L’économie sociale en Outaouais et dans les Laurentides, une force de développement territorial.

Valérie Panneton, directrice générale, de la Coopérative de télécommunication d’Antoine-Labelle (CTAL) explique comment la CTAL répond au besoin d’accessibilité à l’Internet pour les personnes établies sur le territoire d’Antoine-Labelle. (https://ctal.ca/)

What is L’économie sociale en Outaouais et dans les Laurentides, une force de développement territorial.?

Cette série de baladodiffusion s’intéresse à des entreprises d’économie sociale de l’Outaouais et les Laurentides. L’objectif est de donner la parole à ces organisations afin de nous permettre de découvrir leurs activités, leur réalité et les enjeux auxquelles elles font face. Dans le cadre de la série, vous aurez la chance d'entendre le récit de huit entreprises d'économie sociale en plus de celui de la Coopérative de développement régional Outaouais-Laurentides et de la ville de Gatineau.

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Cette série de baladodiffusions s'intéresse à des entreprises d'économie sociale de l'Outaouais et des Laurentides.

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L'objectif est de donner la parole à ces organisations afin de nous permettre de découvrir leurs activités, leur réalité et les enjeux auxquels elles font face.

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Cette série s'insère dans le cadre d'un projet de recherche mené par Julie Bérubé et ses collègues, Marie-Laure Diot, Guy Chiasson et Thomas Colombat de l'Université du Québec en Outaouais, ainsi que Patrick Pilote et Andy Eisen du CEGEP de l'Outaouais.

00:00:37
Ce projet découle d'un partenariat avec la coopérative de développement régional Outaouais-Laurentide.

00:00:47
Julie: Bonjour, donc aujourd'hui, je suis bien heureuse de pouvoir discuter avec Valérie Panneton, directrice générale de la coopérative de télécommunications d'Antoine Labelle.

00:00:56
Julie: Valérie, bonjour et merci d'accepter de nous rencontrer aujourd'hui.

00:00:59
Valérie: Merci, bonjour Julie, ça me fait plaisir d'être là.

00:01:02
Julie: Alors pour commencer, est-ce que vous pourriez nous parler un petit peu de vous, votre parcours, puis ce qui vous a amené à la direction de la C-TAL?

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Valérie: Oui, en effet.

00:01:10
Valérie: En fait, je suis à la C-TAL depuis cinq ans maintenant.

00:01:13
Valérie: J'ai fait trois ans à la direction adjointe, puis maintenant deux ans à la direction générale.

00:01:18
Valérie: J'ai un parcours en communication-marketing, puis ensuite de ça, j'ai étudié en gestion des ressources humaines.

00:01:23
Valérie: J'ai travaillé dans la fonction publique en développement régional, en fait, principalement pendant une dizaine d'années.

00:01:30
Valérie: Et c'est là que je me suis rendu compte que j'avais vraiment un amour pour le développement, en fait, le développement des territoires, tout ça.

00:01:37
Valérie: Et quand le projet de la C-TAL a vu le jour dans la région, je me suis dit que c'était l'ultime projet de développement dans notre région.

00:01:44
Valérie: Puis j'ai tout de suite voulu embarquer dans cette aventure-là.

00:01:49
Valérie: Il y a eu une opportunité qui s'est présentée à un moment donné, puis j'ai saisi l'occasion.

00:01:55
Julie: Puis maintenant, est-ce que vous pouvez nous en parler un peu de la coopérative de télécommunication d'Antoine Labelle?

00:01:59
Julie: Là, nous, on utilise l'acronyme C-TAL.

00:02:01
Valérie: Oui, exact, la CETAL.

00:02:03
Valérie: Donc, la C-TAL est née en 2017.

00:02:05
Valérie: Donc, principalement, ça fait cinq ans qu'on est en opération.

00:02:10
Valérie: Donc, c'est vraiment à partir de 2019 qu'on a débuté l'offre de services.

00:02:15
Valérie: Donc, on a commencé à offrir des services de télécommunication.

00:02:18
Valérie: On offre principalement de l'Internet, de la téléphonie résidentielle et de la télévision maintenant aussi.

00:02:25
Valérie: La C-TAL est née en fait du besoin en Internet haute vitesse qu'on avait dans la région parce que même si aujourd'hui on ne s'en rend pas compte parce que ça fait partie de nos vies l'Internet, il y a quelques années dans la région d'Antoine-Labelle, on était cruellement en manque d'une connexion Internet stable et digne de ce nom.

00:02:46
Valérie: Donc, c'est comme ça que la C-TAL est née, d'un projet collectif comme celui-là.

00:02:50
Valérie: Aujourd'hui, on est rendu presque 35, 34-35 employés.

