Le balado de l’Armée canadienne

Derrière chaque opération militaire se trouve un réseau de communication complexe qui donne aux commandants l’information dont ils ont besoin pour prendre des décisions rapidement et permet aux militaires d’agir rapidement et efficacement. Ces systèmes doivent fonctionner sur de grandes distances, en terrain difficile et dans des environnements contestés. Le colonel Bahir Ali explique comment le Corps des transmissions facilite le commandement et le contrôle en construisant, en exploitant et en entretenant des systèmes de communication essentiels. Il décrit également les efforts déployés pour favoriser l’innovation et soutenir l’avenir numérique de l’Armée canadienne.

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© Sa Majesté le Roi du chef du Canada, représenté par le ministre de la Défense nationale, 2026


What is Le balado de l’Armée canadienne?

Le balado de l’Armée canadienne s’adresse aux soldats de l’Armée canadienne et traite de sujets qui les concernent. Les soldats constituent notre public cible principal, mais les sujets abordés pourraient s’avérer pertinents pour toute personne qui appuie nos soldats ou qui s’intéresse aux enjeux militaires canadiens.

[Musique commence]

Capitaine Adam Orton : Salut, ici le capitaine Adam Orton avec Le balado de l’Armée canadienne. Qu’il s’agisse de drapeaux, de code Morse ou encore de satellites en orbite de la Terre, la fonction communication du concept de doctrine militaire feu, mouvement, communication n’est pas aussi simple qu’elle le semble. Dans cet épisode, nous nous penchons sur la mission du Corps des transmissions royales du Canada, ou le CTRC, la partie de l’armée qui facilite le commandement et le contrôle. Le colonel Bahir Ali, directeur des opérations du commandement cyber des Forces armées canadiennes, est ici pour répondre à toutes nos questions au sujet des transmissions. Bienvenue au balado.

Colonel Bahir Ali : Merci Adam. Je suis bien content d’être ici avec toi. Tu as une voix qui est très familière, surtout quand je suis coincé dans le trafic.

[Musique termine]

Capt Orton : Merci. Peut-être commençons sur ce sujet. Je dirais que la majorité des gens utilisent des systèmes de transmission à tous les jours. Tu sais, on utilise des ordinateurs, des réseaux, puis des téléphones. Pourquoi est-ce que l’armée a besoin des experts dans le format d’un corps de transmission?

Col Ali : Je pense qu’au fond, le Corps des transmissions royales du Canada existe pour résoudre un problème qui est très simple à expliquer, mais qui est souvent très difficile à résoudre en opération. C’est-à-dire, comment permettre à une grande force militaire qui est composée de plein de petits éléments différents qui sont très éloignés et qui ont souvent beaucoup de distance entre eux, de communiquer ensemble et de partager une connaissance commune de la situation et d’agir en tant qu’une seule équipe. Donc, c’est un peu ça le rôle du Corps des transmissions royales du Canada. Et pour résoudre ce problème, bien on emploie beaucoup de technologies. Et puis, les membres du Corps des transmissions royales du Canada, c’est un peu les maîtres de la technologie de l’information pour l’Armée canadienne. Donc, c’est eux qui vont déployer ces systèmes de technologie. Ce que je peux rajouter à ça aussi, Adam, pour répondre à ta question, l’armée, comme tu sais, on évolue beaucoup, beaucoup nos technologies. Et depuis le début de la doctrine militaire, je pense que la technologie que l’armée emploie pour communiquer a beaucoup, beaucoup changé. Donc, on avait, dans le temps, des grands drapeaux qu’on utilisait pour transmettre un message d’un poste de commandement à l’autre. Et puis, au fil du temps, on a commencé à envoyer des soldats, donc des estafettes, qui avaient comme pour mission de transporter un message d’un commandant à un autre physiquement, donc à dos de cheval, sur des motocyclettes, et cetera. Et puis, éventuellement, on est rendus dans l’ère actuelle où on a des capacités comme le code Morse, puis maintenant des réseaux informatiques, puis des réseaux satellitaires. Et c’est une très longue liste, en fait, de technologies.

