L'heure de grande écoute

Le WOD honorifique : pousser de la fonte pour surpasser la douleur du deuil.

Le silence et le recueillement sont les lieux communs du deuil, mais il existe un groupe qui défie ces conventions en proposant des workout-of-the-day en mémoire des gens qui ont quitté. Une histoire portée par le réalisateur Jean-Michel Berthiaume.

· Animation : Julien Morissette
· Invité, scénarisation et réalisation : Jean-Michel Berthiaume
· Collaboration : Cédric Boucher-Montreuil, Caroline Champoux, Karim El Hlimi, Marie-Ève Lafrenaye, Jean-Guy Provost et Pascal Toussain
· Production au contenu : Audrey Blackburn
· Indicatif musical : P’tit Belliveau
· Réalisation sonore, enregistrement, montage et mixage audio : Simon Coovi-Sirois
· Musique originale : Simon Coovi-Sirois et Alexis Elina
· Caméra et montage vidéo : Patrick Lozinski
· Recherche : Emmanuelle Gauvreau et Maude Petel-Légaré
· Cheffe de contenu pour Télé-Québec : Sophie Bélanger
· Coordination : Clara Gauthier-Morrison
· Communications : Louis-Philippe Roy
· Visuel : bureau60a
· Remerciements de l’épisode : Karim El Hlimi, Cédric Boucher-Montreuil, Caroline Champoux, Pascal Toussain, Marie-Ève Lafrenaye et plus spécialement Jean-Guy Provost
· Remerciements de la série : Steven Boivin, Clara Lagacé, Marysol Foucault et Sophie Lacelle-Bastien de Transistor Média

L’heure de grande écoute est une série de Transistor Média, produite en collaboration avec Télé-Québec.

Ce projet a été rendu possible grâce au soutien financier du ministère de la Culture et des Communications du Québec et de la Ville de Gatineau (via l'Entente de développement culturel avec le gouvernement du Québec).
/
Transistor Média, basée à Gatineau (Québec), est un studio de création, de production et de diffusion d'œuvres audios. En plus de ses balados, l’organisme tient annuellement le Festival Transistor et le Kino-radio.

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Pour découvrir le catalogue de balados : https://transistor.media/balados
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Qu'est-ce que L'heure de grande écoute ?

Découvrez les récits touchants et les anecdotes familiales qui témoignent de la créativité et de l’humanité de celles et ceux qui façonnent le Québec. Une plongée dans des histoires insoupçonnées, portées par des voix d’ici.

Pilotée par Julien Morissette, la série hebdomadaire donne la parole à celles et ceux qui façonnent la province au quotidien. Des créateurs·trices issu·e·s de tous les horizons se succèdent pour raconter des expériences qui résonnent bien au-delà de leur parcours personnel, révélant les forces invisibles qui tissent notre société.

· Animation et réalisation : Julien Morissette
· Production au contenu : Audrey Blackburn
· Indicatif musical : P’tit Belliveau
· Réalisation sonore, enregistrement, montage et mixage audio : Simon Coovi-Sirois
· Musique originale : Simon Coovi-Sirois et Alexis Elina
· Caméra et montage vidéo : Patrick Lozinski
· Recherche : Emmanuelle Gauvreau et Maude Petel-Légaré
· Script-édition : François DesRochers
· Cheffe de contenu pour Télé-Québec : Sophie Bélanger
· Coordination : Clara Gauthier-Morrison
· Communications : Louis-Philippe Roy
· Visuel : bureau60a
· Remerciements : Steven Boivin, Clara Lagacé, Marysol Foucault et Sophie Lacelle-Bastien de Transistor Média

L’heure de grande écoute est une série de Transistor Média, produite en collaboration avec Télé-Québec.

Ce projet a été rendu possible grâce au soutien financier du ministère de la Culture et des Communications du Québec et de la Ville de Gatineau (via l'Entente de développement culturel avec le gouvernement du Québec).
/
Transistor Média, basée à Gatineau (Québec), est un studio de création, de production et de diffusion d'œuvres audios. En plus de ses balados, l’organisme tient annuellement le Festival Transistor et le Kino-radio.

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Les gyms, c'est pas les lieux
les plus attrayants.

Des salles d'entraînement et impersonnelles
éclairées au néon,

qui baignent dans des odeurs de sueur.

Il y a clairement une culture de gym aussi,
qui est pas nécessairement reluisante.

La superficialité, l'idée de la comparaison
des corps,

des aptitudes, la performance poussée
au maximum entre quatre murs de miroir.

Il y a deux, trois mois, un peu
à reculons, j'ai franchi la porte

de mon gym de quartier.
Pour la première fois de ma vie adulte,

j'ai rencontré un entraîneur et j'ai pris
un abonnement.

Comme tout le monde, je vieillis,
j'essaie d'être moins ferme

sur mes positions,
dans mes préjugés.

Et je pensais jamais dire ça,
mais j'ai été touché de voir des gens

de tous les âges, à toute heure du jour,
venir ici pour socialiser,

suivre le progrès des autres personnes,

les écouter, les encourager,
les faire rire.

Des personnes qui se lèvent,
chaque matin avant 6 h, depuis 30 ans,

qui viennent ici du lundi au vendredi,
des fois même du lundi au dimanche.