00:02:54
Valérie: On offre le service d'Internet, de téléphonie, et la télévision est en déploiement en ce moment.

00:02:59
Valérie: Donc, d'ici la fin de l'année 2024, on devait être en mesure d'avoir les trois services complets.

00:03:05
Valérie: Puis, on a environ, je vous dirais, 10 500 membres qui sont abonnés à nos services.

00:03:11
Julie: Puis, est-ce qu'il existe beaucoup de coopératives de télécommunications au Québec?

00:03:17
Valérie: Il y en a plusieurs.

00:03:18
Valérie: Ce sont des projets, en fait, je dirais plus marginaux.

00:03:23
Valérie: Notre objectif est de desservir dans des endroits où les grandes entreprises de télécommunications ne vont pas parce qu'il n'y a pas suffisamment de masse critique de clientèle pour qu'il y ait une profitabilité qui soit intéressante.

00:03:35
Valérie: Donc, dans ces endroits-là, le gouvernement a donné des subventions dans les dernières années et sont nées plusieurs coopératives de projets comme ceux-là.

00:03:42
Valérie: On doit être au moins une dizaine au Québec de coopératives ou d'organismes à but non lucratif, dépendamment des secteurs, qui offrent des services dans des régions, pour la plupart assez éloignées des grands centres.

00:03:55
Julie: Puis, est-ce que vous travaillez en collaboration avec ces autres organismes-là?

00:03:59
Valérie: Oui, oui, oui.

00:03:59
Valérie: On a même une fédération.

00:04:01
Valérie: En fait, il y a une fédération des coopératives en câblodistribution et télécommunication du Québec, la FCCTQ, pour son acronyme, qui nous permet en fait, ensemble, d'échanger sur nos réalités, d'être plus fort aussi, puis d'avoir une voix auprès du gouvernement.

00:04:19
Valérie: En comparaison, par exemple, à des grandes entreprises qui ont une voix très forte auprès des gouvernements, nous, en étant unis, ça nous permet de participer, en fait, puis d'avoir, par exemple, de rédiger des mémoires.

00:04:31
Valérie: Ça nous permet aussi de faire du regroupement au niveau de l'achat ou au niveau d'un partage de ressources, tout ça.

00:04:37
Valérie: Donc, on travaille vraiment en collaboration les unes avec les autres.

00:04:41
Julie: Merci beaucoup.

00:04:42
Julie: Est-ce que vous pouvez nous parler maintenant un peu de la création de la C-TAL?

00:04:45
Valérie: Oui, la C-TAL, en fait, c'est un projet qui est issu de la MRC d'Antoine Labelle.

00:04:51
Valérie: Donc, c'est la municipalité régionale de Comté qui regroupe 17 municipalités dans notre région…

00:04:57
Valérie: …qui, en fait, les maires, autour de la table du Conseil des maires, relevaient souvent la problématique liée à Internet haute vitesse.

00:05:05
Valérie: En fait, il n'y en avait pas de connexion Internet dans certains secteurs où, lorsqu'il y en avait une, elle était souvent très peu stable, très peu fiable.

00:05:15
Valérie: On parle vraiment de connexions très archaïques, souvent qui ne nous donnent même pas la possibilité, par exemple, de lire un courriel ou de transmettre des documents. Donc, vraiment pas d'efficacité à ce niveau-là.

00:05:28
Valérie: Et ça devenait un problème de plus en plus criant pour que les gens puissent s'installer dans la région, qu'ils puissent y travailler aussi.

00:05:36
Valérie: Puis même pour le développement des entreprises, tout ça.

00:05:38
Valérie: Donc, c'était un réel enjeu, en fait, pour le développement socio-économique de notre région.

00:05:45
Valérie: À l'époque, il y avait certaines subventions qui étaient disponibles.

00:05:49
Valérie: Entre autres, le programme Brancher pour innover, tout ça.

00:05:52
Valérie: Donc, il y avait le gouvernement provincial et le gouvernement fédéral qui octroyaient des subventions pour aider les municipalités à démarrer des projets de construction de réseau.

00:06:03
Valérie: Donc, ça a été comme ça, en fait, que la MRC s'est prise en main.

00:06:07
Valérie: Après avoir concerté des grandes entreprises de télécom qui ne, malheureusement, voulaient pas s'installer sur notre territoire parce que le réseau à construire était trop grand et la masse critique de clientèle à desservir n'était pas assez élevée.

00:06:20
Valérie: On parle d'un réseau d'à peu près 2000 kilomètres pour desservir entre 10 000 et 15 000 foyers.

