Le balado de l’Armée canadienne

Le champ de bataille regorge d’explosifs, qu’il s’agisse de munitions industrielles, de bombes de circonstance ou encore de drones transportant des charges létales. Parallèlement, des munitions non explosées datant de guerres passées peuvent encore se cacher sous le sol. Il est essentiel de neutraliser ces menaces pour permettre aux troupes de se déplacer en toute sécurité et assurer la protection des civils. C’est là qu’interviennent les spécialistes en neutralisation des explosifs et munitions, comme le sergent Charles Labrie. Il nous livre un aperçu de sa profession, qui consiste à désamorcer le danger sans aucune marge d’erreur.

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What is Le balado de l’Armée canadienne?

Le balado de l’Armée canadienne s’adresse aux soldats de l’Armée canadienne et traite de sujets qui les concernent. Les soldats constituent notre public cible principal, mais les sujets abordés pourraient s’avérer pertinents pour toute personne qui appuie nos soldats ou qui s’intéresse aux enjeux militaires canadiens.

[Musique commence]

Capitaine Adam Orton : Salut. Ici capitaine Adam Orton avec Le balado de l’Armée canadienne. Les munitions non explosées sont des bombes à retardement sans minuteur. Il existe dans le monde un nombre surprenant de grenades sans goupille, d’explosifs improvisés, d’anciennes bombes et toutes sortes d’autres dangers. C’est là qu’interviennent les spécialistes en neutralisation d’explosifs et de munitions, les NEM. Le sergent Charles Labrie du 5e Régiment du génie de combat à Valcartier fait partie des personnes qui tentent de remettre des goupilles sur les grenades. Bienvenue au balado!

Sergent Charles Labrie : Bonjour, Monsieur. Merci de me recevoir.

[Musique termine]

Capt Orton : Donc, c’est pas mal évident que les spécialistes en NEM ou les EOD, c’est un rôle qui est extrêmement dangereux, puis ça vit des moments de danger. Pourquoi est-ce que les personnes choisissent de s’exposer à ce danger-là?

Sgt Labrie : Pourquoi ils choisissent de s’exposer à ce danger-là? Je pense c’est des gens comme moi qui ont comme un intérêt, une curiosité pour ce domaine-là. En ce qui me concerne, étant ingénieur de combat, c’est sûr que y’a une certaine curiosité par rapport aux explosifs. Donc, ça c’est comme juste une étape de plus dans cette direction-là de se questionner sur comment toute la sécurité relative aux explosives puis relative aux explosifs d’utilisation. Je pense c’est pas mal ça.

Capt Orton : Puis, on dirait que, c’est sûr à un certain point, sur le champ de bataille, y’avait pas d’explosifs à un certain point, puis là y’a commencé à en avoir, puis ça s’est accumulé. C’est devenu beaucoup plus compliqué au fil des années. Parlez-nous des menaces explosives sur le champ de bataille.

Sgt Labrie : Comme vous dites là, en effet, y’a comme de plus en plus de menaces explosives sur le champ de bataille, puis sont de plus en plus complexes. À une certaine époque, c’était vraiment banal, puis c’était juste de la poudre. Puis là, aujourd’hui, on est rendu avec des drones puis des explosifs avec des systèmes de mise à feu vraiment complexes, mais essentiellement, on a deux types on va dire : on a le conventionnel, puis le non conventionnel. Donc, le conventionnel, c’est tout ce qui a été manufacturé qui va être euh comme une grenade, que vous avez mentionnée plus tôt, un projectile qui est tiré avec un canon d’artillerie. Puis, ce qui est non conventionnel, c’est ce qui a été assemblé de façon artisanale par quelqu’un avec les ressources qu’y’avait sous la main là donc, ça pourrait être un projectile qui a été retrouvé sur le champ de bataille par un civil puis qui a juste mis un minuteur de cuisine avec des fils, puis un détonateur, puis ça devient une munition improvisée.

Capt Orton : Puis je pense que de plus, les anciens du champ de bataille contiennent aussi beaucoup des explosifs. Je veux utiliser l’exemple, j’ai fait une visite à la crête de Vimy, puis y’a en fait beaucoup de dynamite, des anciens explosifs de la Première Guerre mondiale qui existent dans le terrain, puis que c’est extrêmement dangereux juste même de se promener dans c’te région-là.

