Bienvenue dans la toute première série de podcasts du Sénat de Belgique. Que se passe-t-il exactement derrière ces murs historiques ? Quelles histoires et quels secrets s’y cachent ? Plongez avec Gabrielle dans ce podcast captivant sur notre Sénat belge.
Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans la série de podcasts du sénat. Je me dois d'être honnête avec vous lorsque l'on a discuté de faire un épisode sur les archives du sénat, comment vous dire Mon enthousiasme était limité. J'avais peur qu'on tombe vite dans quelque chose de barbant, mais vous vous doutez bien que si je vous raconte ça, c'est que justement je me trompais. Je ne vous parle pas de n'importe quelles archives. Je vous parle du lieu dans lequel sont conservés tous les documents les plus importants depuis la création de la Belgique.
Speaker 1:J'ai bien dit tous les documents, tous, depuis dix-huit-cent-trente, ça va du premier draft de la constitution à des fun facts insoupçonnés. Déjà, ça en jette. Mais ma curiosité a vraiment été piquée quand Tim qui gère la communication du sénat m'a présenté Hermione et ses collègues en charge des archives. Ils m'ont fait visiter. Déjà, il faut vous donner le contexte.
Speaker 1:Les archives sont sur plusieurs étages. On est donc loin de la vieille cave au fond d'un couloir. Et ce n'est pas juste un espace de stockage poussiéreux, c'est une véritable capsule temporelle. On voyage à travers le temps, à travers l'histoire. Chaque document raconte quelque chose, c'est l'ADN du Sénat.
Speaker 1:Et on essaye de le déchiffrer en reconstituant les histoires qui se cachent derrière tous ces documents. Pour cet épisode, Hermione et son équipe sont partis à la recherche de pièces uniques, celles que l'on ne peut trouver que dans de telles archives et j'ai déjà hâte de vous partager nos trouvailles. Commençons par le commencement. Parmi les tout premiers documents conservés ici, l'un d'entre eux est particulièrement important. Le rapport et la proposition de constitution du congrès national.
Speaker 1:Pourquoi est si spécial Parce que c'est là que tout commence pour la Belgique. Les membres du congrès devaient construire un État entier à partir de rien. Tout était à écrire. Comment choisit-on de lutter contre la criminalité ou alors de maintenir l'ordre public Et ce, tout en sachant qu'ils avaient pour obtenir l'indépendance parfois profité des émeutes et du désordre. C'est fascinant de voir comment dès dix-huit-cent-trente, ces personnes ont jeté les bases de notre société.
Speaker 1:Il existe même une liste des candidats pour le trône de Belgique. Chaque candidat y expliquait pourquoi il serait le meilleur pour le job. Léopold, le premier roi des belges figurait bien évidemment sur cette liste. Et avez-vous remarqué que l'on ne dit pas qu'il est roi de Belgique, mais bien roi des belges Cette nuance est importante car il y avait une volonté de dire que le roi allait travailler avec ses sujets, avec les belges et non considérer le pays comme sa propriété personnelle, comme ça se faisait souvent à l'époque. À la création de la Belgique, un registre des médailles a également été créé.
Speaker 1:Chaque sénateur recevait et reçoit encore aujourd'hui d'ailleurs une médaille personnalisée. Cette médaille a une certaine valeur. C'est pourquoi chaque sénateur doit signer un reçu au moment où il la reçoit. Dans ce registre, on retrouve une signature tout à fait particulière, celle de Léopold 2. Apparemment, pendant le règne de son père, il était lui aussi sénateur.
Speaker 1:Et même s'il était l'héritier du trône, donc le prince, il a dû comme tout le monde signer le registre. Et il a d'ailleurs signé prince Léopold de Belgique. Quelques années plus tard, la première guerre mondiale éclate et le parlement est bien sûr témoin de cette époque. Il n'y avait plus de réunion des députés et dessinateurs car les occupants allemands utilisaient les locaux pour leur administration et leur cérémonie. Après la guerre, les sénateurs veulent reprendre les séances au plus vite.
