L'heure de grande écoute

Après 15 ans d’exil, Natasha Kanapé Fontaine retourne dans son village natal.

Après 15 ans d’exil de la Côte-Nord, Natasha Kanapé Fontaine revient à Pessamit pour explorer la mémoire de ses grands-parents, la culture innue, la langue et ce qui la fonde comme femme, écrivaine et militante. Un récit aux rites ancestraux.

· Animation : Julien Morissette
· Invitée et scénarisation : Natasha Kanapé Fontaine
· Réalisation : Juliane C. Lelarge
· Collaboration : Père Gérard Boudreault, Louise Kanapé, Andy Kanapé et Philibert Rousselot
· Production au contenu : Audrey Blackburn
· Indicatif musical : P’tit Belliveau
· Réalisation sonore, enregistrement, montage et mixage audio : Simon Coovi-Sirois
· Musique originale : Simon Coovi-Sirois et Alexis Elina
· Caméra et montage vidéo : Patrick Lozinski
· Recherche : Emmanuelle Gauvreau et Maude Petel-Légaré
· Script-édition : François DesRochers
· Cheffe de contenu pour Télé-Québec : Sophie Bélanger
· Coordination : Clara Gauthier-Morrison
· Communications : Louis-Philippe Roy
· Visuel : bureau60a
· Remerciements de l’épisode : Merci aux habitants de Pessamit: Philibert, Andy, Père Gérard, Louise, Marco, Marie
· Remerciements de la série : Steven Boivin, Clara Lagacé et Sophie Lacelle-Bastien de Transistor Média

L’heure de grande écoute est une série de Transistor Média, produite en collaboration avec Télé-Québec.

Ce projet a été rendu possible grâce au soutien financier du ministère de la Culture et des Communications du Québec et de la Ville de Gatineau (via l'Entente de développement culturel avec le gouvernement du Québec).
/
Transistor Média, basée à Gatineau (Québec), est un studio de création, de production et de diffusion d'œuvres audios. En plus de ses balados, l’organisme tient annuellement le Festival Transistor et le Kino-radio.

Site Web de Transistor : https://transistor.media
Pour découvrir le catalogue de balados : https://transistor.media/balados
Pour vous inscrire à l’infolettre mensuelle : https://bit.ly/infolettre-Transistor

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Qu'est-ce que L'heure de grande écoute ?

Découvrez les récits touchants et les anecdotes familiales qui témoignent de la créativité et de l’humanité de celles et ceux qui façonnent le Québec. Une plongée dans des histoires insoupçonnées, portées par des voix d’ici.

Pilotée par Julien Morissette, la série hebdomadaire donne la parole à celles et ceux qui façonnent la province au quotidien. Des créateurs·trices issu·e·s de tous les horizons se succèdent pour raconter des expériences qui résonnent bien au-delà de leur parcours personnel, révélant les forces invisibles qui tissent notre société.

· Animation et réalisation : Julien Morissette
· Production au contenu : Audrey Blackburn
· Indicatif musical : P’tit Belliveau
· Réalisation sonore, enregistrement, montage et mixage audio : Simon Coovi-Sirois
· Musique originale : Simon Coovi-Sirois et Alexis Elina
· Caméra et montage vidéo : Patrick Lozinski
· Recherche : Emmanuelle Gauvreau et Maude Petel-Légaré
· Script-édition : François DesRochers
· Cheffe de contenu pour Télé-Québec : Sophie Bélanger
· Coordination : Clara Gauthier-Morrison
· Communications : Louis-Philippe Roy
· Visuel : bureau60a
· Remerciements : Steven Boivin, Clara Lagacé, Marysol Foucault et Sophie Lacelle-Bastien de Transistor Média

L’heure de grande écoute est une série de Transistor Média, produite en collaboration avec Télé-Québec.

Ce projet a été rendu possible grâce au soutien financier du ministère de la Culture et des Communications du Québec et de la Ville de Gatineau (via l'Entente de développement culturel avec le gouvernement du Québec).
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Je m'appelle Julien Morissette.

Bienvenue à l'Heure de grande
écoute,

le balado qui vous fait entendre
les histoires vraies

et les personnages surprenants
qui façonnent le Québec.

L'épisode d'aujourd'hui, en
compagnie de l'autrice

multidisciplinaire Natasha
Kanapé-Fontaine,

je suis fier d'être
Pessamiushkueu.

Salut, Natasha!

Kuei, Julien!

Quand t'es rentrée en studio, la
première chose

que tu m'as dit, c'était assez
drôle, c'est

« Ouf, ça n'a pas été de tout
repos. »

L'histoire que tu voulais
raconter, ça t'a surpris quand
même.

Oui, définitivement.

Donc au début, quand on s'est
parlé, tu voulais raconter la
grande histoire politique de
Pessamit.

Et ce n'est pas une mince
affaire, ça.

Oui, non.

Pour donner un peu de contexte,
Pessamit, c'est une communauté
Innu de la Côte-Nord,

située tout près de Baie-Comeau,
qui compte environ 3500 habitants.

Oui, puis depuis longtemps,
j'avais vraiment cette envie de
retourner là-bas pour raconter

l'histoire de ce village d'où je
viens. Puis mes deux parents sont,
comme on dit en innu-aimun,

pour désigner les gens de
Pessamit, sont des Pessamiulut.
Puis je voulais raconter la
manière

dont la communauté s'est
constituée, les combats qu'elle a
menés, etc. Mais il a fallu que je

commence par une autre histoire.
C'est quoi qui t'a fait changer
d'idée?

