Soigner jusqu'à se briser

👉 Écouter la partie 1 ici

En 2025, Soigner jusqu’à se briser a donné la parole à des soignantes et des soignants de partout au Québec, et d'ailleurs.

18 épisodes diffusés.
15 heures 48 minutes de conversations.

Cette deuxième partie poursuit le montage documentaire de la revue de l’année 2025.

On y aborde la chute, l’épuisement, la honte, la dépendance, la perte de sens…
mais aussi le diagnostic systémique, les mécanismes de protection et les chemins possibles de reconstruction.

Les voix se croisent pour parler de vulnérabilité, de solidarité, de culture du soin et de ce qui pourrait changer, individuellement et collectivement.

Une fin d’année.
Ma première année.
Et une ouverture vers la suite.

💡 Ce qu’on aborde dans cet épisode
  • L’épuisement professionnel et la perte de sens
  • Les mécanismes de survie et de dépendance
  • La vulnérabilité et l’autocompassion
  • Le rôle du collectif et de la solidarité entre soignant·e·s
  • Les bases d’un changement culturel en santé
🎙 Personnes invitées en 2025
  • Emilie Banse, doctorante en psychologie (Épisode 0.13)
  • Cloé Beaulieu, étudiante à la maîtrise et professionnelle de recherche (Épisode 0.14)
  • Bithiah Bemmi, IPS en soins aux adultes (Épisode 0.4)
  • Johanne Bernier, M.Ps., psychologue (Épisode 0.17)
  • Mélany Boucher, infirmière clinicienne (Épisode 0.15)
  • Dre Geneviève Brassard, médecin de famille (Épisode 0.5)
  • Dr Samuel Brassard, médecin de famille (Épisode 0.3)
  • Dre Marie-Pier Côté, médecin de famille (Épisode 0.6)
  • Catherine de Ravinel, infirmière en oncologie (Épisode 0.12)
  • Dre Isabel Filgueira, psychiatre (Épisode 0.1)
  • Dre Mélissa Généreux, médecin spécialiste en santé publique (Épisode 0.8)
  • Alice Gagnon, ex-résidente en médecine (Épisode 0.18)
  • Maude Gagnon, ex-résidente en médecine (Épisode 0.18)
  • Dre Hala Lahlou, médecin de famille (Épisode 0.11)
  • Jean-Marie Lapointe, animateur, acteur et conférencier (Épisode 0.9)
  • Dre Sonia Lupien, chercheuse en neurosciences (Épisode 0.10)
  • Dre Andréanne Plante, interniste (Épisode 0.2)
  • Dre Mélissa Prud’homme, psychiatre (Épisode 0.16)
  • Laetitia Jourdan, infirmière en oncologie (Épisode 0.12)
  • Pantxika Ostiz, infirmière en oncologie (Épisode 0.12)
  • Dre Chantal Vallée, interniste (Épisode 0.7)
🆘 Ressources et soutien
  • 📞 1-866-APPELLE (277-3553) – Ligne québécoise de prévention du suicide
  • 📞 811, option 2 – Info-Social
  • 💬 535353 – Texter un·e intervenant·e
  • 💻 Suicide.ca – Service d'aide professionnel et confidentiel offert 24 h sur 24, 7 jours sur 7
  • 💡 PAMQ.org – Programme d’aide aux médecins du Québec
🎧 À propos du balado

Soigner jusqu’à se briser est un balado documentaire qui donne une voix aux soignant·e·s et à leurs proches, créé et animé par Steven Palanchuck, MD.

Une production de VociNova – La Nouvelle Voix des Soignant·e·s
Diffusée par @MedicaBot

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Le balado sur Instagram : @soignerjusquasebriser 💙
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TikTok : https://www.tiktok.com/@steven.palanchuck

🔎 Mots-clés

médecine, santé mentale, soignants, identité professionnelle, fatigue de compassion, trauma vicariant, système de santé, vulnérabilité, humanité, témoignages, balado documentaire, revue annuelle, 2025

Créateurs et invités

SM
Hôte
Steven Palanchuck, MD
Médecin et fondateur de VociNova – La nouvelle voix des soignants. Créateur du balado Soigner jusqu’à se briser et de MedicaBot - Dialogue & Dx, il met en lumière la détresse des soignants et les enjeux du système de santé.

Qu'est-ce que Soigner jusqu'à se briser ?

« Soigner jusqu’à se briser » est un balado documentaire francophone qui explore la détresse des soignant·e·s principalement du Québec à travers des témoignages bruts et des discussions avec des proches et des expert·e·s. Entre pression du métier, traumatismes accumulés et failles du système, nous posons une question essentielle : qui soigne celles et ceux qui soignent?

Je trouve que la relation avec la médecine, c'est comme être en couple avec un conjoint,
une conjointe extrêmement toxique.

Au départ, c'est le love bombing.

Puis, plus le temps avance, plus les choses deviennent lourdes et plus les restrictions
sont mises, plus la charge s'alourdit.

Puis, tout à coup...

On est vraiment comme un peu prisonnier dans cette relation-là.

Et plus ça avance, plus l'emprise est grande.

Puis là, ça se referme encore plus.

Bonjour et bienvenue à "Soigner jusqu'à se briser".

Je m'appelle Steven Palanchuck et vous écoutez la deuxième et dernière partie de la Revue
de l'année 2025 du balado.

Une des choses que j'ai réalisées en faisant ce balado-là et en discutant avec des
collègues, c'est que c'est rarement un problème de connaissance de notre côté.

C'est souvent plus un problème de passer à l'action.

Qu'est-ce que vous pensez qui fait que les professionnel·le·s de la santé ont de la
difficulté à se mettre en action?

Je ne sais pas si ça va...

On n'a pas de données scientifiques là-dessus, je vous réponds avec mes 30 ans d'études
sur le stress.

Mais avant, commençons par décrire les 4 facteurs qui vont générer une réponse de stress
qui pourra devenir chronique, ça nous aide toujours.

Le fameux CINÉ.

Donc, il y a 4 caractéristiques qui vont faire qu'on va produire des réponses de stress,
répétées ou pas.

Donc, il faut que la situation soit nouvelle, imprévisible ou imprévue.

On n'a pas l'impression qu'on a le contrôle sur la situation et c'est menaçant pour notre
personnalité, notre égo.

Faisons une analyse vous et moi.

Ce n'est pas nouveau, la détresse, le stress chez les soignant·e·s.

Ensuite, ce n'est pas imprévisible.

Puis on peut avoir l'impression qu'on a le contrôle, et c'est peut-être ça notre problème,
c'est qu'on a l'impression comme professionnel·le·s de la santé qu'on a le contrôle sur ce

qui nous arrive, puis que si on veut communiquer avec un·e collègue pour avoir une
prescription, on va être capable, puis on va être capable, puis on va être capable.

Mais moi, c'est le dernier qui m'intéresse, la menace à l'ego.

Mmh.

On a souvent tendance à penser que la menace à l'égo, c'est bon pour les autres, ça ne
nous concerne pas, mais ça nous concerne tous parce que la menace à l'égo, c'est le plus

grand prédicteur de stress, en fait, dans les 4 caractéristiques.

On est quand même assez sensible à cette menace à l'égo.

Et comme je le dis toujours, la meilleure façon de négocier un stress chronique, c'est
l'humilité.

C'est-à-dire d'avoir l'humilité, de déposer l'arme et de dire, écoute, pense que je ne
vais pas bien.

Et ça, je pense que quand on est dans des professions médicales,

bien, c'est quelque chose, c'est un petit step qu'on n'est peut-être pas prêt à prendre
pour des raisons tout à fait naturelles.

