Le balado de l’Armée canadienne

Les matières chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires (CBRN) sont souvent au cœur de l’intrigue des films d’action et de catastrophes. Pour les soldats, elles représentent une menace sur le champ de bataille ou lors d’une intervention en cas de crise nationale. Le major Christian Lepage, directeur adjoint de l’équipe interarmées de défense CBRN, explique en quoi l’Armée canadienne pousse la réflexion en matière de CBRN pour les Forces armées canadiennes.

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What is Le balado de l’Armée canadienne?

Le balado de l’Armée canadienne s’adresse aux soldats de l’Armée canadienne et traite de sujets qui les concernent. Les soldats constituent notre public cible principal, mais les sujets abordés pourraient s’avérer pertinents pour toute personne qui appuie nos soldats ou qui s’intéresse aux enjeux militaires canadiens.

[Musique commence]

Capitaine Adam Orton : Salut! Ici capitaine Adam Orton pour Le balado de l’Armée canadienne. Les armes CBRN se trouvent à être le point principal dans les films d’action, soit les armes chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires. Pour nous expliquer comment l’Armée et les Forces armées canadiennes font face à ces menaces, nous avons le major Christian Lepage qui fait partie de la direction interarmées à la défense CBRN. Bienvenue au balado!

Major Christian Lepage : Bonjour.

[Musique termine]

Capt Orton : Les menaces CBRN, ça compte pas mal parmi les affaires les plus effrayantes qu’on fait face en guerre, peut être aussi dans la dimension civile, qui constitue peut-être des crimes de guerre. Comment est-ce qu’on fait face à ces choses-là, surtout aujourd’hui?

Maj Lepage : Mais en fait, ce que tu dis Adam, c’est intéressant parce qu’effectivement ça existe depuis longtemps. Dans le temps des années médiévales, les armées utilisaient déjà l’arme biologique en contaminant des puits avec des vieilles carcasses d’animaux, des choses comme ça.

Capt Orton : C’est vrai.

Maj Lepage : Fait que c’est des choses qui existent depuis très, très, très longtemps. Première Guerre mondiale, Deuxième Guerre mondiale, c’est là qu’on a vu d’autres choses arriver avec les développements technologiques, fait qu’on a eu l’arme chimique qui est apparue, on a l’arme radiologique avec les bombes sales, des choses comme ça. Puis l’arme nucléaire, mais là, on l’a vu apparaître dans les années de la Deuxième Guerre mondiale, ainsi de suite. C’est là qu’on a vu une augmentation de ce style d’utilisation d’armes-là. C’est une menace qui est sous-évaluée, peut-être en Amérique du Nord, parce qu’on est loin de plusieurs foyers où est-ce qu’il y a des choses qui arrivent. C’est une menace que les Forces canadiennes, on prend ça au sérieux. Puis notre direction, c’est nous qui s’occupons au nom du ministère, puis au nom des Forces canadiennes, de développer la capacité en fait de développer les politiques de la doctrine, d’acquérir l’équipement, de s’occuper que l’instruction individuelle qui est donnée aux marins, aux soldats, puis aux aviateurs soit adéquate pour être capable de répondre à ce genre de menace-là. Puis d’autres choses qu’on fait au niveau du bureau, mais c’est principalement ce genre de chose là.

Capt Orton : Donc, peut-être pour rentrer un petit peu plus dans la définition des choses, peut-être juste on va réviser chaque élément. Donc, on va commencer avec un élément chimique, c’est quoi ça?

Maj Lepage : Des substances chimiques, en fait il y a quatre catégories. Il y a les agents vésicants, exemple moutarde. Qu’est-ce que ça fait vésicant? C’est un agent chimique qui va irriter la peau. Ça peut créer des ampoules ou des brûlures sévères. Il y a des agents suffocants. Exemple, le phosgène, qui va attaquer les voies respiratoires. Puis, le mot le dit, suffocant, on va commencer à s’étouffer. On manque d’air, on a de la misère à faire notre chose. On a les agents hémotoxiques. Exemple, chlorure de cyanogène. Ça, ça va attaquer le sang, ça va diminuer la capacité au sang à transporter l’oxygène, c’est-à-dire, On va commencer à avoir de la misère à travailler. Puis, les derniers, les plus létaux, en fait, les agents neurotoxiques. On entend parler dans les films ou des choses comme ça. Exemple, le « VX ». Ça, ça va attaquer le système nerveux, ça va empêcher au corps de bouger selon ce qu’on est fait pour bouger normalement et ça va attaquer des fonctions. On va avoir de la misère à être coordonnées, des choses comme ça. Fait que ça c’est la partie chimique. La persistance varie de quelques heures à quelques semaines, voire mois, dépendamment du type d’agent. Fait que quand on dit non persistant, bien, c’est un petit nuage qui passe.