Mais je me suis dit que bien
avant la politique, il y a ce qui
constitue un peuple, une culture.
Pour moi, c'est le récit

de la passation du savoir et de
la fierté dans les familles, même
si la fierté était silencieuse ou

elle a été tue à la suite de
différentes oppressions. Ce
récit-là est beaucoup plus
important.

C'est une histoire qui commence à
Pessamit dans les années 50. C'est
une période

spéciale, quelque chose couve.
L'ombre des pensionnats est encore
là. On cherche encore un peu nos
marques

pendant que des bouleversements
de mode de vie

sont en train de changer
énormément de choses.

Les barrages hydroélectriques
poussent un peu partout

comme de la mauvaise herbe,

puis on ne peut plus accéder au
territoire ancestral comme avant.

On cherche quand même des
brèches.

Dans le village de Bersimis,

qui est le premier nom donné à
Pessamit,

il y a un homme qui s'appelle
Joseph-Jacques.

En Innu, tout le monde l'appelait
Shushepshak.

C'est un chasseur-trappeur dans
la trentaine,

très grand, solide sur ses deux
pieds, des yeux perçants.

Et Shushepshak a un secret.

Il me semble déjà être un
personnage assez marquant. C'est
quoi le secret de Shushepshak ?

Parfois le soir, il invite des
gens chez lui, dans le grand
sous-sol de sa maison, directement
sur la terre battue.

Là, tous ensemble, ils prennent
part à des cérémonies
traditionnelles inouïes.

Puis c'est encore l'époque où
certaines pratiques culturelles,
cérémonielles sont interdites au
Canada,

comme la loi sur le potlatch,
comme on l'appelait,

a comme conséquence de voir une
méfiance envers toute pratique
spirituelle autochtone.

Oui, parce que le catholicisme
est assez influent à ce moment-là
encore.

Il y a beaucoup de gens qui se
méfient de la spiritualité plus
traditionnelle.

Exact. Puis là, on avance dans le
temps.

On est dans les années 80, dans
le village de Bersimis, il y a
aussi une femme, Suzanne, dans la
quarantaine.

Dans les rues, on la reconnaît à
ses talons aiguilles,

son rouge à lèvres, ses grandes
jupes colorées.

Elle est coquette, élégante,
vivante.

Elle aime rire, faire la fête.

Parfois, à la fin d'un repas,
elle se met à raconter.

Elle raconte des histoires de sa
grand-mère à elle,

des histoires de créatures
terrifiantes dans les bois,

des histoires de magie.

Wow, OK, Suzanne, elle a l'air
d'une femme incroyable.

Puis dans ces années-là, elle
participe aussi à des efforts

pour réinscrire l'innu-aimun dans
l'enseignement à l'école,

la langue maternelle de tous les
Pessamiulut.

Elle est aussi une grande
artisane.

Elle fait partie des femmes de la
boutique Opessamo, sur la rue
principale.

Elles vendent des poupées aux
habits à l'indienne, avec de
longues tresses noires, la peau
brune.

Elles vendaient aussi des
vestons, des mocassins, tout en
cuir,

puis bien perlé de grandes fleurs
ornementales.

Donc, ce que je comprends, c'est
que Shushepshak et Suzanne ont,
chacun leur façon,

un impact important dans la
communauté, les traditions Innu.

Oui, puis c'est des gens
appréciés au village, des gens qui
ont laissé une trace forte sur
ceux

qui les ont connus. Est-ce que
toi tu fais partie de ces gens-là
qui ont eu la chance de les
connaître?

Oui, parce que cet homme et cette
femme, ce sont mes grands-parents.
Enfant, j'ai vécu avec eux,

Suzanne est la mère de ma mère et
Shushepshak, le père de mon père.

(Résumé) Comment j’ai connu ton
grand-père, c’était comme
guérisseur.

Il connaissait tout plein de
remèdes traditionnels. Il connaissait
tellement de choses.

À mon frère et moi, il a enseigné
des éléments de la chasse et quelques remèdes.
Il était vraiment bon à guérir des gens.

Il était reconnu comme étant
medecin man.

Il était un grand chasseur aussi.
Il était fort.

Je le voyais portager.

Avant, on avait des canots
accrochés sur le bord de la
rivière ici.

Puis tu le voyais des fois,
c'était un gros chaloupe,

mais il le portait sur son dos.

C'était vraiment un homme fort.

On vient d'entendre Philibert
Rousselot,

un grand ami et collègue à moi à
Pessamit.

C'est un passeur culturel, puis
il a grandi en connaissant mon
grand-père.

Il a l'air tellement sympathique,
Philibert.

Surtout, c'est beau de voir la
façon dont il parle

de ton grand-père.

Puis j'ai aimé ça entendre ta
langue.

Est-ce que je peux te demander si
tu la parles,

si tu la comprends, Natasha?

Je comprends quand on me parle en
innu-aimun,

puis quand j'entends en
innu-aimun,

mais c'est encore difficile pour
moi de la parler.

C'est quoi les souvenirs que
t'associes à ton grand-père?

Je me souviens quand j'étais
toute petite,

mes parents et moi, on vivait
chez mes grands-parents

paternels. Shushepshak chassait
le castor, pas loin du réservoir

Manicouagan, puis il y en avait
toujours, toujours à la maison.

Ça sentait souvent le ragoût de
castor,

d'autres fois le ragoût de
lièvre, puis d'autres fois

le poisson pêché, pas loin dans
les rivières environnantes,

dans le coin de Pessamit.

Bref, j'ai grandi en mangeant de
la viande de bois.

Et ça sentait toujours le castor
chez Shushepshak

parce qu'il vendait les peaux à
la Baie d'Hudson,

encore au début des années 90.

