Les premiers seize pour cent

Les innovateurs prennent des risques. Et ils ont besoin d’investisseurs éclairés qui sont prêts à les aider à prendre des risques.  Alison Sunstrum est une entrepreneure pionnière devenue investisseuse, qui a maintenant pour mission de trouver des solutions aux problèmes qu’elle a elle-même connus – mentorat et accès au capital – en investissant dans des talents exceptionnels et des idées audacieuses en agriculture. Graeme Millen fait partie de l’équipe de FAC Capital, une nouvelle initiative de Financement agricole Canada visant à fournir ce qu’il appelle des « capitaux patients et fiables » aux entreprises agroalimentaires et agro technologiques partout au pays. Découvrez comment ces deux personnes et leurs équipes s’efforcent de combler un important manque de financement au Canada pour favoriser l’innovation dans le secteur agricole.   

What is Les premiers seize pour cent?

Bienvenue à la série de balados d’Agriculture et Agroalimentaire Canada qui explore les idées les plus fraîches en alimentation et en agriculture. À chaque épisode, découvrez en profondeur un nouveau sujet : les nouvelles pratiques, les idées innovantes et leurs impacts sur l'industrie. Apprenez-en davantage sur le secteur agricole canadien auprès des gens qui font les percées et abattent les barrières! Producteurs et gourmets, scientifiques et hauts dirigeants, toute personne ayant un œil sur l'avenir du secteur, ce balados est pour vous!

Alison : J’ai constaté que je commençais à réfléchir à ce que j’aurais pu faire mieux dans mon entreprise. Lorsqu’on est au milieu de la tempête, on ne pense pas vraiment à ce qu’on aurait pu faire différemment. Quand j’y pense, il y a deux choses qui m’ont posé des difficultés durant mon parcours, et la première était que je n’arrivais pas à trouver au Canada des mentors qui pouvaient m’aider à prendre de l’expansion à l’échelle mondiale. La deuxième chose, c’était l’accès au capital. Je ne réussissais jamais à trouver de capitaux lorsque j’en avais vraiment besoin. Je me suis donc demandé ce que je pouvais faire pour régler ce problème.
Kirk : On vient d’entendre Alison Sunstrum. Elle est une entrepreneure pionnière devenue investisseuse, qui a maintenant pour mission de trouver des solutions aux problèmes qu’elle a elle-même connus – mentorat et accès au capital – en investissant dans des talents exceptionnels et des idées audacieuses en agriculture. Et nous aurons certainement besoin de ces idées audacieuses. Écoutez ceci…
Graeme : Les Nations Unies estiment que nous aurons besoin de plus de 50 % d’aliments de plus que ce que nous produisons actuellement d’ici 2050, ce qui représente une augmentation considérable de la demande en aliments essentiels. Et on doit y arriver avec, en gros, la même superficie de terres arables, qui sont touchées par des conditions météorologiques de plus en plus extrêmes et une dégradation du sol. Et on doit y arriver sur une base unitaire, avec moins d’intrants. Donc, si vous avez besoin de 50 % de plus d’un bien essentiel avec moins d’intrants, l’innovation est le seul moyen d’y arriver.
Marie-France : On vient d’entendre Graeme Millen. Il fait partie de l’équipe de FAC Capital, une nouvelle initiative de Financement agricole Canada qui visant à fournir ce qu’il appelle des « capitaux patients et fiables » à des entreprises agroalimentaires et de technologies agricoles de l’ensemble du pays.
Kirk : Ces deux-là, Alison et Graeme, savent que l’innovation ne se fait pas sans aide; il faut des systèmes de soutien, des relations et un appui financier.
Marie-France : Kirk, en quelque sorte, il faut une approche innovatrice des investissements en capital de risque.
Kirk : En tant qu'invités d'aujourd'hui, ils vont jaser de cette approche.
Marie-France : Bienvenue au balado Les premiers 16 % sur les innovateurs et l’innovation dans le secteur agricole canadien. Je suis votre coanimatrice, Marie-France Gagnon.
Kirk : Et je suis l’autre coanimateur, Kirk Finken.
Marie-France : Dans l’épisode d’aujourd’hui, nous avons chacun discuté avec un investisseur en capital de risque dans le secteur agricole.
