Le balado de l’Armée canadienne s’adresse aux soldats de l’Armée canadienne et traite de sujets qui les concernent. Les soldats constituent notre public cible principal, mais les sujets abordés pourraient s’avérer pertinents pour toute personne qui appuie nos soldats ou qui s’intéresse aux enjeux militaires canadiens.
[Musique commence]
Capitaine Adam Orton : Salut, ici capitaine Adam Orton avec Le balado de l’Armée canadienne. Où se trouve l’infanterie, il y a presque toujours son partenaire d’équipe, le Corps blindé. Le Corps blindé apporte une variété d’armes et de protection, généralement sous la forme de véhicules. Et bien que les chars d’assaut soient formidables, le Corps blindé a beaucoup plus à offrir. L’adjudant-chef Dave Hudon est le sergent-major de l’École des blindés à la Base des Forces canadiennes Gagetown. Il va nous expliquer tout ce qui a rapport avec les blindés. Bienvenue au balado!
Adjudant-chef Dave Hudon : Hey, merci de l’invitation!
[Musique termine]
Capt Orton : On a parlé des chars d’assaut sur le balado il y a déjà, mais, tu sais, dans le domaine moderne des blindés c’est pas juste des chars d’assaut. Qu’est-ce que le Corps blindé apporte au champ de bataille vraiment?
Adjuc Hudon : Bien, les grosses différences, et puis c’est là où est-ce qu’on va aller plus loin que le char d’assaut lui-même, c’est que le Corps blindé c’est plus large que ça. En gros, le Corps blindé, il repose sur trois axes majeurs qui se trouvent à être la puissance de feu, la mobilité et puis la protection. Mais ça peut être fait avec plusieurs véhicules, non seulement le char d’assaut. Évidemment, le char d’assaut, c’est lui qui est le fer de lance de ces actions-là. Mais on a d’autres véhicules aussi qui sont en mesure de faire ça. La grosse différence du blindé par rapport des autres métiers des armes de combat, c’est le fait que nous, on veut être capable de façonner l’ennemi ou de l’engager à travers ces trois éléments-là. Donc, utilisant la puissance de feu, la mobilité, puis la protection. Ça fait en sorte qu’on peut le faire avec d’autres véhicules. Entre autres, le « LAV 6.0 » (véhicule blindé léger 6.0, VBL) et puis le « TAPV » (véhicules blindés tactiques de patrouille, VBTP). On a bougé de notre ancienne doctrine où on était simplement de la reconnaissance. Donc, avant le Corps blindé, c’était seulement les chars d’assaut et puis la reconnaissance. On s’est rendu compte que la reconnaissance avait pas une posture assez agressive pour être capable de faire face aux défis du champ de bataille moderne. Donc, on a élargi notre mandat pour être capable de faire plus de tâches. Donc, c’est à dire qu’aujourd’hui on a ce qu’on appelle la cavalerie blindée. On a la cavalerie légère, moyenne et lourde. Et puis, la cavalerie blindée, bien, ça englobe les tâches de reconnaissance, mais à travers l’utilisation de la force plus musclée pour être capable non seulement de trouver l’ennemi, mais s’il faut l’engager, le détruire ou le façonner. Donc, c’est-à-dire, l’obliger à faire des choses que peut être nécessairement il veut pas faire à travers de notre puissance de feu. Puis ça on est capable de le faire avec pas seulement les chars, mais aussi des véhicules tels que le « LAV 6.0 » (VBL 6.0) et puis le « TAPV » (VBTP).
Capt Orton : Vous avez parlé de façonner l’ennemi, puis vous avez dit que qu’est-ce que c’est, c’est mettre l’ennemi dans une position où ce qu’ils vont faire quelque chose qu’ils veulent pas faire. Est-ce que vous pouvez peut-être décrire plus en détail comment que cette fonction-là est exécutée par le Corps blindé?