Puis je l'ai souvent observé à
ses côtés en train

de découper finement les peaux
sur les corps des castors.

Donc, ton grand-père chassait
pour la Baie d'Hudson.

Oui, puis beaucoup de gens
semblaient faire ça à l'époque

au sein des communautés, mais je
ne suis pas sûre encore

à quelle fréquence. Je n'ai pas
trop cherché encore là-dedans,

mais c'est vraiment intéressant.

Ça serait comme une façon de
sauvegarder leur culture

en faisant ça. C'est quand même
un bon move.

Je ne sais pas, c'est ta job
d'aller à la chasse.

Tu as fait ça toute ta vie, puis
en plus,

ça te permet de conserver ta
culture ancestrale.

Oui, c'est comme...

Déjà là, justement, je trouvais
ça fascinant.

Les compromis secrets que les
Innus faisaient

pour préserver notre essence
même.

Puis Philibert m'a raconté
comment mon grand-père,

c'était un homme ancré dans la
spiritualité.

Il connaissait bien la médecine
des animaux,

particulièrement la médecine du
castor.

La médecine du castor? C'est quoi
la médecine du castor?

On pourrait dire qu'il savait
utiliser tout ce qui venait du
castor.

Puis ça fait partie de la
philosophie ancestrale,

de tout utiliser ce qu'on a.

C'était un homme du Nutshimit,
comme on appelle chez nous,

le territoire de nos ancêtres.

Puis le territoire ancestral, je
parle de tout ce qui est

au nord du
Saguenay-Lac-Saint-Jean jusqu'au
Labrador.

Ça, c'est toute notre terre à
nous, les Innus.

Interpréter les rêves, hein? Moi,
je me rappelle de ça.

Oui, beaucoup, oui. Parce que des
fois...

Vas-y le voir, qu'ils me disent.

Tu sais, puis je vais te dire
c'est quoi.

Il y a tenu de ses ancêtres.

Tu sais, avoir du monde de même,
à Pessamit, c'est rare.

Même dans le temps, il n'y a pas
d'autres mondes qui faisaient ça.

Non, parce que lui, mon père
était comme ça aussi.

C'est de mon père que j'ai appris
à être médecin man.

Puis quand je t'avais conté
tantôt, quand j'étais à Nutshimit,

quand on voyait sur les os, puis
l'aîné me disait,

« Faut pas être surpris parce que
tes ancêtres, tes parents, tout
était de même.

Tout,

c'est toi aussi, même, tu peux.

« Kie tshil peikuen » toi aussi,
tu peux. En autant que

lui ou elle te croit.

C'est savoir se réaliser

puis ça va être bon.

C'est ça la croyance pour
survivre dans le bois aussi.

Il fallait que tout le monde
connaisse

au moins comment survivre, même
avec

les esprits.

Comment leur parler puis faire
certaines choses.

Là, Philibert parle d'être «
medicine man ».

Qu'est-ce que ça veut dire
exactement?

En gros, quand tu es « medicine
man »,

tu dois savoir comment survivre,
connaître ton environnement

pour soigner les gens, entre
autres avec les esprits.

Parce que l'essence de
l’innu-aitun, la culture innue
ancestrale,

c'est son animisme.

L'animisme, c'est de croire que
tout être vivant porte un esprit.

Puis ça, c'est notre spiritualité
première depuis la nuit des temps.

Est-ce qu'il y a d'autres gens
dans ta famille

qui pratiquent ce genre de
médecine-là?

Mais c'est ça ma surprise, parce
qu'au fil de ma discussion avec
Philibert,

parce que je pensais que c'était
juste mon grand-père, j'avais
entendu parler de ça, etc.

J'ai compris que les traditions
de médecine remontent même jusqu'à
mon arrière-arrière-grand-père,

si j'oublie pas d'arrière, parce
que il s'appelait Shushep Itual,
le grand-père de Suzanne.

Côté Tshernish, Shushep Itual (Joseph-Édouard).
J'ai connu comme étant un chasseur de moufettes,
à cause de la médecine qu'il y a.

Ah, elle, une médecine?

Oui, à cause de la médecine
aussi.

Parce que la moufette, pour lui,

il fallait le faire

sentir quasiment partout

dans le village.

Ça aide à dégager les voies
respiratoires.

C'est pour ça que son grand-père

chassait tout le temps la
moufette.

On dirait des fois

qu'il laissait pourrir là,

juste pour la senteur.

pour que tout le monde sente pour
une guérison communautaire.

Ah oui?

Le monde devait se dire, ça sent
toujours mauvais.

Oui, tout le monde se disait,

mais pourquoi qu'il garde tout le
temps accroché en arrière?

C'était pour une guérison.

Donc là, on a le castor pour
Shushepshak,

la moufette pour Shushep Itual.

Moi, ça me fascine de voir que
chacun a un animal

qui est associé à sa pratique.

Puis là, je me demande, Natasha,

est-ce que tes grands-parents
sont encore à Pessamit?

Mais non, en fait! Ils sont
partis depuis longtemps.

J'ai perdu mes grands-parents
assez tôt.

Shushepshak, en 2010, il avait 85
ans.

Suzanne est décédée en l'an 2000
d'un cancer du poumon

à l'âge de 58 ans.

58 ans, c'est jeune, ça. Est-ce
que t'as eu des souvenirs?

Est-ce que tu te souviens de
moments passés avec elle

quand t'étais enfant?

Quand on était chez elle, à
Pessamit,

elle m'avait vraiment donné la
connaissance de l'artisanat.

Elle m'enseignait comment
fabriquer des mocassins,

utiliser les outils pour arranger
le cuir, coudre.

