuis les quatre dernières années,
ça s'est quand même accentué.
À chaque fois que je sors de Montréal,
je me bats avec cette pensée-là.
Surtout quand je pars en direction
d'Amqui, ça empire.
J'ai envoyé des messages vocaux
à certaines personnes pour leur faire
des adieux. J'ai fait des adieux à
Sourdine, ma chatte,
vraiment trop souvent.
À voir sa petite face.
-Ah, Sourdine!
-Mais là, cette fois-là,
j'ai encore plus peur que les autres fois.
-Pourquoi cette fois-là, t'as plus peur?
Parce qu'en cherchant à contacter
des clientes de Ginette,
j'ai été mise en contact avec
une de ses fidèles clientes.
-Ok, intéressant.
-Cette femme-là, appelons-la mettons,
Nathalie, elle m'a dit que tout,
tout ce que Ginette avait prédit à elle,
à ses amis, à ses soeurs,
tout était arrivé.
Elle croit en son don dur comme fer.
-C'est pas très rassurant pour quelqu'un
qui s'apprête à prendre la route
et à qui on a prédit la mort dans un
accident de voiture.
-Non. Puis en même temps, je ne sais pas
à quoi je m'attendais.
C'est une personne qui l'adore.
Je vais te lire juste une petite partie
de notre discussion, là,
pendant mon « pré-bad trip ». Le
moment où j'ai vraiment commencé
à paniquer gravement, c'est quand elle
m'a dit : « tu sais, on peut changer
les choses, certaines choses,
mais pas les décès.
-Ah ben voyons!
-Ouais, fait que là, j'ai répondu :
« Ok, tu penses que comme... les
décès sont destinés pour arriver ? »
Donc là, elle m'a dit : « Oui,
mais c'est mon opinion. Comme...
« C'est écrit et tu ne pourras jamais
changer ça. »
Ça m'a mis dans un état de désarroi
vraiment intense.
Je tremblais, j'étais en panique totale.
Dans ma tête, je suis comme : « Ok, là,
je me dirige vers la mort.
C'est la mort, c'est mon dernier voyage. »
-Je ne pense pas que tu aurais dû parler à
Nathalie avant de partir, Vanessa.
Là, j'espère que tu n'es pas partie seule
à Amqui. Il fallait que tu sois
bien entourée accompagnée pour faire
la route, parce que c'est combien de temps,
Montréal-Amqui ?
-6h30, mais ça c'est d'une traite.
On s'entend qu'on arrête un peu, mettre du
gaz, puis faire un petit besoin... 7h.
-Ok, ok. Donc tu es partie avec qui?
Donc je suis partie avec le réalisateur,
François Desrochers, qui réalisait
le balado, puis qui documentait
l'histoire avec moi.
Puis avec Evaloup, une de mes amies,
avec qui j'ai un lien très fort,
très particulier. Puis Evaloup, c'est
qu'elle a vraiment un intérêt aussi
pour la médiumité, la clairvoyance,
la voyance, les rêves prémonitoires.
Elle a 22 tarots à la maison,
sa mère, c'est une voyante...
-Donc c'était comme un équilibre
intéressant avec François Desrochers,
que moi je connais bien, qui a peut-être
moins de croyances, et Evaloup,
qui en a pas mal plus.
-Oui, exactement.
(François, Evaloup, Vanessa)
Ok, c'est un départ!
-C'est un départ, là on est vraiment parti.
On est rendu à Brossard!
Il est tard, il est 13 h,
13 h, puis on décolle, mais...
-On a combien d'heures de route à faire?
Là, il nous reste 6h19. 6h19.
Je vais mettre des herbes
naturelles autochtones, de protection,
puis de purification les amis.
-OK. Ouf, ça sent le pipi!
-Il y a comme une drôle d'odeur
dans cette...
En tout cas, si ça purifie,
on va le prendre!
On va aérer, on va aérer!
Je vais regarder beaucoup, beaucoup
mes rétroviseurs, genre non-stop.
