Le balado de l’Armée canadienne s’adresse aux soldats de l’Armée canadienne et traite de sujets qui les concernent. Les soldats constituent notre public cible principal, mais les sujets abordés pourraient s’avérer pertinents pour toute personne qui appuie nos soldats ou qui s’intéresse aux enjeux militaires canadiens.
[Musique commence]
Adjudant Guillaume Landreville : Le garage civil, votre vie va peut-être être plus stable, mais vous irez pas tirer du Carl Gustav, puis vous lancerez pas de grenades. Ça c’est pas des histoires que vous allez conter à vos chums, je vous le garantis.
Capitaine Adam Orton : Salut! Ici capitaine Adam Orton avec Le balado de l’Armée canadienne. L’Armée canadienne possède beaucoup de matériel et ça prend pas mal de monde pour s’assurer que tout fonctionne correctement. Ce travail-là tombe principalement au Corps du Génie électrique et mécanique royal canadien. L’adjudant Guillaume Landreville nous rejoint de Valcartier pour nous expliquer qui fait quoi et comment dans le Corps. Bienvenue au balado!
Adj Landreville : Capitaine, bonjour. Merci beaucoup pour l’invitation.
[Musique termine]
Capt Orton : Ça fait plaisir. Donc, je dirais peut-être pour définir comment que toute fonctionne, si on regarde les fantassins : ils courent partout, font exploser des choses. Tu sais, des cavaliers conduisent des chars d’assaut. Qu’est ce qui est unique dans le domaine des métiers du GEMRC?
Adj Landreville : Bien, le Corps du GEMRC, c’est le corps de l’Armée qui est responsable de la maintenance préventive puis corrective de l’équipement terrestre des éléments qu’on trouve dans les Forces armées canadiennes, donc Terre, Mer et Air. Comme on dirait « you break it, we fix it » (vous le cassez, on le répare). Fait qu’on est responsable de réparer de l’équipement et ça, ça va aller d’un taille-bordures jusqu’à un char d’assaut. Ce qui est vraiment unique à nos métiers, c’est la variété d’équipement sur lequel on est amené à travailler.
Capt Orton : Peut-être on peut parler des métiers différents qui se retrouvent dans le Corps. C’est quoi les métiers? Puis qu’est-ce qu’ils font?
Adj Landreville : On parle de 3 000 techniciens partout au Canada, 3 000 techniciens, des technologues et des ingénieurs. Ça c’est le Corps du Génie électrique et mécanique royal canadien qu’on va appeler le GEMRC. On parle d’environ 2 000 techniciens de véhicules, 400 techniciens d’armement, environ 400 techniciens en électronique et optronique, et environ 300 techniciens de matériel. Ce qu’il faut se rappeler, c’est qu’historiquement, on a vu naître le Corps du GEMRC à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, donc le 15 mai 1944 pour être exact. On avait de plus en plus d’équipements complexes, les chevaux étaient de moins en moins utilisés, on avait des véhicules à deux, à quatre, à six roues, des véhicules sur « track » (véhicules chenillés). Il y avait toutes les systèmes de radars et de télécommunications qui s’en venaient. Donc, l’Armée avait de plus en plus une grande variété d’équipement qui était encore plus complexe. Donc, il a fallu rassembler et donner la responsabilité à des techniciens et techniciennes, technologues et ingénieurs, le fardeau de réparer toute cet équipement-là, l’équipement terrestre de l’Armée. Voilà est né le Corps du GEMRC. Ce qui était avant environ 25 métiers a été rassemblé en quatre. Donc, comme j’ai dit, technicien de véhicules, technicien d’armement, technicien d’électronique et optronique, et technicien de matériel. Et aussi, depuis récemment, on a un nouveau métier. Donc, rendu au grade d’adjudant, on est ce qu’on appelle un technologue. C’est définitivement un poste de gestion. C’est d’avoir une bonne vision globale des quatre métiers, puis de pouvoir s’arranger pour que j’aie les ressources en place pour ces quatre métiers-là pour pouvoir accomplir le travail.
Capt Orton : Donc, peut-être, un à la fois, décrire un peu plus en détail, comme c’est quoi un technicien de véhicules?