Puis quand j'y pense, c'était pas
si simple que ça.

J'avais juste 8 ans, j'avais des
petites mains,

mais j'avais pas lâché, puis elle
non plus.

Puis j'avais réussi à fabriquer
un premier mocassin.

Je me souviens, puis je me
souviens vraiment du bonheur

vécu entre elle et moi à ce
moment-là.

Et est-ce que ces souvenirs-là
avec tes grands-parents,

tu dirais que c'est parmi les
plus précieux que tu as de ton
enfance?

Mais tu vois, d'un côté, Suzanne
m'a donné la passion pour ma
culture,

la couture, l'art visuel en soi,
puis aussi ma langue maternelle.

Ça, c'est une partie de moi, je
pense, de la personne que ça me
fait.

Je ne sais pas comment dire.

La personne que je suis
aujourd'hui, c'est une grande
partie.

Puis l'autre partie, de mon
grand-père, Shushepshak,

j'ai reçu l'autre partie de la
culture Innu.

Et c'est le mode de vie ancestral

qu'il a voulu absolument garder,

les rituels et tout ça,

quelles que soient les
concessions à faire

puis les contournements.

Oui, parce que Shushepshak avait
vraiment

les deux pieds dans la
spiritualité traditionnelle.

Puis tu le disais tout à l'heure,

on s'imagine que ça n'a pas
toujours été

un contexte facile pour vivre
cette spiritualité-là.

Oui, Pessamit a été très
marqué

par un certain contrôle de
l'Église catholique.

Il y en a qui n'aimerait pas ça à
entendre ça,

mais moi, j'ose le dire,

notamment par la présence des
Oblats de Marie Immaculée.

Il y a des histoires assez
tristes

qui sont reliées à leur présence
dans les communautés Innues.

Il y a eu des moments très
sombres,

comme quand certains pères ont
travaillé de concert

avec les gouvernements fédéral et
provincial

pour coloniser le Nord

et tenter de déplacer tous les
Innus vers le Sud.

Ça, c'est une autre histoire.

En tout cas, plus récemment, il y
a eu aussi les pensionnats

et plusieurs autres histoires
d'abus.

Puis ça, ça doit laisser des
marques quand même assez
profondes.

Mais quand même, ça n'a pas
toujours être sombre.

Il y a de belles histoires sur la
Côte-Nord,

de grandes amitiés qui ont duré
dans le temps,

comme avec le Père Gérard
Goudreault,

qui est notre prêtre oblat à
Pessamit depuis 2001.

Il est parti un temps, mais il
est revenu,

puis il n'est jamais reparti.

Là, tu dis notre prêtre,

donc j'imagine que tu as un peu
grandi dans le catholicisme, un
petit peu.

Forcément. Justement, je considère
que ça fait partie de mon premier contact
vraiment avec la spiritualité.

Je différencie aussi la
spiritualité de la religion.

C'est ça. Ça m'a rendue plus spirituelle
à quelque part parce que Suzanne, tu sais,
j'étais très proche d'elle.

Mais quand le cancer l'emporte,
j'ai juste huit ans et c'est le
premier deuil de toute ma vie.

Puis à ce moment-là, le catholicisme a
apporté des réponses à mes questionnements
le temps que ça m'a servi. Donc,

j'allais souvent, souvent à l'Église.
J'ai eu envie de justement discuter
de cette époque-là

de ma vie avec le Père Gérard.
Vous veniez ici en famille, à la
messe entre autres, en famille,

vous vous placiez dans le bas en
avant de ce côté-là.

Alors, tu vois ça fait partie des souvenirs
que j'ai. T'as été longtemps

parti, puis là, t'as eu la
possibilité de reprendre contact,

et ça, ça t'a fait cheminer un
peu. Comme Innushkueu.

Le père Gérard a vraiment une
idée claire de ton parcours, même,
il n'a pas peur de le dire,

à propos de ta spiritualité. Mais
vraiment, c'est ça qui m'a le plus
touchée, même l'entendre encore,

j'ai comme des petites larmes, je
sais pas pourquoi. On n'en a même
pas parlé directement,

lui et moi, mais il connaît aussi
mon détachement de la religion,

mes positions aussi par rapport à
l'Église, puis éventuellement,

finalement, comment je me suis
aussi reconnectée à la
spiritualité traditionnelle.

Puis à vrai dire, moi, je trouve
que ça prouve juste que le père

Gérard a une réelle connexion avec
le village. Il connaît vraiment
l'histoire de Pessamit.

Il y a eu des hauts et des bas.
Il y a eu de grands moments de vie communautaire.

Puis, en tout cas, moi, dans mon premier
séjour ici, je sentais que ça diminuait.

Entre autres, un, on a perdu le
tambour.

Jouer le tambour, ça, on a perdu
ça ici.

Et les makushans ou les soirées,
c'est comme si on en avait de
moins en moins.

En tout cas, dans mon premier
séjour, c'est ce que j'ai
remarqué.

La vie communautaire, elle
devenait beaucoup plus
individuelle.

Famille, mais pas ensemble.

On avait moins d'occasion de se
rassembler ensemble.

Bon, je dis que ça jouait moins
le tambour,

parce qu'on n'a pas eu beaucoup
de joueurs de tambour aussi.

Le tambour, le teueikan, comme on
dit en innu,

c'est chez les Innu l'élément le
plus majeur,

parce que c'est notre connexion
directe avec l'esprit du caribou.

Puis avec le temps, les makushan,

c'est les grands festins qu'on
avait l'abondance,

la chasse, dans le temps de notre
nomadisme, ça,

c'était des grandes fêtes, mais
ça, ça s'est perdu ou presque.