Ce n'est pas de l'orgueil mal placé.

C'est vraiment que le cerveau n'aime pas avoir son ego menacé et ça, ça peut être une des
raisons parmi tant d'autres.

C'est vraiment au quotidien que je sentais que c'est ça, je ne me réalisais pas tant.

Ça, ça a été long avant de me l'avouer à moi-même, mais je pense que l'aspect
responsabilité aussi, que je réalise qu'autant que je suis une personne qui me

responsabilise beaucoup dans la vie, puis...

Des fois, je m'en mets beaucoup sur les épaules.

Je pense que la médecine, c'était trop de responsabilités.

En fait, je n'étais pas prête à accepter et je n'étais pas prête à prendre tout ça sur mes
épaules.

J'avais beaucoup de honte au début parce que je me disais, si tu dis ça, ça veut dire que
tu n'es pas une personne qui peut en prendre beaucoup.

Tu n'es pas une personne fiable.

Tu n'es pas une personne endurante.

Il y avait beaucoup de jugements, mais après, je me suis dit, ça se peut au final que
justement, je ne...

Je ne veux juste pas avoir ce poids-là sur mes épaules.

Il y en a qui, au contraire, ils se valorisent dans ce poids-là et ils disent, Hey, moi,
ça donne un sens à ma vie, mais moi, au contraire, supporter tout ça, ça enlevait du sens

à ma vie.

J'ai remis en doute quand même plusieurs fois au courant de mes études ou même de mon
début de pratique.

Ça, c'est quand même une étape difficile, le début de pratique.

Juste parce que des fois j'étais comme "Mon Dieu, c'est tellement difficile, pourquoi je
me fais ça?" Des fois, je me disais "Mais pourquoi je m'impose ça?"

J'adore ma spécialité, j'aime ce que je fais.

Mais il y a des fois où c'est tellement exigeant, tellement difficile.

Il y a des moments où j'ai dormi trois heures dans une nuit, il faut que je m'occupe de
plein de patients qui ne vont pas bien.

Je cours partout, ma journée dure 12, 13, 14 heures à l'hôpital.

C'est à recommencer le lendemain, je suis de garde toute la nuit, puis je me fais encore
réveiller.

Il y a des moments donnés où est-ce que je suis juste trop épuisée pour avoir le goût de
continuer, tu sais.

Je me remets dans la situation quand j'allais moins bien, je veux dire, j'étais
tellement...

Tu nommais la fatigue, mais c'était très vrai.

La fatigue physique, la fatigue cognitive, la fatigue de compassion aussi.

Tout ça faisait en sorte que je savais qu'il y avait des ressources disponibles.

Pour nous, les médecins, on a le Programme d'aide aux médecins du Québec,

qui est un organisme qui vient soutenir les médecins, faire de l'accompagnement anonyme
avec des médecins-conseils.

Il y a plein d'autres initiatives pour les autres professionnels de la santé.

Mais même si je savais que ça existait, je n'avais plus le jus, l'énergie pour aller
mobiliser ces ressources-là.

Oui, c'est ça que j'ai observé aussi et qu'on observe, c'est que même des fois, même si
les ressources sont disponibles et accessibles, c'est peu utilisé.

Dans le fond, l'aide formelle va être peu utilisée.

C'est encore peut-être sous-évalué, méconnu aussi.

Qu'est-ce que ça va m'apporter, moi, de rencontrer un travailleur social, une éducatrice
spécialisée, un psychologue...

Ce que j'ai observé dans ma pratique professionnelle, mais aussi dans mes entrevues, c'est
que si l'aide n'est pas disponible au moment où on la demande, ça se peut que trois

semaines, trois mois, six mois plus tard on soit appelé, mais on a perdu le momentum.

Les gens, ça ne leur tente plus à ce moment-là, ils sont ailleurs.

La situation s'est peut-être dégradée ou améliorée.

On perd des fois des gens en n'ayant pas la possibilité de leur offrir de l'aide au moment
où elle est demandée.

C'est un problème plus grand que juste un service ou une personne.

C'est une réalité qu'il y a de l'attente en ce moment pour avoir des services, que ce soit
au privé ou au public.

Des fois, c'est plusieurs semaines, même plusieurs mois.

Il y a malheureusement des dégradations qui sont attribuées aux demandes d'aide quand il y
a beaucoup d'attente.

Tout ça s'accumule et ça va faire en sorte qu'une personne va être prise en charge

peut-être trop tard pour avoir l'aide qui lui permettrait de s'adapter au bon moment.

parce qu'on est dans un niveau d'urgence constant parce que c'est très intense la
pratique, la vie.

Que là c'est go go go.

Puis là, si je m'arrête, d'un coup je ne me sens vraiment pas bien et c'est pire.

Justement quand tu as les batteries à terre, c'est sûr que ce n'est pas facile de manger
tes fruits et légumes, t'entraîner, faire ta psychothérapie.

Tu le sais.

Je le sais et pourquoi je le fais pas, pourtant je suis au courant, puis je suis bien
éduquée, puis j'ai les ressources, puis je suis privilégiée.

Mais on n'est pas très bon pour se reposer.

Puis je pense qu'on se désensibilise, c'est-à-dire qu'on est tellement habitué d'être en
surmenage, de travailler comme des débiles, de ne pas beaucoup se reposer.

Tout le monde autour de toi, c'est ça.

Quand il faut se reposer, c'est vital.

Si ce n'est que dans une journée, de prendre 10 minutes, fermer les lumières au milieu de
la journée entre deux patients, puis ne rien écouter, puis respirer.

Mais là, OK, il faut être à l'aise de connecter au vide intérieur.

On a une relation aussi intéressante avec ça parce qu'on dit, on recommande à nos patients
certaines pratiques qu'on a de la difficulté à faire nous-mêmes et que beaucoup de gens ne

font pas eux-mêmes.

C'est un peu comme "Faites ce que je dis, mais pas ce que je fais".

Puis je pense qu'on gagne à être des modèles de rôle.

Une des choses, je trouve, que tu as nommée dans cette recherche de sens-là, c'est de
redonner, d'être capable

d'assez comprendre des choses sur soi pour être capable de le redonner.

Comment tu penses que les soignants peuvent se soigner?

Tu as été un proche aidant, mais c'est parfois difficile de penser à soi quand on donne à
l'autre.

Donc comment trouver cet équilibre-là?

Ça semble être insignifiant comme réponse ou comme base, mais je mettrais ma main au feu
que ce ne sont pas tous les soignants et les soignantes qui le mettent en pratique.

Ça vient de Guy Corneau.

Guy Corneau a dit : "Lorsque nous mettons des mots sur nos maux, lesdits mots deviennent
des mots dits et cessent d'être maudits." C'était fabuleux.

J'ai vu cette phrase-là, un moment donné, je l'ai lue et je me suis dis c'est ça.

Et ça...

Je ne suis pas sûr que tout monde le fait.

Pas tous les êtres humains, premièrement.

Et pas tous les soignants.

Pas tous les médecins.

Pas tous les préposés, les infirmières.

Et ça, ça veut dire que quand tu te sens débordé, quand tu as eu une journée de merde,
quand tu penses que tu ne l'as pas, quand tu penses que tu es épuisé...

Peu importe à qui tu parles.

Le réflexe que je vois autour de moi, c'est la bouteille de vin arrive vite à la maison.

Une journée de merde, la bouteille de vin.

Le petit joint, la pilule,

l'anxiolytique, quoi que ce soit.

Outre ça, d'apprendre à exprimer ce qu'on ressent à l'intérieur.

