L'heure de grande écoute

À des mètres d’altitude, Jean frôle la mort à la suite d’une piqûre de scorpion.

En plein vol entre Cuba et Montréal, Jean est piqué par un scorpion caché dans son sac. La panique monte : il reste 2 heures avant d’atterrir. Que faire quand la mort nous guette à 10 000 mètres dans les airs? Une histoire signée Catherine Lavoie et Francis Thibault.

· Animation : Julien Morissette
· Invitée et scénarisation : Catherine Lavoie
· Réalisation : Francis Thibault
· Collaboration : Geneviève Beaulieu-Pelletier, Jean Dansereau, Marianne Dansereau, Nicolas Haket, Régine Hétu et Hélène Riberdy
· Production au contenu : Audrey Blackburn
· Indicatif musical : P’tit Belliveau
· Enregistrement, montage et mixage audio : Simon Coovi-Sirois
· Musique originale : Simon Coovi-Sirois et Alexis Elina
· Caméra et montage vidéo : Patrick Lozinski
· Recherche : Emmanuelle Gauvreau et Maude Petel-Légaré
· Cheffe de contenu pour Télé-Québec : Sophie Bélanger
· Coordination : Clara Gauthier-Morrison
· Communications : Louis-Philippe Roy
· Visuel : bureau60a
· Remerciements de l’épisode : Geneviève Beaulieu-Pelletier, Jean Dansereau, Marianne Dansereau, Nicolas Haket, Régine Hétu et Hélène Riberdy
· Remerciements de la série : Steven Boivin, Marysol Foucault et Clara Lagacé de Transistor Média

L’heure de grande écoute est une série de Transistor Média, produite en collaboration avec Télé-Québec.

Ce projet a été rendu possible grâce au soutien financier du ministère de la Culture et des Communications du Québec et de la Ville de Gatineau (via l'Entente de développement culturel avec le gouvernement du Québec).
/
Transistor Média, basée à Gatineau (Québec), est un studio de création, de production et de diffusion d'œuvres audios. En plus de ses balados, l’organisme tient annuellement le Festival Transistor et le Kino-radio.

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Qu'est-ce que L'heure de grande écoute ?

Découvrez les récits touchants et les anecdotes familiales qui témoignent de la créativité et de l’humanité de celles et ceux qui façonnent le Québec. Une plongée dans des histoires insoupçonnées, portées par des voix d’ici.

Pilotée par Julien Morissette, la série hebdomadaire donne la parole à celles et ceux qui façonnent la province au quotidien. Des créateurs·trices issu·e·s de tous les horizons se succèdent pour raconter des expériences qui résonnent bien au-delà de leur parcours personnel, révélant les forces invisibles qui tissent notre société.

· Animation et réalisation : Julien Morissette
· Production au contenu : Audrey Blackburn
· Indicatif musical : P’tit Belliveau
· Réalisation sonore, enregistrement, montage et mixage audio : Simon Coovi-Sirois
· Musique originale : Simon Coovi-Sirois et Alexis Elina
· Caméra et montage vidéo : Patrick Lozinski
· Recherche : Emmanuelle Gauvreau et Maude Petel-Légaré
· Script-édition : François DesRochers
· Cheffe de contenu pour Télé-Québec : Sophie Bélanger
· Coordination : Clara Gauthier-Morrison
· Communications : Louis-Philippe Roy
· Visuel : bureau60a
· Remerciements : Steven Boivin, Clara Lagacé, Marysol Foucault et Sophie Lacelle-Bastien de Transistor Média

L’heure de grande écoute est une série de Transistor Média, produite en collaboration avec Télé-Québec.

Ce projet a été rendu possible grâce au soutien financier du ministère de la Culture et des Communications du Québec et de la Ville de Gatineau (via l'Entente de développement culturel avec le gouvernement du Québec).
/
Transistor Média, basée à Gatineau (Québec), est un studio de création, de production et de diffusion d'œuvres audios. En plus de ses balados, l’organisme tient annuellement le Festival Transistor et le Kino-radio.

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J'ai dû voir ce film-là une bonne vingtaine de fois, parce qu'on l'avait en VHS à la maison et que mon frère était fasciné par la course à l'espace.

La première scène, c'est un party d'employés de la NASA qui regardent le premier allunissage à la télé.

Ils sont dans la maison d'un astronaute qui aurait pu lui-même être sur la Lune à ce moment-là.

Mais non, finalement, l'astronaute en question, Jim Lovell, va être commandant d'une autre mission Apollo,

qui doit se rendre sur la Lune quelques mois plus tard; Apollo 13.

Apollo 13 n'a rien pour rassurer les gens superstitieux : en avril 1970, ce qui semble être un voyage déjà routinier

vers la Lune, vire au cauchemar.

56 heures après le lancement,

quand la navette est à plus de 300 000 km de la Terre,

une explosion endommage les équipements nécessaires

à la survie des astronautes.

Grâce à des manoeuvres exceptionnelles

et à une bonne dose de chance,

les astronautes sont revenus sur Terre sains et saufs, mais

ont déclaré s'être sentis très près de la mort

durant ces deux-trois jours entre l'accident et leur retour.

Je n'ose même pas imaginer l'état d'esprit de ces astronautes-là,

le sentiment d'impuissance avec lequel ils doivent composer,

le mode survie qui embarque,

la conception du temps qui doit être tellement surréelle,

déjà que la conception du temps doit être assez particulière dans l'espace.

Je pense que le visionnement répété du film Apollo 13 de Ron Howard

a peut-être alimenté mon anxiété.

Je le sais, c'est un film hollywoodien qui prend des libertés

par rapport à la façon dont les événements ont eu lieu dans la vraie mission.

Mais aujourd'hui, on vous raconte une histoire réelle qui est aussi arrivée en plein vol.

Avec la réalisatrice et comédienne Catherine Lavoie, on s'embarque dans une situation d'urgence peu commune,

qui nous confronte à nos propres réflexes et à l'aspect parfois complètement imprévisible de nos existences.