Je suis en hyper-vigilance, comme on dit.
Il y a des moments où ça se calme,
mais surtout quand je suis seule,
souvent, je suis un peu plus
calme, parce que dans sa prédiction,
j'étais pas seule dans l'auto.
Donc quand je suis avec des gens
dans l'auto, ça augmente mon stress.
-C'est vrai dans la prédiction, là,
comme là on est deux passagers.
Dans la prédiction, est-ce qu'on meurt tous,
en s'en allant à Amqui ?
-Non, dans la prédiction
il y a juste moi qui disparaît.
-Ouais mais ça dit pas nous autres
si on va être paralysé à vie...
-Vous vous en sortez. Je me souviens
qu'elle disait...
-Ouais, on s'en sort-tu à 100 % ?
-À ce moment-ci, Vanessa, on est sur
l'autoroute 20, en direction Est
vers Amqui. On est avec Evaloup, François.
Toi, t'es dans la voiture, évidemment.
Peux-tu nous dire, t'es dans
quel état d'esprit à ce moment-là?
-À ce moment-là, dans mon souvenir,
j'essaie de vraiment
focusser sur le fait que je suis contente
de faire un road trip.
Puis j'aime vraiment beaucoup conduire.
Donc je focus là-dessus,
mais j'ai quand même un
stress à l'intérieur.
Tu le remarques, là, dans l'écoute,
je refuse de prononcer le mot « mort » et
« accident ». C'est des superstitions, là.
Je sens que je dois m'éloigner le plus
possible,
psychologiquement, de toute forme
d'expérience dramatique.
C'est vraiment superstitieux.
Mais j'aime ça, tu sais, être sur la route.
-C'est toi qui conduis à ce moment-là.
-Oui, oui, oui, oui, oui. Puis aussi,
c'est ça, c'est que je ne sais jamais
quand est-ce que je vais me faire envahir
par la maudite prophétie, tu sais.
-Oui.
Donc c'est ça qui me stresse.
Puis Evaloup, elle a eu trois gros
accidents de char dans sa vie,
ça fait qu'elle est stressée aussi.
(François) Là, il nous reste quoi, deux,
trois heures de route?
-Là, l'heure bleue est pas mal passée.
Ça commence à être l'heure bleue foncée.
Là, il commence à faire noir. On
est encore sur la 20, donc ça va,
mais je sais que le bout qui est le plus
stressant s'en vient. La nuit, on voit pas
super bien, puis il peut y avoir
des animaux qui sortent du bois.
C'est la 132, puis c'est quand même
assez sinueux. Là, je stresse parce que
je me dis « ah, je suis partie trop tard,
puis je vais rouler dans le noir. »
Je te dirais que je vis pas mal le moment
que je redoutais le plus, qui est...
que j'avais beaucoup imaginé dans mes
souvenirs.
Je me disais que ça allait arriver.
C'était vraiment tout le temps, genre,
le soir, l'automne, en m'en allant à Amqui,
dans ce coin-ci à peu près. Je sens
que ma respiration est vraiment plus haute,
je me sens plus oppressée, puis je
commence à avoir vraiment beaucoup de
de flashs, de choses, de malheurs qui
pourraient arriver.
Puis là, je veux pas vous... je ne veux
pas donner ça à mes passagers,
mais je le ressens full à l'intérieur.
Donc je combats ça, je combats ça, je me
dis que...
Ah, esti que c'est tough! Comme
si j'ai des flashs, puis je suis genre...
Est-ce que je suis encore là?
Est-ce que je suis encore là?
-Qu'est-ce que tu veux dire des petits
moments de flash?
De perte de con... J'ai peur de vous faire
peur!
-Non, tu peux pas me faire peur.
-De perte de contact avec la réalité.
Mais je suis encore là,
je suis super concentrée, mais j'ai
tellement peur de me déconcentrer
que je suis tout le temps en train de me
demander si je suis là.
Ça fait qu'à un moment donné, je suis
comme plus là, tellement je me demande
si je suis là, tu sais.