Capt Orton : Puis ouais c’est parti.

Maj Lepage : C’est « rough » (difficile) un peu, puis après ça on est correct. Puis, quand on parle de très persistant, plusieurs mois, mais la substance reste là, ça l’empêche aux gens d’accéder à un territoire donné. Puis, c’est là que ça devient de plus en plus difficile à travailler avec ça.

Capt Orton : Et aussi biologique.

Maj Lepage : Eh bien, les agents biologiques, il y a diverses classes, mais c’est quoi un agent biologique? Ça peut être soit des bactéries, des virus, des toxines, des parasites ou des « fungus » (champignons) utilisés dans un contexte contre des soldats ou des aviateurs, des choses comme ça, fait contre des soldats, le terme général.

Capt Orton : Un arme, effectivement.

Maj Lepage : C’est ça. Je donne un exemple de bactéries. Bon, l’anthrax, le choléra, les virus, le virus de la variole, toxine botulique. C’est un exemple.

Capt Orton : Et maintenant, les matériaux radiologiques.

Maj Lepage : Les agents radiologiques, c’est des agents qu’on trouve principalement dans l’industrie nucléaire, soit des produits dérivés, qui est utilisé pour faire de l’électricité. Je donne l’exemple.

Capt Orton : C’est ça.

Maj Lepage : Domaine médical, on a tous été à l’hôpital pour des radiographies. On a tous bu un petit liquide un moment donné dépendamment des de ce qu’on avait à faire, soit radiographie, voilà un petit liquide. L’industrie minière également utilise beaucoup de produits pour être capable de pénétrer le sol, comprendre c’est quoi la nature du sol. Fait que ces agents radiologiques-là peuvent être utilisés autour d’un système comme une bombe, exemple, une bombe sale, qu’on appelle, qui devient une bombe radiologique. Quand que ça explose, ça fait des retombées radiologiques. Puis dépendamment de la substance qui est utilisée, ça peut être néfaste pour l’homme ou la population pendant des, quelques jours, ou bien donc, quelques années. Ça dépend qu’est-ce qui est utilisé. Puis dernièrement, eh bien là on l’a vu tous vu le film Oppenheimer.

Capt Orton : Ouais, c’est ça.

Maj Lepage : L’arme nucléaire. Encore là, il y a quatre types de produits, on va appeler ça comme ça. Tu as les neutrons, les rayons gamma, les particules alpha et beta. Fait que dépendamment de qu’est-ce que c’est, ça l’a des énergies qui sont plus ou moins fortes. Puis ils ont des effets néfastes sur le corps humain, sur la population, sur les animaux. Puis c’est tous des retombées de l’effet de l’arme nucléaire.

Capt Orton : Donc, vraiment, si j’y pense, j’ai déjà entendu parler, par exemple, le produit d’un arme nucléaire, tu sais, une pulsation électromagnétique où est-ce que les gens disent « ah c’est un arme, ça peut comme, faire fermer toutes les électroniques », puis c’est comme oui. Aussi, mais tu as un arme nucléaire qui a explosé. Puis, ça c’est le plus grand risque dont j’imaginerais dans le contexte des armes nucléaires, il y a l’explosion et suite à ça, tu as les aspects radiologiques qui viennent avec.

Maj Lepage : Ouais, mais dans un contexte d’agent nucléaire, la bombe est tellement puissante, fait qu’il y a le « blast » (l’explosion). L’onde de choc va y aller et va revenir. Fait que c’est comme un double effet, juste en partant, il y a juste ça. Tu as une montée incroyable de la température, on parle de millions de degrés, avec dépendamment de la proximité du site où est-ce que la bombe a explosée, c’est une incinération automatique. On a tous vu des photos d’archives quand les Américains ont utilisé l’arme nucléaire la première fois au Japon. On a vu des photos, puis qu’est-ce que ça a fait, tu sais, c’est vraiment terrible les effets que ça l’a. On a tous vu, ou plusieurs d’entre nous, je devrais dire, ont vu des photos ou des vidéos d’archives dans les atolls, où est ce que la communauté a fait des essais en recherche et développement, on voit ce que ça fait là, c’est vraiment incroyable comme effet. Puis, effectivement ça l’affecte le spectre électromagnétique. C’est là que ça peut justement rendre inopérable des équipements électromagnétiques ou des éléments, tu sais, des ordinateurs, des choses comme ça.

