Découvrez les récits touchants et les anecdotes familiales qui témoignent de la créativité et de l’humanité de celles et ceux qui façonnent le Québec. Une plongée dans des histoires insoupçonnées, portées par des voix d’ici.
Pilotée par Julien Morissette, la série hebdomadaire donne la parole à celles et ceux qui façonnent la province au quotidien. Des créateurs·trices issu·e·s de tous les horizons se succèdent pour raconter des expériences qui résonnent bien au-delà de leur parcours personnel, révélant les forces invisibles qui tissent notre société.
· Animation et réalisation : Julien Morissette
· Production au contenu : Audrey Blackburn
· Indicatif musical : P’tit Belliveau
· Réalisation sonore, enregistrement, montage et mixage audio : Simon Coovi-Sirois
· Musique originale : Simon Coovi-Sirois et Alexis Elina
· Caméra et montage vidéo : Patrick Lozinski
· Recherche : Emmanuelle Gauvreau et Maude Petel-Légaré
· Script-édition : François DesRochers
· Cheffe de contenu pour Télé-Québec : Sophie Bélanger
· Coordination : Clara Gauthier-Morrison
· Communications : Louis-Philippe Roy
· Visuel : bureau60a
· Remerciements : Steven Boivin, Clara Lagacé, Marysol Foucault et Sophie Lacelle-Bastien de Transistor Média
L’heure de grande écoute est une série de Transistor Média, produite en collaboration avec Télé-Québec.
Ce projet a été rendu possible grâce au soutien financier du ministère de la Culture et des Communications du Québec et de la Ville de Gatineau (via l'Entente de développement culturel avec le gouvernement du Québec).
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Transistor Média, basée à Gatineau (Québec), est un studio de création, de production et de diffusion d'œuvres audios. En plus de ses balados, l’organisme tient annuellement le Festival Transistor et le Kino-radio.
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En 2010, le magazine canadien Maclean's
a publié un article sensationnaliste,
en première page, titré « Québec,
the most corrupt province ».
« Le Québec, la province
la plus corrompue. »
Le Conseil de presse du Québec
a mené une enquête et a conclu
que Maclean's avait manqué de
rigueur en n'arrivant pas à démontrer
factuellement que c'était la province
la plus corrompue :
pas d'enquête comparative, que des
témoignages et des impressions.
Le magazine ne s'est pas excusé, mais il a
fait un changement à son article.
La page couverture, c'était un montage
photo représentant le Bonhomme Carnaval
avec une valise qui débordait
de billets de banque.
Après des menaces de poursuite
de la part du Carnaval de Québec,
pour l'utilisation de sa propriété
intellectuelle, Maclean's s'est excusé,
Mais ils n'ont pas répondu au
premier ministre québécois Jean Charest,
ni aux quatre partis fédéraux du
Canada qui avaient dénoncé l'article.
Ça, ça démontre à quel point
l'image du Bonhomme
est forte. Elle est précieusement
conservée.
Dans l'épisode précédent, on a commencé
à explorer l'omerta de Bonhomme
avec la réalisatrice Maude Petel-Légaré.
On vous propose aujourd'hui
la suite de l'histoire
dans laquelle on découvre les grands
secrets de Bonhomme.
Si vous n'avez pas écouté la première
partie,
ça vaut la peine de reculer et d'aller
écouter son enquête.
Maude a rencontré l'ancienne patronne de
la mascotte, qui lui a permis
de mieux comprendre pourquoi protéger
Bonhomme, c'est protéger la magie.
Bienvenue à L'heure de grande
écoute, le balado qui vous fait entendre
les histoires vraies et les personnages
surprenants qui façonnent le Québec.
L'épisode d'aujourd'hui : « L'omerta
de Bonhomme Carnaval, partie 2 :
la vie secrète de Bonhomme »
-On retrouve Maude Petel-Légaré
en studio. Salut Maude.
-Allô!
-Là, je veux savoir, on en est où
dans le déroulement de ton
histoire? C'est très excitant.