00:06:26
Valérie: Donc, c'est très peu dense comme région.

00:06:31
Valérie: Donc, c'est ce qui a fait en sorte que la MRC s'est prise en main, qu'elle a décidé de se donner les moyens d'avoir une connexion fiable à Internet pour son propre développement.

00:06:41
Valérie: Ils ont déposé les demandes de subventions requises.

00:06:45
Valérie: Ils ont obtenu en fait tout près de 40, 40 quelques millions de subventions pour construire le réseau.

00:06:51
Valérie: Et collectivement, les citoyens d'Antoine-Labelle assumaient la portion restante de la dette via une taxe spéciale qui allait être perçue pendant 20 ans.

00:07:00
Valérie: Donc, c'est comme ça que le projet est né.

00:07:03
Valérie: La MRC, à l'époque, savait déjà qu'elle ne souhaitait pas prendre l'opération de ce réseau-là.

00:07:10
Valérie: Ils ont été l'initiateur du projet, mais ils n'avaient pas les ressources ni l'expertise pour être en mesure d'offrir les services de télécommunication.

00:07:18
Valérie: C'est donc à ce moment-là, donc là on est rendu à la fin de 2017, où la C-TAL, la coopérative de télécommunication d'Antoine Labelle, est née.

00:07:26
Valérie: Donc, pour opérer le réseau, pour l'entretenir et pour offrir les services aux citoyens d'Internet, de téléphonie et éventuellement de télévision.

00:07:36
Julie: Merci, c'est vraiment intéressant.

00:07:37
Julie: Donc, si je comprends bien, bon, les relations avec la MRC étaient très importantes.

00:07:41
Julie: Est-ce qu'elles sont encore importantes aujourd'hui?

00:07:44
Valérie: Oui, parce que la MRC est toujours propriétaire du réseau en tant que tel.

00:07:47
Valérie: Donc, l'infrastructure physique appartient à la MRC.

00:07:50
¨Valérie: Nous, la C-TAL, on en est l'opérateur.

00:07:52
Valérie: C'est sûr qu'on est aussi mandaté pour assurer l'entretien.

00:07:55
Valérie: Donc, tu sais, s'il y a un bris de câble s'il y a quelque chose qui survient sur le réseau, c'est vraiment entièrement la C-TAL qui en assume la responsabilité.

00:08:04
Valérie: Toutefois, là on est rendu justement à un point tournant, si je peux dire, où ça devient peut-être un enjeu cette proximité-là, parce que ça freine un peu la C-TAL dans son développement.

00:08:18
Valérie: Puis, ça amène une grande lourdeur administrative aussi du côté de la MRC de devoir continuer à avoir un œil puis à gérer cette infrastructure-là alors que nous, on est rendu une organisation mature qui est capable finalement d'assumer la gestion de tout ça.

00:08:33
Valérie: Donc, on est en discussion en ce moment avec la MRC dans l'optique d'une éventuelle transaction, une éventuelle vente du réseau au niveau de la C-TAL et que l'acétal devienne vraiment entièrement autonome dans sa prise de décision.

00:08:48
Valérie: C'est quand même un enjeu aussi d'avoir deux organisations qui prennent des décisions dans une organisation qui gère en fait des services.

00:08:59
Valérie: On s'entend aussi que la MRC, ce n'est pas sa mission d'offrir des services de télécommunications. Donc, et forcément, c'est au niveau de la prise de décision, justement, c'est quand même un certain enjeu, ça représente un certain enjeu que la C-TAL soit d'une quelconque façon contrôlée par la MRC.

00:09:21
Valérie: Donc, c'est vraiment ce qu'on souhaite, de pouvoir être vraiment pleinement autonome dans notre prise de décision et que la MRC puisse aussi se libérer un peu de la gestion associée à tout ce réseau-là.

00:09:35
Julie: Parlant d'autonomie, vous avez reçu des subventions initialement pour la mise en place du projet.

00:09:39
Julie: Est-ce que maintenant vous avez une autonomie financière?

00:09:42
Valérie: Oui, on a une autonomie financière maintenant.

00:09:45
Valérie: On a eu une subvention pour le démarrage de l'organisation.

00:09:50
Valérie: Ça fait deux ans à peu près que la C-TAL a réussi à reprendre le dessus de son endettement initial associé à son démarrage.

00:09:59
Valérie: Maintenant, on est entièrement autonome financièrement.

00:10:02
Valérie: On assume aussi les frais d'exploitation du réseau en payant, si on veut, un loyer.

00:10:07
Valérie: Donc, c'est une redevance, en fait, qu'on verse à la MRC pour qu'elle puisse entretenir son infrastructure.