Des amis qui se voient juste au gym,
jamais ailleurs,

mais qui ont forgé des liens forts.

J'ai eu l'impression de pénétrer dans une
cellule importante de mon quartier,

où le sentiment de communauté
est aussi fort

que dans les cafés de la rue Principale,
au pub du coin, ou au centre communautaire.

Quand le réalisateur Jean-Michel
Berthiaume m'a dit qu'il allait nous donner

un accès privilégié à la communauté
du CrossFit,

j'avoue que ça m'a surpris, ça m'a
intrigué.

D'abord parce que je n'avais jamais
soupçonné Jean-Michel

d'être un habitué des gyms de CrossFit :

il est doctorant en sémiologie
et chroniqueur spécialisé en culture pop.

Mais surtout, c'est parce qu'il
m'a dit que c'était pour parler

d'un processus de deuil que je
ne connaissais absolument pas.

Bienvenue à L'heure de grande écoute :
le balado qui vous fait entendre les

histoires vraies et les personnages
surprenants qui façonnent le Québec.

L'épisode d'aujourd'hui ;
« Les souliers suspendus »

-Salut Jean-Michel.

-Bonjour Julien.

-Ça fait quand même quelques années
qu'on se connaît,

puis on a eu des discussions sérieuses sur
une tonne de sujets,

mais on ne s'est quand même jamais parlé de
notre rapport à la mort ou au deuil.

-Non, ce n'est pas un sujet
qu'on aborde comme ça. En fait,

je me suis rendu compte que c'était
pas une réflexion que j'avais vraiment

avant de commencer à
travailler sur ce sujet-là.

Je me suis rendu compte que j'en ai pas
vécu beaucoup de grands deuils dans ma vie.

J'ai quelques membres de ma famille
qui sont décédés ;

leurs funérailles, ça m'a amené à avoir
certains états émotifs.

Mais comme « le vrai gros
deuil qui te fend deux »,

dont tu te remets jamais,
qui reste toujours avec toi...

Ça reste un mystère, un
gros mystère pour moi,

puis honnêtement, c'est pas parce
que j'ai vraiment hâte que ça arrive

-Non, je comprends...

-Mais... c'est ça le plus que j'ai
réfléchi, le plus que je me rends compte,

que j'ai pas l'expérience, j'ai pas encore
assez d'acquis, puis j'ai comme très peur

d'avoir à faire face à ça sans préparation.

-C'est comme une appréhension,
mais il y a une contradiction un peu

dans ce que tu dis, parce qu'on ne
peut pas vraiment se protéger d'un deuil :

on peut se préparer à vivre une perte, à
savoir qu'il y a une fin qui s'en vient,

mais il n'y a pas vraiment une façon de
passer outre cette douleur-là, le deuil.

Ce n'est pas un truc auquel on
se prépare nécessairement.

-Non, c'est très vrai. Je suis
totalement conscient que ce n'est pas

quelque chose à quoi on se prépare.

Mais une des affaires qui me frappe, puis à
force d'y aller, à des funérailles,

c'est de me rendre compte qu'à chaque
fois que j'y vais,

ça a toujours la même forme, c'est
toujours le même type de comportement.

On vit le deuil d'une manière
assez uniformisée.

Il y a qu'est-ce qu'on dit, qu'est-ce qu'on
dit pas, comment qu'on s'habille.

-Oui, il y a des codes.

-Oui, oui. Puis toute la
cérémonie est répliquée presque

intactement à chaque occasion.

-Oui, puis on entend parler de...
Il y a des gens qui ont des désirs

d'avoir des cérémonies
un peu différentes, de sortir du cadre,

mais moi, je parle de mon expérience,
c'est rare que je vais dans des cérémonies

qui sont très différentes de ce à quoi
on s'attend,

c'est-à-dire les cendres, le cercueil, les
discours, la musique...

C'est pas mal toujours la même chose.

-Oui, oui, oui, puis c'est ça,
c'est pas l'affaire de vouloir comme

« réussir tes funérailles ». Je pense, puis
je me rends compte qu'il y a des personnes

que, dans un grand désarroi émotif
comme ça,

ils ont besoin de codes,
ils ont besoin d'affaires à respecter.

Mais je suis aussi très, très curieux de
comment on vit ça

et comment on trouve d'autres manières de
situer ce moment-là dans le temps.

-Si je me fie à ce que je connais de toi
et à ta grande curiosité,

eh bien ta façon de t'intéresser à ça,
c'est de poser des questions.

Des fois, des questions qui peuvent
surprendre.

Je pense que c'est ce que tu as fait pour
le deuil aussi.

-Oui, oui... J'ai toujours comme deux,
trois questions en poche,

qui me servent à briser la glace. Des
trucs qui ne sont pas trop confrontants.

Juste pour être capable d'établir une
relation et d'apprendre des affaires aussi.

Si ta question est un peu champs gauche,
la réponse va te donner une dimension.

-C'est vrai !

-Par rapport aux gens, par rapport
aux situations. Puis tu vois, dans le cas

du deuil, c'est vraiment spécial,
parce que c'est une paire

de souliers suspendus qui devient comme...
ma question que je réussis à poser.

