Le balado de l’Armée canadienne

S’assurer que les bombes atteignent leurs objectifs n’est pas une tâche facile, et cette dernière ne revient pas seulement aux pilotes. Plongez dans l’univers des contrôleurs interarmées de la finale de l’attaque avec le capitaine Jonathan Gilbert pour en apprendre plus sur les personnes qui surveillent le ciel d’un œil et le sol de l’autre.

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What is Le balado de l’Armée canadienne?

Le balado de l’Armée canadienne s’adresse aux soldats de l’Armée canadienne et traite de sujets qui les concernent. Les soldats constituent notre public cible principal, mais les sujets abordés pourraient s’avérer pertinents pour toute personne qui appuie nos soldats ou qui s’intéresse aux enjeux militaires canadiens.

[Musique commence]

Capitaine Adam Orton : Salut! Ici capitaine Adam Orton avec Le balado de l’Armée canadienne. Le champ de bataille peut être un endroit chaotique. Il y a des chars d’assaut, de l’artillerie, des avions d’attaque, des choses qui explosent partout. Un contrôleur interarmées de la finale de l’attaque (CIFA), aussi connu sous le nom de « JTAC » peut avoir une influence considérable sur le champ de bataille. Au milieu de toute ce chaos, le travail d’un « JTAC » (CIFA) est de s’assurer que les bombes vont où elles doivent aller. Le capitaine Jonathan Gilbert fait partie du 5e Régiment d’artillerie légère du Canada et il va nous conter comment ça fonctionne. Bienvenue au balado!

Capitaine Jonathan Gilbert : Bonjour, Adam. C’est un plaisir d’être ici aujourd’hui pour discuter d’une passion à moi.

[Musique termine]

Capt Orton : Ouais, puis c’est vrai que les gens sont passionnés du sujet. Donc, qu’est-ce que ça fait un « JTAC » (CIFA)?

Capt Gilbert : À la base, notre emploi, la raison d’être d’un « JTAC » (CIFA), la règle d’or si on veut, parce qu’il y a beaucoup de choses qu’on peut apporter sur le terrain, mais la règle d’or, c’est la coordination des frappes aériennes. L’affaire qu’on est entraîné à faire, c’est de faire la différence entre les forces amies et forces ennemies. C’est là vraiment notre raison d’être, la raison pourquoi qu’on s’entraîne, pourquoi qu’on va être attaché à un commandant terrestre et c’est pourquoi qu’on prend notre temps à analyser les munitions. C’est vraiment de s’assurer que : 1) on détruit les objectifs et de 2) qu’il y a aucun impact à nos forces amies. Ou au minimum, qu’ils savent qu’il va avoir quelque chose. Après ça, dans la plus grosse image de la chose, c’est vraiment maximiser les effets sur le terrain. On va parler de synchroniser des effets pour ceux qui savent un petit peu un assaut terrestre de qu’est-ce que ça de l’air, tu sais, on parle, les chars avancent, l’infanterie débarque, l’artillerie tombe. Bien, les avions eux, peuvent apporter leur morceau de la tarte, puis ils peuvent en apporter des munitions. Fait que, moi mon rôle là-dedans, la tâche secondaire, une fois que je m’assure que les amis sont sécuritaires, c’est d’apporter un autre couche pour vraiment maximiser les effets sur l’objectif, puis afin de faciliter la tâche de le prendre. Je pourrais dire dans l’exemple plus traditionnel, il y a des exemples beaucoup plus spécifiques, mais grosso modo, c’est ça que ça a l’air.

Capt Orton : Fait que, si on imagine un champ de bataille, tu sais, il y a des soldats à l’avant, ils tirent peut-être sur des ennemis, il y a des objectifs en profondeur, il y a des commandants, il y a des chars d’assaut, des choses comme ça. Où est-ce que vous vous retrouvez dans le champ de bataille?