00:10:13
Valérie: Donc, tu sais, c'est vraiment un signe que la C-TAL est non seulement en mesure d'offrir les services de télécommunication, mais aussi d'entretenir le réseau puis d'en assurer le maintien pour que le service aux citoyens demeure de qualité.

00:10:27
Valérie: Ça reste quand même une organisation qui est profitable, malgré le fait que, comme coopérative, ce n'est pas notre premier mandat, l'appât du gain.

00:10:37
Valérie: Ce n'est pas ce qu'on recherche à travers ce projet-là.

00:10:39
Julie: Puis, au niveau de l'organisation comme tel, ce serait quoi, selon vous, les forces les plus importantes?

00:10:53
Valérie: Je dirais qu'une des forces, c'est la proximité qu'on a avec la population.

00:11:01
Valérie: Déjà, le fait que ce soit un projet qui soit implanté par la région pour la région, ça fait que ceux qui travaillent à la C-TAL sont des citoyens qui ont vécu la problématique de l'Internet, qui ont vu la situation évoluer dans les dernières années.

00:11:19
Valérie: Ça fait vraiment que les gens ont un sentiment d'appartenance envers le projet et qu'ils croient en la mission aussi derrière le projet.

00:11:29
Valérie: Ce n'est pas tous les jours qu'une entreprise peut créer trente quelques emplois puis complètement révolutionner le développement d'une région.

00:11:41
Valérie: On le considère aujourd'hui comme quelque chose d'acquis, mais il faut savoir que ce projet-là est probablement un des plus structurants, sinon le plus structurant, que la MRC aura connu dans les dernières décennies.

00:11:55
Valérie: Ça a presque été aussi marquant que l'arrivée du train.

00:11:59
Valérie: C'est vraiment un développement majeur pour notre développement socio-économique.

00:12:04
Julie: Vous parlez de l'équipe de travailleurs autour de vous.

00:12:08
Julie: On entend beaucoup parler de pénurie de main-d'oeuvre.

00:12:10
Julie: Est-ce que c'est un phénomène qui vous affecte aussi?

00:12:14
Valérie: Plus ou moins, ce qui a été difficile à la C-TAL, ça a été qu'on créait une expertise dans la région qui était inexistante.

00:12:22
Valérie: Donc, le réseau qu'on opère, c'est un réseau de fibres optiques jusqu'à la maison, puis on n'avait jamais connu ça dans les Hautes-Laurentides.

00:12:30
Valérie: Donc, de prendre des gens de la région et de développer cette expertise-là, ça a été quand même un certain enjeu…

00:12:38
Valérie: ..un certain défi.

00:12:40
Valérie: Mais on a été très bien accompagnés pour le faire, puis on n'a jamais eu vraiment de difficultés avec le recrutement.

00:12:48
Valérie: C'est sûr que dans certains postes plus spécialisés, dans le domaine de la réseautique, par exemple, de l'informatique, tout ça, ce sont des métiers qui sont plus rares dans notre région.

00:12:58
Valérie: Donc, ça fait en sorte que même si en ce moment ces postes-là sont occupés, c'est des postes que je pourrais avoir beaucoup plus de difficulté à combler si jamais ces gens-là quittaient l'organisation.

00:13:08
Valérie: Mais on est quand même un peu pris aussi avec le fait d'être une petite équipe.

00:13:15
Valérie: C'est peut-être plus là le défi que vraiment la pénurie de la main-d'œuvre en tant que telle, mais le fait qu'on soit tout petit et qu'on ait un gros territoire à couvrir.

00:13:26
Julie: Vous parlez de défis, outre l'étendue du territoire face à la grosseur de l'équipe,

00:13:32
Julie: est-ce qu'il y a d'autres défis auxquels vous faites face?

00:13:35
Valérie: Oui, un des défis principaux, je dirais, dans les dernières années avec la pandémie, puis avec le besoin, en fait, on peut presque le qualifier d'essentiel maintenant.

00:13:48
Valérie: Tu sais, avoir une connexion Internet, ce n'est plus juste quelque chose qu'on fait pour du divertissement.

00:13:54
Valérie: On en a vraiment besoin.

00:13:55
Valérie: Ça a aussi amené une certaine hausse des attentes et des standards en télécommunications.

00:14:03
Valérie: Pour une équipe comme la nôtre, ça représente quand même un défi parce qu'on n'a pas les mêmes ressources pour répondre à ces attentes-là, puis on n'a pas les mêmes infrastructures non plus que, par exemple, dans un grand centre où on est avec des grandes entreprises qui ont des milliers d'employés, qui ont aussi des ressources, des réseaux qui sont extrêmement redondants.

