Le balado de l’Armée canadienne s’adresse aux soldats de l’Armée canadienne et traite de sujets qui les concernent. Les soldats constituent notre public cible principal, mais les sujets abordés pourraient s’avérer pertinents pour toute personne qui appuie nos soldats ou qui s’intéresse aux enjeux militaires canadiens.
[Musique commence]
Capitaine Adam Orton : Salut, ici le capitaine Adam Orton avec Le balado de l’Armée canadienne. L’élément du soutien national, l’ESN en Lettonie, est un excellent exemple de la logistique à l’œuvre. Lorsque les troupes et la brigade multinationale dirigées par le Canada en a beaucoup au niveau de la nourriture, des munitions et des chaussettes. Aucune surprise alors que c’est pas aussi simple qu’on pourrait le penser d’acheminer ces articles à bon port.
L’adjudant Pierre-Yves Fleury-Gobeil, sergent major de la compagnie des services techniques de l’ESN, nous joint depuis la Lettonie et il nous expliquera comment fonctionne la logique en déploiement. Bienvenue au balado.
Adjudant Pierre-Yves Fleury-Gobeil : Merci beaucoup.
[Musique termine]
Capt Orton : Vous savez, j’ai parfois de la difficulté à faire comprendre à mes amis civils pourquoi que la logistique est si important pour l’armée. C’est tellement intégré dans comment qu’on fonctionne. Comment est-ce que vous décrivez notre système logistique?
Adj Fleury-Gobeil : La logistique, en gros, c’est la machine qui fait en sorte que toute l’équipement, que toutes les matériels se rendent vers la mission, vers l’avant où ce qu’on pousse les troupes où ce qu’on pousse la mission, puis où ce qu’on conduit des entraînements.
Capt Orton : Puis si on regarde peut-être la grande vue de la logistique, qu’est-ce que vous soutenez? Comme c’est quoi votre rôle? Pourquoi vous êtes là?
Adj Fleury-Gobeil : Si on parle au niveau de l’élément de support national, donc l’ESN au niveau de la mission après assurance, la logistique à ce niveau-là, ce qu’on fait nous c’est de la logistique de support de deuxième, de troisième ligne. Donc, on a des unités à l’avant de première ligne, donc des unités de combat, des unités d’ingénieurs de combat, les tanks, l’infanterie, ces choses-là. Ils ont des quantités d’approvisionnement à l’unité même qui sont fournies par leur quartier-maître régimentaire, leur quartier-maître de compagnie, mais ils ont sûrement un approvisionnement qui est limité de quelques jours tout au plus. Quand ils ont besoin de plus de munitions, quand ils ont besoin de nourriture, d’eau, d’essence pour les véhicules ou de tout autre matériel, des pièces de rechange pour les véhicules, pour faire des réparations, ils ont besoin d’un élément de deuxième ligne ou de même de troisième ligne pour renvoyer des véhicules vers l’arrière, pour se faire réparer, faire des réparations plus complexes ou pour recevoir du matériel, des pièces de rechange, de la nourriture, de la munition qui ont besoin vers l’avant pour leur donner plus d’approvisionnement. Donc on s’assure que ce matériel-là soit livré à temps, on s’assure que ça matériel-là soit vérifié, stocké en quantité suffisante pour pouvoir le pousser à l’avant au besoin.
Capt Orton : Donc vraiment, si on regarde le système, ça c’est une chaîne d’approvisionnement, c’est ça que c’est dans le fond?
Adj Fleury-Gobeil : Ouais, en gros c’est ça ouais.
Capt Orton : Et c’est quoi votre rôle dans tout ça?
Adj Fleury-Gobeil : Mon rôle en tant que sergent major de compagnie des services techniques, c’est d’assurer que la logistique de l’unité se conduit, puis que le matériel que les unités ont besoin pour conduire leurs exercices, pour accomplir leur mission, se rend vers l’avant, vers les troupes, vers les unités qui en ont besoin. Puis on est principalement les métiers qui ont rapport avec, disons, le côté technique de la logistique, donc les techniciens en approvisionnement, les techniciens en ammunitions, les techniciens en mouvement. Ouais, c’est ça qu’on fait.
