Le balado de l’Armée canadienne s’adresse aux soldats de l’Armée canadienne et traite de sujets qui les concernent. Les soldats constituent notre public cible principal, mais les sujets abordés pourraient s’avérer pertinents pour toute personne qui appuie nos soldats ou qui s’intéresse aux enjeux militaires canadiens.
[Musique commence]
Capitaine Adam Orton : Salut, ici capitaine Adam Orton avec Le balado de l’Armée canadienne. Approcher et détruire l’ennemi de jour comme de nuit, peu importe les conditions météorologiques, la saison ou le terrain : ce sont les mots que tous les soldats d’infanterie ont vécu au début de leur formation. Nous voici avec le lieutenant-colonel Phil Tremblay du Royal 22e Régiment et nous allons vous expliquer la structure de l’infanterie et comment le tout fonctionne sur le champ de bataille. Bonjour, Monsieur, bienvenue au balado!
Lieutenant-colonel Phil Tremblay : Bonjour Adam. Un plaisir d’être là aujourd’hui.
[Musique termine]
Capt Orton : Parlons des fantassins. Donc, dans le fond, sur le champ de bataille, c’est quoi le rôle de l’infanterie? Comme c’est quoi ce rôle-là?
Lcol Tremblay : Fait que le rôle de l’infanterie, en gros, c’est le combat rapproché. C’est, bien sûr, de s’approcher de l’ennemi. D’autres personnes, d’autres membres des Forces ou de l’Armée, d’autres métiers vont nous aider à se rapprocher, mais lorsque vient le temps de parler du combat rapproché, ce qu’on va dire, le combat sur l’objectif, ça c’est le rôle des fantassins. Donc, peu importe l’entité de fantassins, on est des experts dans le combat rapproché, le combat sur l’objectif avec toute l’équipement qu’on utilise. C’est nous qui a la responsabilité ultime de s’assurer que l’objectif est dégagé de l’ennemi, de le détruire.
Capt Orton : Et on voit vraiment ça aussi figurer dans l’insigne de l’infanterie, parce qu’avant qu’on reçoit, disons, notre insigne de notre unité, que ça soit PPCLI ou 22, l’insigne, ça dit Ducimus, que c’est nous menons. Fait que dans le fond, c’est ça qu’on fait.
Lcol Tremblay : Exactement. Bien que pour donner à chacun ce qui revient à chacun, ça peut arriver souvent que c’est les blindés qui nous amènent sur l’objectif, ou du moins mettre les conditions en place pour que l’infanterie puisse se rendre sur l’objectif. De leur côté, ça peut impliquer de détruire certains véhicules blindés de l’ennemi, certaines fortifications de l’ennemi, on va dire peut-être de ramollir la position de l’ennemi. Également on fait appel à l’artillerie qui nous donne du soutien de feu indirect afin que nous on puisse se rapprocher de l’ennemi idéalement sans que l’ennemi nous tire dessus pendant qu’on se rapproche le plus près possible afin d’ensuite mener le combat rapproché, fait que c’est un travail d’équipe. L’infanterie rarement vont opérer seul, donc parfois lorsqu’on doit faire une partie du boulot nous-mêmes de se rapprocher de l’objectif, on va faire l’usage de certains de nos équipements et nos capacités qu’on va dire intégrales aux unités d’infanterie. Là, on peut parler de véhicules de combat, on peut parler de mitrailleuses lourdes, on peut parler de mortiers, par exemple, pour tirer au-delà des forces amies qui avancent et ensuite mettre des effets. Soit des effets de, on va dire, pour fixer l’ennemi, empêcher à l’ennemi d’avoir sa liberté de manœuvre. Et ça, une fois qu’on s’est rapproché, à ce moment-là, c’est l’infanterie à pied qui va soit débarquer des véhicules ou bien qui va s’être rapprochée à pied pour ensuite mener le combat jusque dans les tranchées de l’ennemi. Donc ça, c’est le pain et le beurre de l’infanterie.
Capt Orton : Ça crée vraiment une image de l’expérience, comme en y arrivant. Mais c’est sûr aussi que ça c’est un système assez complexe quand qu’on commence avec comme décortiquer un petit peu. Juste pour peut-être emmener nos auditeurs avec nous sur qu’est-ce que ça a de l’air, comme, c’est un système vraiment hiérarchisé, c’est comme des petits blocs de Lego qui se branchent ensemble pour former des plus gros systèmes qui nous permettent de fonctionner. Est-ce que vous pouvez peut-être nous expliquer du plus petit au plus gros qu’est-ce que ça a de l’air ces blocs-là puis comment qu’ils fonctionnent ensemble?
Lcol Tremblay : Oui, absolument. L’infanterie, je dirais, est la base de la structure pour beaucoup d’unités. Parce que l’infanterie, pour ce qui est de l’Armée, c’est plus ou moins la chose qui date d’il y a le plus longtemps.
Capt Orton : Ouais, ouais, c’est ça.
Lcol Tremblay : Ça a pris de l’infanterie à travers toute l’histoire pour régler les problèmes. Donc, à sa base, l’individu n’opère jamais seul. Donc dans l’infanterie, puis dans l’Armée, on apprend ça, on apprend le système du binôme, le « buddy system » comme on le dit souvent.
Capt Orton : Ouais, c’est ça.