Speaker 1:Et c'est ainsi que le 10 novembre mille-neuf-cent-dix-huit, un jour avant l'armistice officiel, un serrurier fut le premier à ouvrir toutes les portes du palais de la nation. En examinant ses factures, on peut suivre son parcours à la trace. Quel jour il a ouvert quelle porte et aussi combien ça a coûté. Une fois les portes ouvertes, on découvre que des scouts avaient été mobilisés dans le bâtiment. Les Allemands les utilisaient comme des petites mains.
Speaker 1:Ils devaient distribuer du courrier, faire des courses, remettre des clés, des tâches plutôt simples qui ne les ont visiblement pas empêchées de s'ennuyer. Car après la guerre, lorsqu'un fonctionnaire a voulu ajouter une nouvelle règle dans le registre p, le registre officiel où l'on consigne tous les précédents et décisions importantes du Sénat, il a découvert une surprise. Un certain Karl Lurs, à un scout, l'avait devancé. À 6 endroits différents du registre, il avait griffonné les noms et les adresses de plusieurs de ses camarades scout. C'est peut-être un minuscule détail, mais c'est justement ça qui le rend amusant.
Speaker 1:Même au coeur d'un document officiel et solennel, on tombe sur des traces inattendues, des petits morceaux d'humanité. Et c'est là toute la force des archives. Elles gardent en mémoire ce que personne d'autre ne retiendrait. Après cette découverte, le fonctionnaire poursuit son travail. Il était sur le point d'ajouter dans le registre p la première décision prise depuis des années.
Speaker 1:Il s'agit d'un précédent concernant Oscar Hernal Stains, un patriote condamné à mort par les Allemands. Le procès de cet homme avait eu lieu dans l'hémicycle. Et pendant son jugement, il a écrit un mot. Ici, sur ce siège, a été condamné à mort pour espionnage le 12 avril mille-neuf-cent-seize, Hernald Steins, né à Boisfort en mille-huit-cent-septante-quatre, veuf avec 3 jeunes enfants. Que le sénateur qui siègera ici pense parfois à moi, vive la patrie.
Speaker 1:Et 3 ans plus tard, lors de la séance plénière du dix-neuf mars mille-neuf-cent-dix-neuf, le sénateur Étienne de Vrière a ouvert son pupitre et trouvé le mot absolument bouleversant d'Ernestens, qui a donc été exécuté en pleine guerre. Il a alors demandé au président que l'État prenne immédiatement soin de ces 3 orphelins. Il a donc été noté que Irène, René et Blanche ont été pris en charge par le Sénat et il a veillé à ce qu'ils trouvent leur place dans la société. Revenons un instant en arrière entre la fin du dix-neuvième et le début du vingtième siècle. C'était un moment charnière pour les archives du sénat, car elles ont connu une véritable transformation.
Speaker 1:Avant mille-neuf-cent-cinq, leur système d'administration était relativement simple. Les dossiers commençaient par a un un un et allaient jusqu'à a 9 9 9. Et puis on passait à la lettre b, logique non. Mais vers mille-neuf-cent-cinq, toutes les lettres de l'alphabet étaient épuisées. Ils étaient arrivés à z 9 9 9.
Speaker 1:Bon et après on fait quoi Ils ont brièvement adopté un autre système, mais lui aussi avait ses limites. Et finalement, après la guerre, on a introduit le système CDU, classification décimale universelle, inventé par le sénateur Henri Lafontaine et son ami proche Paul Hothelet. Ce système est devenu la norme internationale pour la classification des connaissances et d'ailleurs il est encore utilisé aujourd'hui. Henri La Fontaine, ce n'était pas n'importe qui. Il a remporté le prix Nobel de la paix en mille-neuf-cent-treize et il était reconnu comme un penseur visionnaire.
Speaker 1:C'est d'ailleurs ce même Henri Lafontaine qui a écrit une lettre à un pseudo scientifique américain. Cet américain avait mis au 0.1 système censé prédire si quelqu'un allait devenir un criminel. Ayant perdu toute crédibilité aux États-Unis, il proposa un nouveau type de recherche et il voulait tester ça au sénat. Bon, accrochez-vous bien, il avait conçu un questionnaire censé prédire l'intelligence à partir de caractéristiques physiques. Alors quand ce questionnaire arriva sur le bureau de La Fontaine, celui-ci lui a répondu très poliment dans une lettre qu'il n'y avait aucune place pour ce genre de pratique au sénat.