Capt Orton : Et dans le ESN, vous avez plus que ça, même dans votre organisme en fait, il y a beaucoup de gens?
Adj Fleury-Gobeil : Oui, dans notre organisme, il y a plusieurs autres compagnies. Donc, il y a la compagnie de services de support, qui offre des supports en tant que commis aux ressources humaines, commis à la solde, les réclamations, toutes les choses qu’on a besoin normalement sur une base pour fonctionner, toute pour procéder à l’administration. Ils font aussi du support pour la garnison, parce que, vous pouvez vous imaginer, il y a beaucoup de monde ici en Lettonie. Bon, ben ils ont besoin de logements, ils ont besoin d’accommodation, ils ont besoin de nourriture aussi, ils ont besoin d’être nourris.
Capt Orton : Et, c’est sûr que c’est pas mal de monde à nourrir. Vous êtes combien là-bas en déploiement en ce moment?
Adj Fleury-Gobeil : En Lettonie, présentement, la base d’Adazi, on est environ 1 600 Canadiens. Les autres nations qui sont sous la mission aussi, on a les Espagnols, les Italiens, les Polonais qui sont les plus gros contingents ici. Ensuite, de ça, on a plusieurs autres nations qui sont ici avec des effectifs un petit peu plus réduits, de 20 à 30, 40 personnes. Mais en totalité, toutes les pays ici, l’élément comme multinationale, si on voudrait, c’est autour de 3 000 personnes.
Capt Orton : Et ça doit être assez compliqué en plus de faire de la fourniture pour ces gens-là, étant donné qu’ils ont peut-être des besoins spécial un petit peu différents.
Adj Fleury-Gobeil : Les besoins sont principalement similaires. Tout le monde a besoin de manger, tout le monde a besoin de rester et de dormir à quelque part. Au niveau logistique, ça reste plus ou moins la même chose, entre toutes les pays qui sont sous la mission. Mais c’est sûr, il y a des défis comme la langue qui est différente, mais on arrive à communiquer quand même. Là on se débrouille quand même à trouver les moyens de communiquer ensemble. L’anglais et la langue la plus commune ici, donc on utilise beaucoup l’anglais, on utilise des outils de traduction aussi. Il y a aussi des opportunités d’apprendre le langage aussi d’aujourd’hui, qui est beaucoup plus facile. Des applications, Google traduction, c’est beaucoup plus simple aujourd’hui.
Capt Orton : Ouais, c’est ça. En terme de votre équipe, comment est-ce que votre équipe a été assemblée dans le sens que, est-ce que vous avez eu un certain contrôle? Est-ce que vous avez eu le temps de faire de l’entraînement ensemble? Tout ça? Comment ça s’est passé?
Adj Fleury-Gobeil : L’élément de soutien national, c’est un élément de deuxième et troisième ligne, comme je dis au départ, ce qui fait en sorte que on a besoin de plusieurs métiers qui viennent d’un peu partout. Si on prendrait des gens seulement d’une base ou d’une garnison au Canada, on aurait peut-être pas assez de candidats nécessaires pour remplir toutes les positions. Donc, il faut chercher un petit peu partout. Fait que, dépendamment du métier, dépendamment de la grosseur, de la quantité de personnes dans ces métiers-là, faut aller chercher des ingénieurs, faut aller chercher des plombiers, faut aller chercher des techniciens en approvisionnement, techniciens en ammunitions, des commis postales. Il y en a seulement des quantités limitées sur chaque base. Donc on a un bloc de tâches à remplir, de position à remplir. Puis c’est le la main à la pâte de toutes les unités, je dirais au Canada, de remplir ce bilan de position, puis d’être capable de combler ces positions-là.