-Écoute, j'ai découvert
plein de choses surprenantes
qui confirment qu'il y a bien
une omerta autour de Bonhomme.
Et dans mes recherches,
j'ai découvert La Confrérie,
qui est une comédie policière qui s'est
librement inspirée de l'omerta.
-Ça ne me surprend pas que justement ça ait
déclenché comme ça, un univers de fiction
comme celui de La Confrérie,
qui est une série télé.
Puis ça vient, en quelque sorte,
confirmer que cette culture-là
du silence autour du Carnaval de Québec
et de la figure de Bonhomme.
-Exact. En fait, La Confrérie est une série
de fiction qui a été diffusée en 2022,
qui raconte les coulisses d'un festival
à Québec qu'on appelle
« le Festival des Neiges ».
-Oh, habile.
-Oui, très habile. Et en gros, c'est
l'histoire d'un citoyen de Québec
qui est le Bonhomme et qui tombe malade,
et qui demande à son meilleur ami
de le remplacer. Et là, son meilleur ami
découvre que Bonhomme est contrôlé
par une société mafieuse d'hommes
d'affaires. Alors, j'ai rencontré
Guillaume Lonergan, qui est le réalisateur
de La Confrérie, pour qu'il m'en parle.
(Guillaume L.) Au départ, l'intention,
c'était quand même...
ça aurait été de garder le Carnaval
de Québec, de garder tout ce qui est...
puis de basculer dans la fiction.
Puis évidemment, les gens savent
très bien que le Carnaval de Québec
n'est pas une société mafieuse ou quoi.
Il n'y a rien qui se cache derrière
l'organisation du Carnaval de Québec.
Il n'y a pas des hommes d'affaires
qui se réunissent, habillés de noir
avec des masques en or pour manigancer,
puis faire des complots,
pour faire de l'argent. Puis non plus,
ils ne se servent pas du Bonhomme
pour transporter des enveloppes
brunes puis faire du trafic,
du blanchiment d'argent.
Ça, c'est dans la fiction.
-Ok, j'imagine juste les gens
de l'organisation du Carnaval de Québec,
ils ne devaient pas être très,
très heureux de voir
une figure qui ressemble à Bonhomme être
associée à une culture mafieuse.
-Exactement. Le Carnaval a refusé d'être
associé au projet.
Donc, la production a dû trouver un
autre moyen pour parler
du Carnaval et de Bonhomme,
mais sans les nommer.
(Guillaume L.) Donc, on a changé le
nom. On a comme changé même le moment
dans l'année où
le festival se passe.
On a créé... Par contre, on s'est quand
même beaucoup inspiré que, évidemment,
c'était un festival qui existait
depuis très longtemps,
qu'il y avait toutes sortes d'affiches,
des épinglettes, tous des artefacts,
des petits objets de collection.
Le côté... Les tripeux, les fans,
du Festival des Neiges, comme on l'appelle
dans la série, bien, on s'inspirait
évidemment des gens qui sont fans du
Carnaval de Québec
puis qui collectionnent tous les objets de
mémorabilia qui existent dans le festival.
-Mais là, comment on fait pour que
l'inspiration reste claire,
la citation, mais en évitant de se faire
poursuivre par le Carnaval de Québec,
qui est assez à cheval là-dessus?
-Tout est dans les mots.
C'est-à-dire qu'ils ont joué avec
les mots, ce n'est pas « Bonhomme »,
mais c'est le « Bonhomme des neiges ».
-OK, ouais, il y a une petite nuance.
-Oui, puis même dans la conception
du costume, quand tu regardes la série,
tu sais très bien que c'est Bonhomme,
mais ce ne sont pas les mêmes couleurs,
puis ce n'est pas nécessairement
le même bonhomme des neiges.
Donc, ils ont plus joué avec
le bleu à la place du rouge.
Mais c'est assez clair,
c'est vraiment, vraiment clair.
Puis, ils ont construit
leur propre identité,
même si on s'entend que
c'est Bonhomme Carnaval.