Adj Landreville : Donc, technicien de véhicules. Moi de formation, je suis technicien de véhicules. C’est un mécanicien, en bon français. Suite à une formation à l’École du génie électrique et mécanique royal canadien à Borden, un technicien de véhicules va être amené à être « posté » (affecté) un peu partout au Canada et travailler sur de l’équipement qui va être très varié. Donc, j’ai eu la chance qu’on a travaillé avec la Marine à Esquimalt. J’ai travaillé sur des moteurs hors-bord. J’ai fait des inspections de sécurité pour de l’équipement de « rescue » ou de secours dans des sous-marins. J’ai travaillé sur des tondeuses, des « weed eaters » (tailles-bordures), alors que quand j’étais à Edmonton, j’ai eu la chance de travailler sur des « tanks » (chars d’assaut), des véhicules de type B, donc des véhicules à roues. Dernièrement, j’étais avec la Réserve, donc je « dealait » (faisait affaire avec) beaucoup avec des véhicules dédiés à la Réserve, comme ce qu’on appelle les « Mil COTS » (camions militarisés sur étagère), des bons vieux Chevrolet Silverado, des véhicules « MSVS » (systèmes de véhicule de soutien moyen) qui est dédié aux Réservistes.
Capt Orton : Et donc vraiment si ça l’a un moteur, en principe, un technicien à véhicules va travailler dessus.
Adj Landreville : Exactement. Donc ça l’ait une roue, huit roues ou des chenilles, si ça fait du bruit puis ça brûle de l’essence, il y a une bonne chance que ça tombe dans ma zone de responsabilités.
Capt Orton : OK, parfait. Puis ça semble peut-être évident, mais technicien d’armement, qu’est-ce que ça travaille dessus?
Adj Landreville : Bon, technicien en armement, ça va aller comme le véhicule tech, grande variété d’équipements. Donc, si on part du simple 9 millimètres à aller jusqu’à un canon d’artillerie, dépendamment d’où vous allez être « posté » (affecté), dans quelle unité vous allez être muté, c’est ça qui va définir un peu le type d’équipement sur lequel vous allez travailler.
Capt Orton : Et le technicien électronique et optronique?
Adj Landreville : Oui, donc, « EO tech », technicien électrique et optronique. Optronique, c’est quand on met ensemble de l’électronique et de l’optique, on appelle ça de l’optronique. Donc, technicien « EO tech », électronique et optronique. Ça, ce sont nos gourous de toute ce qui est système de visée, système thermal, toute ce qui est compliqué et qu’il y a beaucoup de transistors et de résistors sur nos véhicules qui ont de plus en plus de technologies, ça va être nos spécialistes, les techniciens, les bons vieux « EO tech » (tech EO).
Capt Orton : Et pas que j’ai des préférences spécifiquement, mais je dirais celui que j’ai eu plus de contact avec, c’est des techniciens en matériel. En termes des fantassins en tout cas, peut-être l’ami préféré de toutes les fantassins. Vous pouvez vous en parler un peu plus?
Adj Landreville : Les techniciens en matériaux, ce qu’on appelle les « MAT TECH » (TECH MAT), c’est les « jack of all trades » (toute-à-tout), Ça touche à du bois, ça touche à du métal, ça touche à du textile. C’est aussi les gens qui sont responsables de nos masques à gaz. Tester nos masques à gaz. Technicien en matériel, c’est la personne que vous allez chercher quand vous avez besoin de quelque chose qui existe pas ou que vous avez fait une gaffe, puis que vous avez besoin de quelqu’un pour la réparer.
Capt Orton : Ouais, justement ça.
Adj Landreville : On va les chercher quand les mécaniciens on essaie de faire un extraction de bolt (boulon), puis on a manqué notre coup, fait que là on va chercher les « MAT TECH » (TECH MAT). Pour vous donner un meilleur exemple, un de leurs test final à l’École, c’est de construire et « designer » (concevoir) quelque chose qui vont créer. Par exemple, ça peut être une boîte à lunch. Ça peut être un petit siège en métal de mécanicien. Mais un technicien de matériel, c’est capable de conceptualiser quelque chose, de le mettre sur papier et de le créer pour créer quelque chose qui est fonctionnel. Comment ça se traduit dans le monde réel? C’est moi j’ai besoin d’un « rack » (support) pour soutenir une transmission sur un véhicule que j’ai pas encore accès à cette pièce d’équipement-là. Je vais aller faire appel au « MAT TECH » (TECH MAT). Ce « MAT TECH » (TECH MAT)-là, il va être capable de créer, mesurer, découper puis me souder un composant que j’ai besoin. Si les pompiers ont besoin d’un « rack » (support) spécial sur le côté de leur véhicule pour « storer » (entreposer) des bonbonnes d’oxygène, mon « MAT TECH » (TECH MAT) va être capable de faire ça. Ils sont aussi en charge de tout ce qui est textile, donc toutes nos tentes passent aussi dans les mains du « MAT TECH » (TECH MAT).