Capt Orton : Ouais, c’est ça. Puis aussi, de plus en plus complexe. C’est très facile de trouver un drapeau ou une personne, puis lui dire « Allez-y », mais un réseau de satellites informatiques cryptés, c’est pas aussi simple qu’on penserait pour implémenter dans un environnement austère, disons.

Col Ali : Exact. Puis tu sais, souvent, dans le Corps des transmissions, on dit que, étant donné qu’on change beaucoup, beaucoup, là, que la seule constante, c’est le changement. La technologie, il y a une loi qui s’appelle la loi de Moore. D’après cette loi-là, ce que ça dit, c’est que la puissance informatique va doubler à tous les deux ans. Et donc, c’est une courbe exponentielle, l’évolution de la technologie de l’information. Et puis, nous, notre défi, finalement, les membres du Corps des transmissions, c’est d’être certains de suivre cette courbe-là, puis d’adapter la technologie qu’on a au moment en appui aux opérations de l’Armée canadienne.

Capt Orton : Puis, vraiment, il y a aussi des conséquences pour maintenir cette courbe-là, parce que là, notre capacité de faire une analyse, de partager de l’information, puis d’agir sur cette information-là, ça peut être affecté dans une situation où un adversaire est peut-être meilleur que nous autres.

Col Ali : Ça me fait penser un peu, Adam, ce que tu viens de dire, à un concept qui est très connu dans le militaire, qui est le cycle OODA.

Capt Orton : Oui.

Col Ali : Donc, observer, orienter, décider et agir. Le Corps des transmissions royales du Canada a le rôle de s’assurer qu’on a une boucle OODA qui est la plus rapide possible pour maintenir l’avantage sur nos adversaires. Donc, la théorie, c’est si ta boucle OODA est plus rapide, donc si on est capables de s’orienter, de comprendre ce qui se passe autour de nous, puis d’agir plus vite que l’adversaire, on va gagner. Et les systèmes de télécommunication, comme tu peux imaginer, les systèmes d’information ont un rôle clé à jouer. Comme je disais tantôt, d’avoir une connaissance de la situation, de permettre aux différents commandants et aux différents éléments de l’Armée canadienne de partager cette situation-là, mais ça, c’est l’élément clé, en fait, pour avoir cet avantage-là.

Capt Orton : Ouais, puis, avec la technologie, il y a plein de systèmes, j’imagine, qui accélèrent notre processus d’évaluation, disons.

Col Ali : Oui, puis c’est vraiment un moment excitant, je pense, pour le Corps des transmissions parce que, en ce moment, sur le champ de bataille, il y a une explosion de données, hein?

Capt Orton : Hmm hmm.

Col Ali : Avec la technologie moderne, on voit des drones qui sont peut-être en train de voir ce que l’ennemi est en train de faire à 20 km. T’as les éléments sur la ligne de front, comme l’infanterie, par exemple, qui observe certaines choses. T’as des éléments qui sont plus en reculons, des éléments d’artillerie, des éléments de la logistique. Et on dit souvent que chaque soldat, c’est un capteur. Puis là, t’as aussi, souvent, quand on se déploie, on se déploie en coalition avec nos alliés. Donc, t’as toutes sortes de données qu’on est capables d’aller chercher de nos alliés, de nos partenaires. Maintenant, de prendre toutes ces données-là, puis de s’assurer que la bonne personne, au bon moment, à la bonne place, a accès à ces informations-là, c’est un peu ça, finalement, ce qu’on essaie de viser.

Capt Orton : C’est quoi les composantes du Corps? Il y a plusieurs métiers, il y a des rôles pour chaque personne. Comment est-ce que ça fonctionne?

Col Ali : En fait, on a quatre métiers des membres du rang, un métier d’officier et on a aussi des membres de la famille étendue, des cousins, qui ne font pas toujours partie du Corps des transmissions, mais avec qui on travaille étroitement.

Capt Orton : Donc, peut-être vous pouvez nous énumérer les rôles des militaires du rang?

Col Ali : Oui. Donc, je vais peut-être commencer par l’opérateur des transmissions. C’est notre plus gros métier des membres du rang. C’est souvent la personne que tu peux t’imaginer, genre Saving Private Ryan, la personne que...

Capt Orton : C’est ça, ouais.