OK, donc tout le mystère
qui entoure le Carnaval,
finalement, ça alimentait
peut-être l'inspiration,
puis c'est devenu, je ne sais pas, le
réalisateur s'en est inspiré
et librement, il a pu créer
avec ces idées-là?
-Tout à fait, c'est vraiment le mystère qui
est au coeur de la série.
Et c'est ce qui rend la chose
intéressante. Il a même créé un univers
comme de Batman, un peu, où est-ce
que Bonhomme est un peu un super-héros
avec tout dans le secret. En
tout cas, c'est vraiment intéressant
de raconter le quotidien
de Bonhomme dans cet univers fictif.
(Guillaume L.) Moi, j'ai parlé à plein de
monde qui ont travaillé pour le Carnaval
de Québec puis ils nous disaient
qu'évidemment, tous les « meetings de prod »,
quand ils avaient des rendez-vous
pour faire la coordination des défilés
puis des spectacles, puis des
présentations que le Carnaval faisait,
bien quand Bonhomme vient en
meeting, puis évidemment on ne sait pas
si c'est Roger, ou si c'est Jean-Pierre
qui est en dessous du « suit »
c'est Bonhomme. Puis là, bien là, tout
le monde dit « bon, bien là, Bonhomme,
tu vas arriver, il va y avoir un « cue »
musical, puis là, le maire va venir,
puis là, toi, tu viens ».
-« Oui! »
Puis là, Bonhomme, il répond
comme ça dans les réunions.
Et ça, ça m'a fait rire parce
que même pour les organisateurs
dans le Carnaval, eux ne savent
pas c'est qui qui est le bonhomme.
Puis ça, je sais que ça, cette
mythologie-là autour du secret
de « qui est Bonhomme », puis
de comment cette personne-là
est recrutée, puis comment cette
personne-là, où est-ce qu'elle met l'habit
de Bonhomme, puis comment
elle se rend quelque part, ça,
c'est très secret puis c'est
très caché. Puis même les gens,
les volontaires, les bénévoles qui travailllent
pour le festival ne le savent pas.
-OK, le secret de Bonhomme rendu à ce
stade-ci, c'est comme un secret national.
-Absolument. Et Guillaume s'est imaginé
un univers fictif à la super-héros autour
de Bonhomme. Donc là, on voit une
scène où est-ce qu'il y a un numéro,
un mot de passe, puis là, il y a comme
une cabine, puis là, il y a le costume.
-Ah, comme la Batcave!
Comme dans Batman!
-Exactement. Et j'ai rencontré
un vrai Bonhomme.
-C'est vrai, on l'avait entendu un tout
petit peu là, j'ai hâte.
-Et il y a des similitudes
avec La Confrérie.
Mais là, attention, on a quand même modifié
sa voix parce qu'il a signé
une clause de confidentialité.
-Ah, évidemment.
Tu vois, le bonhomme, il bouge toujours,
toujours de la même façon.
Il salue de la même façon, il marche de la
même façon,
il danse de la même façon.
Donc, c'est important d'apprendre à bouger
exactement
comme le bonhomme devrait bouger.
Donc, tu t'entraînes et
tu t'entraînes aussi
à le faire bouger de la bonne façon.
Il ne faut jamais que quelqu'un puisse dire
« Ah, ce bonhomme-là, il n'est pas très
bon. »
Tu comprends? Il faut que tout le monde
puisse dire à chaque fois qu'il le voit,
« Ça, c'est le Bonhomme Carnaval. »
La manière qu'il parle,
la manière qu'il bouge.
C'est quand même particulier
parce que les mouvements de Bonhomme,
c'est sûr que toi, tu ne le remarques pas
quand tu ne le sais pas,
mais les mouvements
de Bonhomme sont très amples.
Physiquement, de taper dans
tes mains au-dessus de ta tête
avec des gros bras super
épais toute la journée,
c'est quand même « tough » pour les bras.