Capt Orton : Ouais. Et une fois sur site, à ce point-là, ces personnes-là sont toutes ensemble, mais peut-être ils se sont jamais vus ou ils ont passé juste un petit montant de temps ensemble. Comment est-ce que vous assurez que, tu sais, ça s’intègre bien disons?
Adj Fleury-Gobeil : Ben oui. Pour parler un petit peu encore du pré-déploiement. Durant le pré-déploiement, il y a une petite période où ce que l’équipe est assemblée. Là il y a des choses évidemment qui doivent être faites en groupe, qui doit être faites encadré et dans un certain délai pour s’assurer que tout le monde est qualifié, tout le monde est prêt pour déployer. Donc pour l’élément de support national par exemple, pour notre équipe environ, je dirais de 2 à 3 semaines avant les congés pré-déploiement, tout le monde qui remplissait des positions pour être déployé ici se sont réuni à Edmonton. Fait que ça a été une opportunité pour eux de prendre à savoir avec qui qui allait travailler en déploiement, puis 2) de commencer à construire cette relation-là de travail, mais aussi de connaître les gens, apprendre les noms, être capable de mettre des visages sur les noms si on veut. Parce qu’avant ça, c’est juste des listes, c’est juste des noms. Sur une liste, c’est un petit peu difficile de savoir si 1) les personnes vont faire… vont faire la job si on veut, sont prêts aussi. Donc, si on a cette période-là un petit peu avant les congés pré déploiement pour s’assurer que nos gens sont prêts, qui sont les bons candidats qui sont qualifiés, qui sont préparés pour ce déploiement-là.
Capt Orton : Et là, ils arrivent sur les lieux, puis le travail commence.
Adj Fleury-Gobeil : Exactement, exactement. Puis durant les rotations, les remplacements en place, c’est des périodes qui sont assez chaotiques, je vous dirais au début, parce que vous pouvez vous imaginer, il y a des gens qui sont venus en Lettonie dans le passé, mais les positions qu’ils vont occuper, qui occupent à nouveau en Lettonie sont pas les mêmes que de la dernière fois. Sont bien souvent, sont des rangs plus élevés que la dernière fois, sont dans des positions nouvelles. Il y a de l’apprentissage à faire, il y a de l’information à passer avec la rotation précédente, il y a de l’entraînement un petit peu à faire, à savoir okay, c’est quoi ma nouvelle position, quelles sont mes fonctions, c’est quoi mon rôle? Ça peut créer un petit peu de stress au début, puis c’est des choses qui arrivent, c’est normal. Mais au cours des premières semaines, ça se dissipe tranquillement, pas vite aussitôt qu’on prend notre pied puis qu’on commence à connaître un petit peu plus notre travail, puis à savoir plus notre rôle qu’on a à jouer ici.
Capt Orton : Donc là on est arrivé, le travail commence. Qu’est-ce que ça a l’air de votre jour en jour-là? Comme une semaine, qu’est-ce que ça de l’air? Qu’est-ce qui se passe pendant votre semaine?
Adj Fleury-Gobeil : La semaine normale, on travaille 6 jours par semaine, mais ça peut être du 24 sur 7 aussi, on sait jamais quand il peut avoir une petite urgence.
Capt Orton : C’est ça.
Adj Fleury-Gobeil : Mais en général, on maintient un rythme de bataille qu’on appelle. C’est comme l’horaire de l’unité.
Capt Orton : Ouais.
