Soyez à l’écoute du balado Hé-coutez bien! pour faire la connaissance des personnes derrière les données et découvrir les histoires qu’elles révèlent. Soyez des nôtres alors que nous rencontrons des experts de Statistique Canada ainsi que de partout au pays pour leur poser les questions qui comptent pour les Canadiens et entendre leurs réponses.
Annik : Bienvenue à Hé-coutez bien! un balado de Statistique Canada où nous rencontrons les personnes derrière les données et découvrons les histoires qu'elles révèlent. Je suis votre animatrice, Annik Lepage.
Aujourd’hui, on va s’intéresser à un mot qu’on entend partout aux infos et dans les journaux : le fameux PIB, ou produit intérieur brut. C’est un terme qui revient tout le temps dès qu’il est question de l’état de notre économie… mais au fond, est-ce qu’on sait vraiment ce que ça veut dire?
La première fois que j'ai prêté attention au PIB, c'était pendant un cours d'économie. Je me souviens que mon professeur avait dessiné un énorme graphique circulaire au tableau, expliquant que le PIB était un moyen de mesurer tout ce que nous produisions en tant que pays. Plus tard dans la semaine, je suis allée au café avec des amis et je me suis demandé : est-ce que même ce croissant fait partie du PIB? La réponse est oui! Cette prise de conscience m'a fait comprendre à quel point nous sommes tous liés à ces grands chiffres nationaux.
Dans cet épisode, nous allons analyser ces liens. Nous explorerons ce que le PIB nous apprend, ce qu'il ne nous apprend pas et pourquoi, que vous achetiez un croissant ou que vous planifiiez une politique gouvernementale, le PIB est important pour vous.
Audrey : Bonjour, je m'appelle Audrey Anne Bélanger Bauer. Je suis une chef à Statistique Canada qui travaille notamment dans la division qui s'occupe du calcul du PIB.
Annik : Les économistes à Statistique Canada ont un indicateur préféré, le fameux PIB ou Produit intérieur brut.
Pourriez-vous me donner une définition de ce que c'est et à quoi il sert?
Audrey : Oui, donc le PIB mesure la demande finale au prix du marché de tous les biens et services qui sont produits au Canada sur une période déterminée. C'est une mesure qui est très importante pour suivre la performance de l'économie, la santé en générale de l'économie aussi avoir une idée de la taille de l'économie.
Annik : Alors pourquoi les Canadiens devraient ils se préoccuper du PIB?
Audrey : Le PIB c'est une mesure sur laquelle on s'entend internationalement pour pouvoir mesurer et comparer les économies. Et on voit une belle corrélation, en fait entre un PIB qui croît et le niveau de vie aussi qui s'améliore dans les pays. Et donc, il y a beaucoup de politiques qui mettent l'accent sur la croissance du PIB pour justement s'assurer que cette économie-là sert la population. Et que donc plus de revenus sont acquis dans le pays et qu'en général, les gens ont de meilleures opportunités.
Annik : Et que reflète le PIB et qu'est-ce qu'il ne reflète pas?
Audrey : Le PIB est une excellente mesure de l'activité productrice et elle est assez exhaustive aussi. C'est un très bon indicateur de la croissance économique, la prospérité économique spécifiquement, on sait que quand le pays croît, il y a une corrélation avec l'augmentation du nombre d'emplois qui sont aussi offerts et qui est associé avec un plus haut niveau de vie et des meilleures opportunités économiques. C'est aussi attaché à un cadre international qui est très robuste où le PIB est calculé de façon cohérente à travers tous les pays et aussi pour nous-mêmes à travers le temps, ça nous donne des opportunités de se comparer et de voir à quel point différentes politiques ont un impact.
