Le balado de l’Armée canadienne

Si vous n’avez jamais vu l’artillerie à l’œuvre, c’est tout un spectacle. Ils ont de gros canons qui peuvent effectuer des tirs précis sur une distance de quelques douzaines de kilomètres. De plus, une des choses les plus rassurantes c’est d’être couvert à distance quand vous en avez besoin. Si on ajoute des drones, des observateurs et maintenant la défense aérienne, vous avez ce qu’il faut pour qu’un métier soit vraiment génial. Dans cet épisode, faites la connaissance de l’adjudante Marie-Ève Smith du 4e Régiment d’artillerie (Appui général), pour qui ce type d’opération fait partie de son quotidien.

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What is Le balado de l’Armée canadienne?

Le balado de l’Armée canadienne s’adresse aux soldats de l’Armée canadienne et traite de sujets qui les concernent. Les soldats constituent notre public cible principal, mais les sujets abordés pourraient s’avérer pertinents pour toute personne qui appuie nos soldats ou qui s’intéresse aux enjeux militaires canadiens.

[Musique commence]

Capitaine Adam Orton : Ça, c’était le son d’un obusier M777, et moi je suis capitaine Adam Orton pour Le balado de l’Armée canadienne. Un soldat armé d’un fusil peut atteindre une cible à quelques centaines de mètres. Une équipe d’artilleurs avec une pièce d’artillerie peut atteindre toutes les cibles à quelques douzaines de kilomètres. Cet épisode traite du métier d’artilleur et de ce qu’il faut faire pour que les obus atteignent leur cible. L’adjudante Marie-Ève Smith du 4e Régiment d’artillerie (Appui général) à Gagetown, nous parle de qu’est-ce que c’est de vivre une vie dans l’Artillerie. Bienvenue au balado!

Adjudante Marie-Ève Smith : Bonjour.

[Musique termine]

Capt Orton : Donc, c’est quoi le rôle de l’artillerie sur le champ de bataille? Qu’est-ce que ça mange en hiver?

Adj Smith : Mais premièrement, l’artillerie a plus qu’un rôle. Présentement, dans l’artillerie, on a les canons, qui sont les M777, on a aussi le « STA », qu’on appelle en anglais le « Surveillance Target Acquisition », ça c’est l’acquisition de cibles, qu’est-ce que moi je fais présentement, donc ça c’est ça qu’on utilise les radars, les drones, les systèmes de détection acoustique quand qu’on trouve les cibles du côté ennemi. Il y a aussi les postes d’observation. Ensuite de ça, il y a la défense antiaérienne aussi qui est comprise dans l’artillerie, donc c’est plusieurs aspects dans le métier d’artilleur qu’on peut avoir.

Capt Orton : Donc, l’arme principale de l’artillerie, vraiment, c’est un canon qui peut tirer de façon indirecte. On a également une capacité de surveillance avec de l’équipement pour trouver l’ennemi. C’est plus ou moins ça?

Adj Smith : Ouais, comme nous, c’est ça le tir, c’est indirect. Donc nous, notre arme principale, c’est les canons, les 777, ils peuvent tirer jusqu’à 40 km. Mais on a aussi des systèmes de surveillance, parce que dans le fond aussi l’artillerie, ce qu’on a c’est que notre but c’est de trouver l’artillerie ennemie avant que l’artillerie ennemie nous trouve. Donc, si on est capable de les trouver avec nos radars, avec nos systèmes de surveillance, les « UAV » qu’on appelle, en français, c’est les « systèmes d’aéronefs miniatures sans pilote », c’est comme ça qu’on appelle ça en français ou les petits systèmes sans pilote pour les « Small UAS ». Donc c’est ça, c’est d’aller trouver l’artillerie ennemie avant qu’eux nous trouvent. Donc on peut les neutraliser avec notre artillerie aussi.

Capt Orton : Pouvez-vous peut être nous expliquer la différence entre du tir indirect puis du tir direct? C’est quoi un engagement indirect?