Col Ali : C’est la façon la plus facile, puis tout le monde a cette image-là d’un soldat avec un radius sur le dos, qui a le headset, qui parle.

Capt Orton : Ouais, c’est ça.

Col Ali : Donc, c’est un peu ça, mais je te dirais que le rôle de l’opérateur des transmissions au sein du Corps des transmissions a beaucoup évolué. Donc, la façon de comprendre un peu ce métier-là, c’est vraiment la personne qui est responsable de tous les systèmes qu’on déploie normalement avec un poste de commandement tactique. Donc, ça peut inclure les réseaux voix, donc les différents systèmes de radio qu’on retrouve dans un poste de commandement, mais aussi les systèmes de données dans un poste de commandement. Donc, l’opérateur des transmissions va être responsable de déployer tout ça vers l’avant, de bâtir le poste de commandement pour appuyer l’État-major et le commandant déployé. En plus, l’opérateur des transmissions souvent peut recevoir des tâches pour déployer avec un poste de retransmission. Donc, vraiment, c’est la personne qui est responsable de fournir une couverture radio à travers le champ de bataille.

Capt Orton : Après ça, on a des techniciens de transmission.

Col Ali : Oui. Donc, les techniciens des transmissions, moi, je les décrirais un petit peu comme les mécaniciens du Corps des transmissions royales du Canada. Puis, eux, ils travaillent dans un genre de garage spécialisé pour le Corps des transmissions. C’est eux qui vont être responsables de diagnostiquer les problèmes qu’on a au niveau de l’équipement, tous les équipements qu’on se sert pour faire notre job. Donc, c’est les techniciens des transmissions qui vont réparer, donc ils vont ouvrir les radios, ils vont ouvrir les différents systèmes et essayer de trouver exactement là où se trouve le problème. Et parfois, c’est eux qui vont être aussi responsables de remplacer.

Capt Orton : Suite à ça, on a les techniciens des systèmes d’info.

Col Ali : Le technicien des systèmes d’information est responsable des réseaux informatiques. Donc, c’est la personne qui va concevoir, qui va bâtir, qui va maintenir les réseaux qui permettent aux gens de travailler avec des ordinateurs lorsque déployés. Et puis, c’est un métier qui est de plus en plus important parce qu’on a énormément de données sur le champ de bataille. Puis, cette donnée-là va voyager sur les réseaux informatiques que les techniciens en systèmes d’information vont fournir.

Capt Orton : Et finalement, mais non le moindre, les techniciens de ligne.

Col Ali : Les techniciens de ligne, eux, leur job, c’est de relier tout ça avec du câblage.

Capt Orton : Puis il y en a du câblage!

Col Ali : Il y a énormément de câblage. Ça pourrait te surprendre qu’on a souvent, lorsqu’on se déploie, des centaines de kilomètres de fibres optiques, de câblage de toutes sortes, et ça, c’est très important. On pense souvent que les communications, bien ça se fait par radio, mais non. Il y a toujours un besoin de relier les postes de commandement à travers des réseaux filaires. Donc, c’est les techniciens de ligne qui vont étendre du câblage entre les différents éléments parce que c’est un moyen qui est sécure. Les ondes radio ont des désavantages, peuvent être interceptées, et cetera. Donc, le technicien des lignes va travailler à poser des lignes, va travailler sur le terrain, va travailler aussi en hauteur. Donc, c’est le technicien des lignes qu’on qualifie à monter les poteaux téléphoniques. Et puis, étant donné qu’ils sont qualifiés, bien ils vont aussi monter des tours de télécommunication qui sont souvent 100, 200, 300 pieds de haut. Donc, c’est un métier très intéressant, très terrain, très demandant physiquement.

Capt Orton : Et évidemment, il y a les officiers. Quel rôle qu’ils ont dans tout ce projet-là?

Col Ali : Les officiers ont un rôle d’intégrer toutes ces différentes spécialités-là. L’officier va être responsable de comprendre la menace lorsqu’on se déploie. L’officier va être responsable de comprendre le mouvement des unités militaires sur le terrain. L’officier va être responsable de la planification avec les autres partenaires qu’on a et de bâtir des plans, finalement, qui vont intégrer toutes ces différentes spécialités-là. Et tu sais, quelque chose qu’on fait, tu sais, au niveau du cours élémentaire, le cours de base pour les officiers, c’est qu’on enseigne le principe de PACE. On s’assure de toujours avoir un moyen primaire alternatif de contingence et d’urgence pour chaque lien. Donc, c’est un peu l’acronyme PACE. Le E à la fin, c’est Emergency en anglais.