Bienvenue à l'Heure de Grande Écoute, le balado qui vous fait entendre les histoires vraies

et les personnages surprenants qui façonnent le Québec.

L'épisode d'aujourd'hui : « Avoir la piqûre »

Salut Catherine, bienvenue dans le studio.

Merci, merci, je suis super contente d'être là.

Donc là aujourd'hui, tu nous racontes une histoire qui est arrivée au père d'une de tes très bonnes amies.

Oui, exactement, au père de mon amie Marianne.

En fait, ce qui s'est passé, c'est qu'en février 2014, donc en plein hiver,

comme plusieurs Québécois qui sont en quête de soleil et de chaleur,

Jean et sa copine Hélène sont allés en vacances à Cuba,

plus précisément à Cayo Santa Maria. C'est un endroit qu'ils connaissent super bien,

ils sont allés quelques fois.

Donc, ils passent leurs deux semaines de vacances là-bas

à profiter de la mer, à relaxer, à prendre du soleil.

Et c'est le jour du départ qu'un événement

complètement inattendu va venir bousculer leur existence.

(Hélène) Le jour du départ, en fait, on a fait nos valises.

Jean prend son sac de voyage, on prend nos valises,

on s'installe à bord de l'autobus du Cayo Santa Maria.

On a à peu près une heure et quart, une heure et demie pour se rendre à l'aéroport.

Rendu à l'aéroport, évidemment, il faut montrer nos passeports.

On montre nos passeports, puis on rentre dans l'avion.

Tout va bien, on s'assoit, tout est parfait.

À l'époque, il fallait avoir des écouteurs.

Souvent, on branchait dans l'appareil.

Alors, moi, j'avais prévu avoir mes écouteurs,

mais Jean n'a pas ses écouteurs.

Donc, Jean me dit,

« Ah, je pense que je les ai oubliés dans mon porte-bagages. »

Pas de problème, c'est en haut,

toujours dans la section où on met nos bagages en haut.

Puis, il commence à fouiller pour prendre ses écouteurs.

Bon, il revient, il s'assoit,

puis il dit, « Ah, j'ai oublié quelque chose ».

Il se relève, il reprend son porte-bagages, il commence à fouiller comme il faut,

puis tout d'un coup, il dit « Ouch! ».

Puis là, je le regarde, je trouve ça un peu drôle quand on cherche quelque chose dans son porte-bagages,

qu'on crie « Ouch! ».

Puis là, je le vois, Jean, il n'est pas plaignard de nature.

Je me dis « Ah ben, c'est bizarre ».

Puis Jean, il me dit « Ça fait vraiment mal, ça fait vraiment très mal. C'est qu'il me dit « Hélène, je pense que c'est

comme une grosse épingle. C'est comme si on avait laissé une épingle dans mon sac, puis que je me

suis vraiment piqué le pouce. » Là, je me dis en moi-même « Non, ça se peut pas, Jean, elle porte

pas des épingles dans ses affaires. » Puis je dis à Jean « Mais peut-être que tu devrais demander

à l'hôtesse de l'air un verre avec la glace dedans pour mettre ton doigt dedans parce que ça aide.

Ça va faire diminuer la douleur.

Au début, Jean, il dit, « Non, non, ça va passer. »

Puis après un bon 5-10 minutes, il me dit,

« Écoute, Hélène, honnêtement, ça fait très mal.

Je vais aller chercher de la glace.

Je vais aller voir si l'hôtesse pourrait pas m'en donner un peu. »

Ça faisait environ deux heures qu'on était en avion.

C'est que Jean, il prend son sac pour faire ça discrètement.

Il s'en va jusqu'en arrière de l'avion.

Il dit à l'hôtesse, il dit, écoutez, je voudrais voir vraiment s'il y a quelque chose dans ma pochette.

Il dit, vraiment, je me suis fait piquer, ça fait mal, je voudrais voir qu'est-ce que c'est.

Donc, l'hôtesse, très polie, elle dit, pas de problème, monsieur.

Venez ici, je vais regarder ce qu'il y a dans votre sac. L'hôtesse commence à regarder dans son sac.

Elle dit « Ouah! Il y a un scorpion dans son sac! »

Une chance qu'ils sont à l'arrière de l'avion, parce qu'il ne faut pas que les autres passagers,

passagères, entendent ça, tu imagines!? J'ai beaucoup d'empathie pour Jean dans cette histoire-là,

mais de savoir qu'il y a un scorpion dans l'avion, ça doit être tellement paniquant. Tu le sais que

j'ai une relation particulière à l'avion aussi. J'ai fait un balado là-dessus sur mon agoraphobie, mon trouble panique,

qui fait en sorte que l'avion, disons que ce n'est pas mon lieu préféré,

je le prends quand même, c'est réglé en quelque sorte.

Mais là, cette situation-là d'urgence extrême.

Mettons que c'est next level.

C'est paniquant.

C'est vraiment paniquant, je suis vraiment d'accord avec toi.

Oh my God.

Puis, tu sais, moi, contrairement à toi, je n'ai pas particulièrement peur de l'avion.

J'ai voyagé vraiment beaucoup dans ma vie en Amérique latine, en Europe,

beaucoup en Asie, même en Turquie mais j'avoue que j'ai jamais

pensé à qu'est ce qui arrivait mettons qu'il y a une urgence dans les scorpions dans ton sac

ou une urgence médicale, je sais pas si j'ai fait du déni où je me suis juste dit « ah j'aime mieux

pas y penser », mais j'avoue que je n'avais aucune idée. Donc j'ai décidé de m'entretenir avec

une agente de bord pour savoir c'est quoi les procédures d'urgence en plein vol.

Oui, parce qu'ils sont prêts et prêtes à ça.

Tu sais, je te le disais, je prends l'avion, mais je le dis souvent

aux agent.es de bord : « j'ai un trouble panique »...