Adjuc Hudon : Eh bien, par exemple, on pourrait dire qu’on va avoir une zone où on veut encercler l’ennemi. Et puis souvent, bien mettons, on voudrait forcer l’ennemi à aller dans cette zone-là, on pourrait pousser des forces blindées à un endroit où ce qu’on pourrait appeler un entonnoir où l’ennemi voudrait s’engouffrer, on pourrait pousser des forces blindées à cet endroit-là pour forcer l’ennemi à faire un détour et puis à s’en aller dans une zone où là il pourrait être engagé par une de nos forces. Donc c’est ça façonner l’ennemi. S’il veut aller quelque part, on va le forcer à pas pouvoir aller là. Ça peut être fait de d’autres manières aussi, ça pourrait être fait en utilisant des champs de mines ou avec de l’artillerie, mais les forces blindées peuvent être aussi faites pour faire ça, pour l’empêcher d’aller quelque part, ou pousser l’ennemi dans un champ de mines ou le pousser vers une zone où il va avoir de l’artillerie. Donc, encore une fois, façonner l’ennemi, ça veut dire le forcer à faire quelque chose que peut-être était pas dans ses plans initiaux puis c’est pas ça qu’il voulait faire et puis qui vont nous permettre à nous d’accomplir nos objectifs.
Capt Orton : Et tout justement, quand on parle de l’artillerie, on travaille toute ensemble pour activer ces objectifs-là dans le sens que, peut-être l’artillerie moins mobile, beaucoup de puissance en termes de capacité de causer du dommage, mais aussi pas de protection ou très peu de protection, tandis que blindés beaucoup plus de protection, beaucoup plus d’agilité; l’infanterie beaucoup agile, mais très peu de protection, puis en utilisant toutes ces outils-là, c’est de même qu’on façonne l’ennemi comme vous dites.
Adjuc Hudon : Exactement. Puis évidemment, on travaille toujours dans un contexte, comme tu as dit, interarmes. C’est-à-dire que, bien, on va travailler de pair avec l’infanterie, avec l’artillerie pour s’assurer qu’on a un effet maximal sur l’ennemi lorsqu’on va travailler. Puis qu’on travaille toujours en coopération parce que l’infanterie fait des choses qu’évidemment les blindés peuvent pas faire, et puis c’est vrai pour toutes les métiers. Donc, c’est en travaillant ensemble qu’on fait la force de l’équipe. Évidemment, les chars d’assaut peuvent pas rentrer dans des « buildings » (bâtiments), peuvent pas rentrer dans des tranchées et puis, surtout, les chars d’assaut peuvent pas tenir le terrain. Parce que lorsqu’un char d’assaut arrête, c’est là qu’il devient plus vulnérable. Puis quand je dis char d’assaut, c’est les forces blindées en général, c’est aussi les « LAV 6.0 » (VBL 6.0). Mais lorsque des forces blindées s’arrêtent, s’immobilisent, c’est là qu’elles deviennent le plus vulnérables parce qu’ils sont susceptibles à des tirs d’armes antichars, à de l’artillerie eux autres aussi. Donc, il faut qu’ils soient en mouvement. Et puis, lorsqu’il faut tenir le terrain, évidemment, les chars d’assaut ont besoin des autres corps de métier, des autres armes de combat pour être en mesure de le faire, c’est-à-dire l’infanterie, l’artillerie, les ingénieurs.
Capt Orton : Est-ce que vous pouvez peut-être décrire un petit peu les différents niveaux d’équipements, puis comment qui sont appliqués en relation à eux-mêmes?
Adjuc Hudon : Ouais, eh bien, présentement, le Corps blindé comment on est configuré, c’est qu’on a trois configurations, si on peut dire. Donc, on a la cavalerie blindée, puis elle se divise en trois. La cavalerie blindée lourde, ça, c’est les chars d’assaut. La cavalerie blindée légère qui se trouve à être très large, ça part du Jeep, ça pourrait partir d’une moto ou d’une motoneige et puis ça va juste qu’au « LAV 6.0 » (VBL 6.0). Fait qu’un « LAV 6.0 » (VBL 6.0), c’est un véhicule blindé léger VBL. Donc ça, c’est toute la cavalerie légère. Et puis là où on n’a pas une certaine capacité présentement au Canada, c’est au niveau de la cavalerie moyenne, qui serait comme un char léger, si on veut. Comme ça serait comme un Leopard, mais beaucoup moins lourd qui est plus facilement aérotransportable. Et présentement, c’est pas une capacité qu’on a au Canada parce que c’est pas un équipement qu’on a. Par contre, les tâches sont les mêmes. Donc, on peut faire autant de la reconnaissance avec un char Leopard ou on peut faire des attaques avec un « LAV 6.0 » (VBL 6.0). Ce qui va changer, ça va être évidemment l’objectif qu’on va engager. On pourra pas attaquer des chars ennemis avec des véhicules légers tels que les TAPV (VBTP) ou avec un Jeep. Évidemment, ça fait du sens, les chars vont attaquer les chars. Par contre, on peut facilement attaquer une petite position démontée avec des TAPV (VBTP). Donc toutes les tâches sont les mêmes, ce qui va changer c’est les conditions, puis c’est ça qui va définir qui, qui va faire quoi.