Capt Orton : Oui, c’est ça.

Col Ali : Mais, c’est le rôle de l’officier des transmissions. C’est de s’assurer que même si tu perds un lien, bien tu vas en avoir un autre qui va embarquer.

Capt Orton : Tout cela étant dit, parlez-nous un petit peu des cousins, les métiers supplémentaires qui sont attachés peut-être aux transmissions, mais c’est pas des transmissions.

Col Ali : Oui, donc j’aime penser à ces métiers-là comme un petit peu nos cousins éloignés. Donc, il y a deux métiers avec qui on travaille étroitement. On a les cyberopérateurs et les spécialistes du renseignement d’origine électromagnétique, communément appelés spécialistes SIGINT.

Capt Orton : Oui.

Col Ali : Donc, le rôle de ces deux métiers-là, finalement, sans rentrer trop dans le détail, parce qu’il y a beaucoup de ce qu’ils font qui est classifié, leur rôle, c’est de nous aider à protéger nos communications. Donc, au niveau de l’Armée canadienne, on a beaucoup de capacités de cybersécurité, on s’assure que nos moyens sont sécures avec de l’encryption, et cetera. Le cyberopérateur puis le spécialiste du renseignement en origine électromagnétique, SIGINT, vont nous aider à détecter l’ennemi si l’ennemi se retrouve sur nos réseaux ou sur nos réseaux déployés, et ils vont nous aider à défendre finalement nos capacités.

Capt Orton : Est-ce que vous pouvez peut être nous décrire maintenant l’application en opération comme qu’est-ce que ça a l’air sur le champ de bataille ou dans une opération, disons, un soutien de quelque sorte?

Col Ali : Oui, c’est difficile de répondre à cette question-là, Adam, parce que je te dirais que chaque opération est différente pour le Corps des transmissions royales du Canada.

Capt Orton : Right.

Col Ali : On a de la doctrine, mais moi, l’analogie que j’aime utiliser là, c’est imagine-toi genre une grosse boîte de Lego. OK? La différence, c’est qu’il n’y a pas d’instructions. On ne sait pas comment trop assembler ce set de Lego là. Il n’y a même pas d’images sur la boîte de l’étoffe finale, à qu’est-ce que c’est supposé de ressembler. Et puis, chaque bloc représente une capacité différente : des serveurs, des logiciels, des radios, des réseaux satellitaires, etc. Puis, pour chaque déploiement, il faut comprendre le terrain, il faut comprendre l’ennemi, il faut comprendre les forces amies. Puis les forces amies, c’est pas juste les éléments de l’Armée canadienne avec qui on se déploie. C’est souvent des forces multinationales de d’autres pays. C’est souvent des forces civiles, la force policière, avec qui on doit communiquer et échanger.

Et nous, la job d’un signaleur, finalement, au niveau de la planification, c’est de prendre tous ces petits blocs de Lego là, puis de bâtir un système de communication qui est conçu pour ce théâtre d’opérations.

Capt Orton : J’imagine certainement que vous avez eu l’expérience dans votre carrière où vous avez joué avec le set de Lego comme tel?