Ah! Tu l'expliques, tu leur dis d'emblée?

Ils savent quoi faire et ils te le disent : «

Ah, voici ce qui peut arriver,

voici comment on nous apprend à gérer des situations comme la vôtre ».

Ah oui, mais ça doit être rassurant aussi de savoir qu'ils le savent.

C'est ultra rassurant.

Donc, eux, ils pensent à ces choses-là. C'est ce que t'as dit

j'imagine l'agente de bord, qu'il y a quand même un plan qui est fait? Oui elles sont vraiment préparées à

plusieurs éventualités, mais comme dans le cas qui nous intéresse, comme une urgence médicale,

l'agente de bord m'a expliqué qu'il y a un protocole quand même spécial, qui s'appelle une chaîne de commandement.

Ok ça c'est rassurant de savoir que...

Oui c'est ça exactement! Il ya une hiérarchie au

sein de l'équipage pour savoir c'est qui qui va donner

l'information à qui, pour pas que tout ça se perde.

Donc au départ, c'est toujours le commandant, donc le pilote,

qui a l'autorité ultime au sein de l'équipage.

Ensuite, c'est le premier, qu'on appelle communément le copilote.

Puis ensuite, c'est l'agent de bord.

Dans le cas d'une urgence, c'est l'agent de bord, en fait, qui est en charge,

qui va communiquer avec le pilote pour l'aviser de la situation,

pour l'aviser de ce qui se passe.

Comme ça, si la situation se dégrade, le pilote va être au courant,

puis il va pouvoir penser à un plan,

admettons, advenant le fait qu'il doive faire un atterrissage d'urgence à quelque part.

Ok, je comprends. Puis là, moi je suis fils d'un médecin aussi,

donc j'ai souvent vécu ce type de situation-là, que ce soit à l'aéroport,

au théâtre, dans des lieux publics, où on demande

s'il « y a un médecin dans la salle ou

dans l'avion? » Ça, est-ce qu'on le prend en considération dans le plan d'urgence?

Ben oui, c'est clair que parallèlement à tout ça, l'agent de bord qui est en charge va demander dans l'avion,

est-ce qu'il y a du personnel médical, par exemple, un ou une médecin qui pourrait venir les assister.

OK, parce que ce n'est pas des médecins ou des infirmiers, des infirmières.

Eux n'ont peut-être pas toutes les compétences pour gérer chaque situation d'urgence qui peut arriver dans un avion.

Non, c'est ça. Ils ont une très bonne formation de premier soin.

Ils peuvent quand même faire plusieurs choses, mais ils sont aussi limités parce qu'ils ne sont pas des médecins.

OK, on revient à l'histoire d'Hélène et de Jean.

Ils sont à l'arrière de l'avion avec l'agente de bord.

Ça fait deux heures, on l'a entendu, qu'ils sont partis de Cuba.

Il reste donc deux heures de vol environ.

Et là, l'agente de bord est au courant qu'il a été piqué par un scorpion.

Exactement.

Donc, une des premières choses qu'a fait l'agente de bord,

quand elle est mise au courant de ce qui se passe,

c'est de mettre le sac de Jean, qui contient le scorpion,

dans un gros sac de plastique,

puis de le recouvrir d'un deuxième sac de plastique,

puis de mettre ce sac-là

dans un contenant de métal, pour évidemment

éviter que le scorpion s'échappe

et crée la panique dans l'avion ou fasse une autre victime.

Donc là, le processus,

le protocole d'urgence, s'enclenche dans l'avion.

Pendant ce temps-là, Hélène, elle,

elle tente de garder son calme, puis d'aider

Jean le plus possible, le mieux possible dans la situation.

(Hélène) Je vois Jean, l'agent de bord

qui est là,

et l'hôtesse me dit,

« Il y a vraiment un scorpion dans son sac. »

Là, j'ai demandé à l'hôtesse, j'ai dit,

« Mais là, qu'est-ce qu'on va faire? »

Elle m'a dit, « Écoutez, on a toute une procédure à faire.

Il faut qu'on commence par appeler le pilote

pour l'aviser qu'il y a quelqu'un qui est à bord,

qui s'est blessé et que c'est une piqûre de scorpion. »

Elle dit, « Après ça, on va demander s'l y a un médecin dans l'avion. »

Mais elle dit, « On ne va pas préciser que c'est pour un scorpion ». Elle dit « vous comprenez

que si on commence à parler de ça, tout le monde va paniquer ». Donc là, moi j'ai essayé de

ne pas paniquer moi-même. Je voyais Jean qui était avec son doigt, toujours dans le verre de glace et

l'hôtesse a appelé le pilote. Après ça, elle a demandé s'il y avait un médecin dans l'avion.

« Votre attention s'il vous plaît, s'il y a un médecin ou un membre du personnel médical qui se trouve à bord,

S'il vous plaît, vous identifiez à l'agent de bord immédiatement. »

Et on a été chanceux : il y avait une femme, médecin, qui était dans l'avion.

(Jean) Quand la médecin est arrivée, elle a été très calme.

Et puis, elle a demandé un crayon.

Et l'objectif était de voir où pouvait se rendre le mal, si on veut.

Et puis, on m'a demandé jusqu'où je sentais le mal, et puis elle m'a fait un dessin.

Et là, je lui ai demandé « pourquoi vous faites ça? » et bien, elle dit « si ça se propage ».

Et là, je me suis rendu compte, c'est quand elle m'a dit ça, « si ça se propage, si ça va plus loin »,

là c'est vrai que ça peut m'affecter. Là, c'est comme si j'ai vraiment pris conscience qu'il

faudrait pas que ça bouge. On le sait, des scorpions, il y en a qui sont mortels, puis il y en a qui ne le sont pas.

Donc ça, j'avais un peu cette idée-là. C'était très douloureux, mais très concentré.