-OK, les souliers suspendus... Moi, l'image
que ça me donne, c'est, je ne sais pas,

les gangs de rue dans les quartiers
qui lancent des souliers, je ne sais pas...

pour de l'intimidation, pour marquer
le territoire.

Donc est-ce que c'était un peu ça, qui
était ton point de départ ?

-Même affaire. C'est vraiment ça,
mon imaginaire.

Mais moi, les souliers qui ont
été suspendus,

je les ai vus dans le gym « Le Vestiaire »
à Villeray, où je m'entraîne,

ça a immédiatement piqué ma curiosité.
Comme tu le mentionnais, c'est vrai,

je ne suis pas le « type » de gym,
on ne s'attend pas à ça pantoute.

-Tu ne l'as pas mal pris là,
que je dise ça.

-Non, je parle beaucoup plus souvent
de balle molle,

je suis dans la quarantaine, je ne suis pas
super physique...

mais sachant ça, j'avais besoin
d'une question au gym pour sociabiliser.

La question des souliers
est revenue vraiment souvent,

parce que le plus que les
gens répondaient, le plus que

j'avais l'impression d'appartenir,
puis ils me comprenaient, puis là,

j'étais plus confortable dans
le gym lui-même.

-Donc là, tu utilises ces questions-là
que t'as en banque

pour créer des liens avec les
gens, tu sais, comme rentrer

en communication avec eux.

-C'est exactement ça, le soulier devient
le contexte que je suis capable de faire

« pas trop hurluberlu »,
puis tout ça, puis débarquer.

Mais je finis un entraînement,
on va saisir l'occasion,

je suis en train de faire mes abdos,
je vois les souliers.

Pendant que ça se termine, j'accroche
Cédric, qui est un entraîneur au gym,

puis je lui pose, juste très
candidement là,

« c'est quoi l'affaire des souliers ? »

Puis je ne m'attendais pas à la réponse,
vraiment.

Cédric, il m'explique que les souliers
appartenaient à Pierre-Alexandre Yelle,

qui est un membre du « Vestiaire »
depuis juin 2019.

-Le Vestiaire, c'est le nom du gym où tu
vas ?

-Oui, exactement. Il était membre presque
fondateur là-bas.

Malheureusement, il est décédé dans un
accident de moto.

Et dans cette communauté-là, ça a été
vraiment dur.

C'était une grande perte. Et pour
souligner l'importance qu'il représentait,

ils ont pris ses souliers, ils les ont
hissés,

ils ont suspendu son gilet, comme on le
fait en sport.

-Ah, OK, comme quand on retire les
numéros des joueurs dans les arénas.

-Oui, c'est exactement ça. Puis ils ont
créé, ils ont dédié un « WOD » honorifique.

-C'est... c'est quoi un « WOD »?

-Un « WOD », c'est un « workout of the
day », puis là, c'est là que Cédric

m'explique, il a été super gentil, super
généreux, il m'a tout expliqué ça, là :

(Cédric) Je pense que c'est très propre
au CrossFit, l'entraînement fonctionnel,

d'avoir ça, des « WOD honorifiques », sur
des gens qui sont morts là ;

des soldats morts au combat, genre
pompiers, polices morts en service.

Mais en CrossFit, il y a surtout ce
côté-là, qui est plus comme patriotique,

un petit peu, qui fait en
sorte que les gens accordent

plus d'importance aux gens
décédés en service.

Mais généralement, mettons, avec le
sentiment d'appartenance,

qui a dans un club d'entraînement
comme celui-là,

ça fait en sorte que les gens vont
s'attacher aux gens.

Puis le fait qu'il y ait un... Quand il y a
un décès, bien, ça secoue

l'ensemble de la communauté,
ce qui fait en sorte que les gens vont...

Même s'ils l'ont peu connu ou étaient
pas nécessairement attachés à la personne,

mais vu que ça faisait partie du
même club athlétique,

la même communauté, tu sais, on l'a vu même
dans les premières années,

beaucoup de centres, autres que
« le Vestiaire » venaient faire

le « workout P-A Yelle »,
pour soutenir la communauté

qui avait été ébranlée ici, tu sais.

-C'est ça. Cédric, il m'explique en
fait, que les « WOD honorifiques »

sont à l'image de la personne
qu'on essaie d'honorer.

C'est ses mouvements préférés,
c'est les choses à laquelle il excellait,

ou des choses comme ça,
tout ça est pris en considération.

(Cédric) C'est principalement
ses mouvements préférés,

ceux qu'il pratiquait le plus souvent, et
aussi Karim, ce qu'il connaissait de lui,

dans son type de « WOD » dans lequel il
performait bien.

Tu sais, très peu de répétitions, pesantes,
pis comme... 15 « rounds » à 315 livres,

des « toes-to-bar », des « box jump »
à 30 pouces.

Ouais, c'était quelque chose
de très difficile,

mais en même temps, émotionnellement, on
voulait se donner le plus possible

pour commémorer sa mémoire, commémorer sa
vie aussi. C'était difficile,

mais en même temps, tu dis « crime,
le gars, il est décédé,

genre il n'y pas plus « rough » que ça ».