Capt Orton : On parle beaucoup des plateformes différents, des chars d’assaut, des TAPV (VBTP), des « LAV 6.0 » (VBL 6.0), mais peut-être que des auditeurs ont pas dans leur tête qu’est-ce que ça a l’air. Est-ce que vous pouvez décrire les plateformes différentes?
Adjuc Hudon : Eh, bien oui, dans le fond on a plusieurs plateformes au niveau du Corps blindé comme on en a parlé. Fait que je vais commencer du plus petit au plus gros. Bien, on a le Jeep, on a le Mercedes G-Wagon, donc faut juste imaginer un Jeep vert avec une écoutille sur le dessus puis une mitrailleuse. Et puis très rapide, très mobile, peu blindé, mais qui est capable de se faufiler un peu partout, d’avoir une vision, puis encore une fois, très efficace lors des tâches de reconnaissance. On est encore dans la cavalerie légère. Après ça, on a le « TAPV » (VBTP), c’est un véhicule de patrouille et d’application tactique. Et puis ce véhicule-là armé avec un système télécommandé avec un lance-grenades automatique de 40 millimètres et puis une mitrailleuse coaxiale donc, une mitrailleuse de 7,62 millimètres, ce qu’on appelle la C6. Donc, c’est un véhicule à quatre roues, assez lourd, aux alentours de 35 tonnes et puis qui a une bonne mobilité, bonne protection, une puissance de feu on pourrait dire, plus limitée, mais qui est quand même très efficace pour faire les opérations de cavalerie légère. Ensuite, on a le véhicule qu’on appelle le « LAV 6.0 » (VBL 6.0), là on a un véhicule à huit roues motrices, blindé, armé avec une tourelle avec un canon de 25 millimètres et puis une mitrailleuse coaxiale de 7,62. Donc, faut penser comme un peu comme un « mini tank » (petit char d’assaut) avec des roues qui est blindé. Finalement, et puis là, on aurait le char d’assaut lourd qui se trouve à être le Leopard 2; on a trois variantes : le A4, le A4M et le A6 qui se trouve à être le char lourd armé avec un canon de 120 millimètres. Donc, c’est ce que les gens voient dans leur tête lorsqu’on pense à un char d’assaut, le véhicule avec un gros canon, une grosse chenille qui fait beaucoup de bruit, puis, tu sais, des gros, gros obus de 120 millimètres avec une mitrailleuse coaxiale. Encore une fois, quand on dit coaxial, c’est-à-dire une mitrailleuse qui est à côté, qui est en ligne avec le gros canon de 7,62 millimètres comme armement principal au niveau du char d’assaut.
Capt Orton : On parle peut-être un peu plus de comment on fonctionne. Vous dites, tout justement, le Corps blindé utilise des LAV ou des VBL, ou peu importe comment on veut les appeler, mais les fantassins mécanisés aussi utilisent les mêmes véhicules. C’est quoi la différence entre cette utilisation-là dans le contexte de blindés versus le Corps d’infanterie?