Capt Orton : Donc, ça c’est tous des agents, disons, les catégories, dont on a parlé. C’est tous des éléments extrêmement différents les uns et les autres. Comment est-ce qu’on met en place une protection qui s’applique à toutes ces choses-là?

Maj Lepage : Ça, c’est la question. En fait, la personne qui va développer un équipement de protection qui répond à tout, tout, tout, c’est comme le Saint Graal.

Capt Orton : Ouais, c’est ça.

Maj Lepage : Il va vraiment faire beaucoup d’argent à ce niveau-là. Fait que l’équipement varie dépendamment du type de menace qu’on a, mais dans les Forces canadiennes, on essaie d’avoir une tenue de protection qui va couvrir, le plus possible, la menace. On a des cartouches filtrantes avec un masque à gaz qui va protéger contre la menace chimique, biologique, un peu radiologique. On a des gants, on a une botte de protection qui va par-dessus l’équipement qu’on a déjà. Fait que ça nous protège gros, quand même pas pire sur beaucoup de menaces, fait que la menace bio est couverte; chimique, dépendamment c’est quoi, on est protégé quand même très bien. Radiologique puis nucléaire, en fait, c’est rester loin du site d’exposition. Il y a des règles qu’on fait à l’interne, des TTP, tactiques, techniques et procédures, si on sait que c’est radiologique, d’avoir le minimum de temps proche d’une source pour, justement, rester en vie plus longtemps. Mais c’est vraiment ça l’idée principale, avec radiologique ou le nucléaire, de minimiser le temps d’exposition. L’équipement de protection va faire une partie du travail, mais la distance du site va nous aider.

Capt Orton : Je pense que pour les gens qui ont vécu l’expérience, si moi je pense à du CBRN, je pense à tout justement à mon masque à gaz, puis courir partout, pis là c’est toute embué, puis j’essaie de boire de ma gourde, puis ça va mal, puis c’est comme très difficile à opérer avec. Comment est-ce qu’on essaie de faire une réconciliation avec les besoins de protection et notre capacité de faire du fonctionnement dans des environnements complexes?

Maj Lepage : C’est vraiment intéressant ce que tu dis Adam, parce qu’il y a plusieurs aspects, facteurs de protection, capacité à faire une tâche précise et les avancées technologiques. Fait que, je fais juste regarder, garde, je suis un tout jeune dans les Forces canadiennes, j’ai juste 30 ans de service. J’ai connu trois versions de la cartouche filtrante qu’on avait à l’époque.

Capt Orton : Ouais, ouais, ouais.

Maj Lepage : Il y a des standards minimums qu’on doit avoir dans chaque cartouche, si je peux appeler ça comme ça. Ça doit protéger contre une certaine gamme d’éléments chimiques. Mais la capacité à respirer aisément vient de plus en plus facile. La technologie évolue, les produits évoluent, on met ça ensemble, puis on a une meilleure capacité de respiration. Puis oui, effectivement, j’ai fait la même chose que toi, on a couru dans les mêmes contextes.

Capt Orton : Ouais, c’est ça.

Maj Lepage : Je ne suis pas un petit bonhomme, fait que je sue rapidement, façon de parler. Fait que ça fait que c’était tout embrouillé. Puis là, avec les dernières versions qu’on a, c’est plus facile. La même chose, équipement de protection, c’était très épais auparavant, puis là on essaie d’avoir des tenues plus minces qui ont le même degré de protection, justement, pour donner plus de facilité aux opérateurs, fait qu’aviateur, marin ou l’Armée canadienne, les soldats, à faire le travail avec un minimum d’inconfort possible. C’est sûr que quand on ajoute une tenue de protection, il y a une certaine limitation d’emploi ou de capacité à faire de la motricité fine, mais on travaille toujours pour justement diminuer le plus ce genre d’inconvénient-là.

Capt Orton : Et c’est toujours une discussion qui prend place au niveau des unités, puis toute ça avec toutes les gens, grosses discussions philosophiques. Est-ce que les barbes ont vraiment un impact sur notre capacité de porter de l’équipement puis se protéger?

