Les balados du CIRCEM visent à promouvoir la recherche interdisciplinaire sur la citoyenneté démocratique et les groupes minoritaires et minorisés, à partir de la tradition intellectuelle du monde francophone.
Musique de fond]
00:00:02 Marie-Hélène Frenette-Assad
Les balados du CIRCEM visent à promouvoir la recherche interdisciplinaire sur la citoyenneté démocratique et les groupes minoritaires et minorisés à partir de la tradition intellectuelle du monde francophone. Vous écoutez un épisode de « Rêver l’université », une série enregistrée au cours de l’année universitaire 2025-2026 pour souligner le 25e anniversaire du CIRCEM.
[Fin de la musique de fond]
00:00:32 Nathalie Bélanger
Bonjour et bienvenue. Je suis Nathalie Bélanger, professeure titulaire à la Faculté d’éducation et directrice de l’Observatoire sur l’éducation en contexte linguistique minoritaire. Les institutions de langue française et bilingues en Ontario vivent une période de transformation importante. Leur population étudiante change. À côté des étudiants franco-ontariens, francophones d’ailleurs au Canada, et avec des parcours divers, on retrouve de plus en plus de personnes issues de l’immigration récente, des étudiants de première génération à accéder aux études postsecondaires, des étudiants plus âgés, des étudiants qui ont une famille, des étudiants internationaux. Cette diversité est une richesse. Elle contribue à la vitalité des communautés francophones, mais elle amène aussi de nouveaux besoins en matière d’accueil, d’accompagnement et de pédagogie.
00:01:27 Luisa Veronis
Merci Nathalie pour cette introduction. Moi, je suis Luisa Veronis, professeure de géographie et titulaire de la Chaire de recherche en immigration et les communautés franco-ontariennes. Donc, ces institutions postsecondaires en changement font face aussi à des contraintes budgétaires croissantes, à des politiques gouvernementales en constante évolution avec des nouvelles politiques qui arrivent à presque tous les jours, que ce soit en éducation ou en immigration. Donc, offrir des programmes et des services en français dans un environnement majoritairement anglophone coûte plus cher, une réalité qui n’est pas toujours reconnue. La question se pose donc aujourd’hui : comment les institutions postsecondaires peuvent-elles continuer à remplir leurs missions éducatives et communautaires dans ce contexte de changement constant? C’est justement ce que nous avons exploré lors d’un symposium le 5 mars 2025 à l’Université d’Ottawa. Nous avons accueilli des experts, des représentants institutionnels, des intervenants communautaires et des étudiants qui se sont réunis pour examiner ces questions. Aujourd’hui, dans ce balado, on poursuit la réflexion en échangeant directement avec trois acteurs qui vivent ces réalités au quotidien.
00:02:51 Nathalie Bélanger
Et pour en discuter, nous avons le plaisir d’accueillir trois invités qui connaissent très bien ces réalités sous des angles différents et complémentaires. Aurélie Lacassagne, Martin Normand et Patrick Mainville. On vous les présentera plus en détail au fil de la conversation. Mais commençons tout de suite. Pour démarrer, nous avons une question pour vous trois. On observe une transformation importante de la population étudiante dans nos institutions postsecondaires de langue française et bilingues en Ontario. À partir de votre expérience respective, comment cette diversification se manifeste-t-elle concrètement dans vos milieux et comment vos institutions s’y adaptent-elles?
00:03:35 Luisa Veronis
Donc nous allons tout d’abord commencer avec Aurélie Lacassagne qui va nous donner son point de vue. Aurélie Lacassagne est ancienne rectrice de l’Université de Hearst dans le nord de l’Ontario et elle est professeure titulaire à l’École d’études de conflits de l’Université de Saint-Paul à Ottawa. Elle est également membre du comité de gouvernance du partenariat Voies vers la prospérité. Aurélie, on a hâte de t’entendre.