Et une fois que ça c'est fait, il y a quelque chose qui s'installe, qui apèse.

Mettre des mots sur les maux, ça apèse.

Ça te permet de te déposer et de prendre une certaine perspective, une certaine distance
de la situation conflictuelle qui te fait vraiment souffrir en dedans.

Au lieu de chercher

à mettre un bouchon là-dessus ou un quick fix, un petit raccourci comme tu disais tantôt.

Donc ça, je pense qu'à toutes les personnes qui sont dans le milieu de la santé et qui
nous regardent ou qui nous écoutent aujourd'hui, posez-vous la question, est-ce que je

suis capable de mettre des mots sur mes maux tous les jours que je ressens quelque chose
qui est en train de bouillir par en dedans ou quelque chose qui commence à me faire

souffrir par en dedans et quelque chose qui s'accumule lentement.

Parce que quand ça s'accumule lentement, on pense que ça va aller mieux demain,
après-demain.

Bien, ça peut aller mieux, mais si on ne fait rien, c'est un hasard que ça va mieux.

Je pense que c'est important de regarder ça comme on dit en anglais, d'adresser ça, de
prendre le taureau par les cornes et dire : "OK, ça ne va pas depuis 2 jours, depuis 3

jours, je ne dors pas, j'ai de la misère à manger."

C'est aussi les besoins de base.

Quand tu commences à scraper tes besoins de base, je ne dors pas assez, je ne bouge pas
assez, je ne mange pas assez bien, ça suffit pour te sentir scrap.

C'est la base, de trouver quelqu'un avec qui tu peux te déposer, tu peux parler.

Je sais que dans le système de santé, ce n'est pas toujours facile d'avoir accès à de
l'aide quand on est soignant.

Mais je suis persuadé qu'on peut trouver quelqu'un autour de soi qui peut, même si c'est
difficile de trouver quelqu'un avec qui tu peux te déposer et surtout, et ça c'est encore

plus rare mais ça se fait, trouver quelqu'un qui ne va pas répondre en disant : "Je vais
te soigner ça, moi.

Je vais te régler ça, moi." Juste être capable de t'entendre, d'entendre la souffrance que
tu déposes devant lui sur la table sans chercher à régler

quoi que ce soit.

Juste ça.

Ça demande une belle âme sensible à l'écoute de ne pas répliquer et de te laisser parler
jusqu'au bout de ton histoire.

Et après ça, on regarde ça ensemble et dire : "OK, comment tu te sens?

Qu'est-ce tu penses qu'on peut faire avec Qu'est-ce que je peux faire pour toi?"

Puis dans ce que tu dis, d'en parler puis de ne pas avoir honte puis de briser un peu le
silence, ça vient chercher le principe dans l'autocompassion qui est l'humanité commune.

Puis une des clés justement pour être plus compatissants vers soi-même, c'est de sentir
qu'on n'est pas seuls là-dedans puis on fait partie d'une humanité commune puis on est

tout le monde ensemble.

Il y a quelqu'un à l'autre bout de la planète qui vit peut-être pas exactement les mêmes
choses que toi, mais sensiblement les mêmes choses.

Je trouve que c'est ça, ça augmente aussi la compassion envers soi-même quand tu sais que
tu n'es pas seul là-dedans.

Mais cette humanité commune-là en médecine, on ne l'a pas beaucoup.

Non, vraiment pas.

Parce que c'est comme si, avant d'être humain, on est professionnel.

C'est inculqué très tôt dans le parcours.

Notre humanité derrière le sarrau n'est pas très mise de l'avant.

C'est dur après justement de sentir qu'on fait partie d'une humanité commune que d'autres
gens souffrent en médecine, quand personne n'en parle.

Nous on se sentait seules.

Nous on était deux et on se sentait seules.

On est deux sœurs et une chance qu'on est ensemble parce que pour vrai, je ne sais pas.

J'avais de la misère à trouver des gens nécessairement à qui en parler parce qu'on n'en
parle pas de ça.

Pour justement protéger l'image, pour répondre aux besoins du "Il faut s'occuper de la
société, il faut..." On est responsable de la société, mais avant tout on est responsable

de nous-mêmes.

Puis après on peut être responsable de la société.

On est beaucoup dans le sauveur, on va s'oublier soit pour sauver l'autre, tu sais.

Mais c'est quand nous en thérapie, en dépendance, on en parle beaucoup du rôle du sauveur,
puis en quoi justement ça alimente des fois les patterns de dépendance.

Et c'est sûr que les soignants sont sujet à ça en fait.

Ils sont le sujet à développer des troubles et tout ça.

Tout comme tout être humain, dans le fond, on n'est pas à l'abri de ça personne.

C'est comme si on a un idéal que le médecin ne soit jamais être malade, qu'il n'y aura
jamais de troubles, parce que mon Dieu, sinon la société ferait quoi?

Moi j'aimerais que les gens sachent que bien qu'on ait le titre de professionnels de la
santé, on est des humains.

Qui ont nos qualités et nos défauts.

Mais je pense que la plupart des gens qui sont dans le domaine de la santé, ont à coeur la
santé.

La santé de leurs patients.

Peut-être pas assez la leur, mais il faut s'impliquer, il faut parler.

Il faut s'écouter, parler et agir.

C'est ce que j'aimerais que les gens retiennent beaucoup : s'écouter, parler et agir.

Vraiment.

Je voudrais peut-être juste rajouter s'écouter nous, mais s'écouter aussi entre nous.

C'est ce que j'aimerais vraiment que les gens retiennent.

Et de ne pas avoir peur

de s'exprimer aussi.

On est très dans le "un pour un" avec la situation dans laquelle on est impliqués.

Cette difficulté-là à prendre du recul, on dirait des fois que ça nous recale un peu dans
notre impression d'être vraiment tout seul.

Puis à partir du moment où on ouvre un peu la porte puis on se met à en parler, on se rend
compte que finalement il y en a plein autour de nous qui sont passés par des moments

semblables, des expériences semblables, des sentiments semblables.

Puis la mise en commun, je pense, ça aide beaucoup après ça à pouvoir

analyser comment on se sent et être capable de prendre le prochain pas après pour
retourner vers en avant et ne pas rester dans le surplace que ça peut engendrer.

Une chose qui a été très aidante dans le processus des Soignantes, donc on a monté ce
petit groupe-là de femmes qui travaillaient, qui travaillent toujours dans mon hôpital,

puis on a décidé de commencer à se rencontrer pour parler de ces choses-là qu'on vivait,

des choses qui nous travaillaient.

Tout le lien avec la patientèle, mais aussi les collègues, tous les commentaires sexistes
qu'on recevait, tous les enjeux féministes qu'on vivait finalement.

Depuis qu'on fait ça, ça fait plusieurs années qu'on se rencontre une fois par mois pour
vraiment s'aider et créer un safe space.

J'ai remarqué que justement en en parlant,

et en créant un espèce de tissu social autour de ça, nos réactions à toutes, quand ça
arrive, on se sent beaucoup plus outillées pour faire face.

Et justement, on essaie de trouver des solutions ensemble, de non seulement ventiler, mais
aussi "Qu'est-ce qu'on fait la prochaine fois?" Ça aide réellement.

Quand tu dis utiliser l'humour, des choses comme ça, on remarque

qu'avec le temps et l'expérience en en parlant, en brisant ces tabous-là, dans le fond.

De ne pas faire comme si ça n'existait pas, mais juste de le nommer, de dire "Voici ce que
j'ai vécu, voici les émotions, on reçoit mes émotions, je ne suis pas folle, c'est normal

que ça me fasse, que ça réveille des traumas." Là, la prochaine fois, on dirait que c'est
moins prenant.