Lcol Tremblay : Donc, deux personnes qui travaillent tout le temps ensemble. Ça, ça demeure à travers toutes les échelons. Il y a jamais quelqu’un qui travaille seul. Dans certains cas, ça va être des mathématiques de trois, mais c’est trois personnes-là vont agir ensemble au même titre que deux personnes agiraient ensemble. Le binôme aussi, dans le terme d’infanterie, ce qu’on essaie d’avoir, c’est tout le temps, par exemple, quelqu’un qui tire et quelqu’un qui bouge ou qui est capable de bouger. Donc, un soldat va toujours couvrir son binôme pour être capable d’avancer, par exemple, vers l’ennemi, ou pour être capable simplement de se déplacer sur le terrain de bataille. Fait que ça c’est applicable aussi à toutes les niveaux. On a tout le temps une force qu’on va dire un pied à terre et un autre qui va bouger. Donc, notre binôme va être essentiellement deux soldats. Deux binômes ensemble on va parler d’un détachement. Donc, les détachements sont normalement composés de quatre personnes avec à sa tête un caporal-chef qui est un des plus bas des sous-officiers des membres du rang. Donc, le caporal-chef est en charge de son équipe de quatre personnes, son détachement. Et avec ce détachement-là, donc si on parle de mouvements sur le terrain, il va normalement y avoir une mitrailleuse légère au sein du détachement, puis possiblement un lance-grenades aussi, donc il y a quand même quelques capacités de tir direct au sein du détachement d’infanterie.
Capt Orton : C’est ça.
Lcol Tremblay : Et sous les ordres du caporal-chef, il y a un élément normalement, encore une fois, qui va mettre un pied à terre et l’autre qui va bouger et ensuite vice versa.
Capt Orton : C’est aussi un système qui fonctionne très bien. Si on le voit en action, c’est super efficace. Puis même j’ai eu une expérience, j’ai montré à quelqu’un, un de mes amis, on jouait au paintball, puis on utilisait ce système-là de mouvement pour approcher des personnes. Puis ça fonctionnait très bien, on les avait par surprise très fréquemment. Donc c’est facile de sous-estimer la valeur de juste avoir comme vous dites un pied à terre en tout moment.
Lcol Tremblay : Exactement. Puis en tout temps, quand je parle par exemple de se rapprocher de l’ennemi, c’est le même principe. Donc, on a un élément qui tire ou qui met des effets, que ce soit par le tir direct ou bien tir indirect, que ce soit l’artillerie, sur l’ennemi. Alors qu’un autre force va bouger beaucoup plus librement sans avoir engagé l’ennemi en même temps qu’elle bouge. C’est un principe qu’on a partout. Puis, comme je l’expliquais, c’est pas toujours uniquement l’infanterie. Mais au niveau de l’infanterie, puis au niveau du détachement, ça devient comme une « drill » (exercice). C’est une des premières choses que les soldats apprennent lors de leur cours. Et c’est aussi parmi les premières choses que les soldats pratiquent régulièrement à toutes les mois, à toutes les années, à chaque fois qu’ils font de l’entraînement à toutes les niveaux. Le mouvement des binômes et le mouvement du détachement sont des choses qui sont constants. Donc, on continue à monter dans la hiérarchie : deux détachements, c’est ce qui forme une section d’infanterie. La section d’infanterie est commandée par un sergent. Donc, le sergent commande aussi le deuxième détachement de la section d’infanterie. Fait que le premier détachement on a le caporal-chef, le deuxième détachement c’est le sergent et le sergent commande aussi la totalité de la section d’infanterie.
Capt Orton : Ouais.
Lcol Tremblay : Donc, notre section d’infanterie normalement composée de huit personnes, mais peut aller jusqu’à dix.
Capt Orton : Ça peut varier un petit peu.
Lcol Tremblay : Ça peut varier pour plein de raisons. Des fois, on a juste un petit peu plus de personnes, on met où les deux-trois excédentaires qu’on a? Bien, tu les mets dans une section.
Capt Orton : C’est ça.
Lcol Tremblay : Et à ce moment-là on a peut-être un détachement de cinq ou de six personnes avec un détachement de quatre. Fait que, l’autre situation dans laquelle on pourrait avoir une section de dix, puis ça je pense qu’on va en parler plus tard, l’infanterie mécanisée.
Capt Orton : C’est ça.
Lcol Tremblay : Donc, au sein de la section, intégralement, il y a aussi un véhicule de combat. L’équipage de ce véhicule de combat-là fait partie de la section d’infanterie et donc c’est aussi sous le commandement du commandant de section : du sergent. Peut avoir un autre caporal-chef comme le détachement qu’on avait. Donc, un sergent et deux caporal-chefs au sein de la section d’infanterie mécanisée. Ce qui permet d’avoir un véhicule qui bouge avec un certain élément de leadership, un détachement qui bouge avec son propre élément leadership et le détachement du commandant de la section qui lui aussi s’occupe de l’entièreté de la section.
Capt Orton : Ça, ça fournit une capacité de contrôle et commandement qui est assez efficace parce que là on a plusieurs éléments qui peuvent maintenant avoir un effet sur le champ de bataille contre, peut-être, un moins grand ennemi, mais…
Lcol Tremblay : Exact, mais c’est la base. Même avec des grosses forces sur le terrain, puis ça c’est des choses qu’on va voir, par exemple, dans le théâtre du combat en Ukraine. On voit qu’il y a beaucoup quand même d’actions à plus petit niveau. On voit qu’il y a quelques soldats qui avancent et qui prennent une position probablement avec le reste de leurs forces, qui sont quand même proches et qui mettent du feu ou qui couvrent le mouvement.
Capt Orton : C’est ça.
Lcol Tremblay : Et ensuite le petit détachement de quelques soldats, lui, donne l’assaut sur l’objectif. Fait que ça c’est quelque chose qu’on va voir. Et la section d’infanterie, et on peut voir ça aussi à toutes les niveaux, peut aussi se regrouper différemment.
Capt Orton : C’est ça.
Lcol Tremblay : Par exemple, pour avoir ce qu’on va dire, une base de feu dédiée. Alors au sein de chaque détachement, il y a une mitrailleuse légère, une C9. Donc, ils peuvent regrouper les C9, par exemple, sous le caporal-chef, le commandant adjoint de section, qui va ensuite agir comme base de feu, ce qui va permettre au sergent de prendre le reste des éléments de la section pour aller faire, par exemple, prendre l’ennemi par le flanc.