Ça a l'air absurde comme ça,
mais physiquement, c'est « tough »
juste de taper dans tes mains.
-Ça a l'air tellement exigeant
physiquement comme travail.
Je ne sais pas si Bonhomme
a déjà fait le marathon de Québec
dans le costume. En tout cas,
il faudrait lui demander.
-Oh mon Dieu!
Ça serait épouvantable.
-C'est un méchant défi quand même.
Il y a le souci de continuité
aussi, comme il disait.
Il ne faut pas qu'on se rende compte que
c'est un meilleur bonhomme qu'un autre.
En tout cas, chapeau aux gens qui sont
allés à l'intérieur de ce costume-là
pour l'incarner, parce que ça a
l'air vraiment d'un gros défi.
-Tout à fait. Et ce que je ne t'ai pas dit,
c'est que j'ai parlé à un deuxième Bonhomme.
-Bien là, il n'y a rien qui t'arrête,
Maude,
Tu es une vraie « Ace Ventura »
des mascottes.
-Écoute, je n'ai pas fini de te surprendre.
-Oh yes.
-Puis le deuxième bonhomme, il a accepté de
me parler avec sa vraie voix.
Il n'a été que trois mois Bonhomme,
donc une petite carrière.
Mais ce qui l'intéressait, c'était la
formation et tout l'univers un peu secret.
Et il a trouvé ça extrêmement difficile.
La formation commence par...
J'essaie un costume de Bonhomme.
Le costume de Bonhomme,
il a comme deux pièces.
Il y a quelque chose qui ressemble à un
ensemble de « Ski-Doo »,
donc un grand... une pièce que tu mets
qui est comme un espèce
de truc blanc, capitonné,
pour donner l'ampleur au bonhomme.
Là, on fait la danse, puis là,
c'est une espèce de gigue.
Donc, moi, je me mets à giguer avec un
costume qui doit peser,
je ne sais pas, je vais vous dire
40 livres, à peu près,
quelque chose comme ça. Je me mets à giguer
et là,
je tombe fatigué. Là, je fais...
Il a un signe aussi, le Bonhomme.
Quand le Bonhomme, il fait, je
pense que c'est avec les deux mains
sur la tête, ça veut dire
à ses accompagnateurs,
quand il est en performance,
ça veut dire « J'ai un problème,
aidez-moi. » Tu sais, veut dire
« Il faut que je sorte. »
-Donc là, on se rappelle, Bonhomme, il est
complètement essoufflé.
Puis là, il doit s'adresser au public.
Puis on se rappelle que Bonhomme, quand il
parle, il est calme.
Puis il a comme une voix qui résonne, une
voix caverneuse.
-Oui, il ne faut pas qu'on sente qu'il y a
de l'effort physique derrière ça.
-Oui, qu'il vient de courir en marathon
parce qu'il a monté les escaliers d'un CPE.
Alors là, Bonhomme, il n'y a pas de
transformateur de voix.
Savais-tu ça?
-Ah non, ok!
Donc ce serait la résonance de la tête
qui crée la voix iconique de Bonhomme.
-Exactement, c'est l'écho, en fait, de sa
grosse tête, qui crée sa voix iconique.
-Mais ça aussi, ça doit représenter
un bon défi
parce qu'on doit toujours imiter les
mouvements de Bonhomme,
mais aussi recréer sa voix. Puis j'aurais
comme envie de dire que cette voix-là,
on l'associe tellement à
l'image de Bonhomme
qu'il faut la préserver,
il faut bien l'imiter.
Puis, je ne sais pas, on dirait
qu'on développe un rapport émotif
à cette voix-là. Ça doit y arriver de
rencontrer des gens qui ont,
je ne sais pas, croisé Bonhomme
en 1969 et qui le recroisent, lui, en 2025
et qui veulent voir une
continuité derrière ça.
-Absolument. C'est un des plus beaux
souvenirs que l'ex-Bonhomme
m'a raconté, c'est ces liens-là
qu'il crée.