Et non seulement c'est moins prenant, mais souvent nous on se dit, je vais en parler au
prochain groupe de ce qui m'est arrivé et je vais avoir le support.

On dirait qu'on n'est pas seule quand on en parle.

Je pense que c'est ça, briser les tabous.

L'objet de ton balado aussi, c'est comme on en parle, on ouvre les valves, on brise les
barrières,

puis on crée un tissu collectif pour qu'on ne se sente pas seule quand ça arrive.

Un médecin qui va donner les meilleurs soins possibles, si en dessous de lui, dans son
équipe, pour faire la suite des soins, ce n'est pas appliqué,

ça ne changera rien.

On a tous cette responsabilité auprès du patient.

Une des choses que je trouve, honnêtement, comme infirmières, c'est qu'on sous-estime
souvent, souvent nos compétences, notre jugement et nos capacités.

Ça vient jouer aussi au niveau de la santé des soignants.

J'essaie toujours de faire en sorte que quand j'interviens auprès des autres membres de
l'équipe, que je puisse entendre leurs opinions, leurs idées.

Échanger, expliquer le pourquoi du comment je fais les choses, pour justement se dire :
c'est eux la suite de la chaîne aussi.

Donc, on travaille tous pour le même patient et on veut s'assurer que les soins soient
adéquats.

Mais il faut prendre en considération les autres, leurs opinions, leurs idées, aussi.

Un médecin tout seul, il n'y aura pas de suite, ça ne fonctionnera pas.

Parce qu'il ne faut pas oublier que les infirmières, elles passent 8 heures par quart de
travail avec ce patient-là que nous, on va voir que de façon ponctuelle dans une

je pense que clairement, qu'on soit médecin, infirmière, préposé, physiothérapeute,
nutritionniste, comme on en parlait tantôt, ergothérapeute, on a des souffrances en lien

soit avec la charge émotive qu'on vit, soit avec des problèmes organisationnels et de
système.

Et je pense que la clé, c'est de se rassembler, de se retrouver, d'avoir des moments où on
peut juste se poser cinq minutes et parler.

Je pense que c'est important de mélanger les corps de travail, de mélanger le monde des
médecins, le monde des infirmières, des préposés.

Imaginez un préposé aux bénéficiaires qui est en oncologie, qui a eu un décès dans sa
journée.

L'infirmière va rentrer dans la chambre, va faire quelques soins.

Le préposé, c'est lui qui va s'occuper du corps de la personne.

Tout seul ou à deux, des fois.

Est-ce que quelqu'un,

un quart de seconde, va lui demander comment il va après ?

Non, personne ne se préoccupe de qu'est-ce que vie se préposé-là.

Et il reprend son chariot, puis après ça, c'est la tournée des repas.

Mais il n'y a pas eu de temps entre les deux moments pour qu'il se dépose.

Au bout de 5 ans, de 10 ans, de 15 ans, de 20 ans, ça fait des gens qui tombent malades,
parce que c'est presque de la folie de faire vivre ça à des humains, parce qu'on est

humains.

Alors, on fait quoi de cette souffrance-là?

Elle n'existe pas?

Nous, on est des infirmières, vous êtes médecins, on a eu la chance de se rencontrer.

Mais moi, j'aimerais ça qu'on ait des préposés avec nous aujourd'hui, des femmes qui font
le ménage, à qui les patients disent énormément de choses parce qu'elles restent plus

longtemps.

Les préposés ont un contact physique avec les patients, beaucoup plus que nous,

pour faire des bains et tout ça.

Alors eux aussi ont énormément de charges émotionnelles qu'ils reçoivent.

Mais qui se soucie de leur bien-être?

Qui se soucie de leur douleur et de leur peine?

Pas grand monde, là, personne.

Donc, je pense que rassembler les gens, tous ensemble, peu importe que ce soit médecin ou
infirmière, on est tous importants dans la chaîne.

Je pense que côtoyer la mort, ça peut amener des réponses.

Moi, je l'ai fait avant l'externat, en fait, parce que j'avais foncièrement peur de la
mort.

Je me disais clairement, il faut que je vois, il faut que je m'expose à ça, parce que je
vais voir des patients mourir.

Puis je pense clairement, ça a été aussi un facteur dans mes réflexions, parce que quand
tu vois des personnes

sur leur lit de mort, littéralement, puis tu leur demandes c'est quoi leur regret, c'est
quoi leur plus grande fierté dans leur vie.

C'était très rare que les gens me parlaient de leur job.

Ils parlaient juste très souvent de leurs proches, de leurs rêves qu'ils avaient réalisés.

Moi je trouve que c'est des fois d'aller parler à des gens qui sont en fin de vie, ça met
la caméra envers toi-même, puis tu te dis moi, quand je vais être sur mon lit de mort,

c'est quelle vie que j'aurai vécu

et c'est quelle vie que je pourrais dire, je suis fière d'avoir vécu cette vie-là.

Moi, je pense que ça m'a beaucoup aidé aussi dans mes réflexions.

Je pense aux photos de mes patientes que j'ai accrochées dans mon bureau.

Je pense à tout ce que j'ai vécu avec mes patientes, tous les accompagnements que j'ai
faits.

Et puis, je me pose parfois la question, c'est quoi le poids de tout ça?

Qu'est-ce que ça laisse dans ma vie comme trace?

Est-ce que ce sont des traces positives?

Est-ce que ce sont des traces négatives?

Il y a une patiente que j'ai accompagnée à l'aide médicale à mourir, jusqu'à chez elle,
jusqu'à la maison.

Elle et son conjoint m'ont demandé d'être présente le jour de son aide médicale à mourir
et donc je m'y suis rendue.

Et puis quand j'entends aujourd'hui la musique que son petit-fils jouait pendant l'AMM,

forcément, évidemment, ça me revient en tête.

Puis là, c'est un exemple, mais je me demande, c'est quoi le poids de tout ça?

À quel point est-ce que j'ai perdu mon âme ou à quel point est-ce que j'ai gagné en
humanité?

Mais je n'ai toujours pas trouvé la réponse.

Laetitia,

C'est annoncer la mort aussi, de prendre soin des proches autour de la personne, parce que
c'est pas juste la personne qui vit un accident ou quelconque défi au niveau de la santé,

qui est accompagnée parfois par des gens, c'est de voir beaucoup la souffrance à
différents niveaux, de l'accueillir, c'est comme si c'est implicite dans notre travail.

Ça fait partie, tu sais, c'est comme, ben oui, ben je prends ça, pis je prends ça, pis je
prends ça, fait que tu sais, ça s'accumule.

Puis oui, il des expériences qui nous marquent plus, mais tu peux fermer les yeux et tu
peux la revivre.

C'est ça, le trauma.

Tu sais, c'est que quand quelque chose, en fait, ce qui est traumatique est une expérience
dans laquelle je n'ai pas été reconnu, je n'ai pas été accompagné.

Et c'est ça qui fait

que ça reste traumatique dans mon système nerveux.

Mon système nerveux reconnaît des indices et à chaque fois, mon corps va dire "Ça, c'est
dangereux pour moi." Quand je suis bien accueilli, quand je suis bien entouré, quand on

m'accueille dans ma souffrance, ça ne reste pas traumatique.

Donc, combien de fois nous sommes laissés à nous-mêmes dans le parcours?

Très tôt, là!

Très tôt.

Fait que c'est comme si ça fait partie de notre formation.

Peu importe, n'importe lequel.

Si je parle médicalement, oui, mais je pense à d'autres collègues, pis c'est la même
chose.