C'est comme une piqûre d'abeille,

c'est vraiment la façon de le décrire, c'est 10 fois plus,

15 fois ou 20 fois plus mal, comme si tu avais vraiment quelque chose qui était rentré profondément.

Et tu sens que ça se répand dans le pouce.

Et autour de la piqûre, ça fait extrêmement mal.

Il faut toujours qu'elle me garde conscient,

réveillé, et donc

elle m'a parlé tout le temps, tout le temps, tout le temps

de peur que s'il se passe

quelque chose, puis subitement

que je perde conscience. Donc,

elle voulait absolument que je sois toujours là avec elle.

Elle était très proche.

Elle s'est assise à côté de moi.

Elle voulait voir mes signes

vitaux, voir si tout était correct.

Elle me touchait. Elle voulait

savoir si j'étais bien.

Elle me parlait constamment.

Elle voulait toujours savoir que si jamais j'étais pour perdre connaissance,

elle était là et puis elle monitorait vraiment, constamment.

Elle regardait mon pouce constamment, puis elle regardait aussi mon regard aussi.

Elle m'avait laissé comprendre aussi que ça peut toucher le cœur en particulier.

(Hélène) J'avais une grande inquiétude.

J'étais insécure.

Je n'ai jamais vu ça, une piqûre de scorpion.

On était dans un avion. On n'est même pas proche d'un hôpital.

La seule chose qui m'a vraiment calmée, c'est ce médecin-là.

Un, parce que je savais qu'elle avait les connaissances.

Deux, parce qu'elle était elle-même très calme.

Et elle m'avait assuré qu'elle monitorait la situation.

Donc, dans ma tête, je me disais, bon, là, tu es en sécurité, Hélène, ça va bien.

Par contre, j'avais le cœur qui débattait, puis j'étais très inquiète.

Pendant une bonne partie du vol, je pense que j'ai bloqué les idées dans ma tête.

Parce que je me suis dit, ça ne me donne rien d'avoir des idées. Puis, je suis une personne de nature assez calme.

Je suis démographe, donc dans mon métier, il faut aussi regarder les choses selon les faits, selon la science.

Donc pour moi, je me suis dit, bon, là, ça ne sert à rien de m'énerver.

Je vais faire confiance au médecin.

J'essaie d'analyser ce qu'elle me dit, voir est-ce que ce qu'elle me dit, ça a de l'allure.

Est-ce que ce qu'elle me dit correspond à l'état de santé de Jean?

Moi, ma réaction dans des situations où je suis insécure comme ça, puis que je suis impuissante, je fige. Je suis

excessivement froide, je suis capable de réagir, on me dit « tu dois faire ça, je le fais » ou ça,

mais c'est comme si j'étais séparée de mon corps. Je suis très froide et même s'il peut se passer

une heure, une heure trente, je reste dans cet état où je suis figée et je ne vais pas aller

plus loin, je reste là, j'essaie de vivre le moment présent, de ne pas aller plus loin et de surtout pas

penser à toutes les affaires effrayantes

qui pourraient se passer. Donc,

c'est vraiment de

ne pas laisser mes émotions passer.

(Jean) C'est sûr que l'idée de dire « tu peux mourir »,

ça traverse l'esprit.

Mais ça, tu veux combattre ça.

Notre nature humaine fait en sorte

qu'on veut combattre la mort. Donc, c'est

de se mettre dans une position de vie

qui va faire en fait

que tu veux survivre, absolument.

On peut lâcher prise et dire, bien là, qu'est-ce qu'on peut faire?

On n'a pas grand-chose à faire.

Si effectivement ce poison-là monte à travers mon bras

et se rend jusqu'à mon cœur,

puis que je meurs d'une crise cardiaque,

je ne peux rien y faire.

Donc, je veux vivre. Je vais tout faire pour vivre. Mais à un moment donné aussi,

je ne peux pas non plus contrôler des choses qui sont incontrôlables. Il faut être

capable d'accepter. Toutes ces

idées se passent rapidement dans ton esprit, sauf que tu ne veux pas

les cultiver trop longtemps, parce qu'ils sont mortifères, on pourrait dire.

-Catherine, je suis tellement

heureux d'entendre la voix de Jean. Ça veut donc dire qu'il a survécu à cette épreuve-là.

-Oui, heureusement.

-Il était là pour te raconter l'histoire. C'est un homme vivant qui a traversé toute une épreuve. Il dit « son combat contre la

mort ».

On devient dans un état de lutte à ce moment-là. En plus, il y a une course contre la montre.

-Tu es complètement impuissant, tu es dans l'avion, tu ne sais pas si tu vas mourir...

-Et tu sens le poison monter! C'est fou à quel point ça doit être paniquant.

-C'est vraiment stressant.

-Comme situation, juste dans la vie de tous les jours, mais là, de le vivre dans un avion...

-C'est comme... oui, tu rajoutes une couche d'anxiété.

-Exactement. Une chance qu'il y avait un médecin dans l'avion.

C'est quoi les chances?

-Tu te dis, « ils reviennent de Cuba après deux semaines »,

elle, cette médecin-là, devait être en vacances, aussi,

elle ne devait pas non plus planifier ça trop trop,

avoir à accompagner un patient

durant un vol de retour à la maison.

Ça doit créer aussi tout un lien d'intimité entre cette médecin là et Jean aussi. Tu passes du temps, un moment de partage et de survie.

-Elle les a beaucoup rassurés, elle a été beaucoup là pour eux.

-Pour Hélène aussi.

-Oui, pour Hélène aussi, exactement.

-C'est vrai parce que Hélène a figé là-dedans. Elle a dit à un moment donné, il ne faut pas que les émotions passent non plus. Elle essaie d'être rationnelle et

avec son métier, elle a un esprit plus cartésien

-Exactement.

-Mais là, à ce stade-ci donc, ils ne sont pas sortis du bois, là on essaie de survivre, de passer la durée du vol et après ça ils arrivent à l'aéroport...