Adj Smith : Un engagement indirect, c’est quand que nous, sur la pièce d’artillerie, on voit pas la cible, OK? Donc, nous quand on tire un obus, il voyage dans les airs, c’est pas un tir direct, c’est pas comme si admettons, quand vous allez à la chasse, vous regardez dans votre « scope » (lunette de visée), vous voyez votre chevreuil, vous le tirez, ça c’est un tir direct, OK? Nous autres quand on est sur le canon, on le voit pas, il y a des gens qui ont les yeux sur la cible, mais les personnes qui tirent la corde pour envoyer l’obus, eux ils le voient pas. Donc, ça c’est du tir indirect. On fait aussi du tir direct, comme admettons qu’on est sur notre position d’artillerie et puis qu’il y a un « tank » (char) ennemi qui s’en vient. Bon, bien là, le commandant de détachement, lui qui a son canon, il va pouvoir faire du tir direct là-dessus. On voit le « tank » (char), on va tirer directement dessus. On espère jamais avoir à faire, mais c’est une chose qu’on peut faire.

Capt Orton : C’est ça, c’est tout un mauvais signe là que tu as un canon, une portée de 40 km, puis on est pris à comme 2 km à tirer sur un « tank » (char) juste avant nous autres.

Adj Smith : Ouais.

Capt Orton : Peut-être pour conter l’histoire de l’artillerie un petit peu, ou des artilleurs. Comment est-ce que ça commence? Dans le sens que si on finit notre qualification militaire de base et on commence sur notre cours d’artilleur, qu’est ce qui se passe?

Adj Smith : OK, bon, bien premièrement, vous allez être envoyé à Gagetown, au Nouveau-Brunswick, parce que c’est là que l’École de l’artillerie est située. Donc les artilleurs, ils vont arriver ici, puis premièrement, ils vont être mis sur le peloton d’attente qu’on appelle, mais ça sera pas pour vraiment longtemps et ils ne feront pas qu’attendre.

Capt Orton : Ouais, c’est ça.

Adj Smith : Donc, pendant qu’ils vont attendre pour commencer leur cours, ils vont faire des entraînements. Parce que dans l’Armée, ça prend des « 404 », qu’on appelle, avoir le permis de conduire militaire. Donc, on va s’assurer qu’ils peuvent avoir ça avant de commencer leur cours. Faire des petites administrations comme ça, comme les cotes de sécurité, ou des petits cours comme ça qui ont besoin de faire. Ensuite de ça, quand ils commencent leur cours, ça, ça s’appelle le QG, la qualification de grade. Quand qu’ils vont arriver là-dessus, ils vont premièrement faire un cours sur un véhicule. Un véhicule, peu importe la plateforme, souvent c’est soit des G Wagon ou des petits camions, des « pickup » (camions).

Capt Orton : Des camions militaires, là, dans le fond.

Adj Smith : Ouais c’est ça. On appelle ça des « Mil COTS » (camions militarisés sur étagère), mais c’est comme des petits « pickup » (camions). Donc, ils vont faire ça. Ensuite de ça, ils vont se faire qualifier sur les freins à air. Ensuite de ça, ils vont se faire qualifier sur les systèmes de communication. Ils vont faire un cours de communication démontée, un cours de communication montée, parce que dans l’artillerie c’est une des choses les plus importantes, c’est les communications. Ensuite de ça, ils vont faire la partie qualification de rang. Ça c’est 24 jours où ce qu’ils vont vraiment jouer au soldat, c’est là qu’ils vont faire le maniement des armes, ils vont apprendre aussi la discipline de tir. Ça, c’est de la théorie sur l’artillerie, mais ils ne toucheront pas aux canons. Quand qu’on fait la qualification de base d’artilleur, maintenant, c’est seulement des trucs de soldats là, maniement des armes, entraînement en campagne, entraînement sur les véhicules. Un coup que le cours est terminé, qu’ils vont avoir gradués, c’est là qu’ils vont être mutés dans leurs unités que ça va être, soit à Shilo, au Manitoba, à Petawawa, en Ontario, Valcartier, qui est au Québec. Ici, on a deux unités à Gagetown, au Nouveau-Brunswick. On a le 4e Régiment, que c’est un régiment opérationnel et on a l’École de l’artillerie, aussi, des soldats qui peuvent être mutés à l’École de l’artillerie un coup que leur cours est fini. Donc, un coup qu’ils vont être rendus à leur unité, c’est là qu’ils vont être qualifiés sur la plateforme qu’ils vont utiliser dans leur métier. Soit les radars, les canons, les systèmes de défense antiaérienne, poste d’observation ou les drones.