Je pense que tout le monde,
ceux qui connaissaient,

qui le côtoyaient, ben, « on va
donner le mieux qu'on peut. »

-C'est ça, c'est pas mal à ce
moment-là que je me suis rendu compte

que ce phénomène-là, du « WOD
honorifique », c'était trop intéressant

pour laisser là.
Il fallait que j'explore ça.

Ça m'habitait, on y va à fond la caisse,
une chance que j'avais Karim,

qui est le copropriétaire du Vestiaire,
pour répondre à mes questions,

parce que ça pleuvait. Il était
super généreux pour m'expliquer

le contexte historique, qu'est-ce
que ça représente, pourquoi il en fait,

comment il a pensé à celui que
lui a fait, et tout.

Et je pense qu'on s'est rendu à un point
dans la conversation où j'étais vraiment

rendu obsédé et il m'a dit « ben là il faut
que tu rencontres quelqu'un qui en fait,

il faut que tu rencontres quelqu'un pour
qui ça compte ces affaires là,

puis il m'a dit « ben faut que tu
ailles rencontrer Jean-Guy, là. »

-Puis c'est qui Jean-Guy? C'est un autre
membre du « Vestiaire »?

-Non c'est ça, Jean-Guy fait
partie de la communauté CrossFit,

mais il s'est entraîné ailleurs.
Jean-Guy c'est le père de Marianne,

Marianne est décédée en
2016, et depuis cette date là,

il y a un « WOD honorifique » qui est
tenu à toutes les années en sa mémoire,

durant le mois d'avril. Puis c'est
ça, tu sais, c'était comme...

« si je veux vraiment comprendre ça,
il faut que j'aille lui parler. »

Et Jean-Guy... Jean-Guy, il représente
parfaitement bien cette signification-là.

C'est... Il sait comment parler
de sa fille, il sait comment

parler de l'importance du
mouvement, du dépassement, puis tout.

C'est super intimidant, parler avec lui!

-J'imagine!

-C'est émotif, mais il y a
une compréhension de ça,

qui dépasse la moyenne, je te
dirais, qui dépasse l'entendement.

Puis surtout, quand il parle de sa fille.

(Jean-Guy) Marianne... tu sais, Marianne,

elle a toujours détesté que je dise ça,
mais c'est mon « portrait caché. »

Marianne a eu des problèmes à l'école.
Elle n'était pas bonne à l'école,

j'étais pas bon à l'école. Je suis
pourri en français. Puis pas que je suis...

Tu sais, après avec le temps,
je sais pas que je suis pourri.

C'est que je ne me concentrais pas
à des choses que j'aimais pas.

Marianne, c'était la même chose.

Elle a eu des troubles de... pas des
troubles de comportement,

elle a eu de l'intimidation à l'école
aussi. Elle avait de la misère à l'école.

On était allés voir des spécialistes,
pour justement lui donner des trucs,

comment étudier. Puis ça l'a aidée,
parce que rendue au début secondaire,

elle était tellement forte,
qu'elle est allée au « PEI ».

Ils ont dit, l'école nous a appelés, c'est
même pas nous qui avions fait la demande,

parce qu'on s'est dit, « impossible ».
Ils ont dit : « écoutez, votre fille,

elle est tellement rendue
supérieure à ce qu'elle était

avant, puis de tous les élèves,
on veut l'envoyer au PEI. »

Là, on s'est dit, « écoute, avec tous les
problèmes... »

parce qu'on ne savait pas tout ce
qui c'était passé,

« avec tous les problèmes qu'elle a eus,
être là, moi, je serais fier. »

Donc on a dit oui, mais on ne savait pas la
pression que ça donnait.

Elle aidait tout le temps tout le
monde, tout le monde.

Même quand elle se faisait intimider,
elle disait « ouais, mais aujourd'hui,

il va bien, je ne veux plus qu'on l'agace,
je ne veux pas qu'on lui fasse-ci,

je ne veux pas... » Elle le défendait,
un peu comme moi j'ai fait.

Moi, je me voyais dans elle,
puis un moment donné,

je lui ai dit, puis elle m'a dit
« je ne suis pas comme toi ».

Ça, ça m'a fait mal. Mais tu sais, je me
suis dit « elle a 14 ans, tu sais ».

Mais c'est qu'à un moment donné,
c'est qu'elle a commencé à remercier

beaucoup de gens, aller voir
les gens, leur donner de l'amour.

Puis là, comme une semaine après,
elle s'est enlevée la vie.

C'est comme si elle s'était excusée puis
elle remerciait les gens.

Puis, tu fais comme « pourquoi qu'on n'a
pas compris ça ? »

Mais aujourd'hui, on le voit. Je
pourrais quasiment écrire,

je pense, un livre sur ça,
pour dire tous les détails,

mais ça fait 8 ans, presque 9 ans que je
travaille sur moi.

-Ouin, c'est ça... Être en présence de
Jean-Guy, tu comprends immédiatement

pourquoi Karim m'a
encouragé à aller à sa rencontre.

C'est un homme qui inspire
tellement de force, malgré

qu'on sent qu'il y a une profonde
douleur, chez lui.