Capt Gilbert : Pour moi il y a toujours eu deux réponses. Il y a la réponse traditionnelle étant donné que je suis hébergé avec l’Artillerie. La raison pourquoi qu’on est hébergé avec l’Artillerie c’est que, souvent, en pair, l’Artillerie et les « jets », les avions qui « dropent » (larguent) des bombes, eux vont être considérés dans la catégorie d’appui-feu. Fait que, sur le terrain, traditionnellement, le CIFA, eh bien, plus communément appelé le « JTAC » (CIFA) afin que le monde reconnaisse qui qu’on est. Le « JTAC » (CIFA) va être attaché avec l’observateur avancé d’artillerie. Par contre, dans certaines situations, la règle d’or tient que ça va être le « JTAC » (CIFA) qui va faire ses recommandations. Exemple : dans des opérations urbaines. Eh bien, l’observateur avancé d’artillerie sera peut-être pas aussi proche des bâtiments, il va avoir les yeux ailleurs, mais les avions par contre eux peuvent engager dans des bâtiments avec des munitions de précision. Fait que moi je vais peut-être recommander au commandant « hé, je veux être attaché à ton poste d’observation qui regarde le flanc est du petit village parce que à la fin de la journée, c’est là ta grosse inquiétude pour l’opération ». Fait que je peux recommander au commandant d’être séparé de l’observateur avancé d’artillerie et de même que là ça peut varier, fait que ça peut être à côté du commandant terrestre, ça peut être avec un élément en observation dans un autre position. Ou, le rôle un petit peu moins traditionnel, on va embarquer dans qu’est-ce qu’on appelle nous le « TOC », le centre d’opération tactique, entre autres, fait que beaucoup plus style cartes sur une table, à discuter autour d’une table, puis faire des « strikes » (frappes). Ça arrive beaucoup moins dans qu’est-ce qu’on joue traditionnellement, mais c’est un rôle aussi qu’on peut jouer. Fait qu’au niveau des dispositions sur le terrain, il y a la réponse traditionnelle et toute autre réponse est bonne, selon la recommandation du « JTAC » (CIFA), si on veut.

Capt Orton : Fait que, vraiment, c’est une collaboration entre le commandant sur le terrain et vous, disons, l’expert dans le domaine, de déterminer où est ce que vous pouvez avoir le meilleur impact sur le champ de bataille ou où ce que vous pouvez avoir la meilleure information pour pouvoir considérer les aspects qui sont importants pour votre tâche.

Capt Gilbert : Exact, c’est vraiment dans le nom « interarmées ». Bien, c’est ça le but, c’est on s’intègre. Avec le commandant terrestre, on va s’intégrer ou qu’on recommande. À la fin de la journée, on va être là, on va faire notre « job » (travail).

Capt Orton : Comment est-ce que vous le faites? C’est quoi le processus « JTAC » (CIFA)?

Capt Gilbert : Vous allez voir que comme toute belle chose dans l’Armée, c’est un processus. C’est une machine. Grosso modo, il va avoir une phase préparatoire, comme toute beau élément, je vais recevoir les ordres du commandant terrestre, je vais avoir ses priorités. Je vais aussi recevoir le côté de l’aviation. Bon, tu sais, il y a la connaissance situationnelle, à savoir dans quelle mission que je m’embarque, etc., ses priorités, etc., mes intentions. Fait que je vais faire la coordination. Maintenant, pour passer à la frappe, on commence en premier, on établit l’information qu’on a de besoin, je vais dire à l’avion la situation elle arrive fait que le pilote arrive sur le terrain : voici la situation : menace aérienne. Par la suite, je reçois son information. Moi je commence à faire ma planification en arrière-plan et j’ai, exemple, un F-18 qui vient juste d’arriver, il y a ce type de mission, voici ce qu’il peut faire pour moi. Moi je joue au « boss » (chef), au commandant terrestre, j’ai deux F-18 qui sont capables d’engager tel genre d’affaires, ça dépend, ça peut varier. En général, je sais déjà que le commandant terrestre va vouloir engager une position creusée. Exemple : lui, il y a des chars lourds creusés. Bien moi je vais lui dire « parfait le F-18 a des munitions pour engager ça ». Ils vont me dire « oui ». Je reviens à l’avion. Et après ça, ça commence avec beaucoup plus technique, là on va tomber beaucoup plus dans comment que l’exécution va avoir lieu. Fait que le plan de match on va parler de le style de l’attaque fait qu’il y a des types d’attaques qu’on va conduire. Fait qu’un exemple, un type un c’est que moi je vais avoir l’observation sur la cible. L’avion va avoir observation sur la cible. Et je vais pouvoir analyser si bel et bien le pilote va conduire la frappe sur la bonne cible, fait que pour la sécurité des forces amies, très positif. Exemple pour un style de frappe dans une situation plus complexe. Après ça, je dois lui dire le type d’ordonnance qu’on va utiliser. Si on fait plusieurs bombes, je vais lui donner un intervalle. On vient juste de lui donner, en beaux termes, un SMESC. Fait qu’un petite situation, une petite mission, quel genre de munitions qui va utiliser.