Capt Orton : C’est ça.
Lcol Tremblay : Encore une fois, un exemple de feu et mouvement, un exemple de réorganisation. Donc, on met les armes qui sont les mieux placées, par exemple, pour faire de la suppression, « suppresser » (neutraliser) l’ennemi, mettre du tir sur la tête pour qu’ils restent dans leurs tranchées versus ceux qui sont équipés un peu plus légèrement.
Capt Orton : C’est ça.
Lcol Tremblay : Qui peuvent manœuvrer plus facilement, qui peuvent ensuite aller près de la tranchée et finir le combat sur l’objectif.
Capt Orton : Donc on a parlé des sections. Ça, ça nous apporte à des pelotons, dans le fond.
Lcol Tremblay : Oui, en fait. Simplement pour fermer le dossier des sections, quelques autres équipements ou quelques autres armes qu’on voit dans les sections, ça va être les armes antichars. Donc, normalement, une section d’infanterie a également des armes antichars légères, on parle à ce moment-là de M72. On peut le voir dans plein de films. Par exemple, de l’ère du Vietnam, c’est un lance-roquettes à l’épaule qui se déploie quand même assez facilement. Ça pèse pas grand chose, ça permet d’atteindre des cibles normalement peu renforcées. Et il pourrait y avoir également d’autres armes antichars qui sont ajoutées à la section d’infanterie. Donc, ça c’est des choses qui peut être vues. Présentement, le système d’acquisition est encore en train de faire rentrer cet équipement-là, de savoir combien qu’ils vont en être distribués va être une question qui va être répondue à un autre moment.
Capt Orton : Donc, parlons du peloton maintenant.
Lcol Tremblay : Bien, le peloton d’infanterie. Donc là, on commence à voir un petit changement dans le paradigme des sections d’infanterie. Donc, jusqu’à maintenant, on faisait juste comme tout le temps doubler la grosseur des éléments pour atteindre la grosseur d’une section. Maintenant, avec un peloton, on rajoute autre chose. Donc à ce moment-là on commence à tomber sur un système par trois. Donc, le peloton d’infanterie, tout dépendant de l’organisation, peut être de 32 à 40 personnes : 32 infanterie légère, 40 personnes infanterie mécanisée. Normalement, un peloton d’infanterie est composé de trois sections d’infanterie.
Capt Orton : Ouais, c’est ça.
Lcol Tremblay : Évidemment, un commandant de peloton pourrait gérer quatre sections d’infanterie sans que ce soit trop problématique, mais non, la norme est trois, plus ce qu’on va dire, un poste de commandement avec un détachement des armes. Donc là, on a nos trois sections de huit à dix. On a ensuite un poste de commandement, donc on a le commandant de peloton, on a un adjoint de peloton. Le commandant de peloton étant normalement un officier du grade de lieutenant, ça peut être un capitaine également. Lui est épaulé par le commandant adjoint qui est normalement un sous-officier du grade d’adjudant. Lorsqu’on regarde l’expérience entre les deux, l’adjudant a normalement beaucoup plus d’expérience dans l’Armée que son commandant de peloton. Donc, il y a une synergie entre les deux où normalement on a un jeune militaire ou une jeune militaire avec beaucoup de flammes, prêt à aller sans aucune question en avant. Et ensuite on a un sous-officier d’expérience qui est capable de dire ça, ça risque de mieux marcher de cette manière-là ou on devrait peut-être éviter de faire telle chose.
Capt Orton : Honnêtement là, c’est peut-être une des meilleures explications, juste de même, de pourquoi qu’on a cette dynamique-là, parce que ça c’est je dirais, c’est peut-être la question qui sort le plus souvent pour les gens qui connaissent un petit peu de l’Armée. C’est pourquoi est-ce que t’as un adjudant qui soutient un jeune officier? Pourquoi est-ce que c’est pas la personne avec la plus d’expérience qui mène?
Lcol Tremblay : C’est aussi différent qu’est-ce qu’on s’attend des deux. Fait que de l’officier, c’est sa première expérience de leadership alors que si on regarde l’adjudant, lui, il va déjà avoir été commandant de détachement, caporal-chef, il va avoir été commandant de section. Il va probablement aussi avoir occupé certaines autres positions à travers, par exemple, un bataillon d’infanterie ou à travers ses mutations à d’autres endroits. Donc, il y a déjà quand même un bon bagage d’expérience malgré que la fonction du sous-officier, c’est d’être un expert technique. C’est celui qui maîtrise le combat rapproché. Donc là, quand je dis le combat rapproché, c’est le combat corps à corps, l’emploi des armes, littéralement le lancer de la grenade dans la tranchée, c’est du « s/off » (sous-officier).
Capt Orton : C’est ça.
Lcol Tremblay : Ça c’est pas la « job » (travail) de l’officier. L’officier, lui, il vise l’organisation, il vise l’entièreté de l’emploi du peloton d’infanterie et, à mesure qu’il va progresser, on va en parler, la compagnie, le bataillon, les postes d’état-major. Donc, l’officier regarde beaucoup plus vers le haut, tandis que le sous-officier va regarder beaucoup plus vers le bas, puis sur l’exécution. Donc, l’officier va être beaucoup plus entraîné pour la planification alors que le sous-officier ça va être l’exécution. Donc, notre peloton d’infanterie, on a notre commandant de peloton, on a notre adjoint de peloton. Il y a également normalement ce qu’on va dire, un signaleur. Donc ça, c’est un soldat qui sa responsabilité, c’est de traîner une radio de plus.
Capt Orton : C’est ça.