Adjuc Hudon : Encore une fois, la grosse différence est dans la priorité de nos actions, qui est sur les trois pieds dont j’ai parlé : puissance de feu, mobilité et protection. C’est-à-dire que le but du « LAV » (VBL) pour l’infanterie, c’est de transporter les troupes, de les débarquer au bon endroit et puis de leur fournir l’appui-feu nécessaire pour permettre, ultimement, les opérations débarquées. Le blindé, nous, c’est la puissance de feu embarquée qui est axée surtout sur la mobilité. Donc on est plus mobile, on n’est pas attaché à l’infanterie qui est nécessairement débarquée à terre. Nous, on peut plus bouger de manière rapide et efficace pour être en mesure d’avoir les effets sur l’ennemi. Par exemple, si l’infanterie a des troupes débarquées, les « LAV » (VBL) ont tendance à rester plus proches pour protéger l’infanterie qui est débarquée, tandis que les forces blindées, on peut facilement, carrément, les déplacer à un autre endroit pour, mettons, supporter encore l’infanterie, mais d’une autre manière. Donc, aller faire une force de flanquement ou aller plus en profondeur pour vraiment s’assurer que l’ennemi est pas capable de contre-attaquer sur l’infanterie, des choses comme ça. Donc on est plus mobile, plus flexible, plus rapide sur le champ de bataille, pas parce que l’infanterie est pas capable, mais parce que leur priorité, c’est de s’assurer de supporter le fantassin qui est à terre, qui a un travail crucial aussi, mais qui se trouve les opérations débarquées.
Capt Orton : Ça soulève une logique super importante, tant qu’à moi, que c’est facile d’oublier que, bien, on se dit « ah, c’est la même chose, devrait être capable de faire la même chose », mais c’est impossible d’avoir deux priorités numéro un. C’est facile de dire qu’on peut toute faire, mais en vérité, c’est quand qu’on a une priorité, on concentre sur la priorité.
Adjuc Hudon : Exactement. Et puis, tu sais, s’il fallait imaginer que, par exemple, une compagnie d’infanterie débarque ses fantassins et puis les « LAV » (VBL) sont envoyés pour faire d’autres choses. Et bien là, les fantassins au sol seraient vulnérables, il y a personne pour les protéger.
Capt Orton : Pour ceux qui connaissent peut-être leur histoire aussi en termes de cavalerie, on avait des archers, disons, à cheval qui avaient de l’armure légère qui étaient très rapides et mobiles. On avait la cavalerie lourde, disons, avec l’armure, des lances qui chargeaient sur le champ de bataille. Comment est-ce que ça fonctionne ces choses-là dans le contexte de l’armure ou des blindés modernes?
Adjuc Hudon : Ouais, donc ça, ça nous permet d’avoir une certaine flexibilité au niveau de nos forces de combat. C’est-à-dire qu’on on va pouvoir utiliser différentes forces pour réagir avec différentes menaces. Donc, tu sais, une menace plus lourde, bien on va pouvoir y adresser, bien, de la cavalerie lourde, puis des forces plus légères, bien, on va pouvoir envoyer de la cavalerie légère.
Capt Orton : Et aussi, il y a question de diversité en termes de, si on a juste des forces extrêmement lourdes, sont moins agiles et donc certains types de forces agiles peuvent, disons, les compromettre ou causer plus de problèmes. Donc, tout justement, avoir plusieurs options, ça permet d’avoir plusieurs options pour contrer des choses qui contrent nos options.
Adjuc Hudon : Ouais, bien c’est vrai. Puis toute dans la vie a un prix. C’est-à-dire que, bien, un véhicule plus lourd, bien, va consommer plus de ressources, plus de carburant, plus d’entretien, plus de pièces, plus de maintenance, plus d’obus. Et un véhicule plus léger, bien, il est plus agile, il est plus rapide, consomme moins de ressources et plus facile à déployer. Plus facile à déployer aussi par avion, par bateau, coûte moins d’entretien, moins de maintenance, donc il permet d’être plus rapide, plus agile. C’est toute une question d’équilibre, de trouver le bon équilibre entre la ressource qu’on veut utiliser et puis ses forces et ses faiblesses.
Capt Orton : Tout justement, comme vous dites, les chars d’assaut, ça coûte cher, ça nécessite beaucoup d’entretien. Et, en ce moment, l’Armée est en train de regarder comment que nos ressources sont distribuées, qu’est ce qui est dans le processus de changer?