Par contre, le PIB ne va pas offrir d'information détaillée au niveau de chaque ménage. Ça ne donne pas beaucoup d'information sur la disparité dans le pays ou pour faire ressortir certaines vulnérabilités. Ça exclut aussi le travail qui n’est pas payé parce qu'on se concentre sur des chiffres qui sont assez accessibles. On regarde les revenus qui ont été gagnés. On regarde aussi les dépenses qui ont été faites, mais si une activité productrice n’est pas associée avec un échange d'argent pour l'instant, on ne le voit pas dans le PIB. Mais internationalement, ce sont des faiblesses qui ont été reconnues et le calcul du PIB et les recommandations faites évoluent à travers le temps. Jusqu'à maintenant, on utilisait le Système de comptabilité nationale de 2008 pour mesurer notre PIB. Et une nouvelle version 2025 est sortie qui nous recommande justement d'avoir des extensions au PIB pour regarder ces disparités, pour avoir plus d'informations sur comment les Canadiens vont avoir des expériences variées, même si l'économie croît. Similairement ils recommandent aussi d'avoir des comptes satellites, de regarder certains enjeux spécifiquement. Un de ces exemples, la distribution économique des ménages, on regarde la consommation, l'épargne, le patrimoine des Canadiens et on évalue la distribution de celle-ci. Est-ce que les Canadiens qui ont épargné tant au niveau agrégé qui sort dans le PIB ça a été la même chose pour tout le monde ou est-ce que c'est seulement le quintile le plus élevé qui a été capable d'épargner et les autres non? Et ça, on publie ces données-là à chaque trimestre et aussi de façon annuelle.
Annik : Alors si un pays affiche un PIB fort, est-ce que ça veut dire que tout va bien?
Audrey : Ça veut dire qu'il y a des choses qui vont bien, certainement, mais ça ne veut pas nécessairement dire que tout va bien. Il peut y avoir des disparités. On pense à, par exemple, la pandémie qu'on a eu au Canada avec les confinements qui ont ébranlé un peu l'économie. Il n'y avait pas beaucoup de croissance économique pendant un certain temps et l'augmentation des prix du logement était une source de croissance économique, pas parce qu’une maison qui est revendue pour un montant plus élevé, se traduit par une croissance économique. Il n'y a pas eu une production, mais il y a quand même des salaires qui sont associés. Et il y a quand même des services qui ont été donnés. Et ça, on va les capturer. Et parce qu'il y avait beaucoup, beaucoup d'échanges, on voyait une certaine croissance, mais ça, c'était un seul domaine qui avait beaucoup de croissance alors qu'il y en avait d'autres, on n’en voyait pas beaucoup, du tout ou même une décroissance. Et donc non, même si l'économie croît, ça ne veut pas dire que c'est la même expérience partout dans l'économie. Et si on voit que l’économie a de la difficulté ça ne veut pas dire que c’est l’économie au total qui a de la difficulté et même il y a des interrelations avec les industries aussi et ça on va le voir ressortir aussi.
Annik : Au-delà du PIB quels autres outils existent pour comprendre les différentes facettes de notre économie?
Audrey : Donc les autres outils sont principalement les extensions qu'on ajoute aux comptes nationaux ou les comptes satellites. Donc les comptes satellites, par exemple, on a le compte du tourisme qui, à travers différentes industries, fait ressortir tout ce qui est relié au tourisme pour comprendre cette activité spécifique.
On a aussi d'autres programmes comme le compte de productivité canadienne, qui nous permet d'avoir une vision de l'efficacité de l'économie. Est-ce que les ressources sont utilisées de façon efficace pour produire le plus avec le même niveau de travail. Et quand on est capable de faire ça, on voit encore une augmentation de niveau de vie.
On voit qu’il y a des augmentations dans les salaires qui sont possibles parce qu'il y a des profits qui augmentent et des revenus qui rendent davantage qui peuvent à ce moment-là, être passés au travailleur. Sans cette augmentation de la productivité du travail, c'est difficile de voir ces augmentations.
Donc ça, c'est d'autres outils qu'on va regarder pour bien comprendre l'économie.
Annik : Alors Audrey, en tant qu'experte, est ce qu'il y a quelque chose que je n'ai pas mentionné et que vous aimeriez discuter.
Audrey : Oui, j'aimerais revenir rapidement sur l'aspect des prix quand on calcule le PIB. Donc, j'ai mentionné que quand une maison est revendue et augmentée en prix, cette augmentation de prix n’est pas reflétée dans le PIB parce que la maison n'a pas été produite elle existait déjà. Et dans le PIB, on ne veut pas prendre en considération, juste la croissance des prix. On veut vraiment mesurer ce qui produit de la même façon que si on vendait des voitures à 50 000 dollars une année et que l'année d’après elle se vendait à 60 000 dollars mais que le même nombre de voitures ont été vendus, il n'y a pas eu de croissance parce qu'on utilise un déflateur de prix pour vraiment se concentrer sur le volume qui a été produit et non le prix seulement.