C'est implicite, Ça fait partie de la job.

Ouais.

c'est rapidement inculqué dans les valeurs.

parle vraiment de problématiques systémiques qui doivent évoluer et c'est un changement
qui va se faire, mais qui va se faire sur du long terme et qui va prendre du temps.

Et comme vous dites, en attendant, on a plus tendance à demander aux individus de
s'adapter à ce système dysfonctionnel que de faire évoluer ce système-là justement parce

que c'est plus simple en fait d'attendre à l'individu qu'il s'adapte plutôt que de venir
remettre en question toute une organisation qui est là depuis des années et qui est rigide

en fait.

On pourrait même considérer cette culture-là d'un point de vue évolutif parce qu'il y a eu
un avantage évolutif d'exiger ça de la communauté médicale parce que c'étaient des

réflexes de survie qui ont permis de performer.

Ça sert le système, ça sert les patients qu'on demande toujours plus aux médecins.

Exactement, c'est un très bon point.

En fait, quand on s'intéresse aux définitions des cultures, elles ont ce côté adaptatif
justement, une culture professionnelle, elle existe pour une raison, parce qu'elle permet

finalement de transmettre ses codes, ses manières de faire, de se comporter, pour être
adaptée à la profession, aux exigences de la profession.

Le problème, c'est que la médecine d'aujourd'hui n'est plus du tout confrontée aux mêmes
défis que la médecine d'il y a 50, 100 ans, même plus, et donc en fait,

étant donné qu'elle a du mal à évoluer pour toute une série de raisons parce qu'elle est
très très forte et transmise de manière historique, aujourd'hui beaucoup d'auteurs notent,

beaucoup de médecins notent qu'elle n'est plus en phase avec les évolutions sociétales et
avec les nouveaux challenges que les médecins rencontrent aujourd'hui.

Or effectivement, on voit que cette culture évolue beaucoup moins rapidement, en tout cas
dans la profession médicale, comparée à d'autres professions.

Et ça c'est quelque chose qui est quand même assez interpellant, étant donné les enjeux en
termes de détresse psychologique qu'on observe dans la profession.

Mais dans les années qui ont suivi la pandémie, on m'a souvent demandé de parler de
résilience.

Il y a trois niveaux en théorie de la résilience.

La résilience des individus, la résilience des organisations et celle des communautés.

J'ai fait souvent cette conférence-là, j'ai rencontré plein de groupes.

Quand on parle de résilience individuelle, tout le monde hoche la tête, puis les principes
derrière ça, puis les actions qu'on peut faire pour renforcer la résilience des individus.

On est à l'aise avec ça.

Je vais y aller en caricature, mais d'offrir des cours de yoga, organiser des activités
XY, tranquillement, ça je pense que les gens reconnaissent que oui, c'est jouable, puis on

peut faire ça.

Envoyer des petits messages d'espoir, etc.

Après ça, la résilience des communautés.

Ça marche de plus en plus, de reconnaître que les différents acteurs de la communauté
doivent se rassembler ensemble pour dire qu'est-ce qu'on peut faire à l'échelle plus

grande que nos organisations, à l'échelle des communautés, pour essayer d'avoir un impact
aussi.

Parce que c'est beaucoup moins engageant.

Chacun se concerte ensemble, puis après ça c'est l'affaire de tout le monde, mais de
personne spécifiquement.

Mais quand je parle des principes de résilience des organisations, c'est sûr que par
organisation je pense notamment aux organisations de santé.

Les bons principes pour stimuler la résilience des organisations passent par beaucoup plus
que juste des solutions individuelles.

Ça passe par un changement de culture, une redistribution des pouvoirs.

Ça change par une certaine cohérence dans l'ensemble des décisions qu'on prend pour être
sûr que le message est lancé aux gens soit "Vous comptez pour nous.

Votre voix nous intéresse, on veut que vous fassiez partie des solutions".

Donc ça, ce sont les grands principes de résilience organisationnelle, dits de façon très,
très macro.

Puis d'admettre ça, c'est d'admettre que finalement, il faut changer complètement les
bases de nos façons de travailler actuellement dans nos services publics, de la santé.

Donc ces prémisses-là, sous-jacentes au principe de la résilience des organisations puis
des personnes,

dans ces grandes organisations-là, c'est un peu plus difficile à admettre parce que
implique des changements pour lesquels, je pense, on n'est pas prêt.

J'ai vraiment envie de souligner ce courage, je trouve, qu'ont les médecins qui osent
exprimer soit leur parcours compliqué ou les difficultés qu'ils ont pu ressentir à un

moment donné, soit qu'ils sont capables de mettre leurs limites et d'avoir la résilience
aussi de faire face parfois à des discours extrêmement stigmatisants et parfois violents

de leurs collègues directs.

C'est impressionnant de voir à quel point ce système est parfois encore maintenu par des
discours très très violents et n'encourage pas du tout les changements vers une évolution

plus bienveillante, vers une culture plus bienveillante pour tous.

Comment ça se fait que les ordres viennent d'en haut et qu'ils n'écoutent pas par en bas?

Je me suis rendu compte qu'on ne veut pas écouter en haut.

Ah non!

On veut gérer, on veut contrôler le plus souvent.

Mais non.

On ne veut pas vraiment établir des partenariats.

Collaborer le plus souvent.

Parce que ça a des implications, ça.

Ça a des grosses implications sur le système.

comme tu disais tantôt.

Oui!

Puis comment on développe un lien de confiance?

Ça veut dire s'exposer.

Ça veut dire devenir vulnérable.

je vais faire un parallèle.

Je trouve que la relation avec la médecine, c'est comme être en couple avec un conjoint,
une conjointe extrêmement toxique.

Au départ, c'est le love bombing.

On est super content.

On adore la job.

On se sent utile.

On se sent invincible.

On a beaucoup de "Merci docteur, tout va bien." On est bien.

Puis, plus le temps avance, plus les choses deviennent lourdes et plus les restrictions
sont mises, plus la charge s'alourdit.

Puis, tout à coup...

On est vraiment comme un peu prisonnier dans cette relation-là.

On ne voit plus nos amis.

On n'a plus vraiment le temps pour faire des activités avec d'autre monde.

On n'a plus vraiment le temps pour faire nos hobbies.

Puis la médecine devient comme le centre de cette vie-là.

Et plus ça avance, plus l'emprise est grande.

Puis là, on commence à dire...

"Écoute, là, je ne me sens pas bien dans cette relation de couple." Puis là, on…

On se fait dire : "Ben, si ça ne va pas, c'est toi.

T'es pas un assez bon médecin, t'es pas efficace, tu ne vois pas assez de patients, t'es
pas assez dévoué, t'es paresseux.

C'est ce qu'on se fait dire par les politiciens.

Puis, comment ça?

Tu vas aller au privé, mais vraiment, t'es pas un peu un bon médecin.

Tu veux quoi?

Tu veux aller me tromper ailleurs?" Ça n'a pas de sens, là.

Ça n'a pas de sens.

Puis là, ça se referme encore plus.

Puis là, t'es pris, j'ai dit ça, mais...

800 et quelques patients, c'est comme des enfants.

Là t'es dans le couple, pis t'as des enfants, tu dis comme "Je peux pas quitter pour les
enfants, faut que je tough ça encore plus longtemps!" Pis à un certain moment, t'as plus

le droit de sortir, t'as plus le droit de faire ci, tu dois rendre des comptes à tout le
monde...

C'est tellement invasif dans notre pratique.

Et j'en ris là, mais c'est un rire jaune, c'est juste horrible.

Et tu sais, qu'est-ce qu'on dirait à quelqu'un qui est pris dans une relation de couple
toxique ?