Adj Fleury-Gobeil : Qui est sur 6 jours semaine. Donc durant la semaine, du lundi au vendredi, on a de l’entraînement d’unité, on a de l’entraînement physique le matin. Après ça, on commence notre journée. On va à notre ordinateur, on consulte nos courriels un petit peu, on voit les tâches qui sont à venir dans la journée, on fait nos tâches comme on fait nos parcours de ravitaillement pour le carburant, on reçoit nos commandes, on fait de la livraison de commandes aussi à des clients, communiquent avec les autres unités. Puis on fait notre travail comme à la maison un petit peu, mais dans un contexte de déploiement. Ensuite, une fois que la semaine est finie, le samedi, normalement, on a des choses un petit peu plus d’unité, de rassemblement d’unité. Donc on a des parades, on a des remises de récompenses ou des mots du commandant. Ensuite de ça, on a un entraînement physique, d’unité, puis on fait les écuries. Les écuries, en gros, c’est des tâches qu’on a pas le temps de faire durant la semaine, parce que bien la… Le commerce est ouvert durant la semaine hein? Donc toutes nos clients sont à la porte tout le temps. Donc on n’a pas le temps de faire des petites choses, faire le ménage, faire du classement dans notre entrepôt par exemple, ou nettoyer les armes parce qu’ils ont été utilisés dans, au champ de tir la semaine d’avant, donc la fin de semaine, c’est une comme une journée de rattrapage le samedi qu’on utilise. Puis ensuite, normalement dans l’après-midi, on a la journée pour soit explorer la ville ou faire des activités. Puis c’est un petit peu plus relax dans l’après-midi.
Capt Orton : Ça semble très structuré, disons.
Adj Fleury-Gobeil : Oui, ça prend quand même une structure, hein.
Capt Orton : Ouais, surtout quand que ça roule. Parce que tu sais des fois-là, tu sais, on y pense pas trop trop là, mais c’est pas juste une base. Mais en fait c’est une ville qui travaille 24 h sur 24, fait que ça roule tout le temps puis il y a tout le temps quelqu’un qui fait de quoi là, c’est pas nécessairement une place où ce que 50 % du monde font rien à un temps donné.
Adj Fleury-Gobeil : Exactement. Donc en Lettonie, sur la base d’Adazi par exemple, tu sais, il y a le Canada qui est là, comme la nation cadre. On est comme la colonne vertébrale de la mission si on veut. On est le pays qui est comme en charge de planifier puis de supporter la mission. Mais il y a aussi toutes ces autres éléments de d’autres pays qui sont avec nous sous la mission de l’OTAN, comme les Espagnols, les Italiens, les Polonais, dont eux, ils ont toutes leurs planifications, ils ont toutes leurs plans, leur entraînement qui veulent mener à bon port aussi. Donc même si les Canadiens ont certains plans, ont certains exercices à faire, alors on peut s’attendre que, bien les Polonais vont avoir un autre entraînement, vont avoir un champ de tir à faire aussi. On a besoin de donner du support à ces exercices-là, leur donner de la munition, leur donner ce qui ont besoin pour conduire leur entraînement, pour conduire la mission à bon port si on veut.
Capt Orton : Donc, où est-ce que vous êtes placé en termes de soutien pour les sous-unités, puis tout ça, comment est-ce que vous faites pour assurer que… c’est sûr que vous avez du matériel qui rentre de partout, qui vient du Canada, peut-être qui vient de la Lettonie, comment est-ce que vous gérez ces matériels-là puis assurer que ça s’en va où est-ce que c’est supposé d’aller?
Adj Fleury-Gobeil : Donc nos techniciens sont en charge de oui, recevoir le matériel, l’entreposer, le vérifier, faire les inventaires. Ce matériel-là peut venir de plusieurs directions. Donc comme je vous ai dit tantôt, on est un élément de support de deuxième et de troisième ligne. Quand on parle de la troisième ligne, cet élément-là de support c’est du support qui vient de l’extérieur. Donc à notre niveau ou à l’élément de support national, c’est du matériel qui vient du Canada. C’est du matériel qui vient des dépôts canadiens ou de l’industrie. Il y a des choses qu’on achète parfois qui sont envoyées directement en Lettonie, comme des véhicules, comme de l’équipement spécialisé en électronique, toutes sortes de choses qu’on a besoin pour conduire de l’entraînement ou bien pour conduire la mission ici. C’est des choses aussi qui arrivent de plusieurs autres missions, donc le Koweït, de l’Allemagne, des centres de réparation de troisième ligne dans d’autres pays en Europe. Donc c’est vraiment… Il y a beaucoup de mouvements là, mais on est, comme on dirait, le point central de l’Europe si on veut, pour tout ce matériel-là, puis c’est tout reçu au niveau d’NSI.