Il a été généreux, il m'a
parlé du décès de sa mère,

de celui de son frère, de Marianne.
Il m'a aussi parlé de sa vie actuelle

avec sa fille Audrey.
Puis, il était tellement généreux

que j'ai pu lui poser des questions
sur le « WOD » de Marianne.

(Jean-Guy) L'ancien CrossFit de
Chambly, Guillaume, le propriétaire,

parce que je m'entraînais à Chambly
avant, il y a un certain nombre d'années.

Quand tout ça est arrivé, il a
décidé de faire un « WOD »,

puis il a créé ce « WOD Marianne »,
avec la date.

Tu as le « 4 » qui est pour
« avril », après ça,

tu avais le « 20 Wall Ball », l'année 2000.
Après ça, t'avais... Voyons.

« Pull up », «Wall Ball », donc 2016.
Fait que, tu sais, tout ça est parti de là.

Puis je crois, écoute, sous toute
réserve, avril, mai...

Même pas un mois, ou trois
semaines après, j'étais dans le gym

en train de faire le « WOD Marianne ».

Écoute, c'était dur psychologiquement, puis
physiquement, mais j'étais bien entouré.

Parce que la communauté de CrossFit,
c'est...

Comme je te disais tantôt, je m'ennuie,
parce que tu peux pas avoir meilleur,

je pense, parce que cette communauté-là,
elle est énorme. Il y a eu pas mal

presque tous les pays dans le monde
qui l'ont fait, ce « WOD » là.

Ça a été propagé partout. Puis à
chaque fois que tu rentres au gym,

juste une petite tape dans le dos,
juste un petit sourire, des yeux,

ou peu importe où est-ce que tu vas,
le monde le sait.

Puis la communauté, c'est énorme.
Puis, année après année,

les CrossFit se sont ajoutés,
puis ils le font, ils le font.

Il y a une année, je le faisais trois
fois, dans trois CrossFit différents,

dans la même journée. Le monde disait,
« mais t'es malade »,

je leur dis : « oui mais pour moi,
c'est pour la cause. »

C'est violent comme « WOD »,
quand tu fais ça pendant 24 minutes,

avec du « clean & jerk », quatre d'affilé
avec du 185 livres, ça arrache, là, tu sais?

Après ça, tu a « 20 pull up »,
après ça, tu as tes « 16 Wall Ball »,

pis tu sais le but, c'est d'essayer
d'arrêter de moins souvent.

Tu sais, ça coupe le souffle, ça coupe
tout, mais...

J'étais démoli, j'étais comme un
entre-deux, tu sais.

Je survivais, mais pas fort,
fort, pas fort. Mais...

Tu sais, je l'ai souvent,
souvent dit : « oui, le sport m'a sauvé,

mais la communauté dans
ce temps-là de CrossFit,

même si je ne suis plus dedans
aujourd'hui, sans cette communauté-là,

je ne sais pas ce que je ferais,
par exemple. »

Vraiment, je ne sais pas où
est-ce que je pourrais être.

C'est eux qui m'ont aidé à
rester dans le droit chemin.

Ce « WOD » là, il me tient beaucoup à
coeur, mais comme je dis,

j'aimerais un autre niveau.
Tu sais, vraiment parler de

« la journée de prévention pour... »
Pas « le papa de Marianne »,

j'aimerais qu'on parle des
gens qui ont besoin. Pour moi,

ce qui est le plus important,
c'est que quelqu'un,

à chaque fois qu'on va faire
ce « WOD » là,

à chaque année, les 24 avril, c'est
qu'ils expliquent un peu pourquoi,

puis essayer de donner une
ouverture aux gens pour qu'ils en parlent.

Pour que, eux aussi, ils disent à un moment
donné, « hey, j'ai besoin d'aide ».

C'est pour ça que moi je veux
qu'on le fasse, pas pour moi, ni ma fille,

je veux juste qu'elle soit comme un peu...
la porte-parole, de dire :

« ben ça, il faut plus que ça arrive,
parce que ça arrive trop souvent. »

-Bon Jean-Michel, t'es tombé sur un bon
porte-parole dans la personne de Jean-Guy.

Ça témoigne d'à quel point on est à
des années-lumières

de ce qu'on perçoit
comme étant le deuil.

On le disait un peu plus tôt,
cérémonie, salon funéraire et tout ça,

mais là, quelque chose de tellement
intense,

de tellement physique, qui rejoint
peut-être pas mal de monde

dans leur façon de voir le deuil, de
passer à travers ça. Surtout, tu sais,

dans ce cas-ci, on parle d'un deuil lié
au suicide, suicide d'une adolescente,

c'est assez... C'est quand même délicat,
mais très intense aussi.

-Non non, tu as raison, je suis vraiment
chanceux d'avoir

pu passer ce temps là avec Jean-Guy, puis
ouais...

Cette observation-là, je la partage,
tu sais, on a tendance à regarder

nos rites funéraires comme étant
doux, silencieux...

-Passifs...

-Ouais, immobiles.

On enlève les couleurs, on enlève les sons,
on ralentit.

Puis là, de voir l'inverse total,
c'est du monde qui...

c'est bruyant, c'est intense,
ça bouge...

-C'est fort.
-Tu te dépasses. C'est fort, exactement

J'étais pris par ce contraste-là.