De plus à Statistique Canada, on utilise les trois méthodes pour calculer le PIB qui existent : la méthode fondée sur la production, la valeur ajoutée où on regarde ce qui a été produit, on soustrait tous les coûts associés à la production et juste cette valeur ajoutée et additionnée à travers toutes les industries.
Une autre méthode, c'est celle qui est fondée sur les revenus où on additionne tous les revenus qui ont eu lieu pour la production des biens et services. Donc si on faisait du pain par exemple, ça inclurait tous les revenus pour tous les ingrédients, ceux qui ont produits les ingrédients, tous les revenus de la compagnie d'emballage même de pain et les salariés, et finalement aussi les revenus qui sont reliés au capital pour la personne qui est propriétaire de la boulangerie, par exemple.
Et finalement on regarde aussi le calcul du PIB selon les dépenses. Ça, c'est juste l'envers. Et donc on prend la somme de toutes les dépenses à travers l'économie, celle des consommateurs, des administrations publiques, du gouvernement, les investissements des entreprises et aussi les exportations du Canada qui sont produites au Canada mais ici, on soustrait les importations parce que ce n'est pas nous qui les avons produites. Dans un monde idéal, les trois méthodes seraient équivalentes, mais il y a toujours des différences dans les données où certaines données sont disponibles à différents moments pour les calculs, vont avoir un niveau de qualité différent, peut y avoir des erreurs dans les mesures, des erreurs via les enquêtes. Et donc on sait qu’elles ne seront pas parfaitement égales, mais au Canada, plutôt que de choisir une des trois méthodes comme étant la valeur officielle du PIB on calcule les trois à chaque trimestre, à chaque année et ensuite on va faire une réconciliation et ça c’est la mesure officielle du PIB pour le Canada. Et quand on rapporte à chaque trimestre, on se concentre toujours sur la croissance d'un trimestre à l'autre. Et quand Statistique Canada rapporte ces données on parle vraiment juste du pourcentage de croissance directe. D’autres pays, par exemple les États-Unis et dans les médias au Canada, on va jumeler ça, les données vont être rapportées de façon annualisée. Et donc on assume que le taux de croissance de ce trimestre-là est le même pour tous les trimestres de l'année.
Audrey : Généralement, on n'aura pas le même taux de croissance à chaque trimestre d'une année. Et donc le taux croissance est rapporté de façon d'une croissance annuelle avec le chiffre est un peu plus grand, peut-être un peu plus facile à saisir de cette façon-là, mais en réalité, la croissance pour le trimestre est environ quatre fois moins grande parce qu’il y a quatre trimestres. Et donc on voudrait s'assurer que les utilisateurs de données de Stat Can connaissent cette différence-là pour pouvoir bien comprendre des données qui sont partagées. Parce que même si la croissance du PIB l'agrégat est partager de façon annualisée, souvent pour les différentes composantes du PIB ce sera quand même nos données qui ne le sont pas. Mais on ne voudrait pas qu’il y ait confusion.
Annik : Si on veut en savoir plus sur le PIB où peut-on aller?
Audrey : Il y a tellement d'outils sur le PIB sur le site web de Statistique Canada, on a plusieurs articles qui décrivent le PIB et les différentes composantes pour amener les utilisateurs vers nos tableaux. Pour chaque méthode de calcul du PIB on a plusieurs tableaux et on a même d'autres tableaux qui vont plus en détail dans les composantes. Donc, il y a beaucoup, beaucoup d'information. Il y a les articles du Quotidien qui sont publiés avec chaque diffusion de nos données à chaque trimestre et année. Et finalement, on a aussi un portail sur les statistiques des comptes économiques qui est la place où s'arrêter pour aller chercher toutes nos données capables de tout trouver facilement.
Alors j'encourage tout monde à se rendre au portail.
Annik : Merci. Merci beaucoup. Audrey.
Audrey : Merci à toi.
Annik : Vous venez d’écouter Hé-coutez bien! Merci à notre invitée Audrey Anne Bélanger Bauer.
Vous pouvez vous abonner à ce balado partout où vous écoutez vos émissions. Vous y trouverez également la version anglaise de notre émission intitulée Eh Sayers. Si vous avez aimé cet épisode, n’hésitez pas à l’évaluer, à laisser un commentaire et à vous abonner. Merci de nous avoir écouté.