Capt Orton : Et est-ce que vous faites beaucoup d’interactions au niveau des Lettons aussi? Et comme en Lettonie, est-ce que vous faites des achats? Est-ce qu’ils vous soutiennent pour qu’est-ce que vous avez à faire?
Adj Fleury-Gobeil : Oui. Au niveau de la compagnie des services techniques, on a une section d’achats locaux, on a aussi une section de contrats. Donc il y a beaucoup de choses qui sont plus pratiques d’acheter directement ici ou de se procurer directement ici, soit des services ou du matériel. Donc si on a besoin des crayons, du papier, c’est plus pratique de l’acheter directement ici que de le faire venir du Canada, c’est évident.
Capt Orton : Ouais.
Adj Fleury-Gobeil : Puis aussi pour les services, donc la nourriture, l’entretien de véhicules de location ou des choses comme ça, c’est beaucoup plus facile de le procurer directement à partir d’ici. Donc dans cette action des achats, notre section des contrats est très occupée à faire en sorte que les besoins soient soutenus, puis les besoins soient comblés là à ce niveau-là.
Capt Orton : Est-ce que vous avez des exemples peut être de situations complexes où ce que vous avez eu le besoin d’appliquer une résolution créative pour combler cette difficulté-là?
Adj Fleury-Gobeil : Ben je vous dirais, en termes d’innovation, je vous dirais, c’est plus en termes d’expansion. Donc la mission, oui a augmenté en termes de personnel, en termes de personnel au niveau de l’élément support national a pas vraiment augmenté. Mais ce qu’on a amélioré par contre, c’est l’accès aux ressources, c’est l’accès aux nouvelles endroits d’entreposage pour s’assurer que ce matériel-là est géré adéquatement. Dans le passé, la mission était supportée principalement à partir d’Adazi. La base de d’Adazi a une circonférence limitée. Oui, ils font de l’expansion, oui, ils bâtisse des nouveaux bâtiments, des nouveaux chantiers à toutes les jours, mais il a fallu aller chercher des bâtiments à l’extérieur de la base pour pouvoir subvenir à nos besoins. Il y a des véhicules qui arrivent ici à toutes les 6 mois sur des bateaux. C’est à coup de 100, 150 véhicules à toutes les fois. Ces véhicules-là, ça a besoin de la place hein, c’est…
Capt Orton : Ouais, c’est ça.
Adj Fleury-Gobeil : Ça requiert de la place, ça requiert les techniciens pour faire les inspections, ça requiert des techniciens pour faire la maintenance. Ils ont besoin de bâtiments de maintenance. Ils ont besoin de bâtiments pour les entreposer. C’est la même chose pour le matériel en général. Les rations, par exemple, dans les bâtisses qu’on a sur Adazi, on a une quantité limitée d’espace qu’on peut utiliser. Donc on est allé louer une entrepôt près de la ville de Riga, qui nous permet d’entreposer nos choses qu’on est en surplus sur la base d’Adazi, ce qui nous donne beaucoup plus d’espace, qui nous donne extrêmement beaucoup plus de flexibilité en termes d’entreposage et en termes de manutention du matériel. Sur la base d’Adazi, on était rendu que on travaillait dans des sea containers, des contenants de mer. C’était plus adéquat. Là tu sais, on a besoin de l’espace, on a besoin de vérifier notre matériel, on a besoin de savoir ce qu’on a à charge, faire ça dans des sea containers, puis l’accès est difficile, l’environnement est pas contrôlé dans ces espaces d’entreposage-là, c’est beaucoup plus difficile. En ayant l’entrepôt de Riga, c’est beaucoup plus facile. On a l’espace qu’on a besoin, soit pour recevoir le matériel. Vous pouvez vous imaginer quand il y a un bateau au complet qui arrive avec un shipement de véhicules et de containers, c’est beaucoup plus facile de recevoir cet équipement-là sur un plancher avec une superficie énorme, comme on a en ce moment, que de les recevoir dans un petit entrepôt, dans une petite bâtisse sur la base de d’Adazi où d’avoir à les garder dans des contenants pour la mer qui nous aide pas là. C’est vraiment plus pratique d’avoir une bâtisse dédiée à ça pour avoir un plancher, pour avoir un toit, pour avoir un environnement qui est contrôlé, pour ce matériel qui est parfois sensible aux intempéries, qui peut être dégradé avec la température ou l’humidité, qui est pas contrôlée à l’extérieur ou dans des contenants.