Adjuc Hudon : Bien présentement, on est en train d’adresser ce problème-là parce que les chars, c’est quelque chose qui consomme beaucoup de ressources puis c’est difficile à entretenir. Puis présentement, on a de la difficulté à avoir un bon taux de serviabilité des chars, de les garder en fonction pour qu’ils soient disponibles pour l’entraînement et les opérations. Donc on a trois régiments blindés au sein de la Force régulière au Canada et puis 18 régiments de la Force de réserve qui est répartie partout au travers le Canada, d’un océan à l’autre. Les régiments de réserve au Canada, ils effectuent les tâches de cavalerie légère. Donc, ils peuvent faire autant la reconnaissance ou les tâches de cavalerie avec les Jeeps qu’avec les « TAPV » (VBTP). Les trois régiments blindés de régulière, présentement, ce qu’on fait, c’est qu’on centralise les chars avec le régiment qui se trouve dans l’Ouest, le Lord Strathcona’s Horse (Royal Canadians) Regiment, communément appelé les Strathcona, qui se trouve présentement Edmonton. Donc, eux vont devenir le régiment de cavalerie lourde pour le Canada. Donc, toutes les chars vont être centralisés dans l’Ouest, en Alberta, à Edmonton. Et puis le champ d’entraînement se trouve à être Wainwright, aussi en Alberta. Les deux autres régiments blindés qui se trouvent à être le Royal Canadien Dragoons situé à Petawawa, et le 12e Régiment blindé du Canada à Valcartier, sont convertis en cavalerie légère. Équipés principalement avec des « LAV 6.0 » (VBL 6.0) et puis des « TAPV » (VBPT). Et puis eux autres vont s’acquitter des tâches de cavalerie légère. Et puis le RCD, le Royal Canadian Dragoons, eux possèdent aussi un escadron léger basé ici à Gagetown. Et puis le gros changement qu’il y a eu, c’est qu’ici, à Gagetown, le RCD possédait un escadron lourd de chars et puis cet escadron-là se déplace présentement pour être mobilisé à Edmonton et convertir l’escadron C ici à Gagetown du RCD en escadron de cavalerie légère.
Capt Orton : Donc, c’est sûr que ces changements-là vont peut-être avoir un impact sur l’exécution de l’entraînement. Qu’est-ce que ça va avoir de l’air en y regardant de l’avant?
Adjuc Hudon : Bien, présentement, au niveau de la cavalerie, ça change pas grand chose parce que nous, au Corps blindé, tout le monde est qualifié pour travailler au sein d’un escadron de cavalerie, peu importe qu’il soit léger, moyen ou lourd. Donc, un sergent du 12e Régiment blindé du Canada à Valcartier pourrait servir sur un char d’assaut. C’est pas un gros problème d’avoir ce sergent-là pour être en mesure de fonctionner. Les tâches sont pas mal les mêmes en termes de cavalerie, que tu sois de la cavalerie légère ou lourde, c’est pas mal les mêmes tâches. Ce qui change c’est la plateforme. Donc, le sergent de Valcartier, par exemple, et qui est habitué de faire la cavalerie légère a simplement besoin d’une petite mise à jour puis d’avoir les qualifications sur la plateforme, c’est-à-dire, dans ce cas-là, le Leopard, puis il sera en mesure de travailler au sein du char d’assaut. Donc, au niveau de nos tâches, au niveau du Corps, ça change pas grand chose à part le véhicule lui-même. Donc, ce qui change, c’est les boutons, la manière de faire fonctionner les systèmes, mais d’un point de vue tactique, les tâches sont très, très similaires, que vous soyez cavalerie légère ou lourde.
De plus, une partie que j’oubliais, on a aussi l’École du Corps blindé dont laquelle je fais partie ici à Gagetown et puis c’est nous ici qui fournissons l’entraînement pour l’essentiel du Corps blindé. Puis quand on parle d’entraînement, je parle principalement les qualifications que les membres du Corps blindé soient considérés tel quel. C’est-à-dire que, bon, pour devenir, par exemple, un mécanicien, bien, il faut que les membres des Forces canadiennes aillent à l’école des mécaniciens à Borden. Bien, c’est le même principe. Après avoir terminé leur cours de recrue de base à Saint-Jean, les membres viennent ici à l’École du Corps blindé et puis c’est ici qu’ils vont recevoir leur formation pour devenir des membres d’équipage. Et puis là, toute au long de ta carrière, bien, tu reviens ici. Et puis tu vas revenir pour faire ton cours de chef d’équipage qui va te permettre de devenir un sergent, les cours d’officier pour devenir des chefs de troupe et ainsi de suite tout au long de la carrière des membres de l’école blindée.