Capt Orton : Ouais, un peu plus de créativité peut-être dans ce domaine-là.
Adj Landreville : Définitivement.
Capt Orton : Est-ce que peut-être expliquer pourquoi est-ce que c’est des emplois militaires à la place des emplois civils? Ou c’est quoi l’interaction dans le domaine militaire-civil? Je dirais, par exemple, pour réparer un moteur, pourquoi est-ce que ça prend un militaire pour faire ça?
Adj Landreville : Donc, la situation avec les civils est très variée d’un unité à un autre. Et ça, c’est dû par des positions qui existent ou qui existent pas dans certaines unités. Par contre, je dirais que la plupart des unités où j’ai travaillé avaient des techniciens en véhicules civils. Et puis c’est très bien d’avoir des civils parce que, comme on le sait, le train de vie militaire fait qu’on a des parades, on a des exercices, on n’est pas tout le temps là. Donc, les techniciens civils assurent une bonne continuité de la production dans les unités. Aussi, souvent, c’est des gars que ça fait 10/15/20 ans qui sont là. Puis ça assure la continuité de la mémoire institutionnelle à l’unité d’avoir des employés civils. Souvent, c’est des gars qui sont extrêmement compétents dans le champ, puis ça fait que c’est des gars qui sont des bons formateurs. C’est des gars qui sont contents de montrer comment ça fonctionne aux plus jeunes de la « gang » (groupe).
Capt Orton : Donc, on a couvert les métiers différents. Pour créer dans l’imagination des auditeurs, est-ce que vous pouvez décrire peut-être qu’est-ce que ça a l’air un atelier? Qu’est ce qui a de l’air l’environnement de travail de jour en jour dans un, disons, dans un bataillon de service ou dans un unité qui fait du travail sur de l’équipement?
Adj Landreville : Comment ça fonctionne? Toutes les quatre différents métiers : « VEH TECH » (TECH V), « weapons tech » (technicien d’armement), « EO TECH » (tech EO) et « MAT TECH », ensemble dans un atelier, bon, chacun va avoir leur bureau, leur espace de travail. Mais ce qu’il faut se rappeler, c’est qu’on travaille tous ensemble. Parce que les véhicules de plus en plus gros, de plus en plus technologiques, il faut le voir pas comme un Honda Civic. Un Honda Civic, je le prends mon char, je l’envoie au garage. La même « shop » (garage) va me faire un alignement, va me faire les freins, va me faire un « muffler » (silencieux), il y a pas de problème. Si on prend, par exemple, un VBL 6.0, c’est un gros véhicule. C’est complexe. Il faut pas le voir comme un « truck » (camion), faut pas le voir comme un véhicule, faut le voir comme une maison, un bâtiment. Votre maison, si le toit coule, vous appellerez pas un plombier. Si vous voulez faire de la tuile dans la salle de bain, vous appellerez certainement pas un électricien. C’est pour ça qu’on est divisé en quatre groupes. Donc, généralement, les premiers qui vont toucher à un véhicule sur une inspection annuelle, ça va être les techniciens en véhicules. On va enlever les roues, on va observer les freins, on va faire toute ce qui est réparation qui a besoin d’être fait immédiatement, toute ce qui est préventif, on va remplir nos feuilles d’inspection et de là on va savoir quelles réparations effectuer. Sur un « LAV 6.0 » (VBL 6.0), bien, il y a un canon de 25. Donc les techniciens en armement, ils vont venir vérifier les « bearings » (roulements) de tourelle, ils vont vérifier que l’armement fonctionne bien. Ensuite, toute ce qui est système de visée, bien, ça va être nos « EO TECH » (tech EO), nos techniciens en électronique et optronique, qui vont sauter là-dessus. Puis finalement les « MAT TECH » (TECH MAT), bien, ils vont venir nous aider à réparer ce qui a été crochi à gauche et à droite sur le véhicule.