00:04:03 Aurélie Lacassagne
Bonjour, merci. Je vais parler du point de vue de l’Université de Hearst, que je connais bien. Ce qui est remarquable avec cette diversification de la population étudiante et puis surtout l’arrivée des étudiants étrangers, c’est que l’institution s’est très bien adaptée et nos communautés aussi. En fait, l’arrivée des étudiants étrangers, ça a forcé l’institution d’abord à revoir en fait toute sa structure, toutes ses pratiques administratives, notamment en développant toute une gamme de nouveaux services en ce qui concerne par exemple l’appui au logement, mais aussi des conseillers à la vie étudiante sur chacun de nos campus, qui font en fait de l’intégration sociale et culturelle. On a aussi des étudiants mentors qui accompagnent les nouveaux étudiants. Un bureau de l’international, bien entendu. On a trois conseillers qui sont des conseillers réglementés en immigration pour étudiants étrangers, pour une petite université trois CRIEE c’est beaucoup. En d’autres termes, on s’est un petit peu, si vous voulez, transformé en agence de services d’établissement. Voilà. Mais on a aussi revu notre modèle pédagogique en mettant plus l’accent sur les compétences et la préparation au marché du travail. Donc nos étudiants, par exemple, font des stages obligatoires en entreprise, on a un volet professionnel, les étudiants font du bénévolat, reçoivent du coaching. Donc ça, c’est assez, c’est primordial de pouvoir faire ça. On travaille de très près avec les services d’établissement qui sont chapeautés par le Groupe InnovaNor, qui est étroitement associé à l’université. Et donc ces services d’établissement, ils offrent des ateliers gratuits pour les employeurs. Mais le fait que nos étudiants soient intégrés professionnellement dans la communauté, via les stages, mais aussi parce qu’ils travaillent toutes et tous pendant leurs études, ça les familiarise avec le marché de l’emploi canadien, ça leur donne la fameuse et mystérieuse expérience canadienne. Mais surtout, ça a habitué les gens de la communauté à les voir, à interagir avec eux au quotidien, à mieux les connaître. Et ça a brisé beaucoup de préjugés, même s’il en reste. Et je pense qu’on fait un bon travail, sachant que 54 % de nos diplômés étrangers restent travailler dans le Nord après leurs études. Donc on réussit la régionalisation de l’immigration.
00:06:49 Nathalie Bélanger
Pour le point de vue des institutions collégiales, nous nous tournons maintenant vers Patrick Mainville, Doyen à l’Enseignement à La Cité collégiale. Patrick, la parole est à vous.
00:07:00 Patrick Mainville
Merci Nathalie. Bonjour tout le monde. Donc au collège La Cité, cette transformation du profil étudiant fait partie de notre réalité quand même depuis maintes années. Mais je vous dirais qu’elle s’est accélérée au courant des trois à cinq dernières années. Cette diversité transforme profondément nos façons d’enseigner et d’accompagner les étudiants. On a remarqué des écarts de préparation académique qui exigent davantage une différenciation pédagogique accrue de la part de nos professeurs. Au niveau de la littératie et de la numératie, les profils sont davantage variés. Donc très important d’accompagner les étudiants dans un bon départ. On a mis aussi beaucoup l’accent sur l’intégration culturelle et professionnelle. Compte tenu de la diversité, il faut s’assurer que tout le monde est bien aligné par rapport à la réussite étudiante et surtout l’intégration avec le marché du travail qu’on dessert depuis très longtemps. Pour répondre à ces réalités-là, on a déployé plusieurs stratégies structurantes. Donc on a renforcé davantage les services d’accueil et d’intégration. Dès l’arrivée, je vous dirais même à partir de l’aéroport pour certains étudiants, des activités d’inclusion, du soutien psychosocial, l’orientation vers les services communautaires est très, très important. Donc les gens ont besoin de s’enraciner dans la région de la capitale nationale. On a aussi développé des parcours d’études adaptés, donc des parcours de transition, la mise à niveau de certains cours, certaines matières et parfois, pour des gens, la reconnaissance des acquis parce qu’ils arrivent avec un grand bagage de compétences et d’expérience, mais qui est non reconnu au Canada. On a aussi mis en place un soutien accru à la réussite en français, donc des centres d’aide, du tutorat, des stratégies de soutien linguistique dans des programmes qui sont très techniques et professionnels surtout. Beaucoup d’accompagnement et de formation pour notre personnel, donc développement des compétences interculturelles et pédagogiques de tout notre corps professoral. Ça a été monumental et important dans cette démarche. Puis, évidemment, une approche pédagogique inclusive. Donc on voulait varier les expériences antérieures des étudiants, on voulait valoriser leurs actifs puis contextualiser tous les contenus qu’on présentait dans tous les programmes et disciplines. Mais au-delà de tous les défis et ces stratégies-là, je pense que la diversification représente une richesse exceptionnelle. On enrichit les échanges en classe, on prépare nos diplômés à évoluer dans des milieux de travail diversifiés, puis on répond de plus en plus aux besoins du marché du travail ontarien, notamment dans les secteurs où il y a une pénurie de main-d’œuvre, malgré cette transformation du profil étudiant.