Capt Orton : Donc, on est en train de faire une préparation pour un déploiement en Lettonie ou, disons, augmenter notre niveau de participation en Lettonie au travers de l’opération REASSURANCE. Est-ce que vous savez qu’est-ce qui se passe particulièrement du côté du blindé avec ça?
Adjuc Hudon : Présentement, au niveau du Corps blindé, c’est un moment très excitant parce que on va déployer beaucoup de membres du Corps blindé en Lettonie. C’est présentement notre focus opérationnel au niveau de l’Armée canadienne, puis aussi au niveau du Corps blindé parce que, pour la première fois depuis l’Afghanistan, on va déployer des chars en théâtre opérationnel en Lettonie. Au total, on va déployer à peu près un escadron et demi de troupes blindées en Lettonie, c’est-à-dire un escadron de cavalerie légère, on pourrait aussi l’appeler l’escadron de reconnaissance, en Lettonie. Et puis environ une moitié d’un escadron de chars qui va être positionné en Lettonie aussi. Et puis ça, on prévoit que ça va être pour plusieurs années.
Capt Orton : Je sais que pour presque toutes les métiers, disons, il y a des informations, je dirais pas secrets, mais, tu sais, c’est 15-20 ans d’expérience nous donnent peut-être une perspective particulier, une connaissance particulier qu’on sait des choses que personne sait. Est-ce que quelque chose que les gens savent pas ou que c’est peut-être souvent mal compris au sujet du Corps blindé?
Adjuc Hudon : Bien, un petit caractéristique intéressante du Corps blindé, c’est que nos soldats, très tôt en carrière, ils ont une connaissance globale du champ de bataille à cause de notre mobilité, parce qu’on se déplace beaucoup sur le champ de bataille, on a tout le temps une vision large et puis une compréhension large du champ de bataille. Puis, aussi, dû au fait que nos soldats, la première chose qui se passe lorsque tu arrives au Corps blindé, c’est qu’on te met des écouteurs sur les oreilles et puis t’écoutes les radios. Donc, toutes les gens dans un véhicule blindé, contrairement à d’autres corps de métier où des fois, tu sais, t’es pas tout le temps au courant de toute parce que t’es trop occupé par tes tâches principales, nous, au Corps blindé, on écoute tout le temps les radios. Aussitôt que tu joins le Corps blindé, t’as des « headsets » (casque d’écoute) sur la tête et puis t’écoutes les radios, puis ça te donne une compréhension, dès le début, du champ de bataille puis ce qui se passe, des actions à plus grande échelle. Puis ça, ça fait en sorte qu’au Corps blindé, on est le seul corps de métier où un adjudant-maître est en commandement, un commandement tactique de quelque chose, c’est-à-dire que l’adjudant-maître blindé, le sergent-major d’escadron, commande l’échelon A1. L’échelon qui supporte, au point de vue logistique, son escadron vers l’avant. Puis ça fait vraiment un multiplicateur de force, parce que cet adjudant-maître-là, ce sergent-major-là, lui a vraiment une bonne connaissance du champ de bataille. Il y a l’expérience, puis ça permet aussi au commandant d’escadron, l’officier qui commande l’escadron, lui, ça il permet de focusser sur la bataille en avant. Et puis le sergent-major s’occupe des problèmes et puis des troupes à l’arrière pour s’assurer que l’escadron est maintenu en puissance, qu’il est capable de continuer vers l’avant et puis de se concentrer sur la bataille à venir ou les actions qui se produisent vers l’avant.