Capt Orton : Des fois, c’est beaucoup aussi. J’ai déjà eu un expérience où ils ont tiré le moteur d’un « LAV 3.0 » (VBL 3.0). Puis, c’est assez imposant là, c’est pas petit quelque chose comme ça. C’est, je pense, un 12 cylindres, puis c’était la grandeur d’un petit char quand qu’ils ont tiré ça. Fait que c’est toute qu’un projet.
Adj Landreville : Ouais, effectivement, je vous garantis qu’un moteur de « LAV 6.0 » (VBL 6.0), ça rentre pas dans votre Honda Civic. Ceci dit, c’est très bien conçu. Donc, c’est conçu pour être changé rapidement au combat pour pouvoir remettre le véhicule en service puis le ramener sur le front. Donc, les véhicules a des « quick connect » (raccords à branchement rapide). Donc, je veux enlever les lignes hydrauliques, je veux enlever le système du liquide de refroidissement, c’est toute des « quick connect » (raccords à branchement rapide). Donc, je défais 3/4/5 « hoses » (tuyaux), j’enlève un « drive shaft » (arbre de transmission), je défais deux gros câbles électriques et, voilà, je suis capable d’enlever mon moteur. Donc, c’est pour ça qu’on appelle pas ça des moteurs, on appelle ça des « packs » (groupes moteurs) : c’est moteur transmission ensemble. J’enlève quatre « bolts » (boulons), un « drive shaft » (arbre de transmission », quelques « quick connect » (raccords à branchement rapide), des fils électriques, je suis capable de le sortir puis de le mettre dans le même trou. Un bon « team » (équipe) rodé qui sait où est ce qui s’en va, je vous garantis que dans moins qu’un heure on est capable de changer un moteur puis de le renvoyer sur la route.
Capt Orton : Donc, là, on parle de, c’est peut-être en garnison, où est-ce que c’est un petit plus « 9 à 5 », mais là on arrive en exercice surtout des exercices majeurs où est ce qu’il y a beaucoup d’équipement qui bouge. C’est sûr que la GEMRC, il y a des membres qui vont aussi assister à l’exercice. Qu’est-ce que ça a l’air dans un environnement peut-être un peu plus au milieu de nulle part?
Adj Landreville : Donc, dans un environnement d’exercice, ça va changer, mais ça va rester semblable. Chacune des équipes, on va se monter un garage ou un environnement de travail au sein du peloton de maintenance, on va voir notre petit coin de terrain pour monter notre camp. De là, ce qui va surtout commencer à varier rapidement, c’est les horaires de travail. Parce que bien sûr, si les véhicules sont utilisés toute la journée, quand ils rentrent à la maison le soir, c’est là que les équipes vont sauter sur les véhicules pour faire la maintenance. Donc, on s’attend de travailler de jour, de soir, de nuit ou l’ensemble des trois ensemble, ça c’est sûr. Quand on va en exercice, on va se pratiquer pour faire la guerre. Donc, vous allez avoir, par exemple, si je prends un bataillon d’infanterie, vous avez les « LAV » (VBL) qui sont en avant. Bon, ils sont sur la ligne de front, donc directement en arrière d’eux, vous allez avoir ce qu’on va appeler le A1. Dans le A1, vous avez un « fast pack » et un « slow pack », donc ceux qui bougent vite, puis ceux qui bougent moins vite.
Capt Orton : Ouais, c’est ça.
Adj Landreville : Donc, dans le « fast pack » (groupe rapide), vous allez avoir, par exemple, une remorqueuse, des ambulances. Donc moi, j’ai des gens qui sont détachés puis qui sont en avant. Leur « job » (travail), c’est quand un des véhicules de combat est pris ou est brisé, lui est capable de faire des actions rapides, d’aller le chercher, d’aller le réparer. À l’arrière de ça, un petit bond tactique, à l’arrière, il y a ce qu’on appelle le « slow pack » (groupe lent), donc le « slow pack » (groupe lent) c’est les 3B : « beans, bullets and bandages » (nourriture, munitions, bandages).
Capt Orton : Ouais, la logistique.