Capt Orton : Et comme vous avez fait mention un peu au début, c’est une fois arrivé à leur unité, un soldat va avoir la chance de, disons, s’attacher dans une batterie de quelque sorte, j’imagine?

Adj Smith : Oui, bien c’est ça. Ils vont leur demander premièrement c’est quoi leur champ d’intérêt. Parce que s’ils demandent à un soldat qui vient d’arriver, toi qu’est ce qui t’intéresse? Il dit moi j’aimerais ça être les canons, puis finalement ils l’envoient sur les drones, ça marchera peut-être pas non plus. Donc, ils vont demander c’est quoi leur champ d’intérêt, puis ils vont essayer d’envoyer les gens le plus possible vers ce qui les intéresse, puis qu’est-ce qui ont les compétences aussi pour.

Capt Orton : Et dans votre cas, vous travaillez dans quel domaine en ce moment?

Adj Smith : En ce moment, je suis rendue avec les « S-UAS » (petits systèmes d’aéronef sans pilote). Ça, c’est les petits avions, les petits drones. Avant ça, j’ai été avec les « M-UAS » (systèmes d’aéronefs miniatures sans pilote), qui sont des drones aussi, mais un petit peu plus petits. Puis, avant ça j’étais sur les canons.

Capt Orton : Pourquoi est-ce que les drones tombent dans le domaine des artilleries? Comme pourquoi est-ce que ça c’est important?

Adj Smith : Ça, c’est très important, parce qu’avec les drones qu’on a, nous autres, on est capable d’aller voir jusqu’à 100 km, et même plus loin que ça encore, donc on est capable d’aller voir en arrière des lignes ennemies qu’est ce qui se passe. Donc, avec ça, nous autres on est capable d’aller voir qu’est-ce que l’artillerie ennemie a comme arme, par exemple. Qu’est-ce qu’ils ont comme canons, qu’est-ce qu’ils ont comme radars ou où est-ce qu’ils sont placés. Puis, nous on a les qualifications pour pouvoir envoyer de l’artillerie là-dessus. Comme par exemple, si jamais avec un de nos drones on voit les ennemis en train de poser une bombe sur la route, on va pouvoir envoyer une mission de tir à partir de l’image qu’on voit sur le drone. Donc, c’est pour ça que c’est l’artillerie qui a ça, parce que, bien souvent, on s’en sert pour tirer de l’artillerie.

Capt Orton : Et ça fait une bonne démonstration de, disons, l’intersection des disciplines différentes dans le domaine de l’Armée où est-ce que on a l’expérience de renseignement où ce qu’on collecte de l’information sur la part de l’ennemi, on fait une analyse, puis là on peut faire une réponse en termes de combat.

Adj Smith : Exactement. Donc, notre « job » (travail), si je peux dire, c’est pas seulement non plus de voir l’artillerie ennemie, mais c’est aussi une autre partie de notre travail, c’est de collecter de l’information et de l’intelligence aussi avec les drones. Et ça, le cours de drones c’est vraiment de la haute technologie et c’est avec Transports Canada. Le cours dure trois mois, le cours d’opérateur. Les gens qui font ce cours-là, c’est vraiment un cours qui est vraiment technologique, le monde aime vraiment ça, ceux-là qui font ça.

Capt Orton : Et là, peut-être à l’autre bout du « spectrum » (spectre) juste un petit peu, c’est ceux qui travaillent sur les canons. Puis peut-être expliquer un peu plus c’est quoi ça?