Speaker 1:Et cette fameuse lettre se trouve bien entendu dans les archives. En plus d'être un sénateur, La Fontaine était aussi un féministe avant l'heure. Il estimait que les femmes devaient avoir les mêmes droits et les mêmes opportunités que les hommes, ce qui était loin d'être une évidence pour tous à l'époque. Là encore, les archives gardent des traces historiques de ces évolutions. Lorsque Marie Janson, la première sénatrice a été cooptée, l'administration n'était absolument pas prête.
Speaker 1:Les documents, toujours rédigés au masculin jusque-là, n'étaient pas encore adaptés. Et il reste donc des traces de ces modifications. Elle corrigeait elle-même la formule monseigneur le sénateur en madame le sénateur. Et oui, il s'agit bien de la même Marie-Janson dont nous avions déjà parlé et si vous voulez vous rafraîchir la mémoire, je vous invite à réécouter l'épisode 5. Sur l'un des anciens plans du sénat, on peut voir aussi que les employés administratives que l'on appelait à l'époque les dactylos avaient été installées au sous-sol juste à côté de la cave à charbon.
Speaker 1:Visiblement, elles n'avaient pas leur place parmi tous les hommes importants qui travaillaient à l'étage. Finalement, à l'occasion de l'inauguration de nouvelles installations dans l'hémicycle, un banquet avait été organisé pour les sénateurs. Et sur le programme de l'événement, on peut voir que leurs épouses n'avaient pas le droit de s'asseoir parmi les sénateurs. Elles avaient chacune leur place attitrée, accrochez-vous bien, sur la tribune où elles pouvaient simplement regarder le banquet. Dans un journal, on peut lire quelques années plus tard que dans cette même salle, le sénateur Louis Rodius prend la parole.
Speaker 1:Il plaide avec passion pour que les anciens combattants de la grande guerre reçoivent une pension plus élevée. Soudain, il interrompt son discours et s'effondre. Dans un vent de panique, ses collègues le portent hors de la salle et le président suspend la séance. Quelques minutes plus tard, la nouvelle tombe. Le sénateur est décédé.
Speaker 1:Bon, heureusement il est extrêmement rare qu'un sénateur meurt en pleine intervention, mais cet épisode est assez marquant que pour être raconté. Pour terminer, je voulais partager avec vous quelques anecdotes sur des personnalités connues qui apparaissent dans les archives. Dans les années mille-neuf-cent-cinquante, l'entreprise cartonnage industrielle Vanest et Brel fournissait notamment au Sénat des reliures pour des dossiers. Le patron de l'entreprise s'appelait Romain Brel, le père d'un célèbre Jacques. Avant de commencer sa carrière de chanteur, Jacques travaillait dans l'entreprise de son père.
Speaker 1:Un jour, son père ne pouvant pas assurer une livraison, Jacques Brel a lui-même signé le bon de commande. Sans le vouloir, les archives du sénat ont ainsi conservé un véritable autographe du grand chanteur. Parmi tous ces documents, on peut aussi trouver un scénario complet planifié heure par heure. À l'époque, le sénat recevait une visite pas comme les autres. Mikhaïl Gorbatchev en personne venait au palais de la nation.
Speaker 1:Et évidemment une rencontre de ce niveau-là devait être préparée dans les moindres détails. Qui ouvre quelle porte À quelle heure Qui accueille Qui accompagne Tout était minuté C'est amusant d'y penser aujourd'hui, mais les archives gardent même la trace de l'organisation millimétrée de cette visite historique. Et ce n'est pas tout, le sénat a également accueilli le Dalaï Lama, il existe d'ailleurs des dizaines de photos soigneusement conservées dans ses archives. Des factures les plus simples aux visites les plus prestigieuses, les archives du sénat gardent des traces d'absolument tout. Et ça a été un plaisir de les découvrir et de les partager avec vous.
Speaker 1:J'ai hâte de voir ce que les prochains épisodes nous réservent comme surprise. Alors à tout bientôt et la suite au prochain épisode.