Kirk : J’ai parlé à Alison. Elle est directrice associée du fonds « Food and AgTech » du collectif d'investissement « The 51 ». Il s’agit d’un fonds canadien de capital-risque de 51 millions de dollars destiné aux entreprises en démarrage qui misent sur la science et la technologie pour transformer le secteur agricole.

Marie-France : Et moi, j’ai rencontré Graeme Millen de FAC Capital. FAC Capital ce qu’il font c’est qu’il offre des investissements directs de capitaux propres, ce qui s’éloigne des prêts traditionnels pour répondre aux besoins réels du marché et appuyer le type d’innovation dont le secteur a vraiment besoin.
Kirk : Ils travaillent tous les deux à combler les lacunes qui freinent l’innovation.
Marie-France : Absolument, bien dit. Commençons donc avec Alison . Ce qui me fascine, c’est qu’elle est une passionnée et qu’elle a une mission.
Kirk : Tout à fait. Elle travaille en agriculture depuis longtemps et a vu le potentiel de la technologie dès le début, ce qui l’a finalement amenée à cofonder une entreprise mondiale de données et d’analyse dans le domaine de l’agriculture animale. Et sa passion pour l’agriculture a influencé la suite de son parcours, et c’est là que je voulais commencer.
Alison : Je dirais que tous ceux qui travaillent dans le domaine de l’agriculture sont des passionnés. Trouver des moyens de nourrir le monde, de manière durable, je pense que c’est un objectif qui motive beaucoup de gens. L’agriculture est l’une de nos plus grandes industries, avec l’énergie, et je pense que les gens de ce domaine sont, selon moi, parmi les personnes les plus exceptionnelles que l’on puisse rencontrer. C’est impossible de ne pas tomber amoureux de cette industrie.
Kirk : Vous avez parlé de deux grands défis que vous avez dû relever au cours de votre carrière : trouver du mentorat et accéder à des capitaux. Qu’avez-vous fait pour trouver le début d’une solution?
Alison : Premièrement, je me suis jointe au Creative Destruction Lab de l’école de commerce Haskayne. J’ai l’impression de recevoir du mentorat chaque jour que je passe là-bas, mais il est très important de transmettre ce mentorat.
Deuxièmement, j’ai examiné les moyens de réunir des capitaux, et j’ai commencé à me demander si le fait que j’étais une femme pouvait expliquer en partie la difficulté à accéder à du capital. Et j’ai alors rencontré un groupe incroyable à Calgary, appelé « The 51 », ou « Les 51 » en français, parce que les femmes au Canada représentent 51 % de la population. Mais le but de ce groupe était d’activer le capital, le capital des femmes, les femmes étant d’extraordinaires donatrices. Vos auditeurs ne le savent peut-être pas, mais la majorité de la richesse est contrôlée par les femmes au Canada, ou du moins détenue par des femmes. Elles ne contrôlent peut-être pas tant cette richesse, mais elles la détiennent. Et les femmes ont tendance à accorder plus d’importance à ce qui leur permet de nourrir leur famille, à ce qu’elles achètent à l’épicerie. Et je me suis dit que les femmes allaient considérer comme extrêmement importants les investissements dans l’agriculture. Les trois cofondatrices du collectif « Les 51 », Judy Fairburn, Shelley Kuipers et Alice Reimer, s’intéressaient toutes à l’agriculture. Shelley, une véritable entrepreneure d’expérience, s’intéressait beaucoup à l’alimentation du point de vue de la santé. Judy Fairbairn est une agricultrice de quatrième génération. Et plus récemment, Yuan Shi, associée générale, s’est jointe à nous. Yuan a grandi sur une ferme en Chine rurale. L’agriculture nous tenait toutes à cœur, alors nous avons commencé à créer un fonds.

Kirk : Il s’agit du « Food and AgTech Fund », c’est bien ça? Que pouvez-vous nous dire à ce sujet?
Alison : Le groupe « Les 51 » et moi-même avons créé une coentreprise pour réunir des fonds. Investir dans les science et les technologies de pointe qui transforment l’agriculture. Il s’agit donc du Fonds que nous avons créé pour investir dans les sciences et technologies de pointe qui transforment l’agriculture. Le Fonds est géré par Naya Ventures.