Puis évidemment, la suite logique,
ben, il fallait que j'aille le faire :

(Marie-Ève, coach) P-A ! Donc P-A Yelle
qui est un membre, un ancien membre

ici au Vestiaire, qui est décédé en 2019,
mort d'un accident de moto.

Donc Karim, en son honneur, d'un membre
qui était hyper généreux,

qui était là pour la communauté, qui
était toujours prêt pour l'autre,

a designé un workout en son honneur.

Donc ça sera « 15 rounds full time », en 23
minutes, donc que tu as, pour faire tout ça.

Tu as le choix de faire « 9 Kettlebell
Swings », ou « 3 Power Clean »,

avec les poids suggérés, ou « 3 Power
Snatch » avec ici, les poids suggérés.

Peu importe le poids
que tu prends, ou l'option,

ça devrait être assez challengeant.
Donc, un poids qui te dit « Single »,

tu sais, un à la fois.
Suivi de « 7 Toes-to-Bar »,

ou « V-up », suivi de « 10 Step
Up » ou « Box Jump, Step down ».

Donc, c'est à ton rythme à toi...

-Je t'imagine, Jean-Michel, pauvre
Jean-Michel,

avec son enregistreuse dans un gym
qui suit le « WOD ».

Moi, je l'ai vécu souvent, d'être
dans un lieu

en train de faire du documentaire sonore
avec enregistreuse, écouteur, perche,

et enregistrer des gens qui ne sont pas
toujours ravis de te voir.

Des fois, tu contrastes dans le contexte.

Toi, comment c'était de vivre cette
perspective-là ?

-C'est tellement d'efforts à
essayer d'appartenir à l'endroit.

Puis là, tout d'un coup,
débarquer dans un moment hypersensible,

puis avoir tout cet équipement-là, c'était
vraiment pas une journée comme les autres.

-J'imagine.

-La première chose qui m'a frappé, en fait,

le truc que tu t'attends pas, c'est que les
gens soient aussi émotifs.

Les gens parlaient de leurs émotions.
T'associes pas ça pantoute à un gym.

-... Au gym, c'est vrai.

-D'être aussi transparents. Puis, il
y avait des gens qui le connaissait,

il y avait des gens qui
ne le connaissaient pas, mais

c'était comme un moment d'être capable
d'échanger par rapport à ça.

Et quand j'ai commencé à
expliquer qu'est-ce que je faisais là,

les gens ont immédiatement
compris. Ils ont synthonisé au diapason,

au « mood » où est-ce que j'étais.
Ils ont été super avenants.

Ils ont partagé plein d'histoires à propos
de P-A.

J'ai parlé à Caro Champoux, que je connais
depuis super longtemps.

Elle, c'est une ancienne
coach du « Vestiaire »,

ça fait qu'elle a pu me dire
des trucs comme ça :

(Caroline Champoux) Quand j'ai su le moment
de son décès,

ça faisait quelques mois que je coachais au
Vestiaire.

Puis c'est Jacob, je me souviens
encore du moment, on était...

on s'en allait faire un
entraînement au parc Jarry.

Puis on était les deux ensemble à
ramasser l'équipement pour l'amener

au parc. Puis là, Jacob fait
« Hey, tu sais, P-A... »

Puis je fais comme « Ouais ? »

Il dit « ben, il y a eu un gros accident de
moto hier, blablabla ».

Puis je fais comme « Oh, ouais, merde, OK,
il va-tu bien ? »

Puis il est comme « Ben non, Caro, il est
mort ».

Puis là, j'ai eu un choc, mais tu sais,
je ne le connaissais comme pas tant.

Je le voyais quand je venais au gym,
tout ça.

Puis là, on a accroché ses souliers parce
que c'est l'endroit où il s'entraînait.

On dirait que c'est là que j'ai vu
l'ampleur de la chose.

Quand c'est arrivé, Karim
a fait un gros workout,

on était plein de monde.
Il y avait des gens de d'autres gyms.

C'était vraiment comme un événement.
On a gardé ça chaque année.

Quand ça arrive dans ton gym, c'est un
autre sentiment. C'est comme...

« Je l'ai vu, je le voyais. » Je venais
m'entraîner, je le voyais,

puis là ça arrive chez nous,
dans notre maison, là c'est autre chose.

-Caro l'a bien dit, c'est comme si
l'échelle de proximité était toujours

variable dans le « WOD honorifique »,
des fois c'est quelqu'un

que tu as connu,
que tu as croisé dans un gym,

des fois c'est... tu sais, tout à l'heure
Jean-Guy disait que le « WOD Marianne »

a été fait partout à travers le monde,
donc il y a des gens

qui n'ont même pas idée
c'était qui, Marianne,

mais ça, c'est un gros contraste avec...

On parlait des rites funéraires plus
classiques. Quand tu vas à un enterrement

ou à un salon funéraire, tu connaissais
la personne, de près ou de loin,

mais tu la connaissais quand même.
Là, tu fais une activité super intense

et peut-être que tu ne connaissais même pas
cette personne-là. Comment c'est vécu, ça ?

Il y a même des gens qui ne le savent
même pas. Ils débarquent au gym

pour aller faire leur
séance de la semaine.