Capt Orton : Quelle considération vous donnez en termes d’utiliser des munitions qui sont disponibles?

Capt Gilbert : Ça c’est une très longue liste. On a des styles de munitions, fait qu’on va avoir des bombes, on va avoir des missiles, on va avoir des « guns » (fusils), tu sais. Entre autres, c’est pas mal les trois grosses catégories qu’on va avoir là-dedans, à part les « guns » (fusils), bien sûr, il y a pas de guidage, on parle tu sais, classique carabine de chasse, on parle d’un « gun » (fusil) monté sur un avion, fait qu’il y a pas de guidage là-dessus. Par contre, les missiles puis les bombes eux ont le système de guidage, puis ça, ça va déterminer l’affaire. Par contre, il y a deux facettes à ça, il y a pas juste le guidage, il y a aussi comment que la bombe est conçue. Je vais m’éloigner un peu des bombes, je vais me concentrer un petit peu sur les missiles, parce que les missiles, eux, sont plus intéressants quand on commence à discuter de ça. Il y a des missiles qui sont conçus pour engager des chars lourds. Exemple, en fait, des « multi charges ». Ceux qui sont familiers un peu avec l’idée d’engager des chars, que la première charge va désactiver tout que c’est quoi est anti-explosion.

Capt Orton : C’est ça.

Capt Gilbert : Puis après ça, la deuxième charge va pénétrer. Fait qu’il y a des missiles qui font ça. Comme que, si je veux vraiment pas faire du dommage collatéral, entre autres, je veux pas endommager les bâtisses alentours de la cible, les routes, etc., ou je veux pas faire de dommages aux amis, eh bien, il y a des missiles qui ont même pas d’explosifs dedans. Les Américains ont fait de quoi avec des, on dirait des katanas qui sortent des côtés du missile.

Capt Orton : J’ai entendu parler de cette affaire-là, c’est fou cette mission-là; c’est une bombe à épées.

Capt Gilbert : Ouais, ouais exact. Eux autres ils ont dit « bien, parfait je veux pas d’explosion, fait que c’est quoi la meilleure affaire? », ils ont dit, bien, on va mettre des katanas sur le côté pis je pense ça marche.

Capt Orton : Ouais.

Capt Gibert : Puis, finalement ça marche très bien. Puis oui, j’ai discuté avec des opérateurs. En général, c’est les drones qui utilisent ça. Les opérateurs qu’eux m’ont dit « oh oui, moi le missile là, le toit ouvrant du char là, je rentre dans le toit ouvrant là puis je garde l’explosion à l’intérieur du char ». Fait que, pour revenir à quel genre de question je vais me poser à moi pour utiliser quel type de munitions. En général c’est ces deux catégories-là que je vais regarder : je vais regarder le type de guidance et ensuite qu’est-ce que la bombe est conçue pour faire. Est ce qu’elle est conçue pour détruire des chars? Est ce qu’elle est conçue pour rentrer dans un bâtiment, se couler dans le sous-sol, éclater puis juste faire tomber l’immeuble dessus? Vous savez, genre, il y a des effets spécifiques que je vais regarder.

Capt Orton : Ça s’est toute basé aussi sur disponibilité. Tu sais, c’est pas n’importe quel avion qui a juste un bombe en épée plantée dedans juste là pour que vous utilisiez.

Capt Gilbert : Exact, non, non. C’est pas moi qui choisis qui qui se pointe. Puis un aspect intéressant c’est que l’aviation va faire un analyse du tout selon la demande. Fait que si je fais une demande préplanifiée, eux autres vont dire ah, ils engagent des « tanks » (chars d’assaut), ils engagent au niveau d’un escadron fait qu’on parle de 16 véhicules blindés, fait que je pense tel type de missile, tel chiffre, ça va atteindre l’intention. Fait qu’après ça, moi je vais attendre, l’avion va arriver puis il va me dire ah oui aujourd’hui j’ai quatre bombes de 500 livres. OK. C’est quoi tes types de bombes? Eh bien, j’en ai deux qui font, on va dire, les effets sont mieux contrôlés. Ah, OK, parfait je vais les garder pour le milieu urbain ou proche des amis dans ce cas-là.