Récemment, nous avons recueilli 51 millions de dollars pour investir dans des entreprises en démarrage canadiennes et nord-américaines, mais principalement au Canada. Et notre objectif complet et ultime est de contribuer à la prospérité dans quatre domaines. On parle ici de la biotechnologie agricole, de l’automatisation et de la robotique – sur lesquels on mise énormément –, des nouveaux outils numériques pour les exploitations agricoles et des moyens d’innover en matière de production et de processus alimentaires.
Kirk : Félicitations! De toute évidence, il y a des principes fondamentaux en jeu. Pouvez-vous nous en parler?
Alison : Je pense que les principes sont d’abord la confiance, la transparence et l’intégrité. Nous nous efforçons de préserver le capital de nos commanditaires ou ceux qui investissent en nous, mais nous avons également un profond respect pour les fondateurs. Les investisseurs en capital de risque ont souvent mauvaise presse, puisqu’on les appelle souvent des « capitalistes vautours ». Il faut absolument être responsable sur le plan financier. Mais ce sont les fondateurs qui bâtissent vos entreprises futures. Et on est très axé sur les fondateurs.
On est aussi très axé sur les données, et on essaie de faire des investissements non pas en fonction de notre intuition, mais plutôt en fonction des meilleures connaissances qu’on peut avoir. On essaie donc d’apporter à nos fondateurs des bases commerciales vraiment solides, de les soutenir, pas seulement avec du capital, mais aussi avec du capital humain. Des resources qui peuvent les soutenir dans leur expansion. Les entreprises de technologie agricole doivent surmonter bien des obstacles sur leur chemin, et ont un mur très difficile à franchir contrairement à ceux qui sont dans le secteur des technologies de consommation ou des technologies financières.
Kirk : Lorsque vous dites « bien des obstacles », de quoi s’agit-il pour les entreprises canadiennes de technologie agricole?
Alison : Il y en a beaucoup. Si vous êtes un entrepreneur canadien, vous devez vous tourner vers l’exportation. Peu importe de quoi il s’agit. C’est certainement possible de devenir une grande entreprise à la maison, nous en avons plusieurs exemples. Mais il faut être en mesure de mener des activités dans un contexte mondial. Et je pense que ça deviendra un défi de plus en plus grand pour les entrepreneurs.
Si on revient aux principes de base en affaires, il faut être capable de faire croître une entreprise et de bâtir une entreprise sans avoir recours à des fonds dérivés de subventions. Autrement dit, on a créé ce qu’on pourrait appeler des « entrepreneurs subventionnés », des gens qui visent davantage l’acquisition de financement par subventions par opposition à ceux qui bâtissent une proposition commerciale solide. Ce sont donc certains de nos objectifs, quand on parle d’autofinancement et d’optimisation des ressources.
Kirk : Oui, et voilà d’ailleurs ce qui m’amène à la prochaine question. Quelles sont les autres sources de financement, comme AAC et Financement agricole Canada, ou FAC, par exemple?
Alison : Je vous le dis, en toute transparence, que FAC est mon investisseur principal. Je dirais que c’est l’une des plus grandes forces agricoles du Canada. Et je dirais qu’avant que FAC soit mon principal investisseur, je n’avais moi-même jamais eu recours à l’une de ses sources de crédit. Mais ils ont mis en place des mesures que je trouve vraiment uniques ils aident à constituer des fonds de capital de risque.
Je crois qu’on a besoin d’un solide écosystème de capital de risque, et il ne faut pas avoir froid aux yeux pour investir dans des fonds propres à un secteur et permettre l’accès au crédit lorsqu’on en a besoin. Revenons au premier problème que j’ai dû surmonter en tant qu’entreprise. Il est vraiment important d’avoir accès à du capital lorsqu’on en a besoin pour prendre de l’expansion tout en respectant de bons principes de base en affaires. Permettez-moi de faire un parallèle avec les Pays-Bas, qui connaît du succès en grande partie grâce au financement fourni par Rabo Ventures. FAC est donc une puissance cachée au Canada.
Kirk : Ils vont être ravis d’entendre ça. Parlons donc un peu de l’écosystème, de l’écosystème d’innovation. Quel est le rôle des universités dans tout ça?