Prends tes habits, ne prends même pas ta valise, va dans un refuge, ne dis pas où est-ce
que tu es, protège-toi.

Pourtant, nous, on nous dit de subir.

Puis on nous dit de subir plus et encore plus, puis de l'accepter.

Pourquoi est-ce qu'on mérite d'être traités comme ça?

Je ne le comprends pas.

Fait que, tantôt, tu disais c'est quoi, ton identité, mais tranquillement, à travers 20
ans de pratique, il y a tellement de choses que j'aimais faire que je ne fais plus parce

que je suis trop fatiguée quand je rentre chez nous le soir.

J'ai encore des labos à vérifier ou des notes à faire.

Il y a une garde de plus le week-end.

Il y a des patients de plus qui appellent, que je dois voir en ajout en fin de journée,
fait que je rentre plus tard chez nous, que j'en ai plus d'énergie pour faire les choses

que j'aime.

La centralisation amène la déshumanisation des structures.

Le modèle "une taille unique" fait en sorte qu'effectivement, si on applique le même
système de quota à travers tous les centres de soins, tous les blocs opératoires, toutes

les cliniques, tous les blocs d'endoscopie, parce que c'est ça la règle,

bien ça fait en sorte qu'effectivement ça ne laisse pas de marge de manoeuvre à l'imprévu.

Dans notre job, l'imprévu, c'est quotidien.

Je veux dire, c'est quotidien.

On joue avec ça tout le temps.

Il faut se donner la chance puis le droit de dire qu'à un moment donné, dans une journée,
ça se peut qu'on soit un petit peu moins performant.

Chiffre parlant, on s'entend, pas nécessairement humainement parlant.

Peut-être que tu as besoin de réduire un petit peu.

Nos structures ne sont pas aptes à pouvoir gérer cette individualisation-là.

C'est très difficile de pouvoir faire de la place

aux médecins, individus, personnes humaines qui arrivent avec ce qu'ils peuvent apporter,
l'aide qu'ils peuvent donner, mais des fois, avec une certaine limitation pour différentes

raisons.

On n'est pas bon à accommoder ça.

On n'est pas capable de le faire parce que les structures sont trop grosses, parce que les
structures obéissent à des commandes que la structure elle-même ne contrôle pas.

De la reddition de comptes à faire.

Ça, c'est administratif, ce n'est pas humain, mais cette pression-là, c'est nous autres
qui en sommes victimes et qui la sentons au quotidien.

Tout ça est très beau, mais jusqu'à tant qu'on ne change pas le fond de la culture
actuelle, ça va être quand même difficile de convaincre le leadership de mettre en place

les outils qui sont pertinents pour notre bien-être.

La façon de changer la culture, c'est non seulement d'enlever le tabou, d'en parler, de
rendre ça un sujet très important,

mais il faut que les gens s'impliquent.

Il faut qu'on s'implique à notre échelle de ce qui est possible de faire, avec ce qu'on a
comme énergie, comme motivation, mais il faut qu'on s'implique.

Les gens qui croient, comme toi et moi, puis qui veulent faire des changements, il faut
qu'on s'implique, il faut que notre voix soit entendue à des plus hauts niveaux.

Il faut prendre des positions de leadership.

C'est ça qui va finir par créer un mouvement que toute notre gang de motivés en bien-être
des médecins, on va être partout, puis ils n'auront pas le choix de nous écouter.

Ultimement, je pense que ça serait comme mon monde idéal.

Maintenant, ce qui est extrêmement, je pense, compliqué, c'est que si on espère mettre en
place des changements effectifs et durables dans la profession, ces changements doivent

être portés...

En fait, c'est une responsabilité individuelle et collective.

Et collective, dans le sens où je pense que les médecins doivent ensemble se mobiliser
pour transmettre ce message qu'il y a des choses qui doivent changer.

Et ça, ce sont des choses qui auraient été inimaginables il y a encore dix ans, de venir
témoigner et de parler ouvertement de ça, parce qu'il y avait ce, comme vous dites, ce

statu quo et cette culture du silence, une omerta très très forte.

Et je suis persuadée que pour continuer à faire évoluer les choses, on a besoin de
personnes charismatiques, qui sont prêtes à porter ce message et à travailler

collectivement pour faire évoluer les choses, en fait, j'ai envie de dire à se mouiller,
vraiment oser prendre le risque, quitte à ce qu'elles soient critiquées encore une fois,

on revient ce qu'on a dit plus tôt.

sur leur réputation, sur...

Voilà, qu'il y ait des critiques qui soient faites de manière plus ou moins explicites,
mais que ces médecins osent à un moment donné transmettre le message que ce qui se passe

sur le terrain, ce n'est pas OK.

Si on reprend la question du stigma, le fait d'avoir des modèles de rôle charismatiques
qui viennent changer les choses, c'est une des formes d'influence les plus puissantes.

Vraiment, je pense que c'est là-dessus qu'on doit jouer, notamment.

Ce que j'aimerais dire à un décideur, idéalement un décideur de très haut niveau, comme un
ministre de la santé, par exemple,

c'est de dire, faites confiance à votre monde.

Vous avez des humains extraordinaires.

Vous en avez du monde qui demandent juste ça d'être écoutés puis de pouvoir partager les
idées qu'ils ont.

Faites leur confiance, vous seriez surpris de la qualité des idées qu'on va vous partager,
des pistes de solutions qui sont la majeure partie du temps, je pense, à notre portée.

Oui, des fois, il y a des solutions qui sont

peut-être plus difficiles à appliquer, qui coûtent trop cher ou qui demanderaient trop de
remaniements, mais il y a plein de petites choses pour lever des irritants au quotidien

qui pourraient être implantées.

Et le mot d'ordre, c'est d'accepter qu'il faut être flexible et que ce qui fonctionne dans
une région, puis dans un territoire, puis une bâtisse, ne fonctionne peut-être pas dans

l'autre territoire, puis l'autre bâtisse.

Faire confiance aux gens et les laisser un petit peu plus s'auto-organiser.

J'avais une image...

Imagine un coffre.

Puis la résilience des organisations, c'est un peu comme si on a tendance à penser que
Dans le coffre, il y a plein de petites équipes avec plein d'objets.

Puis là, quand on vit une tempête, tous les petits bonhommes étaient tous bien placés,
tous à leur ordre.

Puis là, la boîte, elle a basculé parce qu'elle a été dans une tempête.

Là, tout le monde est un petit peu tout croche en dedans.

Pour que les gens se remettent droit en-dedans, l'idée, ce n'est pas de changer la boîte,
la grosse structure tout le temps, c'est de laisser les gens s'auto-réorganiser à

l'intérieur de la boîte.

À haut niveau, vous avez le pouvoir de changer peut-être la forme de la boîte ou replacer
la boîte, mais si vous voulez que les petits bonhommes à l'intérieur de la boîte se

replacent droit et se réorganisent, il faut les laisser eux le faire.

C'est entre eux l'interdépendance.

C'est eux qui comprennent comment ça va bien marcher.

Donc, faire confiance aux gens.

Les laisser, les équipes, trouver des solutions.

Puis qui sait, une fois que vous avez une petite solution à une petite échelle, il y en a
peut-être quelques-unes qui vont vous inspirer, qui pourraient remonter plus haut, puis

après ça venir influencer d'autres petits bonhommes dans la boîte ou dans le coffre
métaphorique auquel je fais référence...

C'est de faire confiance aux gens, de leur donner une certaine flexibilité.

On est comme rendu au bout de la tête qui remet de la tête, qui remet de la tête.