On a gardé la danse, le makusham,

qu'on danse souvent en fin de
soirée.

Mais ce que le père Gérard a fait
réaliser,

c'est qu'à Pessamit, de toutes
ces fêtes traditionnelles,

on a quand même gardé le sens de
la célébration.

Oui, et puis t'en parles...

Tu mentionnais le tambour,

ça me fait penser aux festivités
du 15 août

qu'il y a un peu partout au
Canada,

ici, dans les communautés
francophones.

Je pense à l'Acadie, évidemment.

Mais ça a l'air gros, là chez les
Innus de Pessamit le 15 août.

Oui, mais à chaque année il ya des
concerts et des compétitions. Ça
dure une semaine, des

compétitions de jeux
traditionnels comme le triathlon
sur la plage en canaux, course des

canaux, etc. Il ya toutes sortes
de compétitions qui se passe puis
tout ça part de

la procession du 15 août à la
base à la fête de l'Assomption de
la Vierge Marie et sa création,

mais ça remonte à plus d'une
centaine d'années avec les pères
oblats de l'époque. Mais il n'y a
pas eu que ça.

Ça m'a rappelé que chez nous, on
a toujours su comment fêter.

Je ne sais pas pourquoi je
retiens ça.

On est comme des bons vivants.

En allant me promener sur la
plage,

je me suis dit, après ma sortie
avec le père Gérard,

j'ai eu plein de souvenirs qui me
sont revenus.

Je me rappelle quand j'avais 19
ans, 18 ans,

quand j'ai commencé à revenir
ici.

J'avais des peines d'amour, je
venais pleurer à la plage. Quand
j'aimais faire la fête, je venais faire

la fête sur la plage. On aimait
bien faire des grands feux

sur la plage puis rire toute la
soirée, toute la nuit.

Puis l'été, les nuits ne durent
jamais très, très longtemps.

Et quand on voit le soleil
s'élever à l'horizon,

c'est toujours très, très beau.

Mon doux Seigneur! Bon, moi, je
me souviens de M. Salomon Bancon
qui jouait

du violon. Il y avait les soirées
de danse carrée.

C'est vrai.

Le père Châteauneuf qui a
beaucoup gigué avec M. Bacon.

Père Gérard m'a permis de
comprendre quelque chose de
l'identité de mon village, plus
fondamentalement.

Il faut dire, sur la Côte-Nord,
les communautés Innu, quand elles
ont des prêtres aussi d'une telle
gentillesse et douceur,

elles aiment vraiment leurs
prêtres, elles les chérissent
même.

Ça m'a touchée de l'entendre
qu'ils s'incluent aussi dans le «
on » ou le « nous » de Pessamit,
des Pessamiulut.

Il sait qu'on aime être en
communauté tous ensemble.

Puis il aimerait qu'on trouve
plus de raisons, j'imagine, pour
faire communauté encore.

Puis en tout cas, il sait qu'il
fait partie de la grande famille
aussi.

Mais c'est beau ça. Je
l'entendais dans ce que disait
Père Gérard et tu le confirmes.

L'esprit de communauté traverse
les différentes spiritualités.

Mais là, je prends un pas de
recul, est-ce que au fil des
rencontres,

à ce stade-ci, tu es retourné,
tu as parlée, tu es en contact
avec la mémoire de Pessamit,

est-ce que tu as eu l'impression de trouver
ce que tu cherchais. C'est peut-être un peu...
plus... c'est

plate comme question... je me
demande... Mais quand je suis
sortie du presbytère après ma
rencontre avec Père Gérard.

J'ai marché un peu avec Juliane,
la réalisatrice de cet épisode.
Puis on a marché dans les rues
ensoleillées de Pessamit,

entre les petites maisons, les
pick-ups, les corneilles qui
criaient,

puis encore une fois la cloche
qui sonnait tellement fort,

puis la neige qui commençait
doucement à fondre.

Je croyais que c'était ça.

Ça me ramenait vraiment en dedans
de moi.

Je ne sais pas comment dire ça.

Comment tu te sens quand tu es
ici?

Je suis très calme, puis je fais
pas d'anxiété quand je suis ici.

Quand je suis en ville, j'en fais
beaucoup.

Ici, je me sens bien parce que je
suis chez moi.

Je me sens chez moi.

Ma tante, ma grand-tante, c'est
la soeur de ma grand-mère.

Quand elle était encore en vie et
que je revenais justement

de passer mon adolescence à
Baie-Comeau,

j'avais 19 ans, j'habitais chez
elle ici.

Elle détestait quand je cognais
aux portes quand je revenais.

Parce qu'ici, on cogne pas aux
portes, on fait juste rentrer.

On se présente dans la maison,
cogner aux portes, on l'assimile,
on l'attribue à d'autres, aux gens
de l'extérieur.

Puis aussi, elle me disait,
arrête de demander la permission
pour tout.

C'est comme, je peux-tu prendre
du lait, des petites affaires de
même.

Mais quand même, c'est comme si
pendant longtemps, elle m'a aussi

réappris à juste revenir chez nous
puis être de chez nous, être d'ici.

Puis en même temps, c'est
pas facile parce que là, je me
rends compte que le temps a

passé. Puis plein, plein d'aînés
qui sont décédés, mes
grands-parents sont décédés

depuis longtemps. Comme tout à
l'heure, on me demande « Ah, ça
fait longtemps qu'ils sont

décédés? » Puis je dis « Oui, ça
fait quand même 10 ans, 15 ans, 15
ans surtout, 15 ans. »

Puis c'est long.