Maj Lepage : Oui. Puis, en tant qu’employeur, on se doit de fournir une solution qui va offrir le plus de protection à tout le monde, fait que dépendamment des origines, culturelles ou religieuses, où il y a différentes morphologies dans le monde qui existent, fait qu’il y a différents standards qui existent. Puis on essaie d’avoir une solution qui s’offre à plus de personnes possibles. Ceci étant dit, on est en train de travailler sur un produit ou sur une solution, en fait, qui va être capable de permettre les gens qui portent soit un turban ou qui ont une barbe importante d’être capable d’avoir un degré de protection. Il y a des barrières à ça. On est en train de travailler pour justement briser les barrières pour être capable d’avoir une bonne solution. Mais le joint d’étanchéité entre la peau du visage et le masque doit exister. Fait que si on n’a pas le joint, c’est peut-être avoir quelque chose qui va pousser de l’air à l’intérieur pour justement garder les éléments perturbateurs à l’extérieur du masque, si je peux appeler ça comme ça. Si ça, ça existe. Bon oui, l’espérance de vie peut être prolongée d’un utilisateur qui peut avoir une barbe ou pas. Mais c’est pas juste la barbe. Quelqu’un qui a la forme de tête, qui est un peu différente par rapport à un autre, et qui a de la difficulté à avoir un joint d’étanchéité parfait fait face au même « challenge », au même défi que quelqu’un qui a une barbe. Donc, on est en train de travailler justement pour avoir une solution qui va offrir à, plus de solutions en fait, plus de disponibilité du masque, à une plus grande clientèle.

Capt Orton : Peu importe le contexte, que ça soit CBRN ou autrement, dans une situation, disons, haute intensité, c’est vraiment question de donner du temps pour travailler. Pour pouvoir arriver à une solution peut-être un peu plus prolongée, disons. Donc, j’imagine que aucune solution c’est une solution à long terme. C’est vraiment de créer des capacités ou de la flexibilité pour pouvoir répondre d’une meilleure manière, plus tard, disons.

Maj Lepage : Oui, puis tu sais, la catégorie générique, les premiers répondants dans la vie civile, les Forces canadiennes, on travaille avec la menace. On est exposé, plus que certains autres types de travailleurs, à une menace qui peut nous amener à la fin de la journée à avoir des blessures ou à mourir suite aux besoins du service. Ceci étant dit, on essaie d’avoir l’équipement de protection qui va nous donner un meilleur avantage, rester en vie plus longtemps. Mais à la fin de la journée, là je vais parler pour les Forces canadiennes, on le sait que si on va faire une mission, ce n’est pas nécessairement tout le monde qui va revenir. C’est la réalité de ce pourquoi on a joint le service. On sait que c’est pas tout le monde qui peut revenir, façon de parler.

Capt Orton : Il y a un certain montant de risques associés avec toute activité.

Maj Lepage : C’est ça. Fait que nous, on essaie d’avoir l’équipement de protection qui va offrir le plus de protection possible sans trop diminuer la capacité à faire le travail. Pour faire un autre anglicisme, un beau « sweet spot » (juste équilibre), le point milieu qui va nous atteindre le meilleur bénéfice des deux côtés. Mais il y a un élément de risque. Le grand patron des Forces canadiennes ou un commandant en théâtre doit être obligé de prendre, c’est la létalité de la menace peut nous amener à perdre des gens. On doit être capable de vivre avec ça.

Capt Orton : Quand ça arrive à l’entraînement, comment est-ce que vous faites ça?

Maj Lepage : Comment est-ce qu’on fait ça? Comment est-ce qu’on s’entraîne? Mais, on essaie de reproduire les conditions de travail qui auraient, si on avait à travailler dans ce genre d’environnement contaminé, si on peut appeler ça comme ça,

Capt Orton : OK, ouais, ouais.

Maj Lepage : Puis on se base sur quoi pour faire ça? Mais on regarde ce qui se fait dans le monde, tu sais, il y a des incidents qui est arrivé, il y a des accidents, il y a des attaques chimiques ou biologiques qui est arrivé dans la dernière décennie, dans les dernières années, on fait juste regarder ce qui s’est passé avec monsieur Navalny dans les dernières années en Europe, tu sais, en Russie, ce qui s’est passé en Angleterre. Il y a eu plusieurs attaques en France, puis en Belgique. Il y a eu l’attaque du sarin dans le métro de Tokyo, il y a une trentaine d’années, il y a eu plusieurs morts. Et l’autre incident qui me vient en tête, c’est le réacteur à Fukushima qui a été, je veux pas dire le mot « attaqué », mais c’est un désastre naturel qui est arrivé. Il y a eu un tsunami, les vagues ont débordé le système de protection en place, puis a affecté le réacteur. Le réacteur a eu une réaction en chaîne, c’est là que ça a créé des explosions, puis les retombées d’ordre radiologique et nucléaire qui est arrivé par la suite qu’on a vu en fait dans les nouvelles. C’est toutes des affaires qu’on voit. On prend la connaissance militaire, on met ça dans un scénario militaire, puis on se prépare à se défendre contre ça. Je tiens à citer que le Canada, on n’émet pas d’armes offensives à ce contexte-là. On se prépare toujours dans un contexte défensif, puis dans ce sens-là, on s’entraîne.