Parce que la tête n'aime pas ça qu'on lui dise qu'elle se trompe.

Il faut vraiment descendre dans le coeur puis les solutions sont là.

Les gens sont créatifs, les gens veulent travailler ensemble.

Je pense qu'il y a peut-être du travail qui pourrait être fait pour augmenter le sentiment
d'implication, d'appartenance à l'organisation, mais ça passe par aussi améliorer les

conditions de travail, le fondement des conditions de travail.

C'est sûr que tout ce qui est de favoriser le bien-être au travail, ça devrait aussi être
une priorité,

C'est que des fois, il va y avoir des cours, par exemple, un yoga sur l'heure du dîner,
mais l'infirmière qui a 45 minutes d'heure du dîner, elle n'a pas le temps d'aller faire

son heure de yoga sur l'heure du dîner, de prendre sa douche puis de manger, versus
peut-être moi dans mon cas,

qui travaille en recherche, je peux prendre mon heure au complet et je peux même prendre
un dix minutes pour manger mon lunch à mon bureau.

Le personnel soignant sur le plancher, toi en tant que médecin, les infirmières, quand
votre temps de dîner est complet, il faut être disponible pour les soins.

On ne peut pas être en train de manger la sandwich en faisant le tour.

Des fois, les services qui sont offerts en milieu de travail pour favoriser le bien-être,
ce n'est

pas toujours possible pour les gens de les utiliser.

C'est peut-être aussi pour ça qu'on dit que les ressources sont là, mais qu'elles ne sont
pas utilisées.

Peut-être que pour l'infirmière, le PAE, le programme d'aide aux employés, le moment
qu'elle se fait offrir pour avoir une rencontre, ce n'est pas aussi possible pour elle.

Parce ce qu'elle est de nuit, elle fait des 12 heures, il y a toutes ces choses-là
auxquelles des fois on ne pense pas.

On dit, voyons, on met des choses à disposition, mais elles ne pas utilisées.

Mais c'est parce qu'en tant que gestionnaire ou personne en recherche ou autre,

pour nous, c'est accessible, mais pour les gens qui sont aux soins, ça ne l'est pas pour
toutes sortes de contraintes qu'on oublie.

Les garderies en milieu de travail aussi, s'assurer d'offrir les repas quand on reste en
temps supplémentaire obligatoire, puis pas juste la sandwich distributeur, toutes ces

choses-là, considérer la conciliation travail-famille quand on impose, tous ces éléments
organisationnels-là vont aider

nos soignants à s'adapter.

Donc c'est à toutes ces solutions-là qu'il faut penser.

L'accompagnement aussi des jeunes infirmières quand elles arrivent sur le plancher, c'est
quelque chose qui est ressorti, qu'elles ne se sentaient pas assez accompagées.

Des fois même dans les équipes, il n'y a pas de bonne relation, des bonnes relations de
travail qui peuvent nuire à la satisfaction et à l'adaptation quand elles n'ont pas de

lien avec des collègues.

L'accompagnement, lorsqu'elles sont réaffectées aussi contre leur gré, mais souvent
pendant la pandémie, les personnes étaient laissées un peu à elles-mêmes dans les milieux.

Il n'y avait pas de gestionnaire à qui se référer.

Il n'y avait pas de personnes sur place pour les aider.

C'est important quand on impose aux gens de les accompagner.

Je pense que dans le processus, s'assurer qu'elles vont bien.

Il y avait beaucoup de personnes qui me disaient

qu'il n'y avait personne qui prenait des nouvelles d'eux, on faisait juste les appeler
puis leur dire, demain tu rentres à telle place.

Dans deux, trois jours, tu es à une nouvelle place.

Tout le monde était débordé, tout le monde était en mode survie.

Il n'y a personne, je pense, qui était mal intentionné au fond de ça.

C'est tout le gros bateau qui s'est mis à fonctionner malgré nous comme ça.

Puis ce n'est pas nouveau comme solution.

Ce sont des solutions qu'on connaît, mais qu'il faut essayer de mettre en place.

Et ça, c'est tout un travail aussi.

J'aime beaucoup ce que tu dis et ça rejoint un peu ma vision aussi.

C'est oui, effectivement, c'est très bien que, bon, c'est une gestion un peu top down
qu'on appelle, les ordres viennent d'en haut, ça, on le sait.

Mais je crois beaucoup aussi à l'approche terrain, que, bon, les solutions peuvent venir
aussi du terrain.

Je ne sais pas ce que tu en penses, avec ce que tu nous dis, c'est que

pour venir du terrain moi aussi, c'est que les gens qui sont dans le quotidien avec les
enjeux et les difficultés auxquelles ils font face, eux aussi ont réfléchi déjà à des

solutions et ils les connaissent et ils ont souvent d'excellentes idées et qui
fonctionneraient.

Et malheureusement, des fois, je trouve qu'on devrait les écouter plus et ils ont envie
aussi de participer

à ces changements-là et à ces solutions-là, ils sont prêts à faire beaucoup de choses.

On va avoir plusieurs soignantes, soignants, des proches qui vont écouter ce balado.

Qu'est-ce que vous aimeriez leur dire?

Pour les soignants concernés, et je pense que certaines des thématiques qu'on a abordées
ici ne concernent pas uniquement les médecins, mais concernent aussi d'autres professions

soignantes qui sont concernées par les mêmes réalités et partiellement par la même
culture.

En fait, je prends souvent la métaphore du masque à oxygène dans les avions.

Quand on donne les instructions aux passagers, on dit toujours mettez d'abord votre propre
masque à oxygène avant de mettre celui

d'un enfant ou d'une personne vulnérable à côté de vous.

Et je trouve que cette métaphore est très parlante pour la question dont on a parlé
aujourd'hui.

savoir d'abord mettre son propre masque à oxygène avant de venir soigner les patients et
d'avoir conscience que pour être un bon médecin d'un point de vue clinique, on doit aussi

pouvoir être en bonne santé, prendre soin de soi et aussi montrer cet exemple justement à
nos patients.

C'est quelque chose qui paraît très évident, mais qui en fait sur le terrain n'est pas si
simple à appliquer.

Donc ça c'est un message que j'aimerais transmettre pour les soignants.

Et puis pour leurs proches, il y a un peu cette ambivalence pour moi du rôle des proches
parce que les proches des médecins qui ne sont pas membres du monde médical vont être

hyper importants pour parfois venir pallier et compenser des effets néfastes de cette
culture médicale dont les membres n'ont plus conscience.

Et donc en tant que proche, pouvoir tirer la sonnette d'alarme à temps, en disant à son
proche qui est médecin, "Mais tu ne te rends pas compte de la réalité dans laquelle tu es

et des choses que tu acceptes au quotidien?" Je pense par exemple au harcèlement, c'est
quelque chose qui était ressorti dans les témoignages qu'on a pu voir d'assistants chez

nous qui partageaient leur expérience d'harcèlement, qui expliquaient, c'est quand j'ai
parlé de ce que je vivais et des discours que j'entendais et de ce que j'acceptais au

quotidien à mes proches

qui m'ont dit, "Tu ne te rends pas compte, ce n'est pas normal ce que tu vis." Et donc, je
pense vraiment que les proches qui sont en dehors du monde médical, et qui parfois ne

comprennent pas la réalité dans laquelle les médecins se trouvent, ont un rôle essentiel à
jouer pour venir à temps compenser potentiellement les effets de cette culture et pouvoir

ouvrir aussi à cette discussion, de mettre en évidence certaines choses qui semblent être
des habitudes, des normalités pour les médecins, mais qui en fait ne le sont pas du tout.

Mmh.