Col Ali : Ça me fait penser à mon déploiement en Haïti en 2010 suite au tremblement de terre qui a frappé le pays. Donc, toute l’infrastructure civile a été, bien une bonne partie a été détruite par le tremblement de terre. Même les réseaux téléphoniques marchaient à peine, les réseaux cellulaires, fait qu’on avait de la misère même à communiquer avec des téléphones cellulaires. Haïti, c’est un pays montagneux. C’est vraiment des chaînes de montagnes partout, partout, partout. Donc, on avait des obstacles aussi au niveau du terrain. On est arrivés là, puis en dedans d’une semaine, la job, c’était de bâtir un réseau qui va relier toutes les villes principales où on avait des forces armées canadiennes déployées et de parler aussi avec les éléments de la marine qui étaient au large et de parler avec les éléments de l’aviation. Donc, on avait énormément d’appui de l’aviation, des hélicoptères qui transportaient des troupes et des équipements à travers le théâtre. On avait déployé, je pense, sept postes de retransmission automatique, fait que ça, ce que c’est là, c’est un véhicule avec des radios qui, leur job, c’est de retransmettre un réseau radio pour étendre la portée. Donc, étant donné que l’Haïti, c’est un pays montagneux, on avait sept détachements composés d’un caporal-chef et deux caporaux qui avaient comme mission de trouver une montagne en quelque part assez haute pour nous permettre de fournir une couverture à travers le pays au complet.

Et c’est quelque chose qu’on a réussi. Puis ces détachements-là, bien, ils étaient responsables de leur défense. Ils étaient responsables de monter les montagnes, d’amener assez d’eau et de nourriture. On avait évidemment des convois logistiques qui allaient resupplyer, mais c’était un travail intéressant pour nos jeunes membres.

Capt Orton : Puis, on sait tous que ce n’est pas juste ça que vous avez fait. Je pense que vous avez eu un déploiement en Afghanistan aussi. Comment est-ce que les opérations de combat sont différentes de votre expérience à Haïti?

Col Ali : L’Afghanistan, c’était l’endroit où j’ai vraiment compris l’importance de mon métier. J’étais, à l’époque, en 2007-2008, j’étais l’officier des transmissions d’un groupement tactique, le 3e Bataillon, Royal 22e Régiment. Et puis, mon rôle, c’était pas seulement de fournir des communications aux éléments du groupement tactique, mais d’assurer des liens avec les forces alliées. On avait des drones, nos propres drones, les drones américains et autres partenaires. On avait des hélicoptères, des avions qui venaient en appui aux troupes sur le terrain. Et, vraiment là, en Afghanistan, c’est là que j’ai compris que les communications, quand ça marche pas là c’est pas seulement un irritant technique. T’es assis derrière ton bureau ici, à Ottawa.

Capt Orton : Ouais.

Col Ali : Quand ton ordinateur marche pas, qu’est-ce que tu fais? T’appelles le Help Desk.

Capt Orton : Ouais, c’est ça.

Col Ali : Mais en combat, c’est pas la même chose. Un moyen de communication qui tombe, ça peut coûter des vies. Et puis, un soldat qui est blessé, par exemple, où on ne peut pas demander une évacuation médicale, bien il y a des conséquences extrêmement sévères. Et puis, ça se rapporte un peu au principe PACE dont je parlais tantôt, de s’assurer qu’il y a toujours un moyen de communication disponible pour la force déployée. Je pense, pour répondre à ta question, c’était un déploiement extrêmement complexe, extrêmement demandant pour les signaleurs déployés. On avait des signaleurs déployés vers l’avant. Donc, il y avait des petites montagnes en Afghanistan, à Kandahar. Il y en a une en particulier, FOB Masum Ghar.

Capt Orton : Ouais, c’est ça. Un petit bol de montagnes?

Col Ali : Un petit bol de montagnes avec une petite butte, en fait, une petite colline. Et puis, en haut de cette colline-là, on avait notre poste de retransmission automatique principal. Il y avait toujours des antennes sur cette montagne-là et on avait beaucoup, beaucoup de signaleurs. C’était un petit peu un poste de commandement avancé pour le commandant du groupement tactique. Et puis, on avait d’autres éléments aussi déployés. Donc, partout où tu as des forces qui opèrent, tu vas retrouver des signaleurs. On est vraiment un métier qui se déploie vers l’avant. Le déploiement, c’est la raison d’être un petit peu, c’est d’appuyer les commandants, les éléments en avant. Puis ça, on l’a vu en Afghanistan.

Capt Orton : Puis en fait, si je pense comme fantassin, mon but, c’est de détruire les aspects de commandement et de contrôle ennemis pour les démoraliser, pour qu’ils perdent leur coordination. Donc, quand vous parlez de la menace d’un côté de transmission, c’est effectivement de pas perdre ces liens-là de notre côté, right?