-Ils atterrissent à Montréal, puis dès

qu'ils arrivent en fait, le personnel de l'avion les fait sortir en priorité. Donc ils sortent,

puis, ce qui est quand même spécial, c'est qu'ils doivent transporter avec eux le sac

dans lequel est le scorpion. C'est Hélène qui m'a raconté qu'elle devait tenir ce fameux sac.

-Oui, c'est ça. On veut

avoir les bagages, on veut traîner le scorpion aussi pour déterminer s'il est venimeux ou pas,

si le venin est poison.

À ce stade-ci, comment ça s'est passé, ce moment-là?

-Il y a une ambulance qui les attend sur le tarmac, qui les prend en charge. Petite parenthèse complètement absurde ;

ça coince pour Jean et Hélène aux douanes, parce que le passeport de Jean est dans son porte-bagages avec le scorpion.

-Ah oui, dans la boîte, donc avec les sacs.

Et on ne veut pas non plus aller chercher le passeport...

-On s'entend qu'il ne veut vraiment pas l'ouvrir

et se faire repiquer une deuxième fois.

Je veux dire, c'est impossible.

Puis le douanier ne veut pas les laisser passer.

Il est super ferme, il est super « boqué ». Puis c'est là qu'un des deux ambulanciers,

selon ce qu'on m'a raconté, a haussé le ton

et qu'il a vraiment dit, « là, on est là pour amener

monsieur le plus rapidement possible à l'hôpital.

S'il n'arrive pas à vous montrer son passeport,

arrangez-vous, mais moi, je dois l'amener le plus vite possible. »

-Une chance que l'ambulancier était là, quand même,

pour gérer ce bout-là de la situation.

-Mais ça ne doit pas arriver souvent non plus

que quelqu'un n'est pas en mesure physiquement de montrer son passeport.

-Moi, je n'ai jamais entendu ou été témoin d'une situation

dans laquelle c'est arrivé.

-Ça pourrait être une ruse peut-être pour essayer de passer aux frontières,

mais là, encore une fois, je suis peut-être dans un scénario

trop hollywoodien de vouloir rentrer dans un pays de cette façon-là.

-Oui, en même temps, tu vois qu'il y a clairement une urgence.

Bref, ensuite, Jean est transporté dans l'ambulance rapidement vers l'hôpital. Puis dans l'ambulance, les ambulanciers s'assurent de le garder réveillé,

de le monitorer tout le long de son transport dans l'ambulance, puis ils se dirigent vers l'Hôpital Général de Montréal.

(Jean) Et donc, on arrive à l'hôpital.

Et puis là, bien, il y a toutes les procédures d'inscription, mais on fait ça rapidement.

Et puis, bien rapidement, le médecin est arrivé. Mais entre le temps que le médecin spécialiste arrive,

le médecin spécialiste avait demandé de voir le scorpion. Alors, le scorpion était toujours dans le sac,

qui avait été mis dans deux ou trois sacs de plastique. Donc là, il y a eu un attroupement.

En arrivant à l'hôpital, il y avait un attroupement de personnel autour.

« Il paraît que c'est le patient qui a été piqué dans un avion par un scorpion! »

Et donc, ils ont dit, « Il faut sortir le scorpion du sac. »

Alors là, le personnel de l'hôpital a dit, « Nous, on ne peut pas faire ça,

on ne sait pas comment sortir un scorpion.

»

C'est l'ambulancier qui a dit, « Bon, il n'y a personne qui veut le sortir, le scorpion? »

Il avait apporté des grosses pinces et un gros gant antifeu, très épais.

Il dit, « Je vais aller le chercher, le scorpion. » Alors il se met la main, il va chercher le scorpion avec une pince

et il sort le scorpion. Et là on le voit le scorpion avec les pinces

étendues, prêtes à rager, avec la queue retournée.

Et là tout le monde qui était autour a reculé, il y avait un attroupement, je dirais d'à peu près une vingtaine de personnes, tout le monde a reculé.

Puis là il dit, « il faut le mettre... il faut le mettre dans un sac, y'a-tu... ça nous prend un contenant! »

Et là, il y avait une dame qui avait fini son lunch, qui avait nettoyé ses contenants.

Elle avait un petit contenant en plastique solide avec un capuchon.

Elle dit, « Prenez ça ».

L'ambulancier l'a mis dedans, et puis rapidement, il a mis le couvercle. C'est comme ça qu'on a emprisonné le scorpion.

Et c'est comme ça qu'il est allé se faire examiner par le médecin. Et tout de suite, là, on m'a pris en charge.

La première chose qu'on a faite, il m'a regardé les signes vitaux. Tout de suite,

il m'a envoyé à l'électrocardiogramme. Je suis resté en observation au total... autour de cinq heures,

en attendant les résultats de l'électrocardiogramme. Et à la toute fin, là, j'ai rencontré le spécialiste, le médecin spécialiste, et puis il m'a dit

« Bon, qu'est-ce qui se passe maintenant? » Bien, il m'a dit « Vous allez rentrer chez vous, et vous allez essayer de voir comment ça va, votre pouce.

Il peut y avoir deux choses qui vont se passer avec votre pouce.

C'est que demain matin, vous allez vous réveiller et tout est correct.

Ou bien, il va être noir et il va falloir l'amputer. » Ça, ça m'a donné un coup.

Ça m'a donné un coup parce que c'est de se dire, « Ouais, OK, ça va bien, mais là, si tu peux me faire amputer mon pouce, c'est pas drôle. »

On est revenu et puis c'était une bonne nuit parce que j'étais extrêmement épuisé.

Je suis arrivé ici après le voyage et tout et je me suis réveillé le lendemain matin.

Je me sentais en pleine forme. J'ai regardé mon pouce, il fonctionnait très bien.

Je sentais tout avec, c'est comme si je n'avais rien eu. Il n'était pas noir.