Adj Smith : Ouais, les canons, ça été ma première position que j’ai été, Donc, le canon qu’on a présentement, c’est le 777, celui-là qu’on apporte en opérations avec nous. On a des canons aussi pour s’entraîner qui sont plus petits là, mais notre canon principal c’est ça, c’est le M777, donc 155 millimètres. L’obus pèse à peu près entre 90 et 100 livres, puis, ça, on peut tirer jusqu’à 40 km. Une pièce d’artillerie je dirais que, dans un monde parfait, on est une équipe de dix qui travaille là-dessus, dans une batterie. Une batterie, c’est quatre canons. Pour ceux-là qui aiment travailler en équipe et qui aiment travailler fort physiquement, c’est vraiment une bonne place. Et ce que j’ai aimé aussi des canons c’est que oui, au début, c’est une « job » (travail) qui est vraiment physique, mais après ça, quand qu’on monte en rang dans les canons et puis qu’on apprend à faire de l’arpentage. Parce que les canons c’est pas juste haut, on va placer le canon ici, on va tirer à 40 km, là. Quand on tire du tir indirect, y a beaucoup de choses qui rentrent en compte. Comme par exemple, avant de placer le canon, on va faire de l’arpentage, on va savoir exactement une coordonnée à dix chiffres où le canon est situé pour que notre tir soit plus précis au bout de la ligne. Comme par exemple, avant qu’on tire un obus, on prend toute en considération : la météo, la rotation de la Terre, la balistique, le poids de l’obus, on a même des données sur le canon pour la vélocité pour que ça soit plus précis quand ça arrive à l’autre bout. Parce que comme que je dis, on peut tirer jusqu’à 40 km, là, donc l’obus il va voyager vraiment haut dans les airs, donc il faut qu’on « clair » (dégage) l’espace aérien pour faire sûr que l’obus frappera pas un avion ou peu importe.

Capt Orton : Peut-être on peut parler un petit peu des effets des munitions. C’est pas toujours évident, là, un gros obus qui se fait tirer à 40 km, là, mais les impacts c’est quand même assez impressionnant.

Adj Smith : Ouais, c’est assez impressionnant. Donc, l’artillerie c’est une arme de zone, donc, c’est pas quelque chose qu’on va utiliser pour juste une personne dans l’ouvert, OK? L’artillerie c’est plus de destruction générale que je dirais. On a plusieurs sortes de munitions aussi. On a de la proximité, donc, ça c’est celle que on va tirer qui va exploser au-dessus des troupes. Ensuite de ça, on a celle-là qui explose au contact du sol. On a celle qui explose après le contact au sol. Pour exemple, si on a de l’ennemi qui est dans des « bunkers » (abris fortifiés). On a de la munition contre les véhicules. On a de la fumigène, aussi, pour masquer le retrait des amis ou quelque chose comme ça. On a aussi, de l’éclairante. Donc, on a plusieurs sortes. Puis on a l’Excalibur, aussi, qui est celle qu’on peut tirer jusqu’à 40 km avec un « GPS » (système de localisation) dedans.

Capt Orton : Puis, effectivement, incroyablement précis, mais qui coûte aussi super cher.

Adj Smith : Mais je l’ai vu en vrai en Afghanistan, puis c’est vrai que c’est précis, c’est vraiment précis.

Capt Orton : Vous parlez des munitions fumigènes aussi, comme moi aussi j’ai eu une expérience en Afghanistan, où est-ce qu’il y avait un tireur d’élite qui nous tirait dessus, puis on était comme, genre, pris, puis on pensait qu’on s’en était sorti une « couple » (quelques) de fois, mais il continuait à nous tirer dessus, fait qu’on a juste mis de la fumée partout, puis on a on est juste parti parce qu’il pouvait pas nous voir, parce que le montant de fumée qui était fourni par l’artillerie qui rentrait, c’était pas mal efficace, je dirais.

Adj Smith : C’était tu en 2009?

Capt Orton : 2008.

Adj Smith : OK, parce que j’étais là en 2009, puis on avait une situation comme ça. Les gars y étaient pris avec un « sniper » (tireur d’élite) ennemi, puis il m’a dit, « garde, je pourrais plus te parler, je vais raccrocher, fait que t’enverras de la « smoke » (fumée) ». C’est pour ça je pensais à cette situation-là, j’étais comme.

Capt Orton : C’est un système qui marche, disons là, c’est efficace là.

Adj Smith : Oh ouais non, ça marche, c’est ça. Les gars étaient contents parce qu’on a envoyé de la « smoke » (fumée) puis ils ont été capables de se retirer, donc ouais.

Capt Orton : Est-ce que vous pouvez nous décrire pour, genre, faire une image. Disons, on est dans une base d’opération ou même au régiment, puis il est temps de sortir, de faire de quoi, les canons sortent pour rouler. Du début à la fin de cette histoire-là, qu’est-ce que ça a de l’air, comme, qu’est-ce qui se passe?