Pour plusieurs personnes qui ont vécu
le Carnaval depuis leur tendre enfance,
qui sont aujourd'hui, mettons,
des personnes agées, pour eux le Bonhomme,
c'est comme quelqu'un de rassurant.
On a beaucoup visité des CHSLD,
des résidences de personnes âgées,
puis quand Bonhomme venait les voir,
pour eux c'était leur moment,
c'était leur journée.
La plupart braillaient, ils étaient
donc contents de voir le Bonhomme.
Ils racontaient des souvenir de Carnaval
de quand ils étaient jeunes.
Pour eux, les personnes âgées,
quand le Bonhomme arrivait,
c'était un vieux chum qui venait les voir,
une vieille vedette qui venait les voir.
Puis là, ils étaient donc
contents de le revoir.
Pour eux, t'étais le bonhomme.
« That's it, that's all. »
Ils ne se posaient pas la question, hein.
Pour eux, ce qu'il y avait devant eux,
c'était le Bonhomme Carnaval.
Ça les touchait. Tu faisais leur journée,
tu faisais leur année. Il y avait ça
qui était quand même assez prenant.
C'est étrange, pareil, là, tu sais, t'es
dans un costume, t'as chaud,
mais là, t'es en train de te faire raconter
des histoires super touchantes,
par une dame qui avait été au Carnaval
quand elle était jeune,
elle a rencontré son mari au Carnaval.
Peu importe ce qu'elle te raconte, là, ça
la fait pleurer
parce que son mari, bien, il vient de
mourir il y a quelques mois.
Tu te ramasses à l'écouter,
t'essaies de la consoler,
c'est complètement absurde.
T'es dans la mascotte, t'essaies de
consoler cette dame-là.
En tout cas, il y avait aussi ça qui
était quand même étrange,
en tant que personnificateur de Bonhomme.
-C'est vraiment émouvant de l'entendre
témoigner comme ça.
Ça nous démontre à quel point
le Bonhomme Carnaval,
c'est une figure qui est rassurante,
qui est importante dans la vie
de plusieurs personnes qui sont
allées au Carnaval.
En tout cas, il faut être outillé,
j'imagine, pour pouvoir jouer
ce rôle-là dans la vie des gens.
-Absolument. Puis ça vient avec
une responsabilité. Et c'est pour ça
que Bonhomme suit une formation.
Donc, il y a un côté psychologique, social,
sportif, comme on l'a vu.
-Ben oui, pour les défilés, j'imagine.
-Exactement. Mais c'est aussi un politicien.
Donc, Bonhomme doit apprendre à contourner
les questions.
Ben oui, la représentation publique.
Exact. Et comme il y a plusieurs
« Bonhomme », ce que je trouve
vraiment intéressant, c'est que
ceux qui s'expriment le mieux
vont parler dans les médias,
tandis que les plus sportifs
vont aller dans les parades. Et selon
l'ancienneté, les plus anciens
c'est eux qui vont aller dans les voyages
à travers le monde.
-Les chanceux. Mais on dirait que
ça commence à être compliqué
de gérer les opérations de multiples
bonshommes en même temps.
Comment on y arrive pour pas,
je ne sais pas, qu'on se retrouve avec deux
Bonhomme dans le même endroit?
Ça tuerait un peu la magie, il me semble.
-Ah oui, non, ça serait absolument
impossible. Le premier Bonhomme
à qui j'ai parlé m'a dit que quand
il travaillait, ils étaient cinq Bonhomme.
Et les bonshommes sont toujours
coordonnés pour que personne
ne les croise en même temps.
À un moment donné,
j'arrive sur les Plaines,
je m'en vais dans
une journée familiale.
Ma job, c'est juste de sortir sur les
Plaines d'Abraham, aller serrer des mains,
faire des câlins aux familles qui sont là.
Puis, tu sais, mettons,
les Plaines, c'est immense.
Fait que là, mettons, je rentre du côté
Ouest des plaines, je commence à être là,
puis on a du fun.