Je me suis dit « bon, je vais aller travailler. » Alors, je suis allé travailler cette journée-là.

Ça, c'était...

On est revenu un jeudi, puis là, c'était le vendredi.

J'étais allé travailler ma journée de vendredi

parce que j'avais effectivement des réunions cette journée-là,

puis il fallait absolument que je sois là.

Mais je me sentais très bien.

Je me sentais très bien, puis j'étais tellement heureux que mon pouce... tout était normal.

On se dit toujours qu'il y a plein de choses qui peuvent arriver dans notre vie, des imprévus, n'importe quand, de n'importe quelle nature.

Même les choses les plus imprévues.

Donc ça, c'est la première chose.

La deuxième chose, c'est que c'est vrai que notre vie peut tenir à très peu, très très peu.

Puis ce que ça peut changer, c'est... Moi, je vais vous dire curieusement, j'ai remercié ce scorpion-là.

Parce qu'en réalité, il n'était pas mortel. Ça aurait pu être bien pire. Puis en plus, il n'a pas été trop méchant avec moi. Il ne m'a pas enlevé un pouce, OK?

J'ai tous mes pouces. J'en ai deux. Je suis bien content d'en avoir deux!

Ça donne une certaine

beauté, je dirais, à la vie. Puis on se rend compte que la vie, elle est très belle.

Il faut en profiter

à tous les moments. Surtout quand on voit qu'une situation comme celle-là qui aurait pu dégénérer,

puis nous amener dans une situation qui aurait été catastrophique. Ça aurait été très, très difficile, je pense, pour tout le monde.

Parce que c'est une mort subite, si jamais. Et donc, ça vient nous toucher. Donc, c'est vraiment là

qu'on voit que la vie ne tient qu'à un fil et puis

qu'il faut en profiter, qu'il faut remercier la vie.

-Jean prends ça avec beaucoup de

philosophie. J'aime ça l'entendre raconter l'histoire. Même que je ne m'attendais pas à ce qu'il remercie le scorpion.

Qu'on ait jusqu'à ce point-là dans la façon de le vivre, avec du recul.

-Oui, c'est clair que ça fait quand même plusieurs années.

Je suis sûre que si on lui avait demandé peut-être sur le moment présent, peut-être qu'il y aurait eu plus d'émotions.

-Il est quand même retourné au travail le lendemain! C'est fou!

-Oui, c'est vrai que je le trouve très calme, très philosophe.

Je ne suis pas sûre que j'aurais nécessairement réagi comme ça : moi, je suis plus émotive, du genre un petit peu paniquée.

Mais tu sais, ça peut dépendre de quel rôle que j'ai dans l'événement, si je suis seule ou tout ça.

Mais si je pense à comment je réagis avec ma fille, j'ai un bébé tu sais; quand il y a quelque chose en pleine nuit,

moi, j'ai un petit peu plus tendance à vouloir appeler l'ambulance.

Mon chum, il est plus genre à dire,

« Appelez le 811, on va se calmer. »

Je ne sais pas... Toi, es-tu du genre super calme?

-C'est une bonne question.

C'est sûr qu'on pense à comment on réagirait quand on est un proche.

Dans ce cas-ci, Jean pense même à la réaction d'Hélène.

Je pense à la même chose quand il y a des situations

où je sens que mes enfants sont en danger.

Il y a tellement d'adrénaline que même si j'ai un profil anxieux,

il n'y aura aucune anxiété.

Tu te mets en mode survie, tu te mets en mode solution.

Donc, c'est plus vers là que j'irais, mais c'est difficile de faire des scénarios et de se projeter réellement tant qu'on n'a pas vécu la situation.

-Exact, c'est ça. On ne peut pas prévoir comment on réagirait exactement.

Ça reste quand même un mystère dépendamment de la situation qui va arriver. Parce que dans le cas d'Hélène,

on voit qu'elle est restée super calme, presque même froide par rapport à ce qu'il se passait.

-Elle a figé.

-Oui, elle a comme fait ce qu'on appelle « une suppression émotionnelle. »

J'ai rencontré d'ailleurs une psychologue qui s'appelle Geneviève Beaulieu-Pelletier,

que tu connais, je crois,

qui m'a expliqué les différentes réactions possibles.

Puis aussi, elle m'a parlé plus spécifiquement

de la réaction d'Hélène dans la situation.

(Geneviève Beaulieu-Pelletier) Face à une situation d'urgence, chacun va avoir des réactions différentes en fonction de notre rôle dans la situation.

D'abord ; « est-ce que je suis la personne qui est en danger? »

« Est-ce que j'accompagne? »

Donc déjà, ça, ça va avoir une incidence.

« Comment est-ce que je suis entourée »

versus « est-ce que je suis complètement isolée? »

Donc, il y a des facteurs qui vont venir influencer nos réactions.

Le bagage que j'ai aussi, donc mes expériences passées, les connaissances que j'ai, c'est énormément de facteurs qui vont venir teinter ma réaction.

Mais de façon générale, quand on est face à une situation d'urgence, soit que notre corps se mobilise pour faire face,

donc pour essayer de trouver une solution, essayer vraiment d'être dans l'action.

Dans d'autres cas, ça va être plus une réaction de fuite ou de protection.

Donc, je dois vraiment me protéger face à une menace.

On peut être quelqu'un qui est très proche de ses émotions,

qui est vraiment émotif dans différentes situations et face à une situation d'urgence,

être vraiment de sang-froid. Donc, être capable de figer ces émotions-là pour être dans l'action.

Donc, même si à d'autres moments dans la vie,

on peut être très proche de ses émotions,

un peu plus débordés, si on veut, émotionnellement ;

face à une situation d'urgence,

il y a quelque chose de vraiment différent.

Les réactions qui sont de l'ordre de « je vais avoir une attitude beaucoup plus froide ».