Alison : Tout comme FAC, il s’agit en quelque sorte d’une source silencieuse de pouvoir. À mon avis, c’est vraiment incroyable la quantité de recherches qui ont été réalisées. Par contre, on ne réussit pas à commercialiser les résultats des recherches menées par nos universités. Je pense qu’il est difficile de former un chercheur universitaire pour qu’il devienne un entrepreneur. Certains le font de façon efficace, mais je pense qu’il faut insister davantage sur l’aspect commercial des recherches particulièrement pratiques qui sont menées. Jamais je ne voudrais qu’on cesse de faire de la recherche fondamentale, je peux vous donner tant d’exemples de réussite. On était les chefs de file en recherche sur l’IA, et à l’échelle du pays, il y a Geoffrey Hinton, surnommé le parrain de l’apprentissage profond, à l’Université de Toronto. Il y a aussi Rich Sutton, de l’Université de l’Alberta, un autre expert de l’apprentissage profond.
Il y a tant de gens qui ont construit les bases de tout le reste. Il faut savoir comment garder ces talents ici. Comment peut-on développer ce talent ici? Et comment peut-on commercialiser l’innovation? Les universités doivent pouvoir tirer parti des mentors et des personnes qui ont réussi à faire croître leur entreprise, c’est le genre d’objectif que les entreprises en démarrage recherchent. Elles ont besoin de cette intersection, que les Hollandais appellent la « triple hélice ».
Kirk : Donc, pour les gens qui investissent dans le secteur de l’agriculture, de l’alimentation et des technologies agricoles, qu’est-ce qui est le plus ignoré ou mal compris?
Alison : Je ne pense pas que les gens comprennent d'où vient notre nourriture et ce n'est pas seulement un investisseur, c'est nous tous. Les chaînes d'approvisionnement complexes qui livrent notre nourriture, les chaînes d'approvisionnement hautement techniques qui livrent notre nourriture, et la technologie qui est déployée dans les fermes en ce moment pour vraiment créer une industrie agricole plus durable sont exceptionnelles, et je pense que nous devons comprendre cela.
Le jeune typique qui sort de l’université ne réalise pas qu’il s’agit d’un merveilleux mode de vie et ne saisit pas la profondeur des sciences et de la technologie en jeu. Nous constatons également que l’agriculture devient de plus en plus une activité dirigée par des femmes. Les contraintes physiques qui ont été éliminées par la nouvelle technologie, le nouvel équipement, c’est fascinant. Alors, les limites qui pouvaient autrefois être de nature physique n’existent plus. Il s’agit donc d’une occasion en or pour toute personne qui souhaite intégrer les connaissances technologiques et scientifiques à l’agriculture. Il y a d’excellentes possibilités de carrière qui vous attendent.
Kirk : Si vous pensez à cet avenir, supposons dans un horizon de 30 ans, qu’est-ce que vous voyez?
Alison : Je pense que ce qui nous attend dans les deux prochaines années pourrait être aussi surprenant que ce qui nous attend d’ici les 30 prochaines années. On sait qu’il y a un grand défi à relever en agriculture, je dis probablement la même chose depuis 2009, et je vois que la production alimentaire a doublé, que nous allons devoir nourrir 10 milliards de personnes. Nous devons y arriver de manière efficace et durable, tout en composant avec les effets climatiques. Et tout ça est vrai. C’est même très vrai.
Et je pense qu’il faut se tourner vers la science et la technologie. Je suis optimiste, mais il faut être réaliste aussi quand on regarde le bilan du Canada en matière d’innovation. C’est un échec sur le plan de la productivité. J’ai fait des calculs rapides. Les Pays-Bas, si on compare leurs investissements dans l’alimentation et l’agriculture par rapport aux investissements du Canada dans ces mêmes secteurs, on constate qu’ils sont environ quatre fois plus productifs que nous du point de vue de la valeur des exportations et du rendement.
Ce pays emploie environ 900 000 personnes dans le secteur agricole. Au Canada, on en compte plus de 2 millions. On pourrait être beaucoup plus productif. Il faut établir de meilleurs buts et objectifs. Il faut voir où on pourrait débloquer des capitaux. On pourrait devenir une superpuissance en agriculture durable. Et je pense qu’on a beaucoup de défis à relever pour y arriver.