00:09:36 Luisa Veronis
Merci pour vos points de vue diversifiés. On sait que les institutions francophones et bilingues en contexte minoritaire sont très, très variées dans leur contexte et dans leurs expériences. Donc, pour une perspective nationale, nous avons invité Martin Normand, qui est le président-directeur général de l’Association des collèges et universités francophones du Canada, donc pour nous donner une vision un peu plus de l’ensemble des institutions. Et après avoir été directeur de la recherche stratégique et des relations internationales à l’ACUFC, il est, il faut le noter aussi, politologue, et il a consacré ses recherches aux politiques linguistiques au Canada. Donc, Martin, comment est la perspective plus large au plan national?
00:10:22 Martin Normand
Donc, sur le plan de la transformation de la population étudiante au plan pancanadien, dans les établissements, dans les communautés francophones en situation minoritaire, je vois quatre piliers différents. Le premier, c’est la clientèle locale, la clientèle « domestique », comme on l’appelle dans certains cercles. Cette population-là, évidemment, cherche à trouver les meilleurs, ou les programmes les mieux adaptés à une réalité qui se transforme sur le terrain, à des besoins grandissants et changeants au niveau de la main-d’œuvre au sein des entreprises locales ou en termes de prestation de services auprès de la population qui est en grand besoin d’appui dans certains secteurs. Donc, cette population locale qui traverse des défis particuliers propres au Canada aussi, pensez accès au logement, pensez hausse du coût de la vie, cherche des modes de prestation de l’enseignement qui leur permet une certaine flexibilité, qui leur permet de surmonter certaines barrières à l’accès à l’éducation postsecondaire. Donc, beaucoup d’établissements revoient les modes de prestation des programmes, trouvent des façons innovantes de les offrir, imaginent des formations en entreprise, en institution qui sont plus adaptées à la réalité du marché du travail. Et c’est une façon de rendre plus attrayants et plus pertinents les programmes qu’ils offrent. Il y a lieu de garder des formations classiques et traditionnelles, mais pour mieux répondre à ce que cherche cette population étudiante, beaucoup sont dans une réflexion sur comment transformer, justement, cette offre de programme. Il y a aussi toute la clientèle locale de nouveaux résidents permanents. On le sait, il y a une croissance importante de l’immigration francophone au Canada. Cette population-là, une fois qu’elle est bien intégrée au Canada, a des enfants aussi qui veulent fréquenter l’école ou eux-mêmes veulent se requalifier pour intégrer un nouveau domaine du marché du travail. Donc, les établissements sur ce plan-là sont aussi à revoir le type de formations plus courtes qui sont offertes, plus dynamiques, à des heures moins traditionnelles, sur des modèles moins traditionnels pour faciliter, par exemple, une mère qui voudrait suivre une nouvelle formation pour intégrer un nouveau domaine dans le marché du travail a besoin d’une formation plus flexible et adaptable. Donc, cette clientèle-là a des besoins et des attentes différents et il y a différents, pensez aux microcertifications qui se développent ou à différents parcours de formation qui se développent qui pourraient interpeller cette clientèle différente là. Le troisième, elle est aussi une clientèle domestique, mais avec des besoins différents, c’est celle issue de l’immersion. Donc, il y a de plus en plus d’établissements postsecondaires qui misent aussi sur la clientèle des écoles d’immersion pour aller rejoindre ce public francophile qui maîtrise le français et qui voudrait contribuer