-Ah, bien là, ça commence à me faire
rusher tout ça.
-C'est ça, je n'ose pas en parler.
-Non, mais t'es capable d'en parler,
t'en parles, mais moi, je vais te dire
que je ferais pas trois heures de même.
Calvaire!
Là t'as l'autre derrière, François, qui
est comme « c'est correct,
c'est pas grave. Peux-tu parler plus en
profondeur? L'explosion, elle se passe
comment? Les feux d'artifice,
ils vont-tu être gros ? »
-Je n'étais pas stressée tantôt en partant.
J'étais donc bien pas stressée.
Puis là, on dirait que tout mon stress
vient de réembarquer,
comme si... c'est ça ; ça pourrait encore
arriver. Mais ça n'arrivera pas
parce que je le vois, mon père, il nous a
préparé à souper, il nous attend,
il est en train de faire ses patates pilées,
il nous a acheté un petit poulet barbecue
il est assis à la table avec la nappe jaune
avec des fleurs, il est là et il écoute
son LCN. Tout est « chill ».
Les animaux sont partis se coucher.
Je vais être très, très, très attentive
et il n'y a rien qui va arriver.
-Peux-tu croire, Julien, que je suis à
veille d'arriver à Amqui,
et que je vais encore une fois avoir
défié la prophétie?
-Mais j'ai tellement d'empathie pour
l'état dans lequel tu trouves ;
les pensées intrusives et la façon
dont tu pars en vrille.
Pour quiconque a déjà fait une attaque
de panique ou qui a ressenti de l'anxiété,
je pense qu'on peut très très
bien se projeter dans ta situation,
mais honnêtement, chapeau
d'être arrivé à bon port, d'être à Amqui
et de passer à la prochaine étape,
parce qu'elle est assez cruciale.
Tu t'es rendue là-bas, pour rencontrer
Ginette la voyante,
alors comment tu te sens, à quelques
heures de finalement lui faire face,
et lui parler?
-Je ne me sens pas très solide,
honnêtement, avant de la rencontrer.
Je me sens complètement débalancée.
Je suis comme : « c'est-tu la bonne
affaire, c'est-tu pas la bonne affaire? »
J'ai préparé des questions, mais tu sais,
ça dépend un peu de la connexion
qu'on va avoir ensemble, comment...
ça va être quoi la chimie?
-Ça fait 20 ans que tu l'as pas vue,
donc tu te souviens d'elle mais elle,
elle ne te replaçait pas tant que ça...
-C'est ça, mais non vraiment pas,
donc tu sais, je ne sais pas si ça va
bien se passer, et en même temps,
je me dis ça se peut que ça fasse
juste comme... renforcer mes peurs,
donc je ne sais pas si c'est vraiment une
bonne affaire, si c'est la bonne personne
pour désamorcer. Donc jusqu'au
matin même, j'ai hésité.
(Vanessa et François) -Là, il est 9h.
On est à Amqui, on est à l'hôtel.
Puis ben, j'avais un rendez-vous
avec Ginette à 9h30.
Puis, finalement, bien, elle a
décidé...
Bien, je sais pas, si je peux dire
« elle a décidé de ne plus me voir »,
mais elle ne peut plus.
Elle n'est plus disponible.
-En fait, elle a dit que c'est parce
qu'elle s'occupait de sa petite-fille.
C'est ça que j'allais dire. Oui, c'est ça.
-Est-ce qu'elle semblait ouverte
à reporter?
-Hmm, non, moi, je n'ai pas senti vraiment
d'ouverture.
J'ai l'impression que son attitude a changé
depuis la dernière fois que j'y ai parlé.
-Bien je l'ai entendue, c'était un
peu sec comme ton.
-Ouais, plus...
Oh! Ma pierre de collier vient
de se décrocher!
-C'est un signe.
-Ça c'est...
Un oeil de je sais plus quoi...
En pierre, pis c'est fait pour éloigner
les mauvais esprits,
puis les énergies négatives.