00:14:24
Valérie: Il y a souvent plusieurs chemins pour assurer la connexion Internet à un domicile.

00:14:28
Valérie: Donc, même s'il y a un bris, même s'il y a une panne qui survient, la personne va probablement toujours avoir une connexion qui va être constante.

00:14:36
Valérie: Nous, notre réalité est un peu différente.

00:14:38
Valérie: On a un réseau qui est presque unique, donc qui est très peu redondant parce que le territoire est immense.

00:14:43
Valérie: Ce qui fait que quand il y a un bris, par exemple, un arbre qui tombe sur des câbles ou tout ça, je peux avoir des gens qui se retrouvent sans connexion pendant plusieurs heures, parfois plusieurs jours même, dépendamment de la nature du bris.

00:14:56
Valérie: Donc ça, c'est une réalité, je vous dirais, avec laquelle c'est difficile de « dealer », je dirais, au quotidien, vu la moins grande quantité de ressources à laquelle on accède.

00:15:06
Julie: Puis comment vous faites face à ces situations-là dans le quotidien?

00:15:11
Valérie: Le plus grand, la gestion des attentes, ça vient beaucoup avec la communication.

00:15:17
Valérie: C'est certain qu'on utilise beaucoup notre proximité, qui est une de nos forces, avec notre clientèle pour les sensibiliser à notre réalité, au fait que, par exemple, dans l'étendue de notre territoire, s'il y a des bris qui surviennent aux extrémités, on ne peut pas régler tout en même temps parce qu'on a, par exemple, une seule équipe.

00:15:36
Valérie: Donc, il y a beaucoup de sensibilisation puis d'éducation qui est faite à la population.

00:15:41
Valérie: Ça, c'est un des aspects.

00:15:43
Valérie: Puis l'autre aspect, évidemment, on n'a pas le choix parfois de faire appel à des ressources extérieures puis d'aller en impartition pour pouvoir nous venir en aide quand les situations sont trop graves ou qu'elles dépassent notre capacité à les surmonter dans un délai qui est acceptable pour notre clientèle.

00:16:01
Julie: Puis quand vous allez en impartition, est-ce que c'est auprès d'entreprises privées?

00:16:06
Valérie: Oui, la plupart du temps, c'est ce à quoi on a le plus facilement accès.

00:16:11
Valérie: Puis dans notre territoire aussi, ce n'est pas toutes les entreprises qui se déplacent dans notre territoire.

00:16:17
Valérie: C'est sûr qu'on a la réalité du déplacement aussi, de l'éloignement, donc c'est plus avantageux pour nous de travailler avec des entreprises qui sont plus près…

00:16:26
Valérie: …que de privilégier une entreprise peut-être qu'à une autre forme juridique, mais qui est des centaines de kilomètres plus loin.

00:16:33
Valérie: Mais ça arrive aussi parfois entre coopératives qu'on partage des ressources aussi.

00:16:38
Julie: Puis c'est quoi la perception des gros joueurs dans le domaine des télécommunications face à une coopérative comme la vôtre?

00:16:46
Valérie: C'est une bonne question.

00:16:48
Valérie: Je pense que pour celles qui sont présentes sur notre territoire-là, où on a un marché, je peux dire qu'elles nous observent parce que c'est certain qu'on a vu au fur et à mesure que notre développement s'est opéré, on a vu quand même des offensives marketing assez importantes lorsqu'on déployait un service.

00:17:11
Valérie: La réalité, c'est que comme on arrivait avec une technologie de fibre optique jusqu'à la maison et qu'il n'y en avait pas sur notre territoire, notre offre était quand même de meilleure qualité.

00:17:22
Valérie: Donc, l'adhésion a quand même été assez organique vers, je parle de la clientèle, vers nos services.

00:17:29
Valérie: Donc, il y a eu quand même un mouvement d'exode assez important des autres entreprises de télécom qui étaient présentes vers chez nous, et la concurrence a réagi quand même fortement avec des promotions ou avec une guerre des prix, chose que nous, évidemment, comme petits joueurs, on n'arrive pas à faire.

00:17:48
Valérie: Nos marges de profit sont beaucoup trop réduites pour qu'on puisse se permettre de faire la guerre avec un grand joueur en télécom.

00:17:54
Valérie: Par contre, je vous dirais que jusqu'à présent, l'impact que ça a eu pour nous, pour nos services, a été assez marginal.

00:18:01
Valérie: Au-delà de ça, les entreprises qui sont, je dirais, peut-être moins présentes dans notre marché, on est tellement petits pour eux qu'on est presque inexistants, en fait.

00:18:12
Valérie: Donc, on n'a pas beaucoup d'impact auprès d'eux.