Il faut bien comprendre qu’on est une nation exportatrice. Il faut comprendre ce qu’il faut faire pour être concurrentiel dans ce nouveau... monde rempli de conflits. Mais on a tellement d’atouts au Canada que je pense qu’on peut y arriver.
Kirk : Il semble y avoir des défis à relever pour tout le monde. J’imagine que c’est là qu’on se tourne vers vous comme mentor, lorsqu’il y a des conversations difficiles. Pouvez-vous nous parler de votre rôle de mentor auprès des entreprises qui doivent relever les défis que vous venez de décrire?
Alison : Les mentors ne sont donc pas des meneurs de claque. Les mentors peuvent suggérer des orientations, des méthodes, mais ils essaient surtout de tirer le meilleur parti du fondateur lui-même. L’important, ce n’est ni le mentor ni le partenaire financier. L’important, c’est que le fondateur soit le meilleur fondateur possible.
Marie-France : Tout ce qu’on vient d’entendre m’inspire vraiment.

Kirk : J’aime comment elle présente les choses. Le mentorat, ce n’est pas de prendre l’entrepreneur par la main, mais plutôt de le conseiller, lui proposer une structure et l’aider à prendre ses responsabilités pour qu’il puisse faire croître son entreprise. C’est formidable d’avoir des gens comme Alison pour faire progresser l’agriculture au Canada.
Marie-France : Tout à fait. C’est quelque chose qui est aussi ressorti de ma conversation avec Graeme Millen, de FAC Capital.
Kirk : Effectivement. Financement agricole Canada fait partie du secteur agricole depuis longtemps, principalement en tant que prêteur, c’est bien ça oui?
Marie-France : Toute à fait, depuis plus de 60 ans, FAC est l’un des principaux prêteurs dans le secteur agricole au Canada. Ils comprennent très bien le secteur et, comme le disait Alison, 80 % de leur portefeuille de prêts se trouve toujours dans le secteur agricole primaire.
Kirk : Et il y a cette nouvelle division, FAC Capital?
Marie-France : Oui, FAC Capital est une nouvelle composante de Financement agricole Canada qui est axée sur l’investissement direct de capitaux propres dans les entreprises agroalimentaires et de technologie agricole et qui vise à soutenir l’innovation là où les prêts traditionnels ne conviennent pas toujours. C’est nouveau, ils sont en train de bâtir une équipe et de préparer le terrain pour ce nouveau type de soutien.
Kirk : En faisant des recherches sur ce sujet, j'ai lu que FAC Capital s'est engagé à déployer plus de 4 milliards de dollars dans des domaines à fort impact au cours des cinq prochaines années. Il semble qu'ils son pas tout à fait novice en la matière. Au cours des cinq dernières années, ils ont investi 600 millions de dollars dans 18 fonds agricoles et agroalimentaires. Alors, pourquoi FAC met-elle en place cette nouvelle équipe maintenant ?
Marie-France : J’ai posé la même question à Graeme Millen, qui est vice-président, Développement des affaires et soutien à l'écosystème, pour FAC Capital.
Graeme : L’agriculture et l’alimentation se trouvent à l’intersection de tant de priorités de premier plan dans le monde d’aujourd’hui. On pourrait parler ici de la santé humaine, de la sécurité alimentaire, de la prospérité économique, du climat, des répercussions et des contributions aux changements climatiques. Et donc, quand une industrie se trouve à cette intersection et a la capacité de générer autant d’incidences positives et de résultats, et qu’il y a un grand besoin d’innovation, c’est vraiment une occasion unique, pas seulement pour FAC, mais pour tout le monde. C’est un contexte incroyable. Je suis vraiment ravi que FAC, compte tenu de son rôle dans l’industrie, prenne la responsabilité d’en faire plus.
Marie-France : Donc l’intersection dont vous parlez… il y a certains facteurs de risque élevé en jeu. Pouvez-vous nous parler de ces types de risques?