Capt Orton : Fait que j’imagine que ça implique un peu plus que juste l’Armée?

Maj Lepage : Fait qu’il y a des cycles opérationnels qui se fait soit avec l’Aviation, la Marine ou l’Armée de terre, mais vu qu’on est à l’intérieur d’un gouvernement, on s’entraîne des fois avec d’autres ministères.

Capt Orton : C’est ça, ouais.

Maj Lepage : Je donne un exemple, STAUNCH MAPLE, c’est un exercice qu’il y a eu il y a quelques années. C’est cyclique, en fait. Les Forces canadiennes, le ministère de la Défense, puis d’autres départements, on collabore. S’il arrivait quelque chose au Canada, comment est-ce qu’on réagirait? Puis la dernière affaire que je peux donner : exemple, c’est l’exercice PRECISE RESPONSE, c’est un exercice que le Canada offre à l’OTAN. Ça se fait depuis une vingtaine d’années, quasiment, à toutes les étés. Douze à quinze nations de l’OTAN, ou des gens qui sont amis avec nous, viennent au Canada s’entraîner. Fait qu’il y a entre 300 quelques à 500 spécialistes CBRN qui viennent s’entraîner dans des conditions réelles, avec des vrais produits toxiques, pour vraiment s’assurer que les tactiques, les techniques, puis les procédures, comment on s’entraîne, doivent être suivies pour assurer, à la fin de la journée, que ce soldat est encore en vie.

Capt Orton : En parlant un peu du côté civil des choses, où est-ce qu’on se trouve, en termes des Forces ou en termes de l’Armée, dans la dimension d’interagir avec les répondants civils?

Maj Lepage : Il y a une différence. Puis quand que, justement, la population civile demande au gouvernement canadien d’employer les Forces canadiennes, nous, on parle à la haute direction des Forces canadiennes. Il y a de l’information à avoir : c’est quoi la menace? Dans le monde, puis je n’aime pas ça, dire le monde dans le monde civil, dans le monde militaire, mais les premiers répondants sont exposés à des accidents plus qu’un incident de nature terroriste ou tu sais.

Capt Orton : Ouais, c’est sûr.

Maj Lepage : Toute peut arriver.

Capt Orton : Ouais, ouais.

Maj Lepage : Fait que dans la population civile, il y a des équipes de sécurité en matière dangereuse, HAZMAT (matières dangereuses), comme on apprend des fois là. Bon, mais dans un contexte HAZMAT (matières dangereuses), le premier répondant, pompier, la menace est plus sur certains types de produits qu’on va trouver un peu plus couramment que gaz moutarde, on va appeler ça de même juste pour faire une analogie

Capt Orton : Ouais, c’est ça.

Maj Lepage : Fait que dans ce sens-là, leur équipement de protection est plus axé sur les matières dangereuses. Le mien, mon équipement de protection est plus orienté contre la menace CBRN. Dans certains cas je peux aider (le Capt Orton dit « je comprends »), dans d’autres cas je peux pas aider, juste parce qu’on n’a pas la même équipement. Fait que dans la demande qui se fait, mettons le premier répondant dit on va avoir besoin des Forces canadiennes, nos ressources sont épuisées, faut savoir qu’est-ce qu’on fait affaire avec, et là, soit que je fais un achat pour changer certains paramètres d’équipement de protection que j’ai, puis, on est capable d’entraîner notre personnel, puis continuer à aider la population, le gouvernement du Canada ou les provinces comme telles.

Capt Orton : Je dirais que la vaste majorité des soldats ont un certain contact avec de l’entraînement dans ce domaine-là, parce que on a tout essayé le masque à gaz, on a fait, on a passé dans le « gas hut » (chambre à gaz) comme tel. Comment est-ce qu’on se prend pour s’assurer le niveau de compétence requis dans les soldats? Comme quelles étapes est-ce qu’on prend?