00:18:15
Valérie: Donc, je pense qu'ils nous ignorent plus qu'autre chose.

00:18:30
Julie: On a parlé un peu des travailleurs un peu plus tôt.

00:18:32
Julie: Ce serait quoi les avantages pour un travailleur dans ce domaine-là d'aller travailler pour vous plutôt que pour une grosse entreprise en télécom?

00:18:41
Valérie: Une des choses, je pense, qui nous différencie, c'est nos valeurs.

00:18:46
Valérie: C'est sûr que la plupart des entreprises vont dire « on a à cœur notre service à la clientèle », tout ça.

00:18:53
Valérie: On va dire la même chose, on n'est pas très originaux de ce point de vue-là.

00:18:57
Valérie: Mais le fait qu'on ait cet engagement-là envers la mission de la C-TAL, que ce soit un projet, comme je le disais plus tôt, qui a vraiment amené un vent de changement majeur au niveau de notre développement socio-économique, Ça fait en sorte que les gens ont une réelle impression de changer quelque chose.

00:19:17
Valérie: Donc, on participe à quelque chose de très grand comme projet.

00:19:23
Valérie: Ça, je pense que c'est un des premiers avantages.

00:19:26
Valérie: Puis, la clientèle le ressent aussi.

00:19:28
Valérie: Étant donné que c'était un projet qui était tellement attendu dans la région, on était accueillis vraiment très favorablement.

00:19:36
Valérie: Donc, quand les gens voyaient nos véhicules circuler et qu'ils savaient qu'enfin Internet allait être disponible dans leur quartier, on avait énormément de commentaires positifs, chaleureux.

00:19:47
Valérie: Donc, ça a permis à l'équipe de vraiment sentir qu'ils faisaient une différence.

00:19:51
Valérie: Donc, ça, c'est un, je pense, un des éléments.

00:19:54
Valérie: Puis, étant donné que la C-TAL était inexistante.

00:19:59
Valérie: À l'époque, elle n'avait pas de marque employeure pour attirer les travailleurs potentiels.

00:20:06
Valérie: Donc, il fallait vraiment croire au projet pour venir travailler chez nous.

00:20:11
Valérie: Aujourd'hui, c'est autre chose.

00:20:12
Valérie: On a réussi à vraiment bâtir une réputation en tant qu'employeur de très grande qualité.

00:20:18
Valérie: Mais je pense qu'à la base, ça a vraiment été l'esprit derrière le projet qui a amené les gens à travailler chez nous.

00:20:23
Julie: Puis au niveau de vos membres, ce serait quoi leur implication dans l'organisation?

00:20:29
Valérie: Les membres sont en fait...

00:20:34
Valérie: Une des caractéristiques en tant que coopérative, c'est qu'on a un conseil d'administration.

00:20:37
Valérie: Donc, c'est certain qu'en ayant un conseil d'administration, on a des sièges pour nos membres utilisateurs.

00:20:43
Valérie: Puis, l'aspect coopératif aussi derrière la forme juridique de l'entreprise fait en sorte qu'il y a quand même une certaine participation des membres dans la prise de décision.

00:20:54
Valérie: Donc, à l'Assemblée générale, tout ça, il y a quand même des éléments sur lesquels on va consulter nos membres.

00:21:01
Valérie: L'autre élément, je dirais, c'est autant chez nos membres que chez nos travailleurs.

00:21:07
Valérie: C'est un des éléments qui nous caractérise aussi, dont je n'ai pas parlé plus tôt, mais c'est notre implication dans la communauté.

00:21:13
Valérie: C'est sûr que comme coopérative, on est très présent dans les différents villages ou municipalités dans lesquels on offre des services.

00:21:22
Valérie: Donc, ça permet à la population de venir à notre rencontre, de vraiment savoir à qui ils parlent quand ils appellent à la C-TAL.

00:21:33
Valérie: Ils peuvent demander de parler à une personne en particulier, ce qui est vraiment impossible dans une grande entreprise de télécom.

00:21:40
Valérie: Puis, ils voient aussi concrètement l'impact qu'on a dans la communauté parce qu'on participe à des événements, parce qu'on offre des dons, des commandites pour différents organismes.

00:21:50
Valérie: On fait du bénévolat aussi.

00:21:53
Valérie: Je pense qu'il y a comme cette espèce d'échange entre la communauté, puis les travailleurs de la C-TAL , qui est vraiment très riche, autant pour nos membres que pour nous.

00:22:06
Julie: Puis avez-vous vu, depuis les cinq dernières années, des retombées concrètes par rapport, par exemple, au nombre de commerces qui pourraient venir s'établir sur votre territoire, au nombre de citoyens qui viendraient décider de résider dans votre coin?