Capt Orton : Donc, vous avez choisi des munitions disponibles. Qu’est ce qui se passe après ça?

Capt Gilbert : La première étape, parce que j’ai pas signé OK voici le plan, si on veut. La seule affaire que j’ai faite là on s’entend qu’on discute, j’ai faite l’analyse. Fait que moi je vais me revirer de bord au commandant terrestre. Hé « boss » (chef), écoute, je dis moi j’ai l’intention d’employer, je recommande une munition, je peux dire une bombe de 250 livres, mettons. Les amis sont trop proches, je recommande une bombe de 250 livres, il y a pas beaucoup d’effet fragmentation, entre autres, qui va un petit peu comme l’idée d’une grenade. Il y a des morceaux qui revolent partout puis c’est ça le but. J’ai une bombe qui ne fait pas ça, fait qu’il y aura pas d’effets aux amis. Parfait, le « boss » (chef) va me dire oui je suis satisfait avec ce plan-là, il va me dire vas-y continue. Moi je vais me revirer de bord à l’avion puis, c’est un côté qu’on parle pas souvent, mais c’est quand même critique, c’est que moi dans la demande neuf lignes, puis toute l’information que je passe à l’avion, il faut que je rende le pilote à l’aise de conduire la frappe.

Capt Orton : C’est quoi le neuf lignes d’un « JTAC » (CIFA)?

Capt Gilbert : La neuf lignes. La neuf lignes, elle, qu’est-ce qu’elle va faire? Elle va donner toutes les informations qu’on a de besoin pour conduire l’attaque. Vraiment détaillée on va dire. Fait que point de départ de l’avion, quelle direction qui va voler, qui peut s’attendre à voler de son point de départ, quelle distance qui peut voler, quand même critique, parce que là on travaille avec des avions qui voyagent à 1 600-1 800 km/heure à Mach 1.2-1.4. Fait qu’eux-là, moi je suis comme, il est proche. Ouais, il est peut-être pas proche là.

Capt Orton : C’est ça.

Capt Gilbert : Parce que l’inverse aussi existe. On travaille avec des A-10 américains ici et là. Des A-10 puis eux ne veulent pas vite eux, fait que la distance est importante. Bien, bref, suivi de l’élévation de la cible qui est quand même très critique pour plusieurs choses. Surtout quand qu’on emploie surtout des coordonnées GPS, par exemple. Il y a des bombes guidées au GPS. S’il y a pas l’élévation, bien, ça marche pas. Tout simplement ça frappera pas à la bonne place, fait que l’élévation. Une petite description de la cible. Après ça, les coordonnées GPS de la cible suivi de qu’est-ce que nous autres on va dire, le type de marquage. Le type de marquage va varier selon la mission, ça peut aller de désignation par laser, fait que moi j’ai un petit pointeur laser. Sinon ça peut être par frappe d’artillerie. Fait que l’Artillerie eux ont des rondes que quand qu’ils tombent ils font de la fumée. Je peux dire à l’avion « hé, tu vas regarder pour de la fumée, c’est 100 mètres à l’Ouest, à cibler là, » exemple.

Après ça, l’ami le plus proche, il est où? Fait que là on revient là a vraiment la tâche critique de s’assurer sont où les amis et de faire la différence entre les deux. Les ennemis les plus proches sont à 500 mètres à l’ouest. OK, fait que l’avion comprend un peu qu’est ce qui se passe au sol. Après ça je lui dis, après ta frappe, je veux que tu retournes à telle location, à telle altitude. Et la dernière petite catégorie d’information, c’est les remarques et restrictions, que nous autres ont appelle. Puis les remarques, on peut mettre de l’information un petit peu, genre, hé en passant, voici ce qui va se passer. Mais les restrictions sont vraiment importantes parce que c’est là, en tant que « JTAC » (CIFA) que c’est là que l’avion va vraiment savoir, tu as pas le droit de faire telle affaire, telle affaire, parce que les amis sont trop proches. Fait qu’avec toute cette information-là , il va se garder le droit de dire non à la frappe, le droit de veto, si on veut. S’il y a des questions, ils vont me dire hé, j’ai des questions. Sinon, il va rien dire puis on va conduire la frappe, mais lui aussi, il faut qu’il soit confiant dans la frappe.