Capt Orton : C’est intéressant comme point parce que moi je viens du domaine des fantassins, puis pour nous le commandement, en termes des sous-officiers, c’est vraiment au niveau du sergent où est-ce que t’es en charge d’une section et ça c’est ton moment à être dans un poste de commandement. Donc, en plus de ça, au niveau des blindés, il y a d’autres places où est-ce qu’on a la capacité d’accepter puis exercer ses responsabilités-là, c’est sûr que c’est spécial.
Adjuc Hudon : C’est ça. Puis au Corps blindé, c’est vraiment super. Puis c’est pour ça que moi j’ai adoré ça. C’est un environnement où on donne beaucoup de latitude à nos gens, puis qu’on leur donne beaucoup d’autorité parce que, justement, pour avoir cette flexibilité d’action-là et cette mobilité-là, bien, il faut donner la confiance dans nos membres. Donc, au Corps blindé, aussitôt que tu deviens chef d’équipage, bien, t’es un commandant, tu commandes ton véhicule. Puis à partir de là, bien, au fur et à mesure de ta progression de carrière, bien, tes responsabilités ne font qu’une chose, c’est à dire augmenter au fur et à mesure que tu deviens plus compétent, plus à l’aise dans tes tâches. Lorsque tu deviens adjudant, non seulement tu commandes ton véhicule, mais t’es aussi le commandant adjoint de la troupe, si on veut, où là tu vas supporter ton officier de troupe, ton commandant de troupe, tu l’épaules et puis tu es prêt encore une fois à assurer le maintien en puissance de ta troupe. Donc c’est tout le temps un système comme ça qui suit et puis, évidemment, bien, tu culmines lorsque tu deviens adjudant-maître où tu commandes l’échelon A1 pour supporter à ce moment-là l’escadron.
Capt Orton : Je dirais aussi que pour, peut-être des observateurs non avertis, les chars d’assaut, tu sais, ça pas bien changé au travers des années, mais c’est sûr qu’avec la progression de la technologie, il y a des choses qui ont changé. Qu’est-ce qui sont les innovations qu’on a vues qui ont pris place dans le domaine du blindé, puis où est-ce qu’on s’en va avec ça?
Adjuc Hudon : Beaucoup d’innovations; les grosses innovations se trouvent, je dirais, à deux endroits principalement. C’est-à-dire les opérations de nuit. On pourrait dire que dans le dernier trente ans, toutes les systèmes de vision de nuit ont énormément augmenté avec la vision thermale, ça nous a permis de fonctionner autant de jour que de nuit au niveau des chars d’assaut. L’autre, la deuxième grosse innovation qu’on voit au niveau des chars d’assaut, c’est les systèmes de commandement et contrôle. Le Canada, on est encore en évolution là-dessus, on est encore en train d’intégrer des nouveaux systèmes, mais la plupart des armées, les chars maintenant, ont des systèmes informatiques à l’intérieur qui leur permettent, en temps réel, de recevoir des ordres, envoyer des ordres, envoyer les statuts du véhicule, donc combien que j’ai de munitions tirées, c’est quoi mon niveau de carburant, ce qui permet à toutes les échelons de commandement supérieur d’avoir une meilleure vision sur la mobilité des chars, où est-ce qu’ils sont rendus, puis quand est-ce, à quel moment ils vont avoir besoin d’être ravitaillés, qu’ils vont avoir besoin de ressources. Donc moi, à mon avis, c’est comme les deux plus grandes évolutions au niveau du char blindé.
Capt Orton : Bien j’ai vraiment hâte de voir où est-ce que ça s’en va. Ça risque d’être intéressant, surtout avec la Lettonie. Bien, merci beaucoup d’avoir participé au balado. On apprécie vraiment ça.
[Musique commence]
Adjuc Hudon : Bien merci beaucoup. C’était vraiment un plaisir, c’était vraiment une expérience le « fun » (amusant). J’ai beaucoup aimé cette discussion ouverte puis franche avec toi puis les auditeurs.
Capt Orton : Ouais, ouais. On essaie d’en faire plus, autant que possible. Ça, c’était l’adjudant-chef Dave Hudon, sergent-major régimentaire de l’École du Corps blindé royal canadien à Gagetown. Moi, je suis capitaine Adam Orton pour Le balado de l’Armée canadienne. Prenez soin de vous!
[Musique termine]