à plus long terme au développement des communautés francophones à leur façon. Et donc, là aussi, il y a certains établissements qui développent des programmes d’immersion au postsecondaire, ça, on le voit dans certains établissements, mais aussi injectent un peu d’activités différentes à ces programmes-là pour les encourager, ces étudiants, ces étudiantes issus de l’immersion, à poursuivre une carrière en français à la suite ou à la sortie de leurs études, soit en travaillant sur la construction identitaire, sur le sentiment d’appartenance, sur la compréhension des enjeux sociaux dans les communautés. Donc, là aussi, il y a beaucoup de travail. Dans certains établissements, la clientèle issue de l’immersion compose une grande majorité de la population étudiante. Et puis, la quatrième, c’est la population étudiante internationale, Aurélie et Patrick aussi y ont fait référence, mais là encore il y a eu toute une série de changements au niveau des politiques publiques, ce qui fait que depuis deux ou trois ans, le profil même de la population étudiante internationale se transforme. On a noté, par exemple, parmi les personnes qui ont pu profiter du nouveau programme pilote pour les étudiants dans les communautés francophones en situation minoritaire, que ça attire des étudiants plus âgés qui arrivent au Canada avec des familles, avec des jeunes. Donc, les établissements doivent aussi développer une nouvelle gamme de services pour accompagner ces nouveaux étudiants-là qui arrivent avec des besoins complètement différents qu’un nouvel étudiant qui arriverait tout frais sorti de l’école et qui veut se lancer dans une nouvelle carrière. Donc, là aussi, dans cette façon dont on conçoit différemment maintenant le recrutement international et la population étudiante internationale qui arrive à obtenir des permis d’études au Canada, il y a toute une transformation dans la façon dont cette population-là étudiante est accompagnée, comment on s’assure que les formations sont adaptées, parce qu’on ne peut pas toujours prendre acquis que les référents communs existent. Donc, il faut bâtir pour construire ces référents communs là et faciliter l’intégration dans les communautés à la sortie des études. Donc, c’est quatre piliers complètement différents où les besoins sont en transformation, les attentes sont en transformation, mais c’est quatre piliers dans lesquels les établissements doivent puiser pour bâtir leur population étudiante internationale de façon différente.
00:15:28 Nathalie Bélanger
Merci, Martin. C’est très riche. Nous arrivons maintenant à la deuxième partie qui porte sur les défis et les tensions auxquelles font face les institutions. On vient de le voir, la population des établissements postsecondaires de langue française et bilingues se transforme. Par ailleurs, ces institutions font face de plus en plus à de multiples pressions; transformation dans leur gouvernance, gel de frais de scolarité, les quotas imposés par les gouvernements, la dépendance envers les étudiants internationaux et le développement de mandats stratégiques auxquels ils sont tenus et la différenciation des programmes selon les établissements qui sont liés au financement. Il y a aussi des enjeux en termes d’inclusion par rapport à ces nouvelles populations étudiantes et ils doivent poursuivre aussi donc toute leur mission habituelle, le côté académique, communautaire et production des savoirs. Donc, dans ce contexte-là, j’aimerais d’abord poser une question à Aurélie. Aurélie, comment dans une université de petite taille vit-on les tensions engendrées par ce contexte transformé et comment jongle-t-on entre ces différentes missions avec des ressources parfois de plus en plus limitées?