Lcol Tremblay : Ça donne simplement un autre personne qui peut se concentrer sur les communications radio alors que le commandant de peloton se concentre sur le combat en avant de lui.
Capt Orton : Moi, j’étais signaleur en Afghanistan, puis c’est tout justement ça, c’est pas juste charrier la radio, mais aussi assister, parce que quand il y a beaucoup de communications qui se passent, il y a des choses qui arrivent, faut toujours être dessus, faut tout le temps prendre des notes, des choses comme ça. Puis même dans, disons, le futur proche, si c’est pas ça, ça va être quelque chose d’autre, comme gérer des drones ou comme regarder des machines électroniques de quelque sorte, c’est sûr.
Lcol Tremblay : Exactement. Ensuite, souvent, dans un peloton d’infanterie, il peut y avoir aussi un technicien médical qui est attaché au peloton d’infanterie. Et lui, normalement, ça va être le binôme de l’adjudant. Donc, le binôme du commandant de peloton, c’est le signaleur. Bien que l’adjudant et le lieutenant, eux, sont binômes d’expérience pour, on va dire, le commandement du peloton. Ils devraient jamais comme être à la même place en même temps.
Capt Orton : Tout justement.
Lcol Tremblay : C’est pour ça, c’est pour éviter que si on en perd un, on perde les deux. Donc, on s’assure que de les distancier au maximum sur le terrain de bataille, mais ils vont continuer quand même à se parler, ils vont se faire une couple de têtes-à-têtes au courant de la journée pour dire OK on es-tu correct avec telle affaire?
Capt Orton : Ouais, c’est ça.
Lcol Tremblay : On as-tu besoin de parler de telle chose? Et, fait que, le commandant de peloton, lui, il se concentre sur qu’est ce qui se passe en avant. L’adjoint se concentre sur qu’est ce qui se passe en arrière. Il s’occupe des blessés, il s’occupe de potentiellement gérer un élément de réserve si jamais il se passe un imprévu, bien là il va avoir deux, trois, quatre personnes, peut-être un détachement qui va tirer d’une des sections qui est peut-être pas trop occupée. Il va être capable à ce moment-là de réagir à ces imprévus-là ou au moins de donner au commandant de peloton une option pour réagir. Également, lorsqu’on se déplace en véhicule, chacune des sections d’infanterie ont leur propre véhicule de combat et le poste de commandement, lui, a normalement un autre véhicule avec le détachement des armes. Donc, l’adjoint de peloton, l’adjudant, il est normalement pas dans le même véhicule que le commandant de peloton.
Capt Orton : C’est ça.
Lcol Tremblay : Ça, ça permet encore une fois une séparation. Si jamais on perd le commandant de peloton, on a encore l’adjoint de peloton qui va, lui, à ce moment-là va assumer le rôle du commandant de peloton et quelqu’un d’autre, normalement un commandant de section va, lui, prendre le rôle de l’adjoint de peloton jusqu’à temps qu’il y ait un officier qui arrive pour remplacer qui peut être peut-être quelques jours plus tard, tout dépendant du rythme de remplacement.
Capt Orton : Puis, faut dire, veut, veut pas, même si on s’attend pas à avoir des pertes, la vérité c’est toute le processus est conçu pour pouvoir s’adapter à une situation où est-ce qu’on en a. Fait que, c’est important d’en parler parce que ça fait partie du système.
Lcol Tremblay : Exactement. Puis quand on planifie, puis quand on exécute nos opérations, on essaye tout le temps de garder ce qu’on va dire une profondeur. C’est-à-dire que j’aurai jamais 100 % de mon personnel qui vont être commis à l’avant sur une tâche, que ça soit faire l’assaut sur un objectif ou bien que ce soit d’agir comme base de feu. Fait que, par exemple, je va peut-être avoir deux sections en avant qui sont en train de combattre puis je va en garder une troisième un peu plus en retrait qui est soit prête à remplacer une section qui a pris trop de pertes ou bien qui est rendue désorganisée ou bien qui est plus capable de bouger. Ou cette section-là, dite en profondeur, va me permettre de manœuvrer, soit d’aller faire un enveloppement, prendre de l’ennemi par le flanc, ou bien d’aller faire d’autres tâches imprévues qui peuvent arriver. Fait que ça, avec mes trois sections dans un peloton, ça, ça donne normalement la profondeur nécessaire pour ça. Fait qu’il y a un élément qu’on n’a pas vraiment parlé au sein du peloton, c’est le détachement des armes.
Capt Orton : Ça c’est tes effets comme vous disiez plus tôt.
Lcol Tremblay : Exact, c’est des effets plus spécialisés. Donc mes trois sections d’infanterie sont pareilles l’une de l’autre, peut-être à l’exception qu’il y en a une, qu’il y a peut-être une personne de plus, un autre peut être une personne de moins, mais somme toute, c’est normalement le même nombre d’armes, les mêmes types d’armes qui sont toutes prêtes à faire la même chose. Lorsque j’arrive avec mon détachement des armes, là on parle non plus de mitrailleuses légères, on parle normalement d’une mitrailleuse polyvalente ou une mitrailleuse moyenne pour reprendre le terme de légère.
Capt Orton : Ouais, c’est ça.
Lcol Tremblay : Je vais également avoir un arme antichars. À l’époque on avait un mortier qui était là. Ce mortier-là a été remplacé par un lance-grenades automatique. Toutefois, le lance-grenades automatique est moins transportable que le mortier.
Capt Orton : Ouais, c’est ça. C’est très pesant, ça prend presque trois personnes pour le charrier.
Lcol Tremblay : Bien, exactement. Fait que là, on a comme un choix à faire. Tout dépendant de l’opération qu’on s’en va faire. Est-ce qu’on traîne la mitrailleuse et l’arme antichars ou bien est-ce qu’on traîne la mitrailleuse avec le lance-grenades automatique?