On est dans « une suppression émotionnelle » qui est de l'ordre de « c'est pas le temps de ressentir »,

« je ressentirais ça à un autre moment. »

Si je suis la personne sur laquelle repose un peu la recherche de solutions ou l'apaisement, un certain apaisement dans une situation d'urgence,

ça se peut que je sois davantage dans une suppression des émotions.

-Oui, c'est vraiment intéressant.

Puis quand je pense à ça, je t'ai dit que je serais super émotive,

mais quand je pense à mon accouchement, mettons, j'ai été super calme, j'ai accouché les yeux fermés en faisant presque pas un son, si on veut,

puis c'est comme après que j'ai éclaté, tu sais. Fait qu'on peut aussi avoir un genre de choc post-traumatique

quand on a vécu une situation qui est exceptionnellement stressante dans laquelle on a fait de la suppression émotionnelle.

-Mais tu sais, l'image me revenait en tête aussi

quand Geneviève, la psychologue, en parlait, tu sais, de mettre le masque d'oxygène à son enfant,

dans les vidéos qu'on voit justement,

pour rester dans la thématique de l'avion,

pour s'assurer que les autres autour de nous vont survivre, sont en contrôle, après ça, on met son propre masque.

Et c'est à partir de ce moment-là, quand ça commence à se calmer, et l'adrénaline dont je parlais peut disparaître,

qu'on peut vivre toutes ces émotions-là, peut-être comme une espèce de surplus d'émotions, après que la menace soit passée.

-C'est ça, comme si on se permet,

dans le fond, de les vivre après.

Puis c'est d'ailleurs ce qui semble être

arrivé à Hélène, dans une certaine mesure, dans l'histoire qui nous intéresse.

(Hélène) Ce que ça a changé d'avoir un événement comme ça

qui arrive

soudainement dans un voyage ;

si tu reviens de voyage, tout va bien.

C'est vraiment de réaliser que « tu peux perdre la personne que t'aimes. »

C'est que tu peux perdre la personne que t'aimes

dans une petite piqûre de je ne sais pas trop quoi, ça aurait pu être une piqûre de serpent,

une piqûre de scorpion, ce n'est pas important.

Mais tu te dis, dans une petite affaire comme ça,

je peux perdre cette personne-là.

Puis on est en plein vol, il n'y a personne qui ne peut rien faire.

Puis c'est peut-être les dernières minutes où je vois cette personne-là.

Donc, tu essaies de ne pas trop réfléchir.

Tu essaies de ne pas laisser les émotions monter.

Tu essaies juste de te concentrer sur

qu'est-ce qu'il faut faire,

puis qu'est-ce que le médecin me dit qu'il faut faire.

Parce qu'autrement, c'est trop difficile.

Il est retourné travailler le lendemain

parce que lui, il se sentait très bien.

Moi, je devais retourner au travail le lendemain, et j'en ai été incapable.

C'est que la tension est ressortie une fois que je suis sortie de l'hôpital.

Une fois que j'ai eu le diagnostic,

une fois que j'ai su qu'est-ce qu'il se passait, là vraiment, toute la pression, toute l'émotion,

est ressortie et j'ai été incapable d'aller travailler le lendemain. J'étais complètement crevée. L'émotion était forte, je l'ai retenue,

je l'ai tellement retenue que j'ai été obligée le lendemain de rester chez moi pour pouvoir m'en remettre.

-Je comprends Hélène

d'avoir réagi comme ça après. Elle devait tellement être vidée. En tout cas, moi,

je ne serais pas ici aujourd'hui si quelqu'un s'était fait piquer par un scorpion dans l'avion avec moi hier.

-Ah oui, elle a tellement retenu ses émotions, elle a tellement été là pour lui dans la situation d'urgence que c'est elle le lendemain qui a crashé.

-Oui, ça a comme ouvert les vannes et après ça, elle a vécu son émotion par la suite.

C'est un peu l'idée du choc post-traumatique finalement.

-Oui, exactement. Parce qu'on s'entend, Jean, dans sa malchance, il a quand même été vraiment chanceux.

Parce qu'une piqûre de scorpion, c'est pas banal,

ça peut vraiment être dangereux.

-Oui, oui, je me demandais, c'est ça,

comme le côté plus scientifique : est-ce que t'as creusé la question?

-Bien, j'ai rencontré Nicholas Hacket,

qui est technicien entomologiste à l'Insectarium de Montréal pour en savoir un petit peu plus, justement, sur les scorpions,

puis essayer de mieux comprendre ce qui est arrivé à Jean.

En gros, il y a deux grandes familles de scorpions : les « butidés» et les « non-butidés ».

Ce sont les scorpions qui sont dans la famille des butidés qui sont potentiellement dangereux, parce qu'ils possèdent un

venin neurotoxique

-Ok là il y a comme des informations, c'est technique, je peux te poser une question ?

Donc «

neurotoxique » ; pour quelqu'un qui sait pas ce

que ça veut dire...

-Ça veut dire que leur venin peut

venir affecter le système nerveux central de la personne qui a été piquée,

et puis ça, ça peut créer plusieurs réactions dans le corps, particulièrement au niveau du cœur, puis au niveau respiratoire.

C'est là que ça peut devenir dangereux,

que ça peut devenir critique pour la personne.

-OK, je comprends.

Donc là, Nicholas, est-ce qu'il était en mesure de déterminer ce scorpion-là précisément? Parce que j'imagine qu'il y a une photo qui existe.

-Bien, Jean m'a fourni une photo du scorpion,

qui est assez floue, qui est dans le...

-Dans le Tupperware !

-Le Tupperware, le fameux plat Tupperware.

Puis justement, quand Nicholas a regardé,

il nous a fourni une hypothèse qui est assez intéressante sur le scorpion :

(Nicholas) Je regarde la photo dudit scorpion en ce moment, celui qui a piqué Jean.

C'est sûr que ce n'est pas la photo la plus claire.

On a une photo du scorpion à travers un plat Tupperware.