Adj Landreville : La logistique. Donc, en tant que compagnie de service, nous on est en arrière. Notre but nous autres, c’est de se cacher, de ne pas se faire repérer, puis, quand le temps va être opportun, d’aller « resupplyer », d’aller réapprovisionner nos chums qui sont en avant. Parce qu’il faut se rappeler que même si un véhicule blindé, ça beau coûter 3,3 millions puis faire 16 tonnes, ça l’a pas du « fuel » (carburant) pour durer quatre jours. Puis après deux jours, les gars ont faim.
Capt Orton : Ouais, c’est ça.
Adj Landreville : Puis, ça prend de l’eau, ça prend beaucoup de « stock » (choses). Il y a un gros, gros, gros effort logistique pour supporter des gens qui sont en avant. Puis c’est ça qu’on fait nous en tant que compagnie de service. Donc nous, notre « job » (travail) va aller d’aller à l’échelon qui est encore plus loin à l’arrière, donc le A2. On va aller chercher du matériel. Encore là, les 3B : « beans, bullets and bandages » (nourriture, munitions, bandages), pour pouvoir aller pendant la nuit, « ressuplyer » (réapprovisionner) nos chums qui sont à l’avant. Au sein de mon équipe, qui est au A2, donc qui est un petit peu en arrière de la guerre, je vais avoir avec moi mes techniciens en armement, je vais avoir avec moi mes « weapons tech » (techniciens d’armement), mes « EO TECH » (tech EO) et mes « MAT TECH » (TECH MAT). Comme ça, quand un véhicule qui est au front a des problèmes, on va le remorquer ou l’amener vers l’arrière où on va pouvoir le réparer.
Capt Orton : Le système de logistique, c’est vraiment, il y a des phases là, puis il y a tout le temps quelqu’un à certaines places, qui est de plus en plus proche, de plus en plus rapide, plus en plus flexible, mais qui a peut-être un petit peu moins d’équipement, un petit peu moins de soutien, puis ça, tout ce fil-là, vous permet de faire des réparations et du travail de plus en plus complexe, de plus en plus à l’arrière que vous êtes, dans le fond.
Adj Landreville : Exactement, exactement. Plus vous allez vers l’avant, plus la réparation, elle va être rapide, puis moins que de matériel. C’est fait pour des actions rapides. Le véhicule est pris dans la bouette, on tire le véhicule, on le sort, il continue le combat, excellent.
Capt Orton : C’est ça.
Adj Landreville : Le véhicule est pris dans la bouette ou il est brisé, c’est bon, continuez d’avancer. Nous autres, on va aller le chercher quand on va passer devant, quand ça va être « safe » (sécuritaire). Sinon, si moi j’ai pas la capacité de le remorquer parce que le véhicule est trop brisé, je vais le passer à ma « gang » (groupe) qui est en arrière, soit au travers d’un remorquage ou aller le « droper » (déposer) dans ce qu’on appelle un point de collecte, où on va en même temps aller chercher du matériel, porter les blessés. Si moi, le véhicule je suis pas en mesure de le réparer, rendu là, je vais l’envoyer en arrière, ce qu’on appelle le « BGSA » ou l’élément de support du groupe-brigade. Là, on va aller faire de la deuxième, peut-être troisième ligne qui va être plus longue, qui va être plus « time consuming » (laborieux) afin de remettre le véhicule en route pour qu’il puisse éventuellement retourner en avant.
Capt Orton : Ça me fait penser beaucoup à un système de triage médical, dans le fond, c’est la même chose. C’est si c’est quelque chose qui peut se faire sur place, on le fait sur place, la personne continue. Le plus grave que c’est, le plus qu’on les porte vers arrière pour faire, disons, des réparations un peu plus complexes jusqu’à temps que cette personne-là soit en hôpital. Donc, pour un véhicule, même chose.
Adj Landreville : C’est définitivement un très bon exemple.
Capt Orton : Bien, disons, que l’opération REASSURANCE, c’est, en fait, le déploiement majeur en ce moment. Donc, c’est sûr qu’il y a des systèmes en place là-bas en ce moment.
Adj Landreville : Oui. Donc, définitivement, Op REASSURANCE, en ce moment c’est pas mal le nerf de la guerre. Quand j’ai été déployé sur Op REASSURANCE, c’était exactement le même concept. Donc, on avait nos « fighters » (combattants) en avant, on avait des échelons, on avait des gens qui restaient plus sur la base pour faire nos réparations qui étaient plus longues. Et c’était un copier-coller de, si on veut, d’un exercice. Par contre, c’était à l’échelle multinationale, donc c’était des réparations et des opérations dans plusieurs langues. Ce qui rendait la chose très intéressante.