Capt Orton : Ouais, c’est ça.
Lcol Tremblay : Ou bien, est-ce qu’on traîne l’arme antichars avec le lance-grenades automatique? Fait que, c’est sûr que lorsqu’on est dans l’infanterie mécanisée c’est facile parce qu’on peut les laisser dans le véhicule.
Capt Orton : C’est ça.
Lcol Tremblay : Je peux faire le choix à la dernière minute puis dire sortez la mitrailleuse puis l’arme antichars, ils laissent le lance-grenades automatique dans le véhicule. Mais lorsqu’on est en infanterie légère, c’est à dire pas de véhicules, bien là à ce moment-là c’est un choix que le commandant doit faire préalablement. Qu’est-ce qui veut amener avec lui pour faire la mission? Puis là, ça doit faire partie de l’étude de quelle mission on s’en va faire.
Capt Orton : Des choix ont des conséquences un peu plus complexes à réagir envers.
Lcol Tremblay : Oui, exactement. Puis ça rend pas nécessairement la tâche plus complexe, c’est juste que le temps pour réagir est plus long. Mais normalement aussi, lorsqu’on fait de l’infanterie légère, dû simplement au fait qu’on peut pas se déplacer aussi rapidement, qu’on est quand même vulnérable et que la majorité des déplacements s’ils sont faites à pied, ils sont pas toujours faites à pied, il peut avoir des véhicules légers là-dedans, il y a peut-être moins de place pour transporter de l’équipement. Il y a peut-être plus de considérations à prendre au préalable sur qu’est-ce qu’on amène. Donc, c’est rarement quelque chose qu’on va se virer sur un dix cents, alors qu’en infanterie mécanisée on peut se permettre un peu plus de flexibilité, comme je dirais. Ou plutôt l’infanterie mécanisée nous permet plus de flexibilité, les véhicules sont intégral, les véhicules sont blindés.
Capt Orton : C’est ça, ouais.
Lcol Tremblay : Les véhicules peuvent transporter plus de munitions. Donc, il y a un certain effet de grâce un peu avec l’infanterie mécanisée si on n’a pas prévu au départ, on est capable quand même de l’amener puis de réagir plus proche un peu de l’objectif.
Capt Orton : Il y a aussi l’autre côté de ça. Par exemple, c’est que ça vient avec beaucoup plus de besoin de soutien, faut s’inquiéter du carburant, la capacité de la machine de fonctionner dans certains environnements, etc. Fait que c’est comme c’est tout le temps un échange un petit peu là.
Lcol Tremblay : Exactement. Puis tu sais, l’infanterie légère a ses tâches qu’elle se porte plus facilement. Fait que lorsqu’on veut différencier les deux, l’infanterie ou les forces légères sont normalement, à la base, à pied, et vont peut-être avoir le soutien de certaines plateformes pour se déplacer. On peut parler par exemple de déplacement en hélicoptère. On peut parler d’être parachuté, on peut parler d’être inséré en bateau d’assaut. Donc, une panoplie de méthodes d’insertion ou d’outils pour bouger. Chose que l’infanterie mécanisée peut comme pas faire parce qu’il faut qu’ils traînent ces véhicules-là. Et on pourrait stationner les véhicules, mais là, si on stationne les véhicules, on fait pas le meilleur usage des véhicules blindés.
Capt Orton : Bien là, on est devenu infanterie léger, puis c’est juste, ouais.
Lcol Tremblay : C’est ça. L’infanterie mécanisée est capable de faire des tâches d’infanterie légère, mais à chaque fois qu’il laisse aller leurs véhicules, le combat d’infanterie, à ce moment-là on exploite pas leur raison d’être qui est surtout d’aider à se rapprocher de l’ennemi. Donc quand on parle, se rapprocher de l’ennemi et le détruire, l’infanterie mécanisée excelle à utiliser ses plateformes, ses véhicules de combat pour faire le rapprochement entre, par exemple, une position d’attaque, c’est une position où on va se rassembler juste avant de faire l’assaut sur un objectif. Donc, utiliser les armes à tir direct et le blindage des véhicules pour se rapprocher le plus possible de l’objectif ensuite à débarquer de leur véhicule. Et là ce qu’on dit, l’infanterie embarquée dans les véhicules de combat. Donc les véhicules de combat, le VBL 6.0 qui est notre cheval de travail de l’infanterie.
Capt Orton : Ouais.
Lcol Tremblay : Un équipage de trois, capable de débarquer sept individus. Donc, c’est les sept fantassins qui débarquent qui eux ensuite vont aller faire le combat dans la tranchée avec le support immédiat des véhicules d’infanterie qui viennent avec, les VBL. Donc ça c’est quelque chose…
Capt Orton : C’est beaucoup de puissance feu ça aussi, là c’est très bien armé.
Lcol Tremblay : Exactement. Là on parle d’un canon de 25 millimètres automatique à chaîne, un « chain gun », plus une mitrailleuse coaxiale polyvalente, plus une mitrailleuse pivot qui est montée sur le dessus du véhicule que le chef d’équipage peut utiliser, plus des grenades fumigènes ou des grenades qui sont opérées à même la tourelle du véhicule. Tout ça, avec les systèmes de visée, le blindage, les systèmes de communication qui renforcent en plus qu’est-ce que les éléments au sol peuvent vouloir communiquer vers l’arrière, ils peuvent retransmettre tout ça. Écoutez, si on a les véhicules de combat avec nous sur l’objectif, c’est comme si on était trois fois plus.
Capt Orton : C’est ça, exactement.
Lcol Tremblay : Fait que là, on a parlé de la différence à l’infanterie légère, puis l’infanterie mécanisée, mais tu sais, somme toute, l’infanterie demeure la même entité qui ont la même tâche, qui est le combat rapproché sur l’objectif. Fait que ça c’est, je dirais, la raison d’être, mais on fait énormément autres choses autour.