Puis là, sur le côté Est des plaines,
il y a une espèce de scène. Puis à un
moment donné, il y a un autre bonhomme
qui rentre par ce côté-là,
qui se fait demander de parler au micro,
puis il se met à parler.
Fait qu'on entend au loin un bonhomme
parler
pendant que moi, je suis en bonhomme de
l'autre bord.
Écoute, la panique totale.
Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, là.
Il y avait eu une confusion
dans les horaires,
les apparitions, peu importe.
Écoute, ça a été la panique.
C'était vraiment mes gardes du corps qui me
sortent de là,
comme si, justement, le président de la
République
se faisait attaquer par des terroristes.
« Bonhomme, il faut sortir maintenant. »
On me prend par les bras, on
me sort « right now »,
on me rentre dans un camion,
on me sort de là.
Comme si je n'étais jamais venu.
Tu sais le genre d'événement qui est
arrivé,
puis ça, ça m'est arrivé une fois.
J'ai fait aïe, aïe, aïe, parce qu'imagine
quelqu'un qui croise Bonhomme,
se retourne puis envoie un autre au loin.
-Les gardes du corps de Bonhomme,
on dirait que je peux pas y croire
que quelqu'un a ça sur son CV.
« J'ai été garde du corps
de Bonhomme Carnaval de '77 à '88. »
Mais c'est pas juste des gardes du corps,
c'est littéralement des attachés
politiques.
Puis Bonhomme, il a une oreillette
qui est directement connectée
aux gardes du corps. C'est eux qui
connaissent tout le monde
puis qui leur permettent de mettre le
costume.
Ils sont vraiment importants.
-OK, donc il y a un entourage autour
du Bonhomme Carnaval qui permet
de lui donner des petits « cues »,
de « voici telle personne,
tel politicien ».
Un peu comme le Père Noël qui est
omniscient, qui connaît le prénom
des enfants, qui a été gentil,
qui a été méchant.
C'est épatant comme opération.
-Oui, c'est toute une opération.
Sauf que le Père Noël, lui, on assume à un
certain moment
que c'est notre oncle Jean qui le fait à
Noël.
Mais il n'est pas engagé par une compagnie
secrète
qui est en dehors de notre famille et qui
s'assure qu'il n'y a jamais deux Père-Noël
en même temps dans différents centres
d'achat.
-Les compagnies secrètes, là, il me
semble que tu pousses un petit peu, Maude,
là, ça se peut pas.
-Non, non, mais le Carnaval
ne sait même pas comment ça fonctionne.
-OK, fait que là, c'est comme si
t'es en train de me dire
que Bonhomme travaille pas
directement pour le Carnaval,
que c'est indépendant.
-C'est ça que je dis.
C'est-à-dire qu'il est recruté par une
équipe indépendante
et c'est cette même équipe qui gère son
horaire
et qui s'assure que les bonshommes ne
sont jamais en public au même moment.
L'organisation du Carnaval ne sait même
pas exactement comment ça se passe
et qui fait Bonhomme. C'est une
organisation qui est à part du Carnaval.
Je dis bien, c'est une organisation
qui est à part du Carnaval.
Vraiment, c'est une organisation qui
est autoportante,
qui gère les Bonhomme Carnaval.
Donc le président du Carnaval,
par exemple, qui est en poste,
tous ceux qui travaillent pour le
Carnaval, ils n'ont aucune idée
de qui est dans le Bonhomme.
Ils ne sauront jamais.
Je te donne un exemple. Des
fois, mettons, assez régulièrement,
ils demandaient à Bonhomme
d'aller visiter les bureaux.
Donc ça, c'est des collègues,
on s'entend. C'est le président,
c'est les hauts bénévoles,
pas les bénévoles sur le terrain.
C'est ceux qui gèrent
les bénévoles à l'année.
C'est ceux qui gèrent tout ce
qui est le Carnaval.
Ceux qui pourraient bien voir
qui est dans Bonhomme.
Puis qui en ont rien à foutre.