Graeme : Essentiellement, on parle ici de l’ensemble de FAC et non pas seulement de FAC Capital. On souhaite favoriser l’innovation et exercer un impact dans l’ensemble du système alimentaire. Et cela peut se faire en partie avec des prêts de premier rang. En fait, il ne s’agit pas seulement d’un risque plus élevé. Certaines entreprises nécessitent différents types de risques. Ainsi, une entreprise en début de croissance qui met au point une technologie vraiment marquante pour stimuler la productivité à la ferme et assurer une résilience aux conditions météorologiques extrêmes, peu importe ce dont il pourrait s’agir dans bien des cas, ne correspond tout simplement pas au profil de risque de prêt de premier rang.
On a une équipe distincte qui doit analyser différemment les entreprises et leur financement en capital. On est donc en train de bâtir l’équipe, les processus, le guide et une stratégie pour être en mesure de fournir à ce marché des capitaux de façon fiable, constante et durable à long terme. Quand il y a une participation au capital, c’est sous-entendu que c’est pour une longue période. Ça fait partie du jeu.
Marie-France : Il est intéressant de se rappeler que FAC fait déjà partie du paysage agricole depuis bien des années. Alors, quelle autre valeur cela apporte-t-il?
Graeme : FAC en tant qu’organisation est disproportionnellement bien placée pour fournir une valeur stratégique, une connectivité, un accès à notre réseau de fermes intelligentes, un accès aux accélérateurs et aux incubateurs, des conversations et des renseignements obtenus directement auprès des producteurs. Cette capacité de soutenir la réussite des entreprises n’est pas seulement un travail qu’il est important pour nous d’accomplir, c’est aussi un aspect qui fait fondamentalement partie de notre stratégie de gestion du risque. Cela crée donc un incroyable cercle vertueux qui nous permet de prendre plus de risques, de faire des chèques, mais nous ne travaillons jamais tout seuls. Il faut combiner ça à la création de valeur. Si nous pouvons soutenir le succès de cet entrepreneur, non seulement le succès de cette entreprise en pleine croissance fait qu’elle devient la meilleure version d’elle-même, mais aussi augmente la probabilité de réussite d’autres producteurs souhaitant adopter l’innovation.
Marie-France : Donc, en ce qui concerne l’investissement, quels types d’entreprises FAC Capital vise vraiment à soutenir – et pourquoi?
Graeme : Il y a en quelque sorte deux catégories très vastes d’organisations qu’on essaie vraiment de soutenir dès le départ.
Premièrement, il y a les entreprises axées sur l’innovation, qui innovent. Pour nous, une entreprise innovatrice est une entreprise qui prend de l’expansion et qui mise sur une propriété intellectuelle qui se distingue. Il s’agira donc surtout de technologies agricoles, de technologie alimentaire et d’investissements en capital de risque.
On sait qu’il s’agit d’un domaine important qui nécessite des capitaux et du soutien, car c’est de là que proviendront la technologie et l’innovation qui pourront avoir un impact exponentiel dans l’industrie. Les petites entreprises qui peuvent faire bouger les choses du point de vue de la productivité, du rendement, de la demande d’intrants, peu importe, peuvent influencer énormément le reste de l’industrie.
Deuxièmement, l’autre catégorie qui retient notre attention et qu’il faut mentionner, c’est celle des grandes entreprises canadiennes qui prennent de l’expansion grâce à l’excellence de leurs activités et leur sens aigu des affaires. Elles ne misent peut-être pas sur une propriété intellectuelle ou une technologie qui se démarque dans le cadre de leurs activités. Mais si elles ont la capacité d’apporter une valeur soutenue et durable dans le système alimentaire canadien, on veut que ces entreprises canadiennes qui atteignent une vitesse d’évasion, qui ont mis leurs produits sur le marché et qui sont prêtes à lancer un autre produit, à élargir leurs activités de fabrication, à explorer les possibilités d’exportation, aient accès à des capitaux qui répondent également à ce besoin.
Marie-France : Effectivement lorsque nous avons discuté avec Alison Sunstrum, elle a parlé de l’importance du mentorat quand il est question d’investissement. J’aimerais donc savoir ce que vous pensez de la place qu’occupe le mentorat dans le cadre de FAC Capital et, plus généralement, dans le cadre des travaux de FAC dans l’ensemble du secteur?