Capt Orton : Ouais, c’est ça. Puis maintenant, on a la compagnie.
Lcol Tremblay : Oui, la compagnie d’infanterie, on peut parler d’environ 120 personnes à 170 personnes, tout dépendant, encore une fois, mécanisée ou infanterie légère. Fait que nos pelotons d’infanterie quand je parlais ensuite la règle de trois : trois sections d’infanterie, faire un peloton avec un poste de commandement, c’est la même chose pour la compagnie. Donc, on a nos trois pelotons d’infanterie plus un poste de commandement. Et là, au lieu d’avoir juste un détachement des armes, à ce moment-là on va parler d’une section des armes. Donc j’ai un peu plus de personnel pour traîner mes armes. Puis aussi un autre chose qui avait pas au niveau de peloton, là, à ce moment-là c’est un élément de soutien intégral. Donc, ma compagnie d’infanterie va avoir un quartier-maître, va avoir normalement une section de transport. Ils vont être capables de trainer les, pas juste les bagages, mais aussi une partie des besoins logistiques de la compagnie. Fait que là on parle d’eau, on parle de rations, on parle de munitions, on parle d’essence, on va parler aussi de certains autres équipements nécessaires qui sont peut-être pas nécessaires à toutes les jours, mais par exemple, la poudre à pied puis des choses comme ça.
Capt Orton : C’est ça.
Lcol Tremblay : Fait que ça c’est des choses qu’on s’attend qui viennent avec une compagnie. Puis si je compare la grosseur du train logistique d’une compagnie d’infanterie mécanisée versus une compagnie d’infanterie légère, c’est beaucoup plus petit pour la compagnie d’infanterie légère.
Capt Orton : C’est sûr. En termes de leadership de compagnie, comment est-ce que ça marche?
Lcol Tremblay : Quand j’avais mon commandant de peloton qui était un jeune lieutenant mis de pair avec un adjudant, bien là, quand j’arrive au niveau de compagnie, là on a un major.
Capt Orton : C’est ça.
Lcol Tremblay : Le major, normalement, rendu-là, a pas loin de huit à dix ans d’expérience au sein des bataillons. Donc là on commence à parler de quelqu’un qui a un petit peu plus en arrière de son expérience donc…
Capt Orton : Ouais, ouais, c’est ça.
Lcol Tremblay : Le ou la commandant de compagnie au grade de major va être épaulé par un sergent-major d’infanterie, normalement au grade d’adjudant-maître. Donc, à ce moment-là, c’est le grade juste au-dessus de celui d’adjudant. Fait qu’on parle de quelqu’un qui a déjà occupé les positions de commandant de détachement, de commandant de section, d’adjoint de peloton. Là quand il arrive comme sergent-major de compagnie d’infanterie, c’est potentiellement quelqu’un qui a 20 ans d’expérience dans l’infanterie.
Capt Orton : Ouais.
Lcol Tremblay : Donc on parle de quelqu’un qui est capable de donner des avis techniques, de donner un avis basé sur son expérience quand même assez étoffée. Mais d’un autre côté, notre major est beaucoup plus expérimenté que son jeune lieutenant.
Capt Orton : Puis on regarde aussi, c’est dans le contexte, disons, d’un adjudant-maître, cette personne-là ont peut-être fait des tâches avec plusieurs spécialités. Ils ont peut-être travaillé un petit peu dans des choses antichars, ils ont peut-être fait de la reconnaissance fait que là ils ont une meilleure connaissance des capacités spéciales. C’est quelqu’un qui est comme très bien expérimenté.
Lcol Tremblay : Exactement. Le sergent-major de la compagnie d’infanterie est aussi en charge de gérer le personnel de la compagnie. Fait qu’une des choses qui fait, évidemment, de concert avec les adjoints de peloton, les autres sous-officiers de la compagnie, c’est de s’assurer que les bonnes personnes sont à la bonne place et qu’il y a quand même une bonne progression de carrière. Fait que ça, c’est ce qu’on a la compagnie d’infanterie. Donc pour continuer dans la règle de trois : trois compagnies d’infanterie normalement composent un bataillon d’infanterie. Un bataillon d’infanterie légère pourrait avoir approximativement 500-550 personnes, alors qu’un bataillon d’infanterie mécanisée dans son établissement de guerre pourrait avoir près de 800 personnes. Alors que la compagnie était commandée par un major, là on a une unité qui est commandée par un lieutenant-colonel. Son sous-officier qui se retrouve avec lui, à ce moment-là, c’est un adjudant-chef qui va être, je veux pas dire à la fin de sa carrière, mais on parle de quelqu’un de plus de 20 ans d’expérience, souvent 25 ans d’expérience, c’est pas mal la norme pour les adjudants-chefs d’unité. Et ça c’est notre équipe de commandement, notre équipe de leadership qu’on a au sein de l’unité. Le bataillon d’infanterie a d’autres compagnies. Toutefois, il y a également une compagnie d’appui au combat ou d’appui tactique. Lorsqu’on parlait au niveau de compagnie d’une section des armes, bien là, pour le bataillon d’infanterie, j’ai une compagnie complète avec des pelotons, je va dire, spécialisés de l’infanterie qui vont amener des capacités supplémentaires. La cinquième compagnie normalement dans un bataillon d’infanterie serait la compagnie des services ou la compagnie de soutien. Donc cette compagnie-là va avoir la tâche de faire le ravitaillement logistique du bataillon et également de fournir les services d’administration. Il y a ensuite, pour la compagnie des services, on a un peloton de transport qu’eux leur travail va être de faire le mouvement avant et arrière des équipements, de l’essence, toutes ces choses-là. On va avoir ensuite un peloton logistique qu’eux, ça va être vraiment une « job » (travail) d’approvisionnement. Ça va être aussi de faire les comptes. Qu’est-ce qui rentre, qu’est-ce qui sort de l’unité? Les demandes qu’on fait, c’est quoi exactement qu’on a besoin? Parce que quelqu’un peut demander « ah, j’ai besoin de nouvelles bottes ». OK, quelles bottes?