Capt Orton : Ouais, le pilote est bon « good to go » (prêt).

Capt Gilbert : Là, on va tomber dans la phase « exécution » où est ce que là si on a toute bien fait notre « job » (travail), on peut voir les résultats de la frappe.

Capt Orton : Et quelle sorte d’outils est-ce que vous utilisez pour faciliter ça? Parce que c’est sûr que ça c’est beaucoup, même dans un contexte que, disons, c’est un commandant sur le champ de bataille, il y a « JTAC » (CIFA) qui assiste un avion à faire ce qu’ils ont à faire, puis il y a le pilote. Entre ces trois personnes-là, c’est beaucoup d’info pour trois personnes à gérer dans un espace de champ de bataille qui peut couvrir des centaines de kilomètres.

Capt Gilbert : On a un bac d’outils vraiment énorme, puis le cours de « JTAC » (CIFA), puis même par après, l’entraînement. Une des facettes cachées c’est de donner de l’expérience au « JTAC » (CIFA) pour qu’il puisse choisir le bon outil au bon moment. Là, j’ai déjà parlé un petit peu : désignation laser, OK? On a un laser à peu près, la grosseur, je dirais, ceux qui sont familiers un peu avec les Xbox Slim, ou peut-être un petit peu plus petit qu’une boîte de souliers, tiens. Une boîte de souliers un petit peu plus petit sur un trépied que moi je peux, entre parenthèses, guider la bombe. Un peu le même principe que si j’aurais un chat à la maison avec un pointeur laser sur le mur.

Capt Orton : Bon exemple, « nice » (j’aime ça).

Capt Gilbert : Inquiétez-vous pas, c’est quand même plus robuste que juste ça là.

Capt Orton : Ouais, c’est ça.

Capt Gilbert : Puis j’ai eu le plaisir à le faire avec des B-52 qui étaient à 22 000 pieds d’altitude. Puis ils larguaient ça, puis ça a pris 45 secondes avant que la bombe a tombe, puis la bombe a tombé à 5 mètres du véhicule. Fait que c’est un système très efficace. Il y a ça. J’ai parlé de l’utilisation des coordonnées GPS. L’avion peut générer des coordonnées GPS, mais j’ai aussi des jumelles qui peuvent générer des coordonnées GPS que, selon la situation, je pourrais dire au commandant terrestre que oui on peut atteindre son intention avec ses coordonnées-là. Je suis à l’aise à larguer une bombe là-dessus s’il me donne le feu vert. Il y a un autre forme de laser pour ceux que la vision nocturne, entre parenthèses, de nuit fait que c’est qu’on parle d’infrarouge. Ceux qui sont dans l’Armée l’ont toute déjà utilisé, mais nous on en a un, je dirais, quand même assez puissant. On a déjà pointé des cibles à 1 400 mètres « ish » (à peu près).

Capt Orton : Ah, ouais?

Capt Gilbert : Fait qu’il y a ça. Tu sais, j’ai parlé du système de caméras de l’avion, une des outils qu’on a la capacité de voir « en live » (en direct) qu’est-ce que le système de caméra regarde. Moi je prends l’avion, puis je dis « hé, garde la grange, etc. ». Bien, à la place, quand je regarde dans le « feed » (fil), je fais juste lui dire : qu’est-ce que tu vois là? Je vois, ça a l’air d’être un « tank » (char d’assaut). Parfait, ça c’est ta cible. Fait que des outils vraiment très variés, puis ça vient pas juste de nous autres aussi. On a des éléments qui peuvent nous supporter. Au Canada, on a eu des discussions un peu, pour ceux qui sont familiers, un peu avec les Blackjack qui s’en viennent.

Capt Orton : Une sorte de drone.

Capt Gilbert : Ouais c’est ça. Puis les capacités de ce drone-là ont quand même été impressionnantes. Puis il y a des affaires qui peuvent nous aider dedans. Fait que tu sais, ça vient pas juste de nous-même les ressources.