Ils diront rien, tu comprends?
Mais même eux, on allait
les visiter en costume.
C'est le Bonhomme qui allait les visiter.
Ils ne savaient pas du tout, mais du tout,
qui était là-dedans.
Puis ils ne le sauront jamais, tu
comprends?
Donc même l'organisation, même le
Carnaval, il sait pas qui est le Bonhomme.
Quand le Carnaval demandait la présence de
Bonhomme à des événements,
il demandait ça à l'équipe qui gérait
Bonhomme.
Donc c'est même pas le Carnaval qui
décidait comment ça allait fonctionner.
S'il fallait que Bonhomme soit à tel
endroit,
OK, bien l'équipe de Bonhomme s'occupe
qu'il y ait un bonhomme qui y soit.
Tu comprends? Donc le carnaval tient
doublement à cette espèce de tradition-là.
-Alors le mystère,
on s'entend, c'est à un autre niveau.
-Tellement!
-Et Valérie Gaudreau,
la chroniqueuse municipale
du journal Le Soleil, m'a raconté
qu'à un moment donné, il y a un Bonhomme
qui avait fait un malaise et qui devait
aller à l'hôpital, puis il a refusé
d'enlever son costume.
-Mais voyons donc!
-Absolument. Et l'autre Bonhomme
à qui j'ai parlé
m'a dit que dans les déplacements,
parce que la tête de Bonhomme, c'est assez
gros,
tu ne peux pas vraiment te déplacer avec
ça.
Les gardes du corps vont te mettre une
serviette sur la tête
pour s'assurer que personne ne puisse
t'identifier.
-OK, donc quand tu l'enlèves,
il faut vraiment que ton identité
ne soit pas révélée. Mais là,
est-ce qu'ils sont à l'aise avec ça,
les personnificateurs de Bonhomme,
qu'on cache leur identité?
Ils ne veulent pas avoir un peu plus de
reconnaissance?
-J'en ai parlé et leur réponse
était assez surprenante.
Maintenant, moi, ce qui m'a
étonné dans votre histoire,
c'est que je suis bien
d'accord avec le fait
de ne pas dire c'est qui la
personne qui est dedans.
Parce que de toute façon, c'est
même pas d'intérêt. On s'en fout là,
que Pierre, Jean, Jacques soit
dans le costume.
On s'en fout « ben raide ».
C'est vraiment pas grave.
Ce qui m'a étonné de votre histoire,
c'est qu'on ne veuille pas parler
de la confection, du couturier qui
l'a fait. Voyons donc.
Je trouve qu'ils vont loin par rapport à ce
qu'ils essaient de garder comme secret, là.
Ça ne m'étonne pas non plus.
Ils sont tellement protecteurs
sur le secret et la magie de Bonhomme.
Ils diront jamais « le costume
de Bonhomme », tu comprends?
Ils appellent pas ça un costume.
Ce n'est pas un costume, c'est Bonhomme.
Je trouve que notre bonhomme anonyme, il
fait la distinction là où ça compte.
Lui, ça ne lui dérange pas de ne pas avoir
cette reconnaissance-là.
Il en était conscient en mettant l'habit,
mais c'est vraiment pour le travail
des artisans, comme Alfred Tétrault,
qui est le couturier derrière ce costume-là.
On revient à l'importance du devoir de
mémoire et cette fine ligne
entre conserver la magie pour les enfants,
oui, on l'a entendu,
mais reconnaître le rôle des artisans
derrière Bonhomme Carnaval.
-Tout à fait. Puis c'est pour ça
aussi que l'ancien Bonhomme,
interprète 1, à qui j'ai parlé,
a souligné à quel point ça serait important
que le Carnaval reconnaisse mieux les
artisans
qui ont travaillé à forger son image,
parce qu'on s'entend que Bonhomme,
c'est un patrimoine culturel.
-Mets-en.
C'est complètement absurde. Au contraire ;
c'est même important pour notre culture.