Capt Orton : Ouais, c’est ça.
Lcol Tremblay : T’as-tu besoin des bottes de Gore Tex? T’as tu besoin des bottes CBRN pour la lutte contre les agents chimiques, biologiques, radiologiques, nucléaires?
Capt Orton : C’est ça. Puis on va aller les chercher, on va s’arranger pour faire l’affaire.
Lcol Tremblay : Exactement. Après ça, t’as normalement, un peloton de maintenance, ça c’est nos mécaniciens qui sont spécialisés sur s’assurer que les véhicules reviennent au combat. Fait que tu sais, ça c’est la structure, grosso modo, de la compagnie de soutien des services. Il y a d’autres choses là-dedans, mais ça, c’est nos gros mouvements. Ensuite, l’autre compagnie, la compagnie d’appui tactique, donc celle-là va rassembler, normalement, le poste de commandement d’unité, ça c’est une chose. Donc on a les signaleurs qui sont là, donc les gens des transmissions. Ils s’assurent que l’information passe de manière radio et digitale pour rentrer et sortir de l’unité. Et ensuite on a une panoplie de pelotons de fantassins spécialisés. Le premier, peloton de reconnaissance donc…
Capt Orton : Ouais, ouais.
Lcol Tremblay : Eux, leur « job » (travail), en gros, c’est de trouver l’ennemi et de trouver comment est-ce que, par exemple, l’ennemi est positionné, puis de trouver la meilleure méthode de l’approcher pour le détruire. Donc, leur « job » (travail) n’est pas de le détruire, mais eux autres ils trouvent l’ennemi, puis ils disent OK, ça passe mieux à gauche qu’à droite, fait que moi je vous recommande là, puis peut-être même d’aller mettre des guides pour permettre que la force qui arrive puisse y arriver plus rapidement, plus facilement à sa position pour ensuite faire sa « job » (travail). Avec eux, normalement, il y a un groupe des tireurs d’élite. Donc tireurs d’élite, c’est ceux qui utilisent des fusils de précision pour tirer à longue portée. Ces spécialistes-là peuvent servir à perturber l’ennemi, à faire de la sécurité sur un flanc. Ils vont aussi, comme les éléments de reconnaissance, rapporter qu’est-ce qu’ils voient. Donc, c’est ensemble, le groupe des tireurs d’élite et le peloton de reconnaissance sont une grosse ressource, je va dire, pour ramener du renseignement au sein du bataillon d’infanterie.
Capt Orton : Ouais, c’est ça. C’est pas juste là pour tirer, mais ça sert à plusieurs choses.
Lcol Tremblay : Exactement. Avant tout, 90 % de ce qu’ils font, c’est de l’observation. Avant de tirer, ils rapportent qu’est-ce qu’ils voient ou, souvent, ils vont être à un endroit, puis même s’ils doivent engager une cible, ils vont être capables de rapporter sur toutes les autres affaires autour avant d’engager la cible. Fait que ça, ça rapporte de l’information au poste de commandement, ça donne une idée de qu’est-ce que l’ennemi est en train de faire. Où qu’on parle peut-être dans la mission en Afghanistan, beaucoup de qu’est-ce qu’ils faisaient c’était de l’observation de ce qu’on appelle le « pattern of life » ou les habitudes de vie de la population. Eux, ils se perchaient, entre autres, sur des montagnes élevées et ils observaient une grande surface, une grande zone. Puis à ce moment-là, ils étaient capables de dire OK, telle personne à toutes les jours il va faire telle chose. Ou bien, hé, on a quelqu’un qui va souvent regarder le petit ponceau à tel endroit, on pense que peut-être il y a l’intention de mettre une bombe ou quelque chose comme ça dessus.
Capt Orton : Ça permet de développer un peu plus qu’est-ce qui se passe dans le domaine puis pouvoir évaluer si des personnes qui sont importantes ou des situations, des lieux, etc.
Lcol Tremblay : Exactement, ouais. C’est des experts en camouflage. Une fois qu’ils ont réussi à aller trouver leurs endroits, ils peuvent monter un poste d’observation dissimulé. J’ai eu la chance de voir certains de leurs postes d’observation qui ont monté autant dans les multiples exercices que j’ai faite. Souvent, tu le sais pas jusqu’à temps que tu mettes les deux pieds dedans.
Capt Orton : Ouais, ouais, c’est très discret, disons.
Lcol Tremblay : C’est exactement. Tu sais, ils sont vraiment des as là-dedans. Fait que ça, c’est notre groupe des tireurs d’élite avec le peloton de reconnaissance. On a aussi normalement un peloton de tir direct ou d’appui-feu qu’on va dire. Ça a longtemps été un peloton antichar. On avait également des mortiers avant au niveau de bataillon, les mortiers de 81 millimètres. Plus gros que les mortiers qui avaient au niveau des pelotons d’infanterie.
Capt Orton : Ouais.
Lcol Tremblay : Et ça, ça donnait la capacité de tir indirect au sein du bataillon d’infanterie. Donc ça, c’est partie pendant un moment autour de l’Afghanistan, on n’avait plus vraiment de peloton de mortiers.
Capt Orton : Ouais, ouais, c’est ça.