Adj Smith : Dans une guerre conventionnelle, ce qu’on s’entraîne, c’est premièrement, on va faire une reconnaissance de la place où les canons vont aller. Donc la reconnaissance, il va avoir une équipe qui va aller faire une reconnaissance et qui va être capable de dire exactement les canons vont être situés où. Un coup que la reconnaissance est faite, nous autres, les canons, on va rouler en position, on va installer les canons, on va faire notre mission de tir et puis après ça, on va repartir. Faut qu’on reste le moins longtemps possible quand on tire. Et puis on va repartir. Ça, c’est une manière de s’entraîner. On a aussi d’autres manières de s’entraîner où est-ce que on va se faire, une position, comme qu’on avait en Afghanistan, là. Des positions plus permanentes, donc qu’on va pouvoir tirer nos missions de tir de cette position-là, qu’on bougera plus. Mais quand qu’on fait ça, quand on est sur une position d’artillerie, c’est pas seulement les canons qu’il faut s’occuper, parce que nous (le Capt Orton dit « c’est ça »), l’artillerie, il faut qu’on fasse notre propre défense locale. Donc, oui, on fait de l’artillerie, mais on joue aussi aux vrais soldats. Donc, on va creuser des tranchées, on va faire du maniement des armes, on va faire des patrouilles de reconnaissance pour faire sûr qu’il y a pas d’ennemis autour. On va faire des « resupply » (réapprovisionnements), donc il y a un paquet d’activités, parce que ce que j’aime du métier d’artilleur, c’est que oui, on fait de l’artillerie, mais on fait un paquet d’autres activités qui ont rapport à l’Armée et qu’on n’a pas le choix de faire parce que notre position d’artillerie c’est pas l’infanterie qui va la défendre, c’est nous. Donc c’est ça, soit qu’on va être sur une « FOB » (base d’opérations avancée) ou soit qu’on va tout le temps bouger. On va arriver à une mission, on va tirer, on va bouger, on va aller faire une autre mission, on va tirer, on va bouger, ça c’est pour les canons.

Capt Orton : Et est-ce que vous pouvez décrire un petit peu l’interaction de l’équipe de canons une fois qu’il arrive sur place, comme, qu’est-ce que ça d’l’air?

Adj Smith : Ça là, quand on arrive sur place, là, c’est là que ça bouge, là. Ça c’est le « fun » (amusant), parce que premièrement, il faut qu’on fasse ça vite. C’est des grosses pièces d’équipement, mais il faut qu’on fasse ça vite parce qu’on laisse une signature de bruit, donc on peut être repéré vraiment vite. Donc, aussitôt qu’on roule en position, on enlève le canon de sur le camion, parce que le canon il est-il est traîné par un camion. Et puis là, le commandant de la pièce de détachement, il a un petit radio, il est en communication avec la personne qui a fait l’arpentage. Donc, là, ce qu’on fait, c’est que on appelle ça enregistrer la pièce. Et puis ça, ça se fait super vite. Donc, un coup que les pièces sont toutes enregistrées, on va recevoir la munition, on va « dépacter » (décharger) la munition, on va faire sûr que ça c’est prêt. Ensuite, de ça, on va faire les activités concurrentes, on va envoyer des gens faire la sentinelle pour faire sûr qui a pas d’ennemis qui rentrent sur la position. On va envoyer des gens faire des patrouilles, faire sûr qu’il n’y a pas personne non plus autour de la position. Pendant que les « gunners » (artilleurs), qu’on appelle, sur le canon, eux autres ils font tout ce qu’ils ont besoin pour enregistrer la pièce, préparer la munition puis après ça on va attendre la mission de tir. Un coup qu’on reçoit une mission de tir, là c’est « all hands on deck » (tous sur le pont), tout le monde va sur la pièce et puis c’est « go, go go » (allez, allez, allez), il y a pas de niaisage. On reçoit les ordres de mission, on ne peut pas prendre notre temps, on ne peut pas niaiser parce que à l’autre bout, il y a des troupes, de nos troupes, qui sont dans le « trouble » (pétrin). Donc, s’ils ont besoin d’artillerie c’est parce qu’ils en ont besoin, là. Donc, ça prend des gens qui sont vites, qui sont en forme, puis qui sont capables de travailler vite fait, bien fait. Donc, un coup que les missions de tir descendent, on reçoit les données, les troupes appliquent ça sur les instruments qu’on a pour enligner le canon. Un coup que c’est enligné et qu’on a la permission de tirer, on tire.