Maj Lepage : Il y a des qualifications de base qu’on doit revalider à tous les ans, ou deux ou trois ans, dépendamment d’autres organisations, avec la chambre à gaz. Est ce qu’on est capable de pouvoir de bouger, de faire certaines petites tâches dans un contexte avec le masque à gaz? Ça, c’est de quoi qui est de base qui se fait. Pour les gens qui doivent avoir une formation un petit peu plus poussée, il y a l’École des pompiers et l’académie CBRN des Forces canadiennes à Borden qui offre des cours un peu plus spécialisés. Ils ont sept cours qui sont offerts là-bas. Pour les jeunes soldats, les chefs d’équipe, la partie contremaître, que je vais appeler, puis un petit peu plus tard, là pour ceux qui sont au niveau du cadre de la gestion, ils ont des cours également pour être capable de fournir des avis techniques de la planification des opérations en environnement contaminé CBRN pour être capable de faire ce genre de choses-là. Fait que, dépendamment des cours, ça varie entre deux semaines jusqu’à six semaines, et ces gens-là quand ils reviennent dans les unités, sont employables pour donner soit des avis techniques ou travailler en petites équipes : comment répondre à certains types de tâches qui peuvent être données en situation d’opération interarmées ou, avec le temps ou dans un contexte en théâtre et, en ce sens-là, on doit s’assurer qu’on a une interopérabilité entre nos Forces, puis les forces des partenaires. Quand on dit, je vais fournir une équipe de décontamination, on a les mêmes standards. Bon, je suis capable d’avoir une idée de OK, je vais avoir une équipe polonaise avec un Américain, puis un Français, ils vont être capable de me donner ce genre de capacité-là, avec un « throughput », une capacité à réagir à un type de tâches selon des standards que je connais.

Capt Orton : Et, comme si je pense, si on voit un gaz jaune qui s’approche de nous là, tu sais, ça ne prend pas un génie pour figurer que c’est un risque. On est capable de détecter ça. Mais quels autres outils nous sommes disponibles pour s’assurer qu’on fait des bonnes décisions en termes des attentats potentiels par des ennemis qui ont ces armes-là?

Maj Lepage : Le premier censeur, c’est le soldat, peu importe son élément, Aviation, Marin ou Armée terre, c’est le soldat. Si on voit quelqu’un qui est en difficulté puis on n’a pas entendu de balle ou d’obus siffler autour de nous, faut se poser des questions. La faune, des insectes morts, va nous donner une appréciation qu’il y a quelque chose qui se passe. Ça, c’est les premiers censeurs. On a de l’équipement de protection. Quand on a un doute qui commence, puis un jugement militaire qui arrive, on a de l’équipement qui existe, soit biologique, chimique, radiologique, de détection, on commence à faire les TTP, que je parlais de un peu plus tôt, selon certains codes avec différentes équipes pour essayer de comprendre qu’est-ce qui se passe. Ces choses-là vont nous aider à déterminer il y a une présence biologique ou alors chimique ou radiologique qui arrive, puis, dépendamment de ce que c’est, il y a des réactions qu’on doit adopter, soit pour nous, ou soit en termes de collectivité. Tu sais, mon équipe de dix ou trente. Le commandant, exemple, je ne sais pas, qui est déployé en théâtre opérationnel, qui a 4 000 soldats en dessous de lui, 5 000, bien il y a des procédures à appliquer pour l’ensemble de sa force. Fait qu’il y a des détecteurs qui existent, il y a un jugement. On a des outils de synthèse qui vont nous permettre d’avoir le meilleur avis. On a des outils de simulation, de modélisation-simulation pour dire, bon, on pense que c’est ça qui est arrivé. Exemple : le nuage se disperse de telle manière. Il y a des vents qui proviennent du nord-ouest, 30 km/heure, humidité à 30 % aujourd’hui, toute est rentré dans les choses. Puis, on a une meilleure compréhension, OK, bon le nuage devrait s’en aller dans telle direction. On va soit enlever les gens de là ou si on n’a pas le choix d’être là, on va réagir selon les avis qu’on va donner.

[Musique commence]

Capt Orton : Eh bien, merci beaucoup d’avoir pris le temps d’avoir partagé vos connaissances par rapport aux menaces CBRN, c’est bien apprécié.

Maj Lepage : Ça fait plaisir.

Capt Orton : Ça, c’était le Major Christian Lepage, direction interarmées à la défense CVRM. Puis, moi je suis capitaine Adam Orton. Prenez soin de vous!

[Musique termine]