Lcol Tremblay : Sauf que, tranquillement pas vite, c’est en train de revenir, surtout pour les bataillons d’infanterie légère. Donc eux, ils ont le peloton d’appui-feu et ils ont également un peloton de mortiers au sein de leur organisation. Fait que ça, ça leur permet d’avoir une capacité de tir direct qui va inclure des armes antichars, qui va inclure le lance-grenades automatique, puis qui peut inclure aussi des mitrailleuses lourdes, donc la .50, entre autres. Fait que c’est ça, ça donne quand même une panoplie d’armes de tir direct, puis après ça également le tir indirect avec les mortiers.
Capt Orton : Ça aussi augmente un petit peu la portée de l’unité à ce point-là.
Lcol Tremblay : Oui, exactement. Toutes ces armes-là sont normalement des armes à portée au-delà de qu’est-ce que la compagnie d’infanterie traditionnelle aurait. Le seul bémol, c’est lorsque l’infanterie est mécanisée, la majorité des plateformes d’armes sur les véhicules de combat tirent plus loin, par exemple, que la .50.
Capt Orton : Ouais, c’est ça.
Lcol Tremblay : Donc, pourquoi est-ce que j’en ai besoin? C’est dans un peloton d’infanterie mécanisée, normalement, ton peloton d’appui-feu va surtout concentrer sur l’antichar.
Capt Orton : Ouais.
Lcol Tremblay : Donc, comment détruire les véhicules blindés de l’ennemi et surtout les chars d’assaut de l’ennemi que, par exemple, le 25 millimètres du VBL 6.0 va avoir beaucoup de difficulté à détruire. Quoique si vous regardez certains vidéos en Ukraine, on peut savoir que le Bushmaster 25 millimètres il est capable de…
Capt Orton : Ouais, ouais. Ça fait la « job » (travail).
Lcol Tremblay : Ça fait la « job » (travail) pour certains chars. Fait que ça, c’est nos pelotons de l’appui tactique au sein du bataillon d’infanterie. Puis, tout dépendant des ressources de l’unité, il va peut-être avoir plus d’efforts qui est mis sur un des pelotons ou sur l’autre.
Capt Orton : C’est ça pour concentrer un petit peu sur une spécialité, un certain point.
Lcol Tremblay : Exactement. Lorsqu’on parle du bataillon d’infanterie mécanisée typique, là on parle d’un établissement de guerre doctrinal, à ce moment-là, toutes les capacités sont présentes. Et spécifiquement, il y a une grosse importance donnée à l’antichar au sein du bataillon d’infanterie. Donc, le peloton d’appui-feu est spécifiquement un peloton d’antichar, mais on a également les mortiers qui sont disponibles, la reconnaissance, les tireurs d’élite, donc toutes ces capacités-là sont là. Il y a également, j’allais oublier, les pionniers d’assaut qui sont là.
Capt Orton : Ouais, c’est ça. C’était partie pendant un bout, puis ils sont revenus.
Lcol Tremblay : Exactement. Puis tu sais, c’est pourquoi les choses sont parties, puis qu’ensuite ils sont revenus? C’est parce qu’on avait d’autres éléments qui étaient capables de faire la « job » (travail) et on n’avait pas besoin nécessairement de donner la panoplie des ressources au bataillon d’infanterie. Surtout lors de la guerre en Afghanistan, l’ennemi s’en venait pas à grands coups de chars d’assaut sur nous autres.
Capt Orton : C’est ça, c’était un environnement différent.
Lcol Tremblay : Exactement. Fait que à ce moment-là, nos chars étaient capables de faire la « job » (travail) d’antichars. L’artillerie faisait le travail des mortiers. Les ingénieurs faisaient le travail des pionniers. Fait que la seule affaire qui était pas faite nulle part ailleurs, c’était ce qu’on appelle la reconnaissance rapprochée. Puis ça, c’était et ça l’a toujours été, la spécialité de l’infanterie. Donc, c’est comme ça que les choses sont parties pendant un moment. Mais là, avec, je va dire, la recrudescence, la possibilité des opérations de combat majeures ou à grande échelle, c’est là qu’on on veut redonner le plus possible de capacités à nos bataillons d’infanterie. Et, à cette fin, on a recommencé à mettre des ressources dans les pelotons d’appui-feu, les mortiers et les pionniers d’assaut.
Capt Orton : Fait que, pour faire sommaire de toute ça, parce que c’est quand même beaucoup, qu’est-ce qu’on dit en termes de la hiérarchie? C’est, on commence avec notre équipe de tir, notre compagnon de combat, c’est deux personnes qui travaillent ensemble. On a un groupe ou le détachement qui est composé de, disons, deux équipes de tir. On a une section qui est composée de deux détachements, deux groupes :peloton. Maintenant on a trois sections, peut-être un détachement d’armes : compagnie. Là, ça commence à augmenter : le QG peut-être on dirait à ce point-ci 150 personnes plus ou moins.
Lcol Tremblay : Ouais.
Capt Orton : Maintenant, bataillon, à ce point-là on a plusieurs pelotons, puis là on est dans plusieurs centaines de personnes, peut-être cinq, six, sept, huit cents personnes si tout va bien et toutes les bonnes équipements qui vont avec ça.
Lcol Tremblay : Oui, je pense que c’est un bon résumé. Si quelqu’un veut voir un organisation hiérarchique en pyramide, je vous dirais que c’est pas mal ça.
[Musique commence]
Capt Orton : Bien, merci beaucoup d’avoir pris le temps de nous parler. C’est très bien apprécié!
Lcol Tremblay : Toujours un plaisir d’être ici. Ça me fait vraiment chaud au cœur d’être prêt, d’être là pour discuter de toutes les choses infanterie.
Capt Orton : C’est sûr.
Lcol Tremblay : Merci encore.
Capt Orton : Ça, c’était le lieutenant-colonel Phil Tremblay du Royal 22e Régiment. Et moi, je suis capitaine Adam Orton pour Le balado de l’Armée canadienne. Prenez soin de vous!
[Musique termine]