Je me rends compte que c'est long,
15 ans.

Aussi, sans revenir chez nous.

Natasha, est-ce que tu as déjà
pensé

retourner vivre à Pessamit après
15 ans?

En fait, je te pose la question
autrement.

Qu'est-ce que ça voudrait dire
pour toi

de retourner vivre à Pessamit?

C'est des grosses questions.

Je te mets sur le spot, hein?

Pour tout dire, c'est long, 15
ans.

Quand t'es une Innu,

t'appartiens vraiment à ton
village, même si tu ne l'as pas
trop connue.

En tout cas, moi, je suis
vraiment convaincue en ce moment

qu'il faut que je retourne vivre
dans ma communauté

pour pouvoir mieux regarder le
monde du point de vue Innu.

Parce que tant que j'habiterai en
ville,

je n'ai pas la possibilité de
sauvegarder ma langue

ou de vivre pleinement ma
culture,

puis de continuer à en apprendre
plus.

Ça, j'imagine que ça peut juste
exister à travers,

on en a parlé, on l'a entendu,

mais le partage, les discussions,
les rencontres

avec les gens de ta communauté.

Tu vois, au village, j'ai essayé
d'en apprendre plus

sur ma grand-mère Suzanne, qui
avait été enseignante de
l'innu-aimun.

C'est tout ce que je savais. Je
cherchais, c'était mon filon.

Je n'avais pas entendu plus que
ça avec le temps.

Puis j'ai rencontré une linguiste
de chez nous,

une enseignante de l'innu-aimun,
Louise Kanapé.

J'espérais qu'elle puisse me
parler de Suzanne,

mais elle ne l'avait pas trop
connue, même si elle l'a côtoyée,

mais pas plus que ça.

Par contre, elle m'a parlé de ce
fameux projet pilote

dans les années 80.

En tout cas, d'ailleurs, quand je
demandais autour de moi,

par rapport à mes grands-parents,
on me disait tout le temps,

« As-tu entendu parler du projet
pilote? »

« Le projet pilote? » Je disais
comme, « Mais quel projet pilote? »

« As-tu entendu? » Je disais
comme, « Mais... »

Je disais comme, j'étais bien
intriguée.

C'est comme, « dites-moi, c'est
quoi, le projet pilote. »

Puis finalement, Louise m'a parlé
du projet

qui s'appelait en fait le projet
pilote d’amérindianisation.

OK, amérindianisation.

Ça fait penser tout de suite au
concept d'autochtonisation.

Oui, qu'on entend plus
aujourd'hui.

J'étais bien surprise de voir ce
mot-là dans le document en plus
que j'avais trouvé.

Justement, l'autochtonisation,
c'est un terme qui est apparu avec
la commission de la vérité et
réconciliation,

qui était aussi une recommandation
du rapport du même nom à propos

d'assurer aux populations autochtones la
sécurité culturelle,

que c'est la base. C'est-à-dire
faire en sorte que dans des
environnements publics

ou même tout simplement
autochtones, que les choses se
passent dans la langue maternelle
d'une communauté,

que les choses soient écrites
dans la langue maternelle, etc.
Mais je me suis rendue compte

que chez moi, bien avant tout ça,
il y a eu un espèce de mouvement

ou une mobilisation de plusieurs
personnes dans la communauté, dont
ma grand-mère,

pour enseigner dans les écoles,
d'abord en innu-aimun. Parce qu'à
l'époque, ça se faisait en français,

c'était l'obligation.

Mais ils ont voulu vraiment que
ça se passe en innu-aimun

à tous les niveaux, dans toutes
les matières,

que les matières soient données
dans la langue.

Puis le rêve, c'était ça, c'est
que tout le monde soit

dans leur langue maternelle tous
les jours.

OK, ça nous fait réaliser qu'on a
la mémoire courte,

parce qu'on peut vite oublier,

surtout quand c'est pas enseigné,

qu'il y a des mouvements avant
nous

qui sont à la base des mouvements
sociaux

qu'on connaît aujourd'hui, ces
jours-ci.

Puis dans ces mouvements-là, il y
avait une urgence.

Louise m'a dit, mais le projet
pilote, ça se passe en 83-85
environ.

Mais il y a l'équipe
d'amérindianisation du Conseil de
bande de Betsiamites,

J'étais comme wow, OK, le Conseil
a créé ça.

Elle me dit, ça existait déjà
depuis 72.

Donc, imagine-moi quand j'entends
1972, je pense au Collège Manitou
au Québec, soit c'est de 71, 73,
si je ne me trompe pas,

qui était le premier collège des
Premières Nations au Canada.

Ça me fait penser aussi aux
États-Unis, au Red Power Movement,

qui servait vraiment à faire en
sorte de dire, on existe encore,
on est là,

tassez... Pas tassez-vous, mais
quelque chose comme ça.

Puis ce mouvement-là, le Red
Power est à la base de l'American
Indian Movement,

qui a été un petit peu plus, il
était un petit peu plus fort.

C'était des mouvements, non
seulement de reconnaissance

de nos cultures et de notre
existence

sur ce continent, mais surtout
pour nous

et entre nous. C'est des
mouvements pour se dire

le monde avance et notre culture
s'effrite,

nos connaissances s'effritent.

Il faut faire quelque chose tout
de suite.

OK, donc là, Natasha, dans ce
cas-là,

qu'est-ce qu'il faut faire
maintenant?

D'après toi, est-ce que, je ne
sais pas,

ce serait quoi la prochaine
action à faire, concrètement?

Mais tout ça me fait penser

qu'il faut que je retourne à
moi-même.