François rit de moi là.
Je capote! Ça vient de se décoller là, là.
Ça fait des années, c'était à ma mère ça.
Ça fait vraiment des années
et des années qu'il est collé, là.
La pierre s'est enlevée je capote!
Tu t'imagines ce que ça veut dire pour moi?
-Ben qu'il y a comme... une genre
de présence négative,
que mon collier a essayé de combattre!
C'est genre « Oh mon dieu
ça veut dire quelque chose! »
François, tu ris de moi.
-Je ne ris pas de toi...
Je ne ris pas de toi, mais je
suis juste content que je n'aille pas
toutes ces superstitions.
-Ah.... Je vais passer pour une folle
dans ce podcast.
-Vanessa, je suis tellement désolé
pour toi.
La déception que tu dois ressentir
à ce moment-là.
-Oui, quand même, mais
je me dis, « les choses arrivent
comme ça dans la vie, puis ce n'est
pas pour rien, là ».
-T'es plus sage que moi. J'aurais ressenti
un peu plus de frustration,
mais, tu sais, tu fais quoi?
T'es rendue à Amqui.
Tu peux pas voir Ginette.
Alors, on fait quoi à partir de ce
moment-là?
-Puis aussi, j'ai emmené des gens avec moi
dans ce voyage-là.
Je leur ai fait vivre plein d'affaires.
Donc je me dis, bon, je vais
au moins essayer d'aller lui parler,
tu sais, à son travail. Mon père m'a
dit qu'elle travaillait à l'épicerie.
Donc je me dis, comme, derrière
le comptoir de poulet frit, genre
« Bonjour, c'est moi, Vanessa,
on devait se rencontrer hier.
Finalement, vous n'étiez plus disponible,
mais tu sais, c'est correct,
il n'y a pas de problème,
on se reprendra une autre fois. »
-Je vais prendre une cuisse, une poitrine,
puis on se reprend.
-C'est ça, on se reprendra une autre fois.
Mais j'avoue que j'aurais vraiment aimé ça
quand même pouvoir y parler de tout ça.
Mais bon, elle m'avait dit qu'elle
travaillait lundi, et on est lundi.
(Vanessa) Bon, j'ai fait pas mal tout le
tour du Metro, tout ce qui était possible
de trouver comme endroit, où est-ce
qu'elle pourrait être. Elle n'est pas là,
ni au comptoir de la boulangerie,
ni au poissons.
Est-ce que je devrais aller voir quelqu'un
et demander si...
Si Ginette est là... Ça fait trop
harcelante. Je vais laisser faire.
Je vais prendre une bière.
(« Article inattendu dans
la zone de mise en sac »)
-Vous avez vraiment des
beaux cheveux, madame.
(« Merci d'avoir magasiné
chez Metro »)
Bon, bien, je ressors et je n'ai pas trouvé
Ginette.
Elle n'est pas rentrée travailler
aujourd'hui, je ne sais pas,
je ne sais pas qu'est-ce qu'il se passe.
Je ne sais pas qu'est-ce qu'il se passe.
Ahh..
-On dirait que Ginette n'existe pas.
Tu n'as pas pu la voir le dimanche,
le lundi, elle n'est pas au travail.
À ce stade-là, qu'est-ce que tu fais?
Est-ce que tu repars, parce que
tu es un peu dans un cul-de-sac?
-C'est ça...
Dans le fond, je me suis comme rendue
compte que... c'était sûrement mieux
que je ne la revois pas. J'ai acheté de la
colle au Dollorama, puis j'ai recollé
mon collier « œil de tigre »,
que je porte actuellement.
-Ouais, il est beau.
Puis le fait d'avoir actualisé cette
rencontre-là, d'avoir essayé
pour de vrai de trouver une clé à mon
problème, puis de ne pas avoir réussi,
ça m'a poussé à m'adapter, à
trouver d'autres solutions qui reposent
que sur moi-même.
-Ok?