Sgt Labrie : Oh exactement là, y’a des régions dans le monde qui sont contaminées par des ordonnances comme ça. L’Ukraine va certainement, dans le futur, être un endroit comme ça là. Vous avez mentionné Vimy, encore aujourd’hui, ils retrouvent des projectiles qui sont maintenant des ordonnances qui n'ont pas explosé. Ils retrouvent ces munitions-là encore presque 100 ans ou même 100 ans après les événements. L’Europe en tant que telle est contaminée. En France, en Belgique, en Allemagne, à tous les jours, les techniciens en explosifs de ces pays-là gèrent des ordonnances non explosées qui sont retrouvées lorsque des contracteurs civils creusent des solages de maison par exemple.

Capt Orton : Fait que c’est sûr que c’est des menaces qui existent un petit peu partout dans même des contextes non-combat. Qu’est-ce que ça fait un spécialiste de neutralisation d’explosifs et munitions sur le champ de bataille? C’est quoi votre rôle sur le champ de bataille?

Sgt Labrie : Bin sur le champ de bataille, ça va être d’assurer, surtout en termes de mobilité, le déplacement de nos troupes sur le terrain, donc rendre l’environnement sécuritaire face aux explosifs. Donc si y’a une fouille de route qui est effectuée, exemple par une section d’ingénieurs ou même de l’infanterie qui trouve une menace explosive, bin là, à ce moment-là, si la menace est trop complexe, ils vont faire une demande pour avoir une équipe NEM ou EOD (Explosive Ordnance Disposal) qui va se présenter sur les lieux, qui va gérer la menace, puis qui va redonner la scène à l’entité pour qu’ils poursuivent leur travail.

Capt Orton : C’est quoi la composition de l’équipe?

Sgt Labrie : L’équipe va être constituée principalement d’un opérateur EOD puis de son adjoint, donc euh son adjoint va être en charge de tout ce qui est préparation de l’équipement, aider l’opérateur EOD à mettre sa combinaison anti-fragmentation, charger ses outils, puis l’opérateur EOD lui, y’est en charge de l’élaboration du plan puis euh l’exécution du plan pour rendre la zone sécuritaire.

Capt Orton : Puis quand qu’on parle de développement d’un plan, qu’est-ce que ça l’air cette expérience-là?

Sgt Labrie : Dans un contexte de munitions conventionnelles, on a des outils qui vont nous dire très exactement comment gérer une munition comme ça, comme une grenade exemple ou un projectile. On va avoir un plan de A à Z qui va nous dire comment le faire adéquatement, sécuritairement. Contrairement à l’engin explosif improvisé ou d’un explosif qui est non conventionnel, y’a été fait par quelqu’un dans son sous-sol. On sait pas comment est-ce que la menace est constituée. On sait pas comment est-ce que la bombe est est fabriquée donc y’existe pas un plan. Y’a pas de livre pour neutraliser cet engin-là. Donc, y faut reconnaître l’engin, y faut identifier les différentes composantes pour faire un plan qui fonctionne avec le type d’engin qu’on a.

Capt Orton : Puis, est-ce que peut-être décrire les différents types de menaces? Une liste peut-être de sortes de choses que vous rencontrez?

Sgt Labrie : Des choses qu’on rencontre, bin c’est sûr, comme que je disais, y’a le conventionnel, puis y’a le non conventionnel. Dans le terme conventionnel, ça peut être une grenade, ça peut être une mine, ça peut être un projectile, un Rocket, un missile. Ça, c’est toutes des choses qu’on va retrouver sur la terre. Y’a des mines, des torpilles qui vont se retrouver dans l’eau. Là, ça c’est d’autres spécialistes qui vont s’occuper de ça, mais nous, on pourrait s’occuper de ça sur la terre ferme advenant que ces ordonnances-là, y se retrouvent sur une plage pour rendre la munition euh sécuritaire.

Capt Orton : Puis, l’autre bord de c’te médaille-là, c’est les engins explosifs improvisés, ou euh tsé des bombes artisanales ou ce que, comme vous avez dit, c’est plus fait à maison. Qu’est-ce que vous regardez quand que vous exploitez une situation qui inclurait une menace de ce genre-là?