Parce que je pense qu'à la base
de tous les mouvements,

c'est comment est-ce qu'on se
sent par rapport à notre identité.

Puis pour ça, je dois retourner à
la maison.

Puis Louise Kanapé arrive
d'ailleurs à bien expliquer cette
idée-là.

C'est de te connecter à ta
culture.

C'est parce que tu veux connaître
davantage.

Aussitôt que ça éveille chez toi
un besoin de t'identifier par
rapport à d'où tu viens, puis de
qui tu es.

Il me semble que tu as encore
plus de passion à vouloir
connaître, développer par rapport

à ce que tu es. Comme moi, c'est
depuis 1985, ça fait quand même 40
ans que je travaille

là-dessus, puis que je continue
encore de vouloir donner ou faire
un travail dans ce

sens-là. Tu veux comme laisser
beaucoup de choses. Tu continues
parce que tu

veux donner. Il y a ça encore à
faire, ça à faire. Tu participes à
ce que tu veux laisser.

C'est laisser quelque chose aux jeunes,
d'avoir quelque chose qui peut les
soutenir pour préserver la

langue, la sauvegarder, continuer
de la parler.

C'est revenir à la source de qui je suis.
Notre langue, c'est le véhicule de notre
histoire, l'histoire de notre sang.

Avec Louise, on s'est dit
souvent, une grande partie de
l'innu-aimun se perd forcément

parce qu'on n'est plus dans le
territoire. C'est une langue qui
existe nécessairement en lien avec

le territoire. Oui, c'est comme
si on ne pouvait pas penser
l'identité Innu sans penser à l'endroit

où elle a pris naissance.

Puis je me disais, c'est sûr qu'il y a
trop peu d’enseignants innu-aimun en ce
moment, mais beaucoup travaillent
très fort à l'heure actuelle.

Mais comment remédier à ça?
Comment remédier à cette perte?

Mais si ce n'est pas un effort
collectif, on va la laisser se
perdre puis se fragmenter.

Mais pour ça, il faut être fière
de parler une langue millénaire,

qui nous donne le sens du monde,
le sens de notre territoire.

Puis justement, je sais que c'est
dur, je le sais, quand on a du mal
à la parler,

cette langue-là, d'être fière de
quelque chose qu'on connaît peu.

Je passe par là moi-même tous les
jours de ma vie.

OK, bien vu que tu le vis,

ce serait quoi la meilleure
solution, selon toi?

Mon remède à moi, c'était de
donner de la valeur

au lien au territoire, à notre
territoire,

pour mieux parler notre langue,

parce que c'est là qu'elle vit.

L'héritage culturel, ça part du
territoire.

Tout part du territoire.

Tout part du Nutshimit,

parce que vraiment, les réserves
n'existaient pas.

Donc, toute notre culture fait
partie du territoire.

Donc, notre héritage culturel
aujourd'hui,

c'est... nous marchons dessus.

Nous l'occupons. Notre identité
est là.

La langue du territoire, c'est
l'innu.

On vient d'entendre Andy Kanapé,

qui est conseillée au Conseil des
Innus de Pessamit.

Natasha, est-ce que ta rencontre
avec lui

a permis de t'éclairer sur
l'aspect politique de la
communauté?

Tu me ramènes dans mon...

Oui, c'est ça, la quête
principale.

Mais Andy est devenu conseiller

à l'automne 2024.

OK, c'est assez récent.

Pour la première fois.

Mais avant de croiser Andy plus
souvent,

depuis ce temps-là, mais je ne
connaissais pas plus

que ça l'histoire politique de
Pessamit.

Pour lui, entre autres, son rêve,

c'est que l'on retrouve une
partie du moins

de notre gouvernance
traditionnelle.

C'est-à-dire de réfléchir comme,

comme nos grands-parents voyaient
le monde,

voyaient notre vie en tant
qu'Innu, dans le Nutshimit.

Donc, à travers les familles,
nous avons tout un lot familial
dans le territoire ancestral

qu'on parle. Nous autres les
Kanapé, nous sommes près de
Labrieville. Donc, nous

les Kanapé, nous chassions à la
même place où que j'ai chassé
depuis

des millénaires. Avant que la Loi
sur les Indiens existe, quand le
gouvernement du Canada a

fait son inventaire au début des
années 1900,

au lieu de nous nommer, que nous
occupions les territoires au
niveau des lots familiales,

ils ont préféré mieux nommer les
castors, les réserves à castors,
on appelle.

Déjà, le gouvernement a essayé de
nous éteindre.

Donc, les familles sont toujours encore
aujourd'hui même à la même place

où qu'ils chassaient depuis des
centaines d'années.

C'est très intriguant ce que Andy
dit.

Qu'est-ce qu'il veut dire par les
réserves à castors?

C'est ça que j'ai découvert moi
aussi en même temps. Les réserves à

castor c'était comme une façon
détournée de, oui reconnaître que
des bouts de territoire appartenait,

entre guillemets, à des familles
autochtones tout en évitant la
question de l'appartenance territoriale.

C'est fou pareil parce que
Labrieville c'est à une heure et
demie par une route dans le bois

entre Forestville et Colombier,
une heure et demie de Pessamit.

Les ancêtres de nos ancêtres
Kanapé auraient occupé ce territoire-là
de génération en génération.

Puis pour moi, ça fait une
information de plus dans ma
compréhension de qui je suis

puis d'où je viens exactement. Je
pense qu'en revenant ici à
Pessamit, c'est ça qui m'est

apparu. C'est ce besoin-là
fondamental de retrouver le sens
de la lutte à partir non

seulement du point de vue Innu,
mais à partir du territoire. Parce
que sans territoire, il n'y a pas

de langue et sans la langue, il
n'y a pas de politique. Il n'y a
pas de vie politique.