-Ils ne savent pas que c'est un « WOD
honorifique » qui est prévu.

-Non, c'est ça. C'est dans l'explication.
Là, tout d'un coup, il y a quelqu'un

qui dit ; « bien là, aujourd'hui,
on est en train de faire quelque chose

de spécial et tout. »
Tu peux complètement ignorer tout ça,

puis là, tu te fais exposer à une situation
de « non, non, il y a quelque chose

de profondément significatif à propos de
ce que tu es en train de vivre là »,

pour plusieurs gens.
Puis c'est ça, tu sais,

à force de parler avec des gens, bien,
je me suis rendu compte

qu'il y a des personnes qui amènent
énormément de bagage émotif.

Il y a beaucoup de souvenirs, il y a
beaucoup d'affaires qui viennent

quand tu viens faire le « P-A Yelle ».
Comme Pascal, qui est un gars

que je connais depuis
que je suis au gym.

(Pascal) Oui, je le connais depuis la
première journée que je suis arrivé ici.

C'est le premier qui m'a salué,
qui s'est adressé à moi,

qui m'a souhaité la bienvenue. C'était
un gars qui était toujours à fond de train,

qui levait très lourd, qui était très
charitable pour les autres,

très accueillant. C'était un gars de party.
Donc, on a vite « boundé » ensemble.

Puis, on fait le workout de chaque année.
C'est important de le faire en sa mémoire.

Qu'on le veuille ou pas, on vient, on
se présente, on fait du mieux qu'on peut.

Ça perpétue le sentiment d'appartenance
au « Vestiaire ».

Je me présente toujours à
l'entraînement pour P-A cette journée-là.

Je pense à lui pendant l'entraînement.

Je vois ses souliers en entrant, son
chandail qui est retiré.

Quand tu veux abandonner ou quand tu
trouves ça difficile,

tu montes une coche de plus
parce que tu sais

qu'il y a quelqu'un qui aimerait
ça être là. On le fait pour lui.

Le Vestiaire, c'est une équipe : on le fait
pour l'équipe.

-Oui donc à force d'avoir fait
toutes ces entrevues-là,

à force d'avoir parlé avec plein de gens,
je voyais le temps passer,

puis il restait une dernière occasion
pour le faire, le « P-A Yelle ».

Il fallait que je vive l'expérience
au bout.

Donc je me suis installé,
puis je l'ai fait !

-Tu t'es lancé. Comment tu as trouvé ça?
Parce que c'est un « workout »

assez exigeant, si je comprends bien :
il y a toute la charge physique,

mais aussi la charge émotionnelle que tu
portes en toi.

-Oui, c'est tellement spécial. Moi, je le
sais à la base que je suis un « chokeur ».

Je suis quelqu'un qui est prêt
à abandonner les affaires.

Si c'est trop difficile et les enjeux ne
sont pas si grands, ça ne me dérange pas,

on rapatrie les affaires.
Mais je n'étais pas capable cette fois-là.

-Tu voulais aller au bout.

-Oui, je suis allé voir le tableau, puis
le « WOD » sur papier, il est facile...

-Il a l'air facile ?

-Exactement. Tu te donnes l'impression
que, « OK, non, je vais y arriver,

c'est correct. » Mais c'est
hyper traître. C'est épouvantable.

-Est-ce que tu as « choké »?

-Je n'ai pas choqué, je l'ai fini.
Mais je l'ai fini à 18 secondes de la fin.

J'étais vidé, vidé, vidé.
Puis c'est vraiment le 11e, la 12e,

quand tu arrives, tu n'as plus d'énergie,
tu n'as plus rien.

Il y a quelque chose qui vient
au-dessus de toi ou à l'intérieur de toi.

Faut que tu finisses.
Tu finis à tout prix.

-Ça t'a donné cette force-là de finir,
même si tu connaissais pas P-A Yelle.

J'ose même pas imaginer, quand
c'est quelqu'un qui a été proche de toi,

dans le cas de Jean-Guy, disons, le père de
Marianne,

qui lui fait le « WOD honorifique »
pour sa fille, ça doit être intense.

-On a fait le même truc, mais
son expérience,

lui, elle est à des années-lumière
de la mienne.

Tu l'entends, il y a plein de beauté,
il y a plein de force, plein de lumière.

Passer du temps avec Jean-Guy,
ça m'a aidé à perdre un peu

cette crainte-là que j'avais,
cette crainte-là du deuil.

Est-ce que je suis prêt ? Est-ce que
je vais être capable ?

Il parle beaucoup de comment c'est pas
fini, pas vaincu.

Il continue à s'entraîner, il continue
à se dépasser.

Une manière extrêmement intéressante de
voir le dépassement individuel,

comment est-ce que ça lui permet de lui
donner les outils pour être capable

de gérer ce truc-là. C'est unique
comme rencontre, comme conversation.

Puis on est vraiment arrivé au point
où est-ce que j'étais capable d'y parler,

de ce qu'il ressent quand il le fait.
C'est vraiment unique comme réponse.

(Jean-Guy) Aussitôt que j'arrive,
elle l'est avant, elle l'est après.