Capt Orton : Et, le temps, disons, du moment d’arriver à un point, d’avoir mis le canon en place et d’avoir tiré là, on regarde à combien de temps?

Adj Smith : Entre le temps, que vous voulez dire, qu’on arrive en position puis qu’on est prêt à tirer?

Capt Orton : Ouais.

Adj Smith : Ah, on peut faire ça en bas de cinq minutes.

Capt Orton : Ouais, ça, bouge vite.

Adj Smith : Ah, ouais, non, ça bouge vite.

Capt Orton : Puis après sortir de là?

Adj Smith : On peut faire ça en cinq, dix minutes aussi, si on fait ça vite, un « crash move » (le Capt Orton dit « ouais, c’est ça ») [déplacement précipité] qu’on appelle, on peut partir assez vite.

Capt Orton : Et, dans le contexte de qu’est-ce que vous faites en ce moment avec la « STA » (surveillance et acquisition d’objectifs, SAO), décrivez un peu plus qu’est-ce que ça, ça a de l’air dans un contexte peut-être d’exercice ou même opérationnel.

Adj Smith : Premièrement, bien là, ça c’est pas des systèmes d’armes, c’est des systèmes de détection, OK. On en a plusieurs. On a des systèmes acoustiques, que ça c’est du support rapproché. Ça, c’est les unités à Valcartier, Petawawa, puis Shilo qui ont ça. On appelle ça du support rapproché parce que ceux-là on les envoie avec les unités en avant. Plus avec l’infanterie ou le blindé, OK? Donc, les systèmes acoustiques de détection parce que ça, ça détecte jusqu’à 25 km. Ensuite de ça, on a les systèmes de radar à « medium » (moyenne) portée. Ça, c’est ceux-là qui vont jusqu’à 70 km. Ceux-là, c’est ça qu’on appelle le support général, donc eux autres sont en arrière. Et puis, quand on les fait marcher, ils vont être capables de détecter le point de départ et le point d’arrivée de l’artillerie ennemie. Donc, pour exemple, avec nos radars, ce qui va arriver c’est qu’un radar va recevoir une détection, que l’artillerie ennemie a tiré de telles coordonnées à telles coordonnées. Le radar va envoyer ça justement au CCFA (Centre de coordination des feux d’appui) ou au TACCC (CCCT, Centre de commandement et de contrôle tactique), là, le gros PC (poste de commandement).

Capt Orton : Dans le fond, c’est un poste de commandement qui gère les demandes de tirs pour d’artillerie, disons.

Adj Smith : Ouais, ouais. Eux autres, ils vont envoyer ça à notre batterie de canons qui eux autres vont envoyer une mission de tir sur l’artillerie ennemie. Donc, ça c’est les radars. Ensuite de ça, j’ai déjà parlé des drones. On a le Blackjack et on a le Raven B. Donc, ça c’est deux drones différents; il y en a un qui va à 100 km et un qui va à 10 km, donc c’est vraiment deux drones complètement différents. Et puis c’est pas mal ça les plateformes qu’on a.

Capt Orton : En fait, en Afghanistan, on avait des radars, puis quand qu’il y avait des explosions, on attendait toute pour juste voir si ça s’en venait vers nous. Puis, c’est tout le temps un certain confort de savoir qu’est-ce qui se passe dans ton domaine, disons.

Adj Smith : Bien, en Afghanistan, quand qu’on se faisait attaquer par les roquettes, les radars étaient capables de nous dire le point de départ de la roquette, donc on pouvait envoyer des missions de tir là-dessus, soit de mortiers ou de « 777 ». Donc, juste avec les radars on pouvait savoir d’où ils tiraient.

Capt Orton : J’ai toujours imaginé que ça doit être quand même assez difficile du côté des artilleurs, parce qu’on voit pas les rondes arriver, tandis que sur le côté des fantassins on voit que ça arrive, on voit qu’est-ce qui se passe. Fait que vous avez des drones ou des observateurs pour vous assister, mais ça doit pas être la même chose.