Capt Orton : Ouais effectivement là, quand vous avez dit ça là, c’est comme j’ai un flashback de mon temps, comme quand je travaille avec le quartier-maître. Dans ma tête, y a rien de plus logistique que être stock joué dans un contenant maritime où ce que c’est toute mal organisé, puis jammé, puis tu essayes de compter des choses, ça marche même pas. Puis y a pas de lumière. C’est juste pas efficace là.
Adj Fleury-Gobeil : Exactement. Puis on a le luxe d’être un élément de support de deuxième et troisième ligne, ce qui fait en sorte que on est un petit peu plus reculé de la ligne avant. Donc c’est sur le l’élément de bataille si on veut, le groupe de combat, la brigade serait en théorie normalement durant l’entraînement, plus vers l’avant, plus vers la mission, vers le danger. Nous, en étant un élément de deuxième à troisième ligne, on n’a pas tout à fait besoin d’être aussi près que ça. Donc, ce qui nous accorde la flexibilité d’avoir des bâtiments plus robustes, moins mobiles, mais plus robustes en termes de… d’espace et de contrôle de l’environnement, là c’est vraiment utile pour nous là.
Capt Orton : Peut-on parler vite fait… est-ce que vous avez d’autres bases que vous supportez également?
Adj Fleury-Gobeil : Oui, comme je disais, la mission est en pleine expansion depuis plusieurs années maintenant, donc oui, il y a la base principale d’Adazi, qui est le centre de la majorité des gens. Il y a aussi la base de Céri qui est en développement présentement, qui va loger beaucoup de gens de la brigade éventuellement. Présentement, on a notre le la, la reconnaissance de la brigade qui est logée là-bas, qui font leur travail là-bas. Mais c’est en pleine expansion aussi. Y’a la base de Lielvarde aussi qui est en développement pour l’aviation royale, donc y a beaucoup de développement, y’a aussi beaucoup de plans d’expansion sur la base d’Adazi, mais aussi au niveau de nouvelles locations. Donc vous pouvez vous imaginer s’il y a quelque chose qui arrive ici, si on commence à être en danger, si on commence à être attaqué, ce qui pourrait être une éventualité dans le futur. Si on est toute centralisée dans une base à Adazi, on devient une cible, on devient une cible très facile à atteindre et très rapide à atteindre. Donc en se dispersant un petit peu, en ayant des locations plus variées et plus distancées, on augmente notre sécurité, on augmente notre camouflage si on veut, puis on fait en sorte que nos troupes sont plus protégées, qui sont moins accessibles et moins en danger si on veut.
Capt Orton : C’est ça parce que aussi en Lettonie, parce que si on pense au Canada, là comme même. Ottawa à Québec, là c’est, tu sais, c’est loin. Là, il y a beaucoup de places à aller. C’est loin, mais dans le contexte de la Lettonie, là, ton adversaire, il est pas loin là, il est à 200 km de chez vous.