Pendant, jamais. Parce que je le sais
que je peux me blesser.

Puis le monde me dit, « je comprends pas,
comment tu fais ? »

Ben un, c'est pour elle, parce
qu'elle le mérite.

Puis je me dis, si je le fais,
puis que j'arrive là, puis que je pleure,

puis que j'ai pas d'énergie,
puis que je pense juste à elle,

ben j'ai un barre de 185 livres en haut de
ma tête, là. Puis le « Pull up » ou

peu importe, puis je risque de me blesser
ou de me tuer. C'est quand même

185 livres en « jerk », là. Fait que
je dis, quand j'arrive là, je fais le vide,

je suis dans ma zone, comme on dit.
Aussitôt que je rentre, on n'en parle plus,

tu me donnes une tape,
«that's it, that's all».

Puis tout le long, tout le monde
va me donner une tape

ou une main ou de quoi, mais ils savent
qu'il faut pas que...

Ouais. Tu peux en parler avant, après, j'ai
aucun problème.

Moi, j'ai comme la switch qui peut...
Puis pourtant, c'est supposé

être le plus dur,
parce que c'est la journée même.

Mais moi, j'ai... Tu sais, le monde
le sait pas, mais dans la journée

ou la veille, j'ai pleuré ma vie, puis je
le pleure encore.

Mais quand j'arrive là, c'est là. Je
suis plus la même personne, oui.

-Jean-Michel, la vie étant ce qu'elle est,

au moment où on se parle, t'es exposé à un
important deuil que tu dois gérer.

Ce que tu appréhendais un peu,
quand on se parlait au début de l'épisode.

-Oui, c'est... L'amoureux de mon
meilleur ami est décédé, il y a 24 heures.

C'est la première fois que ça vient chez
moi, dans ma maison.

J'avais un entraînement de prévu. Quand
j'ai appris la nouvelle, l'autre affaire

que j'avais à mon horaire, c'était
d'aller au gym et d'aller faire un « WOD ».

-Tu n'as pas « choké », tu as décidé
d'y aller quand même?

-Non, oui, exactement.
Je suis allé le faire.

C'est un « WOD » super dur.
Puis, je l'ai fait au complet.

Je me suis assis épuisé à la fin.
Et quand on termine des « WOD»

qui sont vraiment durs,
les gens s'encouragent.

Les gens s'encouragent
généralement, mais à la fin,

quand on a tous vraiment travaillé...
-Ça crée un lien.

-Oui, oui, et puis là, tout le monde vient
se féliciter.

Puis il y a une des membres qui ne savait
pas du tout

ce que j'étais en train de vivre, qui m'a
tapé sur l'épaule

et elle dit, « tu vois, t'es
pas mort! » J'étais pas prêt.

J'étais pas prêt à recevoir ça.
J'étais déjà un peu en retrait.

Ma... mon amoureuse et moi, on s'entraîne
ensemble. Elle m'a vu, elle m'a vu réagir.

Puis elle est venue me voir.
Elle a vu que je n'allais pas bien.

Elle a dit, « ben là tu vas l'écrire.
Tu vas écrire tes charges,

tu prends tes poids. » Puis je ne
comprenais pas ce qu'elle voulait dire.

Je fais, « pourquoi j'écrirais ça ? »

Elle dit, « parce que tu vas le refaire
l'année prochaine.

Tu vas le refaire parce que ça va être le
« WOD Robert », pour ton ami. »

Je sais que l'année prochaine, à pareille
date, je vais aller faire exactement

les mêmes mouvements pour quelqu'un
que j'aimerais qu'il soit encore là.

Ça va m'avoir appris ça.

-Ça va t'avoir préparé, puis ça va devenir
ta façon de passer à travers ce deuil-là,

puis de t'accompagner. Jean-Michel, merci
de nous avoir guidés dans la communauté

du CrossFit et de nous avoir
tant appris sur les « WOD ».

-Merci, Julien.

-On pense fort à Robert.
-Ouais.

-Salutations aussi à Jean-Guy, Pascal,

Caro, Marie-Ève, Cédric, tout le monde
qui a témoigné à ton micro.

« L'heure de grande écoute » est une série
de Transistor Média, produite

en collaboration avec Télé-Québec. Écoutez
tous nos épisodes sur les plateformes

de Télé-Québec, sur Apple Podcast,
ou l'application de votre choix.

Enregistrement, montage et mixage audio :
Simon Coovi-Sirois.

Musique originale : Alexis Élina et Simon
Coovi-Sirois.

Caméra et montage vidéo :
Patrick Lozinski.

Productrice au contenu :
Audrey Blackburn.

Cheffe de contenu pour Télé-Québec :
Sophie Bélanger.

Coordonnatrice : Clara Gauthier-Morrison.

Communication : Louis-Philippe Roy.
Visuel : Simon Guibord.

L'indicatif musical est de P'tit Béliveau

À la recherche : Maude Pétel-Légaré
et Emmanuelle Gauvreau.

Merci à Steven Boivin et Clara Lagacé
de Transistor Média,

et au Ministère de la Culture et
des Communications du Québec,

qui a rendu ce projet possible.

Je m'appelle Julien Morissette,
Merci d'avoir été à l'écoute.