Capt Orton : C’est ça. Est-ce que vous pouvez parler des défis particuliers dans un environnement de déploiement ou d’exercice? Comme comment est-ce que c’est différent? C’est quoi les choses qu’on penserait peut-être pas que c’est un problème, mais vraiment qu’on frappe dedans quand on est dans le moment?
Adj Landreville : Définitivement, des défis techniques. Quand on va en exercice, on n’a pas toujours l’outillage nécessaire, plus qu’on est vers l’avant. Donc, des fois, il faut vraiment faire reculer un véhicule dans la chaîne de réparation pour pouvoir accès aux outils. Si admettons que j’ai besoin d’un « scan tool » (outil d’analyse) ou d’un outil de diagnostic pour aller voir dans l’ordinateur d’un certain véhicule ce qui se passe, j’aurai pas nécessairement de connexion Wi-Fi dans un milieu d’un champ en Lettonie.
Capt Orton : C’est ça.
Adj Landreville : Donc, malheureusement, des fois, faut que le véhicule retourne en arrière. Ce qui est crucial en exercice ou en déploiement, c’est la communication. Parce que la personne, mon chum, qui est en avant puis qui veut réparer le « LAV 6.0 » (VBL 6.0), lui il y a pas nécessairement les pièces avec lui. Fait que c’est extrêmement important dans nos « SITREPs » (RAPSIT), donc, dans nos demandes de matériel à toutes les soirs, de passer la bonne information pour qu’on puisse demander le support en arrière, de nous envoyer les bonnes pièces. Ceci dit, le temps que la demande se fasse et que la pièce arrive, il peut se passer 24 heures. Ou si on a manqué la « window » (fenêtre) qu’on dirait, ça peut prendre 48 heures. Donc ça se peut qu’on aille un véhicule brisé pendant 24 à 48 heures. Si jamais les « fighters » (combattants) en avant continuent d’avancer, ça se peut que ce véhicule-là soit abandonné à l’arrière. Ça va être là le travail des autres échelons qu’on va parler tantôt, du A1 ou du A2, de ramasser ce véhicule-là, puis ça va devenir leur responsabilité.
Capt Orton : Il y a pas des livraisons Amazon même jour au milieu d’un champ en Lettonie.
Adj Landreville : Non, je pense qu’on a oublié de payer notre abonnement à Amazon Prime la dernière fois qu’on était là.
Capt Orton : Est-ce que vous avez des réussites particuliers ou des expériences particuliers qui vous a marquées? Que vous êtes « “man” (mec), j’ai vraiment “figuré” (compris) ce problème-là »? J’imagine qu’il y a tout le temps un défi presque mental, tu sais, à résoudre des problèmes des fois un peu plus complexes.
Adj Landreville : C’est sûr que, loin le temps des véhicules Iltis à quatre cylindres à carburateur avec des bougies. On est rendu avec des véhicules à huit roues motrices avec une dizaine d’ordinateurs qui se parlent au travers d’un réseau de multiplexage. Donc, quand on coince un fil ou qu’on va jouer dans l’eau, c’est rendu un petit peu plus complexe diagnostiquer ces véhicules-là. Donc, le gros défi pour le Corps du GEMRC, c’est de s’habituer et de s’adapter, je devrais dire, rapidement à la technologie qui est de plus en plus complexe et grandissante sur des véhicules de plus en plus gros et remplis de couettes de fils. Donc la technologie, ça reste notre plus grand ami, mais notre plus grand ennemi dans certaines situations.
Capt Orton : Ouais, effectivement. C’est sûr que des véhicules blindés puis tout ça c’est conçu pour le combat, mais on fait beaucoup de choses non-combat. Donc, on a beaucoup de systèmes qui sont conçus pour être sur une autoroute, pour avoir accès à un garage, mais là, des fois, on a besoin de s’en servir dans un environnement un peu plus complexe. Puis c’est sûr que c’est bon au Canada, mais peut-être pas dans cet environnement-là particulièrement.