Capt Orton : En termes de plateforme, tu sais, vous avez fait mention d’un A-10 ou peut-être un B-52. Il y a beaucoup d’avions qui existent. Est-ce que ça l’a eu un impact sur comment que vous pouvez exécuter vos tâches?

Capt Gilbert : Énormément. Le B-52, c’est un bombardier stratégique. Guerre froide, grosse affaire, t’entends ça venir, incroyable. C’est quand même assez rapide considérant qu’est-ce qui peut emmener sur le terrain, mais beaucoup de considérations, on ne le manœuvra pas, on fera pas qu’est-ce qu’on appelle une frappe aérienne sur un anti-air à bas niveau, il viendra pas à bas-niveau.

Capt Orton : C’est ça, ouais.

Capt Gilbert : Mais, il y a eux. On va avoir les avions de chasse classique, les F-18, puis eux aussi emportent beaucoup d’aspects. Eux vont jouer, je dirais un petit peu, les deux rôles. Ils sont capables de rester à haute altitude, puis sont capables de venir en bas. J’ai parlé des A-10 que là on parle d’avions qui sont beaucoup moins vites, mais qui ont l’arsenal, puis eux, entre parenthèse, leur spécialité à eux, leur signature, c’est ils comprennent beaucoup plus la manœuvre terrestre. Et ils sont beaucoup plus attachés au niveau de l’information, fait que ça nous permet d’accélérer certaines étapes. Puis je sais que je fais affaire avec un pilote que s’il regarde le sol puis il me dit « hé, les amis sont à gauche, les amis sont à droite », bien, je peux lui faire confiance là-dessus. Je sais qu’il est capable de tirer cette information-là.

Capt Orton : C’est ça.

Capt Gilbert : Il y a les hélicoptères d’attaque. Les hélicoptères d’attaque et tout, c’est un élément qu’on travaille avec. Qu’eux c’est là qu’on change de procédure totale. Parce que là, normalement, je vais avoir des allers-retours. Je vais dire des cercles dans le ciel pour l’avion, entre parenthèses, pour garder une position, lui, il faut que je lui trouve une place pour qu’il fait du survol.

Capt Orton : Ouais, il y a toujours un tas de mouvement sur un champ de bataille.

Capt Gilbert : Et tactiquement, eux, qu’est-ce qu’ils vont faire? Si y a une zone ouverte, pas d’arbres, ils vont aller se parquer, ils vont se descendre bas, se cacher entre les arbres, puis ils vont rester là jusqu’à temps que la frappe est autorisée. Fait qu’eux faut que je les aille plus proches de la zone de bataille. Puis eux aussi, comme les A-10, en général, sont intégrés un petit peu plus avec l’élément au sol, fait qu’eux aussi ont beaucoup de connaissances.
Il y a deux autres éléments. Un que je n’ai pas eu le plaisir à travailler encore avec. Ceux qui sont familiers avec les « Call of Duty », les AC-130. Fait que si je dis des gros avions cargo avec des armements sur le côté, là.

Capt Orton : Ouais.

Capt Gilbert : Il y a des procédures pour eux. Puis eux c’est encore une fois vraiment une différente « game » (histoire) quand qu’eux autres arrivent là. Finalement, la dernière option que je dirais, c’est les drones. On avait commencé à en parler un peu, ils ont de plus en plus une présence sur le terrain. Puis des drones armés je dirais, tu sais, ils iront pas peut-être éclater un objectif comme un F-18 avec des bombes de 500 livres. Mais qu’est-ce que le drone peut apporter par contre c’est dans notre élément « ISR » en bon anglais, fait que tout ce qui est intelligence, surveillance et reconnaissance, eux peuvent vraiment me donner beaucoup d’information. Pas juste à moi, en fait, aux commandants terrestres aussi. Mais une affaire qui peuvent aider aussi, c’est faire du guidage pour les autres avions. En gros, je viens juste de nommer pas mal toutes les plateformes que, genre, les styles de plateformes qu’on peut travailler. Fait que vous pouvez voir que les échantillons sont très larges.

Capt Orton : Il en manque pas.

Capt Gilbert : Exact.