Je pense que les proches en ce sens-là ont aussi un rôle central à pour participer à des
prises de conscience.

Mais moi c'est drôle, c'est vraiment quand j'allais voir ma médecin qui s'occupait de mon
arrêt maladie, chaque fois que je me pointais à la clinique, ça me faisait tout le

temps...

non.

Non, je ne me vois pas faire ce qu'elle fait en ce moment.

J'avais comme un...

J'étais confrontée à sa job.

C'est comme si je me voyais et j'étais comme...

"Eh, je suis pas capable de m'imaginer continuer dans ce type de vie." Là elle arrivait
pis elle disait, excuse je n'ai pas eu le temps de dîner, bon j't'écoute.

Elle ne me regardait pas, j'avais 5 minutes pour parler, mais je suis exactement de même
quand j'ai la broue dans le toupet.

Fait que ça, ça m'a aidé à me confronter.

Ce qui m'a donné la permission d'arrêter c'est quand mon père m'a dit : "Alice, on va
t'aimer, peu importe le choix que tu prends." On dirait que moi ça a enlevé un poids

énorme sur mes épaules.

De me dire, mes parents vont être fiers de moi, peu importe le choix que je prends.

J'ai pas besoin d'être médecin, j'ai pas besoin d'être quoi que ce soit pour me faire
aimer, juste être moi ça va être assez.

L'important c'est que je sois heureuse, dans le fond.

Je pense que j'aurais voulu me dire, me mettre en garde contre mes propres limites à moi
que je me mets souvent.

Je me dirais, en fait, on est notre pire ennemi souvent.

C'est nous qui nous mettons nos propres limites.

Fais-toi confiance.

C'est la petite voix qui nous parle à l'intérieur de nous, notre intuition qui nous dit
quoi faire des fois qu'on veut taire, mais fais confiance à ça.

Si elle est là, si elle parle, c'est parce qu'elle a quelque chose d'important à dire et
il faut que tu l'écoutes.

En fait, moi, quand je suis entré en médecine, j'ai déjà eu une première désillusion dès
le premier cours, j'ai eu un gros moment d'adaptation, puis je me suis dit, est-ce que je

me suis embarqué dans quelque chose qui est

trop grand pour moi, que finalement, je ne pourrai pas passer au travers.

Puis à ce moment-là, bien j'avais mis les bouchées doubles.

Puis je pense qu'inconsciemment, à ce moment-là, j'étais...

j'avais comme passé un contrat avec moi-même que j'allais mettre mes besoins de côté
pendant tant d'années.

...

J'allais faire les sacrifices qu'il faut pendant tant d'années, puis qu'après ça, j'allais
être heureux.

au préclinique, je me concentrais dans les études plus théoriques.

À l'externat, on dirait que là, on est tout le temps en train de vouloir s'adapter pour
plaire au patron avec qui on est, dans la spécialité dans laquelle on est.

Chaque spécialité

est différentes avec des gens qui ont des personnalités souvent très différentes.

Après ça, performer assez pour entrer dans le programme de résidence.

Mais moi, la désillusion aussi, ça a été de voir à quel point je n'avais pas l'occasion
d'être moi-même à plusieurs moments.

En fait, je pensais que je ne pouvais pas être moi-même.

Devenir médecin, c'était un peu apprendre à jouer un rôle.

Puis après ça, on devient un professionnel de la santé.

Puis on se pratique, on se pratique, on se pratique jusqu'à temps que ce rôle-là, on le
maîtrise, puis que ça arrête de sonner faux.

Puis on dirait que finalement, je m'éloignais de plus en plus de qui j'étais.

Puis ça pour moi, j'ai réalisé ça après, quand j'ai eu mon premier arrêt, moi, après mes
deux premières années de pratique.

J'ai fait toutes mes études médicales, toute ma résidence d'un coup.

J'ai eu des moments plus difficiles, mais on dirait que je m'étais un peu

déconnecté de moi-même et de mes peurs, puis de juste me dire, on baisse la tête puis on
fonce dans le tas.

Quand j'ai terminé puis que j'ai commencé ma pratique, j'étais encore dans cette
attitude-là, tu sais, qu'on baisse la tête, on rentre dans le tas, notre travail, c'est

difficile, puis il faut se dépasser tout le temps.

Puis là, à la troisième année de pratique, est arrivée la pandémie.

Ça a été beaucoup de dévouement.

L'autre désillusion que j'ai eue à ce moment-là, c'est venu de la part de la population et
des médias.

On en parle souvent du doctor bashing, de se trouver un épouvantail, puis de mettre tous
les maux du système de santé sur le dos des médecins.

Puis là, je me voyais faire tellement de sacrifices, travailler tellement d'heures, puis
après ça, d'entendre des choses, des fois tellement insensibles, avec un manque d'empathie

de la part de la population du genre,

vous faites tellement d'argent, pourquoi vous vous plaignez ou avec le statut social que
vous avez, bien, ça fait partie du contrat ou bien vous saviez dans quoi vous vous

embarquiez au début.

Donc, si vous n'êtes pas contents, bien, vous avez juste à changer de job.

Puis ça, de recevoir ça, je me dis, bien, c'était comme impossible.

Je vous mentirais en vous disant que j'y ai jamais pensé.

J'y ai pensé, moi aussi, à certains moments, d'abandonner.

Puis quand j'ai eu mon premier arrêt en lien avec cette désillusion-là, je me suis
recentré un peu plus sur moi-même.

J'avais commencé de la médication.

J'avais patché mon bobo, j'étais reparti.

on se dit, je vais prendre une semaine, puis tout va être parfait par la suite.

Puis après ça, j'ai eu des pertes de collègues avec qui j'ai étudié, de maladies
fulminantes, des personnes qui sont mortes en jeune âge, entre autres,

de maladie qu'on ne contrôle pas, comme du cancer.

Puis l'autre désillusion à ce moment-là, c'est de me dire, j'ai pu faire tous ces
sacrifices-là, travailler toutes ces années-là, terminer, commencer, puis que ça me soit

enlevé du jour au lendemain.

Puis que du jour au lendemain, je puisse décéder.

Puis ça a été ça, ma vie.

Puis là, je me suis dit, bien, c'est-tu vraiment ça

que je veux que ça soit ma vie?

Puis je me posais beaucoup de questions.

Puis à ce moment-là, bien, je ne pense pas que j'avais le recul nécessaire pour voir que
le problème, c'était finalement la déconnexion de moi-même.

J'ai fait un bilan, puis je me suis dit, bon, t'es rentré avec des idéaux, t'es rentré
avec un objectif.

Puis je me suis dit, bien, qu'est-ce que j'aime encore d'être médecin?

La réponse, c'était la connexion.

C'était les moments où je pouvais être moi-même avec un patient, avec une famille, à
pouvoir échanger, pouvoir pleurer.

Je me suis dit, bien, c'est ça le sens pour moi.

Ça m'a permis de revenir en arrêtant de jouer un rôle.

Puis ça, ça a été,

au début, très difficile parce que la carapace, elle est très épaisse, Je pense que c'est
un peu ça qu'on a tous constaté et auquel on a été confronté.

Mais je pense qu'après ça, faire le choix de rester soi-même puis de continuer à soigner
avec le coeur et l'humanité que ça prend, c'est là qu'on peut

redonner du sens puis sortir du cynisme.

En fait, moi, ça a été ça, mon histoire.

Merci d'avoir écouté la revue de l'année 2025 du balado "Soigner jusqu'à se briser".

Je m'appelle Steven Palanchuck et on se retrouve en 2026 pour plusieurs autres épisodes.

À bientôt!