Sgt Labrie : Une menace de ce genre-là, c’est sûr qu’y faut identifier toutes les composantes d’un engin explosif improvisé, les cinq composantes étant le système de mise à feu ou la switch. On a la source d’énergie, la power source, qui va être une batterie habituellement, on a la charge principale qui peut être soit quelque chose de conventionnel encore une fois ou non conventionnel, on a le détonateur, que lui aussi peut être conventionnel ou non conventionnel, puis on a le contenant. Le contenant, ça peut aller d’un sac à une voiture, puis n’importe quoi qui est entre les deux qui peut contenir un engin improvisé. Ça peut être un paquet de cartes là. Puis encore une fois, la charge principale, ça, quand je disais que ça peut être improvisé ou pas, ça peut être une charge militaire qui a été récupérée par un civil ou un individu qui a des mauvaises intentions, ou ça peut aussi être un explosif qui a été fait à la maison, quelqu’un qui a des connaissances dans ce domaine-là, puis qui sait que mélanger tel et tel ingrédient ensemble va faire quelque chose d’explosif.

Capt Orton : Faut s’entendre aussi là comme la capacité destructive de quelque chose qui est fait à la maison, même avec des explosifs faits à la maison, c’est pas mal incroyable comme, moi j’ai déjà été dans un incident dans un véhicule blindé qui a subi une attaque d’un engin explosif, puis euh tsé c’est un véhicule blindé qui est tsé 20-25 tonnes là, puis ça peut quand même infliger beaucoup de dommages là. C’est pas juste du rien.

Sgt Labrie : L’explosif fait maison, son efficacité va beaucoup être déterminée des connaissances de la personne qui fait l’explosif. Si la personne a de pas très bonnes connaissances, bin y’a beaucoup de facteurs qui vont influencer si l’explosif y’est réactif ou pas. Quelqu’un qui a beaucoup de connaissances dans ce domaine-là va être capable de faire quelque chose premièrement stable, sécuritaire à manipuler, mais aussi qui est très réactif.

Capt Orton : En termes de styles d’explosifs, vous nous en parlez un petit peu?

Sgt Labrie : Majoritairement, dans ce qui est improvisé, ça va être divisé en trois types de menaces. Il va avoir ce qui est déclenché par la victime, donc ça, ça pourrait être un fil de trébuchement, ça pourrait être un plateau de pression. Ces actions-là vont déclencher l’ordonnance conventionnelle ou improvisée pour donner l’effet qu’y’est soit blessé ou tué. Après ça, on va avoir la deuxième famille qui va être tout ce qui est commandé. Donc là, ça pourrait être commandé par un fil, donc un fil électrique qui relie la menace explosive jusqu’à un transmetteur. Puis, quand le truand veut faire détonner la menace, y’appuie sur un bouton, puis ça explose. Mais ça pourrait également être radiocommandé, donc un transmetteur et un receveur qui n'ont pas de lien physique entre puis c’est juste une connexion radio. Ça, c’est ce qui est la deuxième famille de menaces commandées. La troisième famille, ça serait tout ce qui est temps, donc la mèche lente que je vous ai parlé…

Capt Orton : Hmm.

Sgt Labrie : … mais ça peut aussi être le minuteur de cuisine qui a été modifié, qui a été réglé à 1 h. Ça peut aussi être un minuteur mécanique, ça peut être un minuteur électronique, y’a plusieurs façons d’obtenir le temps voulu.

Capt Orton : Moi, j’ai eu une expérience en Afghanistan où ce que moi j’étais un mitrailleur, puis on était à une intersection, puis y’avait un gros tas de fumier qui avait une rumeur que y’avait un engin explosif là-dedans. Puis tout justement, y’avait un ingénieur de combat qui s’est approché avec un détecteur de métal, puis fallait faire la cherche. Puis je me disais dans ma tête là, pendant que je faisais le cordon là, j’étais comme « Si ça, ça explose, ça va être une mauvaise journée pour tout le monde ». Puis en fin de compte, c’était bin correct, mais pour vous autres là, peut-être sans révéler trop de secrets, c’est quoi le processus en termes de vous trouver dans une situation de même, puis comme attaquer ce plan-là en minimisant du risque?