Capt Orton : Bien, je pense qu’on a couvert la « job » (travail) assez. Comment est-ce que quelqu’un devient « JTAC » (CIFA)? Comment ça marche?

Capt Gilbert : La procédure c’est quand même assez long, puis ça l’a quand même des étapes. Fait que la première étape, on va commencer avec qu’est-ce que nous autres on appelle un « pré-cours ». Fait qu’un petit peu, c’est un mélange de donner l’information de base nécessaire pour quelqu’un aille sur le cours, mais ça l’a aussi un but de voir comment les candidats interagit avec cette information-là, comment qu’ils l’appliquent. Fait qu’on fait un petit deux semaines. Une semaine que c’est, entre parenthèses, c’est retour à l’université.

Capt Orton : Ouais, c’est ça.

Capt Gilbert : Après ça, on va faire une semaine dans des simulateurs, ou avec des avions, s’ils sont disponibles à ce moment-là pour voir comment que le candidat va réagir et là on va recommander d’aller sur un cours.

Capt Orton : Le cours comme tel, le cours formel, qu’est-ce que ça a l’air?

Capt Gilbert : Cours de « JTAC » (CIFA), on parle à peu près, un bon, c’est un trois mois; fait qu’à peu près un mois et demi, deux mois de leçons pratiques et après ça un mois de phase contrôle aérienne. Une fois que ça c’est fait, le certificat. Tu vas être recommandé d’être muté à une unité d’artillerie. Mais là, c’est pas fini. Parce que ça, comme au Québec avec le système de licence, que là on t’a juste donné ton permis.

Capt Orton : C’est ça.

Capt Gilbert : Que tu peux conduire avec papa, ou maman, tu sais. Tu peux pas contrôler tout seul encore. C’est pas fini.

Capt Orton : C’est le début.

Capt Gilbert : C’est ça. Fait que t’arrive à l’unité. Là on va passer, en moyenne, c’est six à huit mois à donner de la formation additionnelle. Après ça, tu vas enfin passer l’évaluation avec des « JTAC-E » (évaluateurs de contrôleurs interarmées de la finale de l’attaque [E-CIFA]) d’autres brigades pour voir si t’es assez sécuritaire pour être déployable. Si tu réussi ton évaluation, là tu vas être considérer déployable et pouvoir contrôler tout seul sans supervision. Grosso modo, c’est pas mal ça pour le trajet de « JTAC » (CIFA), de qu’est-ce que ça a l’air.

Capt Orton : Et, en principe, tu es arrivé à l’unité.

Capt Gilbert : Oui, oui, OK. Fait qu’en sortant du cours de « JTAC » (CIFA) avant le six à huit mois, le dernier, tu vas être muté à une unité d’artillerie, selon la brigade. Fait que dans mon cas à moi, j’appartenais au 12e Régiment blindé du Canada avant. Fini le cours, muté au 5 RALC (5e Régiment d’artillerie légère du Canada) pour finaliser mon entraînement et là je suis resté jusqu’à la fin de mon temps à la cellule. Et une fois ça c’est fini, c’est comme considéré comme une mutation standard dans l’Armée. Fait que « t’es in, t’es out » (tu entres, tu sors).

Capt Orton : Bien, merci beaucoup d’avoir pris le temps de nous conter votre histoire, c’est super « cool » (génial). Ça me rend chaud au cœur d’entendre des bonnes histoires d’Armée, dans le fond.

Capt Gilbert : Ah, ça me fait un réel plaisir de, genre, discuter avec le monde puis répondre aux questions. Parce que à la fin de la journée, nous on dit souvent un bon « JTAC » (CIFA) va faire la déconfliction, mais un excellent « JTAC » (CIFA) va faire de l’intégration. Puis à la fin de la journée, c’est ça notre but. C’est maximiser les impacts qu’on peut avoir sur le terrain, tout en gardant ça sécuritaire.

[Musique commence]

Capt Orton : Parfait, merci encore!

Capt Gilbert : Merci à toi, Adam!

Capt Orton : Ça, c’était le capitaine Jonathan Gilbert, qui fait partie du 5e Régiment d’artillerie légère du Canada. Moi, je suis capitaine Adam Orton pour Le balado de l’Armée canadienne. Prenez soin de vous!

[Musique termine]