Col Ali : Je peux te parler, Adam, c’est un point très, très important que t’amènes, qu’on a appris en fait du conflit entre l’Ukraine puis la Russie. Lors de l’invasion en 2022, les premières cibles étaient des postes de commandement.

Capt Orton : C’est ça.

Col Ali : Donc, il y a eu des douzaines de postes de commandement russes qui ont été ciblés par les forces ukrainiennes et aussi vice versa. Pourquoi? Parce que c’est des cibles qui sont très faciles à détecter. Tu vas souvent entendre les gens parler d’un champ de bataille transparent aujourd’hui. Étant donné qu’on a énormément de capteurs de données, on les voit tout de suite, les postes de commandement. Et ils sont très faciles à cibler. Et c’est très important pour les opérations militaires, parce que les postes de commandement, c’est quoi finalement? Ça regroupe ton commandant et tout l’état-major, le cerveau finalement de l’opération. Et on a beaucoup appris des leçons de ce conflit-là qu’on a appliquées dans l’Armée canadienne. Donc, qu’est-ce qu’on a fait? En réponse, c’est qu’on a virtualisé notre poste de commandement, un peu comme ce qu’on avait fait pendant la pandémie. Pendant la pandémie, on ne pouvait pas regrouper le QGDN tout à la même place. On fait la même chose sur le champ de bataille en employant des moyens de communication qui nous permettent de décortiquer un peu le quartier général en plein de petits éléments qui sont capables de se parler à travers des réseaux informatiques, à travers des radios. Puis, ils opèrent comme s’ils étaient tous sous la même tente, mais la réalité, c’est qu’ils sont séparés de plusieurs kilomètres, voire des dizaines de kilomètres.

Capt Orton : Qu’est-ce que vous venez juste de dire, ça me fait penser à un exercice que les Américains ont fait autour de 2010, où ce que les gens y allaient en exercice avec leur téléphone cellulaire. Puis, tu sais, ils s’envoyaient des textos, ils textaient à la maison, ils regardaient des vidéos. Puis, ils se faisaient observer par leur signalisation, le mouvement de tous les soldats. Donc, plus tard, ils ont fait un autre exercice, puis c’était obligatoire que personne n’avait leur téléphone cellulaire. Aucun droit à quelque chose de privé de signalisation en termes d’exercer la capacité de faire des patrouilles, faire des tâches où ce qu’ils ne pouvaient pas se faire détecter.

Col Ali : Absolument. C’est un point très important. On en parle souvent dans le cadre des transmissions et de plus en plus, je pense que tous les soldats de l’Armée canadienne doivent avoir une appréciation pour les risques associés, tu sais, avec certaines applications qu’on a sur nos téléphones intelligents, parce que ces applications-là sont pas nécessairement des applications de compagnies canadiennes. On va laisser ça là là, mais…

Capt Orton : Vous mettez votre chapeau de cyber en ce moment.

Col Ali : Exactement, exactement. Donc, il faut vraiment se méfier. L’idée là, c’est de s’assurer que toute l’information qui se rapporte en opération militaire soit protégée et qu’on ne mette pas en danger la force ou la protection de la force, ou on n’augmente pas le risque à la à la force en employant des moyens de communication qui sont pas sécurisés. Et puis, nous, dans le fond, là, quand on se déploie en zone de combat, par exemple, on utilise nos propres moyens. On n’emploie pas vraiment les moyens de communication civils. Lorsqu’on se déploie, on vient avec notre propre infrastructure, nos propres centres de données, tu sais finalement tout ce qui est en arrière de ton téléphone intelligent, les centres de données, le filage, tout ça au niveau civil. Mais nous, notre rôle, c’est de répliquer ça sur le champ de bataille.

Capt Orton : Comment est-ce qu’on gère le niveau de complexité associé à la technologie en termes de réparation? Parce que, dans un champ de bataille moderne où on a des téléphones intelligents, puis des ordinateurs, c’est peut-être moins facile dans un environnement de champ de bataille de régler des problèmes avec ces choses-là que, disons, un drapeau où tu fais juste en faire un autre.