Sgt Labrie : Bin nous, notre travail, c’est sûr que c’est de… on se fait appeler sur une scène parce que y’a une menace explosive, donc notre travail, ça va être de gérer la menace explosive qui a été identifiée, mais également de s’assurer que y’a rien d’autre de dangereux. Donc, si je pense au tas de fumier que vous avez mentionné plus tôt, bin si y’a une bombe qui a été trouvée à côté de la route, on la gère, après ça, c’est sûr que je vais me retourner vers le tas de fumier pour aller voir, m’assurer que y’a rien d’autre. L’infanterie, si y vont faire une attaque sur une position, même si y’a une rivière pis que ça va être plate traverser là, bin y vont peut-être passer par la rivière parce que l’ennemi s’attendra pas à ce que vous arriviez par là.

Capt Orton : C’est ça.

Sgt Labrie : Mais le tas de fumier, ça pourrait être un peu la même chose où ce que l’ennemi va mettre une bombe là-dedans parce que est-ce qu’on va penser de regarder dans le tas de fumier? Puis on a définitivement pas envie de fouiller dans le tas de fumier.

Capt Orton : Right.

Sgt Labrie : Donc, ça peut être une façon de voir les choses au niveau de l’ennemi.

Capt Orton : Donc on a parlé de toutes sortes de différentes menaces. On a des petites mines, on a des grandes mines, on a des bombes, on a une liste d’engins improvisés de toutes les sortes, construits de toutes sortes de choses. Quels outils est-ce que vous utilisez pour gérer ces menaces-là?

Sgt Labrie : Bon on a… c’est sûr qu’on a tous les outils qui sont mis à la portée d’un ingénieur de combat de base, par exemple un détecteur de métal ou un système de cordes et poulies, mais là, on on va aussi avoir des outils plus spécifiques à un opérateur NEM, comme les fameux robots qu’on peut avoir vus dans dans des films. Donc ça, le robot, on va en avoir plusieurs. Lui aussi, on va en avoir de plusieurs tailles pour différentes tâches. On va avoir des outils énergétiques qui vont nous aider à prendre le contrôle sur une menace.

Capt Orton : Quand vous dites un outil énergétique, qu’est-ce que vous dire par là?

Sgt Labrie : Essentiellement, l’outil énergétique, c’est un canon qu’on charge avec de l’eau, qu’on met une charge explosive à l’intérieur. On va pouvoir tirer sur une menace avec ça, puis au lieu que ce soit comme un projectile qui va aller frapper la menace pour éventuellement la neutraliser, bin ça va être un jet d’eau.

Capt Orton : Fait que dans le fond, c’est comme, par exemple, je dirais dans un contexte de fantassins, des fois on a des grenades qui fonctionnent pas. La réponse, c’est pas de lancer une autre grenade dessus parce que là, ça revole partout pis là t’as des problèmes, fait que tsé un jet d’eau peut-être c’est un peu moins risqué dans le contexte que ça rajoute pas aux euh menaces qui sont déjà là.

Sgt Labrie : Vous avez un bon point par contre, l’outil énergétique, lui, va être utilisé presque uniquement sur les engins explosifs improvisés. Pour ce qui est conventionnel, comme la grenade, bin là, ce qui va être utilisé, c’est simplement un bloc de C4, donc de l’explosif plastique. Ça, c’est dans le contexte où ce qu’on peut faire exploser la grenade sur place comme sur un champ de tir, comme vous avez mentionné tantôt. Si on peut pas la faire exploser sur place, on a des procédures de neutralisation pour la rendre sécuritaire, la déplacer dans un endroit qui peut subir une détonation, puis à ce moment-là, on va mettre l’explosif plastique puis en disposer à cet endroit-là.

Capt Orton : Avez-vous d’autres choses?

Sgt Labrie : D’autres outils qu’on va utiliser qui sont spécifiques à un opérateur NEM, ça serait entre autres aussi le bomb suit, donc le la tenue anti-fragmentation qui va nous protéger d’une éventuelle détonation de l’engin avec lequel on intervient.

Capt Orton : C’est comme tout équipement protectif, ça fonctionne à un certain point.

Sgt Labrie : Exactement. Un autre outil qu’on a, qu’on peut utiliser, qui est vraiment pratique, c’est une capacité x-ray, donc voir au travers de de des menaces. Tantôt, je parlais qu’y’avait un des composantes d’un engin explosif improvisé que c’était le contenant. Bin si j’ai envie de voir dans le contenant pour identifier mes autres composantes que eux, je ne peux pas voir, je pourrais utiliser ma capacité x-ray pour voir à l’intérieur de quelque chose que normalement je ne peux pas voir.