Adj Landreville : Effectivement. On a des véhicules comme des « LAV 6.0 » (VBL 6.0), des véhicules blindés, c’est fait pour coucher des arbres, c’est fait pour aller jouer dans l’eau.
Capt Orton : Ouais, c’est ça.
Adj Landreville : Quand on arrive avec des véhicules qui ont de plus en plus de technologie, d’ordinateurs, de couettes de fils exposés, plus des véhicules qui sont faites pour être sur la route ou faire partie du « resupply » (réapprovisionnement) et de la logistique. Quand on amène ces véhicules-là des fois dans des situations un peu plus austères, bien, ça aime moins l’eau, ça aime moins les branches d’arbres. Et ce qui arrive avec des technologies au travers d’un véhicule, quand il y en a une qui casse, des fois ça envoie des faux signal à l’autre, puis là les véhicules aiment pas trop ça. Fait que c’est de trouver la bonne balance entre avoir des technologies antipollution puis qui aident le véhicule à mieux fonctionner puis le technicien a mieux le diagnostiquer, et garder un véhicule qui est fonctionnel pour faire le travail que les Forces armées canadiennes veulent effectuer.
Capt Orton : Ouais, ouais, c’est vrai. Donc, comment est-ce qu’une carrière dans le GEMRC c’est une bonne carrière dans le domaine de l’Armée. Qu’est-ce qui vous donne l’énergie de continuer?
Adj Landreville : Ce qui donne des belles opportunités de carrière dans le Corps du GEMRC, c’est des techniciens et des techniciennes du GEMRC, on est partout au Canada. Donc, si je prends mon exemple, en 18 ans de service, j’ai été à Ottawa, Edmonton, Esquimalt, Borden, j’ai travaillé au 2e Royal 22e Régiment, j’ai travaillé au 35e Bataillon des services et je viens de commencer à la CI 2Div (Centre d’instruction de la 2e Division du Canada). C’est sept « posting » (affectations) en 18 ans. Je veux pas faire peur aux gens, il y a personne qui m’a forcé. J’ai levé la main à chaque fois.
Capt Orton : Ouais, c’est ça.
Adj Landreville : Je suis rentré pour le goût de l’aventure puis voyager et j’ai été servi. Donc, le fait qu’il aille on peut mettre un pied à terre partout au Canada, dans toutes les provinces, moi ça m’a permis de vraiment de voyager. Puis que dans chaque base que j’ai faite, j’ai travaillé sur de l’équipement qui est très différent. Fait que j’ai donc aujourd’hui une expérience qui est extrêmement variée, fait que ça me permet facilement d’acheter une moto usagée sur Kijiji puis savoir où que je m’aligne, ça c’est certain.
Capt Orton : Pourquoi est-ce que quelqu’un se joindrait à la Réserve ou à la « Régule » (Force régulière) à la place de juste travailler comme mécanicien ailleurs?
Adj Landreville : Le garage civil, votre vie va peut-être être plus stable, mais vous irez pas tirer du Carl Gustav, puis vous lancerez pas de grenades. Ça c’est pas des histoires que vous allez conter à vos chums, je vous le garantis. Si votre garage vous envoie travailler dans sept garages partout au Canada en 18 ans, puis que c’est ça que vous vouliez, chapeau à vous, mais généralement, vous allez passer une trentaine d’années au même endroit. Vous irez pas en exercice en Angleterre ou dans le Grand Nord. Donc, ce qui est un gros fait marquant des Forces armées canadiennes, c’est la culture. C’est : lundi, on a un cours de premiers soins, mardi, on répare des « trucks » (camions), mercredi, on a une formation sur d’autres choses, finalement, le jeudi, on répare d’autres « trucks » (camions) parce que le vendredi matin, on s’en va monter une montagne quelque part en raquettes. C’est quand même des très beaux privilèges. Ça fait une vie qui est tout le temps remplie d’aventure.
[Musique commence]
Capt Orton : Bien, je pense que ça couvre pas mal toute. Merci beaucoup d’avoir pris le temps de nous parler, j’apprécie vraiment!
Adj Landreville : Merci beaucoup pour l’invitation!
Capt Orton : Ça, c’était l’adjudant Guillaume Landreville qui nous rejoint de Valcartier. Et moi, je suis capitaine Adam Orton pour Le balado de l’Armée canadienne. Prenez soin de vous!
[Musique termine]