Adj Fleury-Gobeil : Oui exactement, tu sais, en Lettonie on est, on est pratiquement à la frontière de la Lettonie et de la Russie là. Il y a quelques centaines de kilomètres qui nous séparent, puis c’est la raison aussi pourquoi est-ce qu’on est ici. L’opération réassurance, c’est une mission de déférence, de présence et de défense juste au cas où. On est ici pour faire de l’entraînement, on est ici pour être présent au niveau de la frontière entre la Russie et la Lettonie. Puis il faut qu’on soit prêt, il faut qu’on soit entraîné, faut qu’on ait l’équipement adéquat pour être prêt à toute éventualité.
Capt Orton : Quand les gens pensent à l’armée souvent, ou tu sais, quand on voit ça à la télévision, on voit ça dans les films, les personnes voient quelqu’un qui court partout, qui fait exploser des choses. C’est pas nécessairement dans leur tête que les tâches de logistique c’est quelque chose qui est vraiment important. Qu’est-ce qui vous a attiré à travailler là-dedans?
Adj Fleury-Gobeil : J’ai joint en tant que technicien d’approvisionnement parce que je sentais que c’était un métier au niveau logistique qui allait me permettre de me sentir utile tout le temps, soit en garnison, soit en mission, soit en exercice. On a toujours besoin de la logistique. On est un élément essentiel pour les opérations de combat, les opérations de batailles. Les fantassins peuvent pas faire leur job correctement puis accomplir leur mission sans avoir un élément de logistique derrière eux qui s’occupe de ces choses-là. Les unités en tant que telles de première ligne ont une quantité d’approvisionnement limitée de quelques jours tout au plus, mais à un certain moment donné, ils ont besoin de ravitaillement, ils ont besoin de carburant, ils ont besoin d’ammunition. La logistique c’est tout le temps-là pour planifier, pour prévoir ces besoins-là, puis pour être capable d’avoir ce matériel là en inventaire, pour avoir ce matériel-là prêt à répondre à la demande, aux besoins, puis ça, ça se fait 24 sur 7, toutes les jours ici.
Capt Orton : Quand vous gardez les soldats qui travaillent là, surtout en en tant que sergent major, qu’est-ce qui vous marque de de votre expérience en déploiement?
Adj Fleury-Gobeil : Ce qui me marque ici, c’est voir les défis que mes membres sont capables de surmonter. Parfois on est, on est un petit peu comme les pompiers de la logistique, donc on éteint les feux un petit peu partout. Puis on s’assure que le support est donné à toutes nos clients. Mais ça met aux troupes, ça met les membres, parfois dans des situations qui sont à l’extérieur de leur zone de confort. C’est des choses parfois qui ont jamais expérimenté. C’est des choses qui ont jamais eu l’opportunité d’apprendre ou de de mettre en effet ou en pratique. Puis des fois de voir mes membres se développer là-dedans, puis de s’adapter, puis d’être capable d’utiliser ces opportunités-là pour se développer, de venir les prochains leaders de cette organisation-là. Je vous dirais que ça me rend très fier. C’est mon rôle de les coacher là-dedans, mais de les voir se développer là, je vous dirais que c’est beau à voir. Ça me rend très fier, puis c’est très gratifiant de voir ça. C’est un… c’est un des plus beaux éléments que je retiens de cette mission-là ici.
[Musique commence]
Capt Orton : Bon, merci beaucoup d’avoir pris le temps de nous parler de logistique, nous expliquer comment ça fonctionne, surtout en Lettonie. C’est bien apprécié.
Adj Fleury-Gobeil : Oui, ça me fait plaisir.
Capt Orton : Ça, c’était l’adjudant Pierre-Yves Fleury-Gobeil, sergent-major de la compagnie de Services techniques de l’ESN en Lettonie. Moi je suis capitaine Adam Orton pour Le balado de l’Armée canadienne. Prenez soin de vous.
[Musique termine]