Capt Orton : Qu’est-ce que vous diriez peut devenir un opérateur?

Sgt Labrie : Y’a plusieurs métiers qui peut faire le travail d’opérateur NEM, mais essentiellement, y’a quatre métiers, donc les ingénieurs de combat, y’a aussi les techniciens en munitions, …

Capt Orton : Right. Ouais, ça fait du sens.

Sgt Labrie : … les plongeurs démineurs du côté de la Marine, puis les techniciens en systèmes d’armement d’aéronefs du côté de la Force aérienne.

Capt Orton : Puis c’est quoi le parcours d’entraînement pour devenir un opérateur?

Sgt Labrie : Moi, je peux vous donner des exemples de mon parcours comme ingénieur de combat, mais ces autres métiers-là, c’est comme le même parcours, mais y’a certains cours qui sont pas inclus dans leur cours de base, donc il faut qu’y retournent pour les faire. Y’a un peu de back and forth.

Capt Orton : Puis dans votre cas, c’était c’était quoi le parcours?

Sgt Labrie : Ça commence avec le cours de démolition de base. Nous, les ingénieurs de combat, on a ça sur notre euh PP1, donc notre cours de métier. Donc, à ce moment-là, on fait euh démolition de base qui est un cours d’à peu près trois semaines où ce qu’on apprend la sécurité, manipulation des explosifs, euh les différents systèmes de mise à feu, tsé y’a du électrique, non électrique, les fameuses mèches lentes que vous avez sûrement vues dans des cartoons.

Capt Orton : [Rires]

Sgt Labrie : Donc tsé on va apprendre ces deux méthodes-là sur la démolition de base, puis comme que je disais nous, ingénieurs de combat, c’est couvert sur notre PP1, mais un autre métier comme exemple les techniciens en systèmes d’armement d’aéronefs, eux, c’est pas couvert sur leur PP1. Donc eux, ils doivent retourner à l’école pour faire c’te portion-là pour ensuite continuer dans le parcours pour devenir un opérateur NEM. Après ça, un autre cours qui doit être fait, c’est le cours de disposition de munitions conventionnelles. C’est un autre cours de trois semaines. Pour un ingénieur de combat, c’est couvert sur le PP2 qui est le cours de caporal. Sur ce cours-là, on apprend à identifier, marquer, évaluation de dangers, détection dans de munitions conventionnelles. Donc, identifier c’est quoi une mine, puis comment déterminer si cette mine-là est dangereuse ou pas. Même chose pour une grenade, un projectile, une bombe ou un missile.

Sgt Labrie : Donc ça c’est la deuxième partie dans le parcours. C’est le cours de disposition de munitions conventionnelles. Rendu à ce moment-là, en fait, on est obligés de faire Basic Demolition en premier puis CMD Basic, mais après ça, ça peut aller dans plusieurs directions.

Capt Orton : C’est plus question d’acquérir de l’expérience à ce point-là, faire des choses différentes pour comme genre augmenter notre niveau d’expertise.

Sgt Labrie : Essentiellement quand on devient un opérateur NEM, on peut aller soit vers le conventionnel ou non conventionnel. Y’a la possibilité de faire les deux également. Dans ce qui est conventionnel, la prochaine étape, ça va être de faire le cours de disposition de munitions conventionnelles avancé. Ce cours-là, c’est un cours de, je pense c’est rendu huit mois, ça c’est aux États-Unis où ce que là, on va tout revoir ce qu’on a vu sur la portion de base, mais on va apprendre à neutraliser ces munitions-là. Donc, sur la portion de base, on peut dire si une munition est dangereuse ou pas. Si est dangereuse, on peut en disposer uniquement à l’endroit où elle est. Sur le cours avancé, on va apprendre à neutraliser c’te munition-là. Donc exemple, la munition est dangereuse puis elle est dans le bureau de quelqu’un parce que cette personne-là avait une grenade sur son bureau depuis 20 ans, mais la munition est dangereuse donc on peut pas juste la faire exploser dans le bureau de l’individu. Il faut faire une procédure pour la rendre sécuritaire. Ça va être un membre qui est qualifié de dispositions de munitions conventionnelles avancées où ce qu’on couvre chaque type de munitions puis qu’on voit beaucoup de procédures pour rendre les munitions sécuritaires. L’autre avenue que je vous parlais qui est tout ce qui est improvisé, à ce moment-là, il faudra aller faire le cours d’assistant en neutralisation d’engins explosifs improvisés. Mais sur ce cours-là, on apprend tout ce qui est l’utilisation des outils propres à une équipe NEM, donc l’outil énergétique que je parlais tantôt, comment le charger, le manipuler sécuritairement, comment manipuler le robot.