Col Ali : Certainement, la complexité continue à augmenter dans notre domaine. Par contre, je te dirais, Adam, que les capacités sont de plus en plus modulaires. Donc, même si les systèmes sont plus complexes, on est capables quand même d’être très efficace pour régler des problèmes, puis, tu sais, réparer nos systèmes, parce que de plus en plus, les différentes capacités peuvent être retirées du système, remplacées rapidement. Puis ça, tu sais, un exemple de ça, c’est un peu comment on procède pour virtualiser nos réseaux informatiques. Donc, de plus en plus, t’as pas besoin nécessairement de déployer, tu sais, une boîte vers l’avant pour fournir un réseau informatique. Ce que tu peux faire, c’est de garder le même serveur vers l’avant et simplement, à travers un nuage, remplacer la machine qui est virtuelle. Donc, sur la même boîte en avant, tu peux avoir plusieurs réseaux. S’il y en a un qui flanche, il n’y a pas de problème. On fait juste deleter l’image de ce réseau-là, puis uploader un nouveau.

Capt Orton : Ouais.

Col Ali : Aussi simple que ça. Bien, c’est un peu plus complexe, mais c’est ma façon de l’expliquer.

Capt Orton : Il pourrait probablement faire juste un balado à ce sujet-là, à lui-même.

Col Ali : On peut passer des heures à parler de ça, je pense, ouais.

Capt Orton : On voit que la technologie évolue extrêmement rapidement. Disons, on parlait d’intelligence artificielle ou même des systèmes informatiques basés sur des nuages. Ça, c’est tout extrêmement récent. Comment est-ce que le Corps des transmissions maintient leur capacité de soutenir ces nouvelles technologies quand que ça bouge tellement vite?

Col Ali : Bien, je pense, un élément clé, c’est l’entraînement. On met beaucoup, beaucoup d’investissement dans l’entraînement qu’on fournit à nos signaleurs. L’autre élément clé, c’est on travaille étroitement avec nos partenaires, avec les autres nations, puis on apprend ensemble. On est constamment en liaison avec les autres armées pour apprendre de leurs leçons et de voir un petit peu qu’est-ce qu’on peut appliquer de notre côté. Il y a beaucoup de nos systèmes qui sont bâtis dans des forums multinationaux parce qu’on doit être interopérables. Et puis, un autre élément que je rajouterais aussi, c’est qu’on travaille aussi étroitement avec l’industrie. Il y a beaucoup de ces technologies-là qui sont bâties, qui sont conçues dans l’industrie et on a différents moyens de travailler avec l’industrie pour se garder au courant.

Capt Orton : Pouvez-vous nous donner un exemple?

Col Ali : Un exemple, je te dirais, Adam, tu sais, à toutes les fois qu’on a un exercice majeur, on va inviter l’industrie pour qu’ils viennent observer un petit peu ce qu’on fait, pour qu’ils puissent comprendre un peu les besoins opérationnels. Tu sais, on a une armée un peu différente de l’armée américaine, par exemple, où tu sais, l’armée américaine peut vraiment influencer directement l’industrie pour qu’ils puissent, tu sais, développer des capacités qui sont disponibles ou qu’ils peuvent acheter rapidement et intégrer rapidement. Nous, étant donné notre grosseur, on a moins d’habilité ou de capacité d’influencer l’industrie de la technologie de l’information. Donc, ce qu’on fait, c’est qu’on va les inviter pour qu’on puisse discuter, puis ça, c’est vraiment les signaleurs sur le terrain. On leur donne cette opportunité-là d’expliquer à l’industrie c’est quoi que ça leur prend pour être plus efficaces, pour pouvoir mieux faire leur job, pour pouvoir mieux déployer leur poste de commandement. Et c’est quelque chose de peut-être un peu unique dans notre contexte, dans le Corps des transmissions royales du Canada. On a un besoin de faire ça, de maintenir ce lien-là avec l’industrie, à cause justement que la technologie change tellement, tellement vite.

Capt Orton : Parlez-nous un petit peu de la formation. Comment est-ce que les gens deviennent signaleurs? Qu’est-ce qu’ils ont besoin pour participer à l’expérience de transmission?