-C'est moi, dans le fond, qui a
le contrôle sur ce qui reste
dans ma tête et ce qui ne reste pas
dans ma tête. C'est ça que j'ai compris.
J'aime conduire, j'aime ça aller dans ma
région natale.
Je travaille fort sur mon mental pour que
cette histoire-là devienne
comme un filigrane et que,
tranquillement, ça disparaisse
pour que mon présent soit au premier plan
dans ma tête.
Honnêtement, c'est comme...
À ce moment-là, je veux même plus y penser.
Puis à partir de maintenant, si j'y
repense,
ça va être comme une histoire que j'ai
entendue
à L'heure de grande écoute, tu sais,
comme une histoire à
la troisième personne.
(Vanessa) C'est les dernières outardes
qui sont en train de se préparer
à partir pour leur grand voyage.
Je regarde, je suis devant la rivière, à
l'hôtel.
Je peux les voir de la fenêtre.
Il y en avait plus d'une centaine hier.
Là, il reste juste une petite volée de...
Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept,
huit, neuf, dix...
Une dizaine d'outardes qui restent à
partir.
Evaloup dort encore.
François écoute de la musique,
dans notre petit salon.
Ça y est, ils viennent de partir.
La première neige est tombée hier.
Il y en reste juste un petit peu sur
l'asphalte.
On va avoir une belle route pour le retour.
-Ça fait trois mois que t'es revenue
de ce voyage-là, Vanessa.
Je suis curieux de savoir comment tu te
sens après.
Est-ce que la prophétie s'est vraiment
effacée de ton esprit?
-Faut que j'accepte qu'elle sera jamais
complètement effacée.
À chaque fois que je reviens de la
Matapédia,
je me dis : « Ok, c'est réglé. Ça, c'était
le dernier voyage avec ça dans ma tête. »
Mais à chaque fois que j'y retourne, que je
projette d'y retourner,
j'ai toujours un doute qui revient au
moment de partir.
Mais je développe à chaque fois
des nouveaux outils pour gérer ma peur
de la mort accidentelle. Mais là, j'ai
comme un peu peur de devoir attendre
mes 40 ans pour être libérée entièrement de
ma peur de mourir dans un accident de char.
Puis en même temps, je me dis, le fait
de faire un projet là-dessus,
puis d'en parler, ça fait que ça ne
pourra pas arriver.
Ça annule la prophétie, tu sais.
Mais tranquillement, j'arrive à me voir
dans l'avenir.
Puis genre, je suis capable de m'imaginer
peut-être à 42 ans,
peut-être avec un enfant, peut-être.
Il y a quelque chose qui se dessine.
-Bien, j'ai hâte qu'on en reparle.
Quand tu auras 40 ans et un jour, Vanessa.
Et je suis sûr que ce voyage à Amqui
qu'on a fait avec toi,
ne sera pas le dernier.
-Merci Julien.
-Merci, Vanessa.
L'heure de grande écoute est une série de
Transistor Média,
produite en collaboration avec
Télé-Québec.
Écoutez tous nos épisodes sur les
plateformes de Télé-Québec,
sur Apple Podcast ou l'application de
votre choix.
Cet épisode est une réalisation
de François Desrochers.
Enregistrement, montage et mixage audio :
Simon Coovi-Sirois.
Musique originale :
Alexi Élina et Simon Coovi-Sirois.
Caméra et montage vidéo :
Patrick Lozinski.
Productrice au contenu :
Audrey Blackburn.
Coordonnatrice :
Clara Gauthier-Morrison.
Communications :
Louis-Philippe Roy.
Visuel : Simon Guibord.
L'indicatif musical est de
P'tit Béliveau.
À la recherche : Maude Petel-Légaré
et Emmanuelle Gauvreau.
Merci à Steven Boivin, Marysol Foucault
et Clara Lagacé de Transistor Média,
à la Ville de Gatineau et au ministère
de la Culture et des Communications
du Québec, qui a rendu
ce projet possible.
Je m'appelle Julien Morissette.
Merci d'avoir été à l'écoute.