Alors, je pense que c'est
fondamental de comprendre notre
territoire et notre langue

selon l'histoire de nos familles.

Ça, ça transparaît, je pense,
dans ta famille,

chez les Kanapé.

Ça transparaît aussi dans la
lutte de Louise et d'Andy.

Puis, les Kanapé sont connus à
Pessamit

comme de fiers
chasseurs-trapeurs,

de fiers représentants de notre
culture,

de notre langue à Pessamit.

Il y a plein de gens de la
famille

qui travaillent fort pour la
transmission de l'innu-aitun, puis
de l'innu-aimun aussi.

Puis notre nom, celui-même, vient du mot
en innu-aimun, « Kanapeut », qui veut dire
celui qui est brave ou qui est fort.

Puis c'était le surnom de notre
premier ancêtre Kanapé,

donc André Kanapeut, son nom, qui est mon
autre arrière-arrière-grand-père.

OK. Bien là, tu as appris plein
de choses à travers la communication,
à travers ce qui t'a été transmis.

As-tu l'impression de poser un
regard nouveau sur ton
appartenance?

Oui, je crois qu'en étant là-bas,
devant le fleuve, la plage, avant
je faisais la fête,

puis là je suis « ah mon identité ».

Non mais je me suis sentie
vraiment prendre part à quelque
chose de bien plus grand que moi.

Plus grand parce que ça me
dépasse au final.

Tu sais quand on pense à nos
racines,

on pense à... on a l'image de ça,
mais être autochtone,

sur notre territoire ancestral,

c'est des racines qui vont
vraiment

beaucoup plus profondément loin
dans la terre.

Puis comprendre mon histoire
familiale,

c'est vraiment sentir ces
racines-là s'approfondir,

mais tu sais, comme
littéralement,

aller plus loin sous terre, dans
le fond.

Donc, je me sens vraiment,
vraiment appartenir à Pessamit.

Je suis souvent revenue 24h, 48h,

mais jamais plus longtemps.

Depuis quelques mois, je reviens
aussi

souvent que possible, même si
c'est très court,

même si c'est épuisant.

Mais je sais qu'ici, je viens me
recharger

un peu.

Mais ce que j'espère

quand je reviens ici,

c'est, oui, retrouver

le souvenir de mes
grands-parents,

mais en habitant ici,

c'est de continuer ces
souvenirs-là.

C'est comme une autre façon de
continuer sa lignée.

C'est comme une autre façon de
continuer sa lignée.

C'est de simplement habiter là
d'où on vient,

où nos grands-parents ont habité,

puis de vivre, juste de vivre,

de prendre des habitudes du
village

puis d'embarquer dans son rythme.

Wow, OK, Natasha, je me sens
tellement privilégiée

que tu nous aies emmené avec toi

dans ta famille,

dans l'histoire de ta communauté,
que t'aies ouvert

cette voix-là pour qu'on puisse
l'entendre

et qu'on t'accompagne.

On est à côté de toi dans tout
ça.

C'est à la fois collectif et très
personnel.

En tout cas, merci pour cet accès

privilégié à la découverte

ou à la redécouverte de ton
histoire.

Oui, puis, en tout cas,

je découvre...

Tu sais, à la base, je voulais
vraiment chercher l'histoire
politique.

Oui, c'est vrai.

En fait, à quelque part, on
l'entend des fois,

être autochtone au Canada, c'est
politique.

C'est vivre, avoir survécu à
l'histoire, c'est politique.

Mais je pense que de continuer à
chercher notre histoire familiale,

de connaître qu'est-ce qui s'est
passé,

qu'est-ce que nos grands-parents
ont fait,

nos arrières-grands-parents,

d'apprendre que nos
arrières-arrières aussi ont
participé à leur façon,

à la survie de notre culture,

de notre langue.

Mais ça me rend tellement...

En tout cas...

Dix fois plus fière.

Je suis déjà fière d'être Innu,
ça sûre, ça c'est vrai.

Mais plus j'en apprends sur mon
village,

plus je suis fière d'être qui je
suis,

puis d'où je viens.

Puis je suis une Pessamiushkueu,

Pessamiushkueu comme on dit chez
nous,

puis jamais rien ne va changer
ça.

Merci, Natasha.

Merci à toi.

Tshinashkumitin.
Tshinashkumitin. L'heure de grande écoute est une
série

de Transistor Média, produite en
collaboration

avec Télé-Québec.

Écoutez tous nos épisodes sur les
plateformes de Télé-Québec,

sur Apple Podcast ou
l'application de votre choix.

Cet épisode a été réalisé par
Juliane C. Lelarge.

Enregistrement, montage et mixage
audio

Simon Coovi-Sirois.

Musique originale, Alexis Elina
et Simon Coovi-Sirois.

Caméra et montage vidéo,

Patrick Lozinski.

Productrice au contenu, Audrey
Blackburn. Script édition

François Desrochers.
Condonnatrice

Clara Gauthier-Morrison.

Communication Louis-Philippe Roy.

Visuel Bureau 60A.

L'indicatif musical est de P'tit
Béliveau.

À la recherche Maude Petel-Légaré
et

Emmanuelle Gauvreau. Merci à
Stephen Boivin,

Clara Lagacé et Sophie
Lacelle-Bastien

de Transistor Média, à la Ville
de Gatineau

et au Ministère de la Culture et
des Communications

du Québec qui a rendu ce projet
possible.

Je m'appelle Julien Morissette.
Merci d'avoir été à l'écoute.