En quelle année ils ont pensé à
cette idée-là, qui l'a dessiné,
qui l'a créé ?
C'est le « fun » là, ça.
Ça n'a rien à voir avec le personnage en
soi, en direct qu'on voit sur le terrain.
C'est comme Mickey Mouse, là, tu sais.
Tu ne le verras jamais enlever sa tête
à Walt Disney. Il est là, puis il
danse devant toi. On le sait tous,
Mickey Mouse il vient d'où. Il
a été dessiné par Walt Disney,
il n'y a pas de cachette là-dessus.
Walt Disney ne se cachera
jamais du fait que Mickey Mouse,
c'est un personnage inventé.
C'est comme si le Carnaval
n'avait pas compris que c'était
dans leur intérêt de s'ouvrir à ça.
-Un autre point que je
trouve hyper intéressant,
c'est que selon ex-bonhomme interprète 1,
le Carnaval ne voudra jamais
parler de l'histoire
de la création de Bonhomme,
puisqu'il s'agit d'une figure intemporelle.
Puis aussi, une autre chose, c'est que
Bonhomme,
il est intemporel, parce que, peu
importe, tu sais, Bonhomme, aujourd'hui,
il est aussi jeune et fringant
que quand moi je le faisait.
Tu comprends? Bonhomme,
il mourra jamais.
Peut-être qu'un jour, ils vont arrêter
de faire Bonhomme, là, mais mettons
qu'ils arrêtent, il mourra jamais.
Donc, vu qu'il mourra jamais, il n'y aura
jamais le moment
où ils font « Bon, c'est terminé,
maintenant, on peut en parler. »
Tant qu'il n'y aura pas de fin à Bonhomme,
il n'y aura pas quelqu'un pour dire
« Voici comment ça se passait. »
-Même si le carnaval est réticent à parler
de l'histoire
des interprètes et des artisans du costume
de Bonhomme,
moi, j'espère quand même qu'ils conservent
secrètement
des archives du sujet, puis que l'équipe
indépendante,
celle qui gère Bonhomme pour le Carnaval,
quand même,
il y a comme une caverne remplie
d'anecdotes farfelues,
de photos d'archives, tu sais, genre...
-Comme une « Batcave» patrimoniale.
-Exactement. Qui sait, pour le centième
anniversaire du carnaval en 2055,
moi, j'aimerais ça qu'il y ait une
exposition sur le sujet.
Ben oui, tu pourrais t'en
occuper. J'ai vraiment l'impression
que ton enquête va faire bouger des choses.
Qu'on va avoir un peu moins de
silence autour du Bonhomme Carnaval
et de sa figure. Maude, je
pense que t'as fait œuvre utile.
-Brisons l'omerta.
-Oui, brisons l'omerta et retrouvons-nous
pour le centième du
Carnaval de Québec,
si on n'est pas en prison, toi et moi, pour
avoir révélé trop de détails sur la vie
de Bonhomme Carnaval.
-Exact.
-Merci beaucoup, Maude Petel-Légaré.
Merci.
L'heure de grande écoute est une série de
Transistor Média
produite en collaboration avec Télé-Québec.
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votre choix.
Enregistrement, montage et mixage audio :
Simon Coovi-Sirois.
Musique originale : Alexis Élina et
Simon Coovi-Sirois.
Caméra et montage vidéo : Patrick Lozinski.
Productrice au contenu : Audrey Blackburn.
Script-Édition :
François Desrochers.
Coordonatrice :
Clara Gauthier Morrison.
Communications : Louis-Philippe Roy.
Visuel : Simond Guibord.
L'indicatif musical est de P'tit Béliveau.
À la recherche : Maude Petel-Légaré
et Emmanuelle Gauvreau.
Merci à Steven Boivin, Marysol Foucault
et Clara Lagacé de Transistor Média,
à la Ville de Gatineau et au ministère
de la Culture et des Communications
du Québec qui a rendu ce projet possible.
Je m'appelle Julien Morissette,
Merci d'avoir été à l'écoute.