Col Ali : Donc, la première étape, c’est l’étape commune, l’École des recrues à Saint-Jean-sur-Richelieu. Ça, c’est un cours de trois mois, généralement. Après, pour les membres du Corps des transmissions, ils vont être mutés à l’École des communications et de l’électronique des Forces canadiennes à Kingston. Et puis là, le cheminement va dépendre du métier parce que, pour chaque type de signaleur, il y a un cheminement un peu différent. Ça peut aller de trois mois de formation jusqu’à un à deux ans de formation, dépendamment de la spécialité. Et puis, l’entraînement a pour but de préparer un signaleur pour jour un sur le terrain dans une unité de l’Armée canadienne.

Et ensuite, lorsque le membre est muté dans son unité d’appartenance, cette personne-là peut s’attendre à recevoir d’autres entraînements sur les équipements spécifiques dans chacune de ces unités-là. Pourquoi? La raison de ça, c’est que chaque unité a des capacités de communication différentes, même si c’est un peu le même système de formation au début, pour apprendre le métier, on doit se spécialiser pour l’environnement où on va commencer à travailler.

Capt Orton : Et du côté des officiers, qu’est-ce qu’on recherche en termes de diplôme ou d’expérience? C’est quoi?

Col Ali : Ça, il y a eu beaucoup, beaucoup de changements dans les dernières années pour les officiers. Dans le passé, on était ouverts à accepter des officiers qui avaient un background académique de toutes sortes de diplômes différents. Mais aujourd’hui, on cherche principalement des gens qui ont un diplôme en sciences, technologie, ingénierie ou mathématiques. Le pourquoi de ça, c’est que, bien premièrement, nos capacités technologiques évoluent, puis pour résoudre le type de problème auquel on est confrontés aujourd’hui, il faut avoir un background un petit peu scientifique, un peu d’ingénierie pour concevoir, visualiser le type de système, puis le déploiement, puis l’intégration des différents systèmes sur le champ de bataille.

Capt Orton : De votre côté, quel aspect de l’expérience des transmissions est-ce que vous vous identifiez le plus? C’est quoi la meilleure partie, quant à vous, d’être dans l’environnement des transmissions?

Col Ali : Bien, mon expérience personnelle, Adam, ce que j’ai aimé de mon métier, c’est ça demande pour un officier des transmissions, là, il faut que tu comprennes un petit peu de chaque métier. Donc, notre job, étant donné qu’on soutient l’infanterie, le blindé, l’artillerie, les éléments de logistique et qu’on travaille avec tous nos partenaires, bien il faut qu’on comprenne ce que tous ces éléments font sur le champ de bataille. Donc, ça fait de nous, pas juste des experts techniques, mais on est vraiment dans le cycle de planification au niveau des opérations, au niveau tactique, opérationnel, stratégique. Puis ça, j’ai vraiment adoré ça. Tout au long de ma carrière, j’ai travaillé très, très, très près des opérateurs. Je me souviens, en Afghanistan, j’étais toujours impliqué dans le cycle de planification. Pourquoi? Parce que si les communications ne fonctionnaient pas pour une opération X, bien il y a rien qui pouvait se déployer. J’ai travaillé dans les forces spéciales, et puis, mon commandant d’unité à l’époque, il m’a dit quelque chose que je n’oublierai jamais. Il m’a dit « Tu sais, écoute, il y a beaucoup de choses qui se passent ici. Il y a beaucoup de déploiements. On est très, très occupés, mais sache qu’il n’y a absolument rien qui peut partir sans éléments de transmission. On ne peut pas rien faire ici, dans les forces spéciales, sans signaleurs déployés en avant avec nous. » J’ai eu beaucoup de temps à réfléchir à ça, puis c’est quelque chose que pourquoi j’adore mon métier finalement, c’est qu’on est très, très impliqués.

[Musique commence]

Capt Orton : Bon bien je pense qu’on va finir ça là. C’est une bonne manière de finir.

Col Ali : Merci Adam.

Capt Orton : Bien merci d’avoir participé au balado.

Col Ali : Merci, ça me fait plaisir.

Capt Orton : Ça, c’était le colonel Bahir Ali, directeur des opérations du commandement cyber des Forces armées canadiennes. Moi, je suis le capitaine Adam Orton pour Le balado de l’Armée canadienne. Prenez soin de vous.

[Musique termine]