Adj Smith : Ouais, non c’est ça. C’est sûr que c’est deux expériences complètement différentes entre être sur le canon ou être à l’avant, mais aussi ce qu’il y a dans l’artillerie, une des facettes de notre métier aussi qu’on peut faire, c’est officier de postes d’observation avancée. Ça, c’est eux autres qui vont aller avec l’infanterie. Et puis quand l’infanterie tombe sous contact, c’est eux autres qui vont appeler l’artillerie. Ça, c’est nos yeux sur le terrain. Donc, oui, on a les radars, on a les S-UAS (petits systèmes d’aéronef sans pilote), mais on a aussi des personnes qui sont qualifiées, qui vont être envoyées avec le bataillon d’infanterie ou avec les blindés, ou peu importe. Puis eux autres, ce qu’ils vont faire, c’est que ça va être leur travail, ça va être d’appeler l’artillerie si jamais ils tombent sous contact.

Capt Orton : Ouais.

Adj Smith : Donc, on appelle ça l’équipe de poste d’observation. Donc, habituellement, c’est un officier, on a un sergent et puis un bombardier ou un artilleur aussi; c’est habituellement une équipe de trois-quatre. Puis, il y a aussi cette option-là, qui est vraiment une belle facette de notre métier

Capt Orton : Qu’est-ce qui vous attend, disons, dans le futur ou dans le futur de l’artillerie?

Adj Smith : Dans le futur de l’artillerie, bien nous, premièrement, à l’unité que je suis présentement, on est en plein développement. Notre commandant nous a rencontré voilà deux semaines pour nous dire que le « 4GS » (4e Régiment d’artillerie [Appui général]), c’est vraiment la place où aller en ce moment. Parce que, premièrement, on va recevoir des nouvelles armes de défense antiaérienne. Donc, ça c’est une chose qui s’en vient, qui est vraiment excitante pour nous. Parce que l’sartillerie, ça fait longtemps qu’on avait plus d’antiaérien, donc ça c’est quelque chose qui revient. Je suis pas au courant du système d’armes encore, parce que moi je ne suis pas qualifiée là-dessus, mais, apparemment, c’est les gens sont vraiment contents là de ce qui s’en vient. Donc, il y a ça qui s’en vient pour le Régiment. Pour l’Artillerie canadienne, bien, présentement, on fait des déploiements. Nous autres, mon Régiment, tous les six mois, il y a des troupes qui sortent là pour les déploiements en Lettonie. Donc, en ce moment, c’est ça qu’on fait. C’est le plan pour les prochaines années.

Capt Orton : Pourquoi est-ce qu’un déploiement est important? Pourquoi que ça c’est quelque chose qu’on devrait essayer de faire?

Adj Smith : Quand qu’on va en déploiement, là, c’est une expérience qu’on n’aura jamais au Canada. On peut travailler avec d’autres pays, premièrement. On apprend beaucoup quand on travaille avec d’autres pays. C’est vraiment là qu’on peut faire notre travail, pour vrai. Et aussi, les deux déploiements que j’ai faits, c’est ça que j’ai trouvé. L’esprit d’équipe qui se forme, c’est quelque chose que quand qu’on passe six mois avec la même équipe à l’extérieur du pays à travailler ensemble, ça forme des liens, on appelle ça un « network » (réseau) du monde que tu vas connaître toute la carrière, que tu vas pouvoir aller voir toute le restant de ta carrière. Tu vas vivre des choses que tu vivras jamais au Canada. Mais c’est sûr que, comme un tour comme en Lettonie, je pense c’est vraiment une bonne expérience parce que c’est vraiment là que tu vas faire ta « job » (ton travail) pour de vrai avec toutes les équipements que t’as besoin, toute le support est là. Donc, c’est vraiment une belle expérience.

Capt Orton : Bien, je vous souhaite de la chance, puis je vous souhaite une bonne expérience si vous y allez ou quand vous y aller.

Adj Smith : Ouais, j’espère. J’aimerais bien ça y aller.

[Musique commence]

Capt Orton : Bien merci beaucoup d’avoir assisté au balado! C’est bien apprécié!

Adj Smith : Ça fait plaisir, merci!

Capt Orton : Ça, c’était l’adjudante Marie-Ève Smith 4e Régiment d’artillerie (Appui général) à Gagetown. Moi, je suis capitaine Adam Orton pour Le balado de l’Armée canadienne. Prenez soin de vous!

[Musique termine]