00:22:19
Valérie: Oui, je dirais qu’avec la pandémie, c'est sûr qu'il y a eu une montée du télétravail qui a été vraiment fulgurante.

00:22:27
Valérie: C'est un phénomène qu'on a observé partout à travers, j'imagine, le monde.

00:22:32
Valérie: Puis, ça s'est vraiment manifesté de façon très concrète chez nous.

00:22:36
Valérie: C'est certain que venir s'établir dans une région, si tu n'as pas accès à Internet alors que le télétravail est tellement rendu omniprésent dans nos vies, ça devient un petit peu difficile.

00:22:47
Valérie: Donc ça, ça a vraiment été quelque chose.

00:22:49
Valérie: On a eu un boom immobilier dans notre région qui est sans précédent.

00:22:54
Valérie: Au début du projet, en 2017, on visait 16 000 foyers à desservir.

00:23:00
Valérie: Puis aujourd'hui, en 2024, on est déjà rendu à 19 000 foyers potentiels.

00:23:05
Valérie: Donc, il y a là-dedans énormément de nouveaux développements immobiliers qui ont vu le jour et les gens sont intéressés à s'établir chez nous parce qu'Internet existe.

00:23:16
Valérie: Puis même chose au niveau des entreprises aussi.

00:23:19
Valérie: Opérer une entreprise auparavant, ça se faisait que dans les secteurs ou dans les noyaux villageois où il y avait une connexion Internet de qualité.

00:23:29
Valérie: Mais aussitôt qu'on s'éloignait un petit peu, pensons juste aux entreprises agricoles, aux fermes, aux érablières, il y en a plusieurs vraiment dans notre région…

00:23:39
Valérie: …qui n'avaient pas accès à Internet non plus.

00:23:41
Valérie: Donc, ça a changé vraiment la dynamique de leur organisation.

00:23:44
Valérie: Il y en a certaines qui ont vu une croissance, qui ont été en mesure d'amener leur entreprise à un autre niveau, ou même des entreprises qui pensaient peut-être fermer et qui ont pu survivre grâce à l'arrivée d'Internet, puis l'implantation des technologies que ça pouvait amener dans leur entreprise.

00:24:02
Valérie: Ça fait que c'est assez majeur comme changement.

00:24:05
Julie: Donc, dans le fond, vous êtes vraiment un moteur de développement socio-économique pour la région?

00:24:10
Valérie: Je le considère vraiment comme ça, juste en matière de création d'emplois.

00:24:15
Valérie: C'est déjà comme majeur, sans compter le développement immobilier, le développement entrepreneurial, puis tout ce que ça nous amène aussi comme perspective d'avenir.

00:24:26
Valérie: Parce que la C-TAL peut aussi encore se développer, diversifier son offre de services, puis aller développer des nouveaux marchés pour amener justement sa région encore autant technologiquement que socio-économiquement à un autre niveau.

00:24:44
Julie: Parlant maintenant du futur un peu, comment entrevoyez-vous pour la C-TAL?

00:24:50
Valérie: La C-TAL, j'espère, va devenir propriétaire du réseau.

00:24:55
Valérie: Ça, c'est, je pense, le plus grand souhait que je fais pour la coopérative, ce qui va lui permettre d'être autonome dans sa prise de décision, puis de pouvoir avoir une certaine indépendance aussi.

00:25:09
Valérie: Je vois aussi du développement de services.

00:25:12
Valérie: Je vois un impact de plus en plus grand dans la communauté. Aujourd'hui, étant donné que la C-TAL est encore en phase de démarrage,

00:25:21
Valérie: on est tout jeunes, on a quand même juste cinq ans d'opération.

00:25:26
Valérie: On commence à pouvoir concrètement avoir un impact dans notre communauté.

00:25:29
Valérie: Puis ça, c'est vraiment quelque chose qui tient à cœur autant à nos membres qu'à notre conseil d'administration, qu'à nos employés, de vraiment pouvoir faire un changement dans notre région en soutenant des projets, en ayant peut-être des fonds de développement, en ayant peut-être des initiatives diverses, autant avec le milieu de l'éducation, vraiment se rapprocher beaucoup de notre communauté et en concrétisant nos valeurs.

00:25:58
Valérie: Je vois aussi que la C-TAL soit pérenne dans le temps.

00:26:03
Valérie: Et ça, c'est quand même un défi pour une entreprise de cette taille-là, de cette forme-là.

00:26:10
Valérie: On le disait plus tôt, on n'a pas la même notion de rentabilité ou de profitabilité pour une coopérative que pour une entreprise privée.