Donc la photo est un peu embrouillée, mais on peut quand même voir la morphologie générale du scorpion.

Et on peut, un peu, voir justement à quoi les pinces et la queue du scorpion ressemble. Et basé sur ça,

c'est probablement un scorpion

de la famille des butidés, du genre Centruroides, qui, oui, possède un venin neurotoxique.

Donc, basé sur les symptômes de Jean, donc on a de la douleur, de l'enfleur, de la rougeur locale sur le pouce,

qui est le site de l'abîmation. Ça pourrait quand même être un venin neurotoxique, définitivement.

Ça fait quand même mal. Puis il y a beaucoup, beaucoup de facteurs qui peuvent affecter comment quelqu'un réagit à un venin.

Des fois, un scorpion peut fabriquer un prévenin, qu'on appelle, qui est juste une petite dose de venin prête à envoyer.

Ça réduit beaucoup l'efficacité du venin parce que le volume de venin qui est injecté dans le corps est beaucoup moins important.

Jean a été chanceux, quand même. Ça aurait pu être pire. Il s'en est bien sorti, quand même.

-L'explication de Nicholas Hackett est quand même rassurante

parce que là, on comprend que ça aurait pu être vraiment dangereux.

Et son hypothèse, c'est qu'il aurait reçu une dose de prévenin, c'est ça?

On ne saura jamais exactement

ce qu'il s'est passé, mais lui, il pense que ça pourrait

être une hypothèse qui serait valable,

que Jean aurait reçu juste une dose de prévenin.

OK, mais là, si ça avait été du vrai

venin, est-ce que Jean aurait pu mourir, je ne sais pas, en 20-30 minutes dans l'avion, comme dans les films là,

que c'est super dramatique, si tu te fais piquer,

tu n'as pas le temps de faire tes adieux.

-Bien, s'il y avait eu une dose complète, entre guillemets,

de venin, ça aurait probablement été plus intense.

Mais l'idée, par contre, de mourir super rapidement d'une piqûre de scorpion en 20 minutes, c'est un mythe, Julien!

Parce que généralement, les symptômes les plus intenses vont apparaître de 2 à 4 heures après la piqûre pour un venin qui est neurotoxique.

-Ok, là j'ai l'air déçu, mais je comprends que c'est une construction,

c'est un cliché.

-Oui, parce qu'en fait, il faut un certain laps de temps

pour que le venin passe à travers le corps,

se rende au système nerveux et fasse cpmme une série de choses dans le corps.

Donc, ce n'est pas vrai que c'est instantané.

Tu as quand même le temps d'être dans l'hôpital.

Mais, par contre, généralement,

tout se joue dans le premier 24 heures.

-Ok, est-ce que je peux poser une autre question

qui a l'air peut-être idiote? Je me lance quand même.

On voit des fois où on entend qu'il faut sucer le venin après une piqûre...

Est-ce que ça aussi,

j'imagine que ça ne doit pas être une bonne idée?

-Écoute, j'ai aussi appris que ça aussi, c'est une invention de la culture populaire, malheureusement.

Puis c'est vraiment pas recommandé de le faire, parce qu'en plus d'être probablement un peu dégueulasse,

ça peut juste

contribuer à infecter davantage la plaie en rajoutant des bactéries que tu as dans ta bouche.

-Donc t'es en train de me dire qu'Indiana Jones, ce n'est pas un documentaire

, qu'il faut pas s'y fier...

-Je pense que... tu sais, je veux pas briser ton imaginaire, ta magie autour d'Indiana Jones Julien,

mais je pense qu'il y a beaucoup de mythes et de croyances qui ont été créées autour des scorpions.

-OK, OK. Est-ce que j'ai le droit à une dernière question d'intérêt général?

-Vas-y, vas-y.

-C'est quoi le scorpion le plus mortel du monde? Est-ce que tu sais?

-Le scorpion le plus mortel du monde, on l'appelle communément le Death Stalker.

C'est un bon nom quand même!

-C'est un bon nom de lutteur aussi!

-Oui, ce n'est pas faux!

Puis, il se trouve principalement au Moyen-Orient

et en Afrique.

Cela dit, là-bas, les hôpitaux sont presque tous munis

d'antivenins, donc c'est vraiment rare...

Il y a très peu de morts suite à des piqûres de ce scorpion-là.

-OK, parce qu'ils sont prêts à toute éventualité.

-Oui, les gens vont à l'hôpital rapidement,

ils ont l'antivenin, puis tout est correct.

-Ah, OK. Donc, je comprends.

Donc si tu voyages dans ces coins-là, Catherine, fais bien attention de ne pas rapporter

avec toi des scorpions ici au Québec, s'il te plaît.

-Dans ma... Dans ma sacoche.

-Dans ta sacoche, exactement!

Catherine Lavoie, merci infiniment pour cette histoire.

-Merci à toi, Julien.

-L'Heure de Grande Écoute est une série de Transistor Média, produite en collaboration avec Télé-Québec.

Écoutez tous nos épisodes sur les plateformes de Télé-Québec, sur Apple Podcast ou l'application de votre choix.

Enregistrement, montage et mixage audio ; Simon Coovi-Sirois. Musique originale ; Alexis Élina et Simon Coovi-Sirois.

Caméra et montage vidéo ; Patrick Lozinski. Productrice au contenu ; Audrey Blackburn.

Cheffe de contenu pour Télé-Québec ; Sophie Bélanger. Coordonatrice ; Clara Gauthier-Morrison.

Communications ; Louis-Philippe Roy. Visuel ; Simon Guibord. L'indicatif musical est de P'tit Béliveau.

À la recherche ; Maude Petel-Légaré et Emmanuelle Gauvreau.

Merci à Steven Boivin et Clara Lagacé de Transistor Médias ;

au ministère de la Culture et des Communications du Québec, qui a rendu ce projet possible.

Je m'appelle Julien Morissette. Merci d'avoir été à l'écoute.