Capt Orton : Hmm hmm.

Sgt Labrie : Essentiellement, on apprend toutes les pièces du casse-tête d’une équipe NEM sans mettre le casse-tête tout ensemble. Puis, on apprend à mettre les morceaux ensemble sur le cours d’opérateur en neutralisation d’engins explosifs improvisés, qui est la prochaine étape, qui est un cours de trois mois. Il se déroule ici à Gagetown au Nouveau-Brunswick. On apprend à mettre ces pièces-là ensemble, élaborer un plan, neutraliser la menace au travers de des scénarios réalistes.

Capt Orton : Vous pouvez donner un exemple?

Sgt Labrie : Bon, un scénario, y’a une fausse bombe qui va être mis en place. Donc, exemple, une boîte qui a été déposée devant la porte d’une maison. Euh l’étudiant va arriver à sa menace, poser les questions à la personne en charge sur les lieux, élaborer un plan, prendre action sur la boîte, puis y doit passer au travail comme, y’a une… comme n’importe quel test dans l’Armée, …

Capt Orton : C’est ça, ouais.

Sgt Labrie : … il doit passer au travers du test, compléter le test avec un minimum d’erreurs. On s’entend, tout ce qui a rapport aux explosifs, c’est extrêmement sévère. Y’a pas beaucoup de marge de manœuvre.

Capt Orton : Parce que c’est de même dans vraie vie aussi.

Sgt Labrie : Ouais, exactement.

Capt Orton : [Rires]. Bin, ça c’est les cours d’entraînement, puis là, c’est sûr que vous avez des exercices un peu plus collectifs qui incorporent bin des choses.

Sgt Labrie : Ouais exactement. Dans le fond, tous les différents métiers que j’ai couverts tantôt qui ont des opérateurs NEM, y vont tous avoir un peu leur propre exercice. Donc euh, exemple, la Force aérienne, eux, y vont générer des exercices comme Taz Runner, Taz Tornado, qui sont des exercices en neutralisation d’explosifs soit conventionnels et non conventionnels.

Capt Orton : C’est quoi l’itération la plus récente d’entraînement, disons collective là en équipe que vous auriez eue?

Sgt Labrie : En ce qui me concerne, j’ai eu la chance de participer à Ardent Defender, qui est un exercice qui se déroule présentement à Gagetown, qu’on est confrontés à des scénarios ID de toutes sortes, puis qu’on doit répondre. Y’a 10 jours de scénarios, mais autre que ça, c’est sûr que y’a des journées qui sont allouées à passer du temps avec les internationaux, faire des échanges de connaissances avec eux, savoir eux, c’est quoi leurs procédures, c’est quoi les outils qu’y’utilisent. Pendant Ardent Defender aussi, des fois on va être introduits à des nouveaux outils qui vont arriver éventuellement. Y va avoir aussi habituellement une journée ou deux qui vont être allouées à une genre de journée de défis un peu où ce qu’y va avoir plusieurs plateaux avec différents défis sur chaque plateau où ce que toutes les équipes vont être évaluées. Puis, à la fin de l’exercice, y’a une équipe qui va être désignée l’équipe gagnante de ce défi-là.

Capt Orton : Est-ce que vous avez eu des bonnes leçons apprises qui ont sorti de ça?

Sgt Labrie : Y’a toujours des leçons apprises, parce que dans un environnement où ce que avec un engin explosif improvisé, comme que je disais, y’a pas de plan qui existe, le plan doit être élaboré sur place au moment même, y’a une action qui doit être prise, puis les choses juste en général dans vie, les choses se déroulent généralement jamais exactement comme on le souhaiterait. Donc, à chaque fois qu’y’a un scénario, y’a des leçons apprises parce qu’y’a des choses qui fonctionnent pas. Puis à ce moment-là, on doit trouver un autre plan, une autre alternative pour continuer avec le plan.