Graeme : Pour ce qui est de FAC, il y a diverses approches possibles pour communiquer de l’information et des renseignements qui aideront à prendre de meilleures décisions. Le mentorat, Alison en fait, est un excellent exemple. Alison Sunstrom fait un travail fantastique dans l’ensemble de l’industrie, en offrant du mentorat qui ne se limite pas aux entreprises du portefeuille du groupe « Les 51 », mais aussi en étant une militante dynamique et engagée qui facilite l’échange de leçons, communique ces renseignements éclairants, ce qui profite à toute l’industrie.
Donc, au sein de FAC Capital, il y a quelques programmes qui retiennent vraiment notre attention. Tout d’abord, on soutient les incubateurs et les accélérateurs partout au Canada. Et c’est vraiment important pour aider les entrepreneurs à devenir la meilleure version d’eux-mêmes et à bâtir les meilleures entreprises possibles. N’est-ce pas? Il faut bâtir de grandes entreprises qui sont capables de se démarquer non seulement au Canada, mais à l’échelle mondiale, qui peuvent générer une valeur à la ferme ou dans le système alimentaire dont nous avons besoin pour obtenir ces gains exponentiels en productivité et en efficacité.
Un autre programme mis sur pied par FAC au cours des dernières années, et dont je suis très fier, est le programme des fermes intelligentes. FAC est actuellement en partenariat avec AAC et, dans bien des cas, s’associe aussi à des organisations qui ont des fermes physiques qui se consacrent à l’analyse, à la mise à l’essai et à l’adoption de l’innovation. Nos partenaires disposent de plus de 10 000 acres répartis sur cinq sites physiques à l’échelle du Canada. Il s’agit d’une plateforme incroyable pour aller au-delà du laboratoire et ne pas espérer passer directement du laboratoire à une ferme commerciale. C’est un point d’atterrissage entre l’analyse, l’essai et la validation. Présenter à la communauté agricole les innovations qui existent, non pas lors du premier jour de leur mise en œuvre dans un environnement transactionnel, mais plutôt dans un contexte d’apprentissage. Parce qu’au bout du compte, tout ce que nous faisons, si ça ne mène pas à l’adoption de nouvelles innovations et technologies, ça ne sert à rien.
Marie-France : Tout cela semble être une bonne base dont on peut tirer profit. Je sais qu’il est encore tôt pour FAC Capital, mais pouvez-vous nous donnez un exemple d’entreprise dans laquelle vous avez investi?
Graeme : Oui, justement j’étais en train de manger des collations de l’entreprise Three Farmers. Nous avons récemment annoncé un investissement dans Three Farmers, une entreprise canadienne phénoménale qui s’inscrit parfaitement dans le grand profil des entreprises canadiennes que nous voulons appuyer. Donc, trois agriculteurs et entrepreneurs ont bâti cette entreprise à partir de rien. Les fondateurs faisaient partie du secteur agricole. Ils sont très présents sur le marché canadien, mais ils en sont à un point où leur produit est aussi vraiment recherché à l’échelle internationale. Ainsi, quand on analyse des organisations comme Three Farmers, on se dit que c’est une occasion à saisir pour en faire un chef de file au Canada et à l’étranger. C’est impossible d’y arriver sans capital. On veut être là pour aider ces entreprises à atteindre ces objectifs, en leur offrant du capital, mais aussi, comme je l’ai mentionné, une partie de cette valeur stratégique.
Marie-France : Trois Fermières. J'ai entendu parler de leurs collations. Ils sont servis sur certaines compagnies aériennes. Merci d'avoir partagé tes points de vue, Graeme.
Kirk : Marie-France, ces deux personnes m’ont vraiment ouvert les yeux, m’ont épaté.
Marie-France : Meme chose pout moi. Je pense que ce que nous avons entendu de la part d’Alison et de Graeme montre qu’il faut plus que des idées pour faire progresser l’innovation en agriculture – il faut aussi des gens prêts à investir leur temps, leur expérience et leur capital.
Kirk : Très inspirant! Je tiens à remercier Allison et Graeme de leur participation aujourd’hui. Ils nous rappellent ce que nous devons faire et nous ramènent à notre devise.
Marie-France : Essayez quelque chose de nouveau…
Kirk : Et j'ajouterais, essayez quelque chose de nouveau, mais faites attention à la sagesse d'Alison : trouvez un bon mentor lorsque vous cherchez à développer votre innovation. C'est un excellent conseil.