00:26:19
Valérie: Donc, ça va représenter un défi de demeurer concurrentiel…

00:26:24
Valérie: …de suivre l'évolution technologique, aussi, qui a un rythme vraiment effréné, puis de toujours arriver à se tailler une place là-dedans, puis à rester vivant à travers ce projet-là, peut-être justement parce qu'on est différents.

00:26:40
Julie: Si on se tourne maintenant plus au niveau un peu plus global de l'économie sociale comme telle au Québec, bon, on a vu depuis les dix dernières années que l'économie sociale a eu une croissance très intéressante en sol québécois.

00:26:52
Julie: À quoi vous attribueriez cette croissance-là?

00:26:55
Valérie: Je dirais que j'ai l'impression que dans le XXe siècle, on avait beaucoup la notion justement de productivité derrière notre développement.

00:27:09
Valérie: À partir du XXIe siècle, on a commencé à être sensibilisés au manque de ressources de manière générale.

00:27:18
Valérie: On fait face, vous le disiez tout à l'heure, à des pénuries, même une crise de la main-d'œuvre en ce moment, mais aussi à une rareté des ressources, rareté des matières premières, difficulté d'accès à des équipements.

00:27:31
Valérie: Donc, je pense que l'économie sociale représente une manière créative, une façon créative de répondre à des besoins.

00:27:41
Valérie: Puis, je crois que la situation justement de cette rareté-là nous a amenés à revoir nos modèles d'affaires, puis à retravailler peut-être plus dans une optique justement communautaire notre développement social plutôt que pécuniaire.

00:27:57
Valérie: Ça reste qu'on peut avoir des projets qui sont rentables quand même, mais collectivement, on a des solutions qui sont beaucoup plus créatives à des besoins.

00:28:06
Valérie: Et je crois que ça, c'est un élément auquel l'économie sociale répond.

00:28:10
Valérie: On n'a pas le choix de s'adapter dans un contexte où on doit faire plus avec moins.

00:28:16
Valérie: Puis, se tourner vers nos communautés, c'est une richesse qu'on avait peut-être oubliée, puis qui était peut-être même là avant, mais là, on y revient, je dirais.

00:28:29
Julie: En tant qu'entreprise d'économie sociale, avez-vous accès à de l'accompagnement pour vous aider à vous développer comme organisation?

00:28:36
Valérie: Oui, on en a.

00:28:38
Valérie: Il y a eu même au départ du projet, il y a eu quand même différentes initiatives du gouvernement pour accompagner avec un espèce de programme de mentorat, si on veut, différentes entreprises.

00:28:50
Valérie: On avait accès par exemple à des banques d'art auprès de différents professionnels.

00:28:54
Valérie: Ce n'était pas nécessairement gratuit, mais le coût était moindre.

00:28:59
Valérie: Donc ça, ça nous a permis, nous à la C-TAL, de vraiment développer une entreprise de qualité et très crédible justement parce qu'on était accompagné par des professionnels.

00:29:13
Valérie: Puis comme on créait une expertise nouvelle dans la région aussi, on a eu accès quand même à plusieurs subventions au niveau de la formation, de la main-d'œuvre.

00:29:21
Valérie: Donc, il y a eu quand même pas mal d'accompagnement depuis le début du projet.

00:29:27
Valérie: Ça continue encore.

00:29:29
Valérie: C'est sûr que la coopérative, son défi, c'est qu'elle est entre l'entreprise privée.

00:29:35
Valérie: Elle n'est pas tout à fait un OBNL.

00:29:36
Valérie: Ce n'est pas tout à fait une entreprise privée non plus.

00:29:39
Valérie: Donc, il y a parfois aussi des défis, étant donné qu'on est profitable comme organisation, d'avoir accès à certaines aides gouvernementales,

00:29:48
Valérie: surtout quand on est mature, puis quand on génère suffisamment de revenus pour pallier à nos frais d'exploitation.

00:29:56
Valérie: Donc là, en ce moment, je dirais qu'on commence à peut-être avoir plus de difficultés à avoir accès à certaines aides, mais dans le cadre de notre démarrage, par exemple, ça a été vraiment très présent.

00:30:08
Julie: Je pense qu'on peut tous s'entendre pour dire que la C-TAL est un modèle de réussite en termes de coopératives qui œuvrent dans le domaine de l'économie sociale pour aider la communauté à se développer et à croître.

00:30:20
Julie: Valérie Panneton, merci beaucoup d'avoir partagé votre expérience avec nous.

00:30:23
Julie: Ça a été très intéressant.

00:30:25
Valérie: Merci beaucoup.