Capt Orton : C’est combien de personnes en général cette affaire-là? C’est quoi la taille de l’exercice?

Sgt Labrie : Un exercice comme Ardent Defender, c’est sûr que c’est un gros exercice. Ça implique pas juste des opérateurs NEM, y’a des cuisiniers qui sont impliqués là-dessus, y’a toute la chaîne logistique, y’a évidemment des mécanos, en fait, tout le spectre de l’Armée est impliqué là-dessus, mais c’est des centaines de personnes qui sont impliquées sur un exercice comme Ardent Defender, puis c’est des mois de préparation.

Capt Orton : Si on regarde le champ de bataille d’aujourd’hui, je pense que y’a toujours des évolutions, des menaces. Qu’est-ce que vous pensez en termes de qu’est ce qui se passe aujourd’hui dans le monde par rapport à ça?

Sgt Labrie : M’a vous parler d’évolution des menaces puis des explosifs. Je pense que ce qui me saute le plus aux yeux présentement avec ce que vous dites, c’est les drones. En ce moment, surtout avec le conflit en Ukraine, ce qui ressort le plus, c’est les drones. Quand vous étiez en Afghanistan, les bombes y’étaient mis dans le sol ou y’étaient mis à un endroit et généralement, les bombes restaient à cet endroit-là. Essentiellement, on est rendus avec des ID sur des drones, donc des ID qui se déplacent. C’est extrêmement effrayant, puis c’est terrible.

Capt Orton : [Rires] Ouais, ouais, c’est ça. On rit, parce que tsé c’est notre domaine là tsé c’est pas drôle comme haha, drôle, mais c’est vraiment un vrai défi pour soit les fantassins ou les ingénieurs que on a besoin de regarder des choses, que des fois c’est en dehors du domaine de notre contrôle, puis euh ça crée des gros défis.

Sgt Labrie : Ouais exactement. Puis vous dites que c’est une menace pour les fantassins, entre autres. Oui, c’est en fait, les drones, c’est une menace pour tout le monde. Y’a plus personne qui est en sécurité. L’ID va venir jusque dans le poste de commandement si y faut, si l’ennemi a les ressources pour ça. Puis ça, ça fait que nous on doit changer nos procédures pour les adapter au monde moderne d’aujourd’hui avec des ID qui sont mobiles, qui peuvent à tout moment déplacent sur nous.

Capt Orton : Puis, en faisant face à ces menaces-là d’aujourd’hui, on se voit dans la progression de nos carrières. Qu’est-ce qui vous garde dans votre rôle aujourd’hui? Pourquoi vous restez dans ce domaine-là en faisant face à ces menaces qui sont assez effrayantes?

Sgt Labrie : Bon, en ce qui me concerne, c’est sûr que j’ai toujours eu comme une curiosité puis un intérêt pour ça. J’ai tout le temps été motivé face à ça. Les gens qui travaillent avec moi dans ce domaine-là, généralement, y’ont ces mêmes intérêts-là, donc c’est des gens avec qui c’est le fun de travailler. Le travail d’équipe, y’est extrêmement important dans le milieu. C’est c’est un environnement qui est stimulant, puis qui est extrêmement intéressant. Puis, de mon point de vue, le plus on est informés par rapport à ça, oui vous dites c’est dangereux, mais le plus qu’on est informés face à ça, le plus que c’est sécuritaire pour moi.

[Musique commence]

Capt Orton : Ouais, ça fait du sens. Merci d’avoir pris le temps de nous avoir parlé de cette spécialité-là. C’est vraiment technique, c’est vraiment détaillé, puis je pense que les gens y se trouvent pas mal intéressés donc on apprécie votre temps.

Sgt Labrie : Bin, y’a pas de problème, ça fait plaisir d’avoir passé du temps avec vous. Je vais toujours être là pour ça.

Capt Orton : [Rires] Nice. Ça, c’était le sergent Charles Labrie. C’est un spécialiste en NEM du 5e Régiment du génie de combat à Valcartier. Moi, je suis capitaine Adam Orton pour Le balado de l’Armée canadienne. Prenez soin de vous.

[Musique termine]