00:16:49 Aurélie Lacassagne
Bien, écoutez, en premier lieu, je pense que ça prend beaucoup de créativité. C’est un jeu d’équilibriste permanent pour une petite institution comme l’Université de Hearst parce qu’effectivement, les politiques, les modèles de financement sont faits pour les grosses universités. Je dois dire cependant qu’en ce qui concerne les ententes de mandats stratégiques, le ministère comprend notre caractère unique et qu’on a pu encore l’année dernière négocier de façon bilatérale avec le gouvernement pour établir des indicateurs qui correspondent à notre caractère. Cependant, il y a quand même de nombreux problèmes qui subsistent, un financement qui reste inadéquat, et surtout l’enveloppe de patrimoine canadien pour l’éducation dans la langue de la minorité, dans la langue seconde qui transite par la province. Ces fonds vont très, très majoritairement vers les grosses institutions, donc les institutions bilingues. Il y a encore des problèmes en termes de reddition de comptes. En ce qui concerne les frais de scolarité, l’Université de Hearst a les frais les plus bas de la province pour les étudiants canadiens comme pour les étudiants étrangers. C’est un choix qui a été fait pour des raisons éthiques. Tout d’abord, on ne se perçoit pas comme une entreprise, on est là pour desservir notre communauté. En termes d’étudiants étrangers, bref historique, l’Université de Hearst a pris le tournant de l’international en 2012, très tôt, tout simplement parce qu’il fallait prendre en compte ce que les statistiques nous disaient. Peu de personnes fréquentent l’université encore dans le Nord, on est à 11 %, alors que la moyenne provinciale, c’est 25 %. Donc, dès 2019, en fait, les étudiants étrangers représentaient 75 % des effectifs. Quand je suis arrivée en 2024, c’était 90 %. Donc, une dépendance qui était périlleuse dans le contexte politique actuel. Alors, on a mis en place des mesures d’atténuation qui ont porté leurs fruits, notamment en priorisant le recrutement dans les écoles d’immersion, Martin le mentionnait, et puis aussi avec les ententes qu’on a avec les collèges. Et puis, bon, l’université continue ce travail actuellement. Mais, pour nous, les étudiants étrangers, c’est véritablement un projet communautaire. C’est de faire venir des nouvelles personnes, jeunes ou moins jeunes, effectivement, qui resteront dans nos communautés, qui contribueront à la vitalité. Ce n’est pas une variable d’ajustement budgétaire. Et pour des raisons historiques aussi, les francophones du Nord ont longtemps eu des taux d’éducation assez bas, ce qui a engendré des salaires bas également. Donc, pour nous, l’accessibilité aux études universitaires, pour tout le monde, c’est important. C’est dans notre ADN. C’est pour ça qu’on a été fondé, ou qu’on s’est fondé en 1957. On veut donc que cet accès soit le plus large possible. Donc, pour nous, les frais de scolarité, ce n’est pas un levier dont on veut se servir, sauf en dernier recours. Et puis, comme je parle d’accessibilité, il faut que je le mentionne, mais pour mieux desservir les communautés francophones du Nord, nous avons des campus à Hearst, à Kapuskasing, à Timmins. Ça, ça multiplie les coûts de fonctionnement. Ça engendre des coûts de déplacement élevés. Et ça, ce n’est pas pris en compte dans les calculs comptables du ministère. Je l’ai mentionné un petit peu, mais c’est dans notre ADN, on a vraiment à cœur de jouer un rôle moteur dans la communauté. L’Université le fait, notamment, grâce au Groupe InnovaNor, que je mentionnais, qui regroupe, alors oui, les services d’établissement du Nord-Est, mais aussi le Centre Labelle qui fait de l’évaluation et de l’intervention psychosociale. Et ça, c’est très important pour appuyer les écoles de langue française dans le Nord. Il y a un centre d’archives pour toute la zone argileuse du Nord. Et puis, on a aussi un Centre régional de recherche et d’intervention en développement économique et communautaire, qui offre de l’appui aux organismes communautaires et aux entreprises locales. Donc, c’est tout ce travail communautaire qui est important, que nous faisons, mais pour lequel nous ne recevons pas de financement. On a aussi à cœur la réussite de nos étudiants. Et c’est pour ça qu’on a développé tous ces services. Ça fait en sorte qu’on a un employé en service direct pour une vingtaine d’étudiants, en appui donc à leur réussite. Ce ratio de 1 pour 20, vous le retrouverez nulle part. Si vous retrouvez un 1 pour 200 dans les autres universités, vous aurez de la chance. Donc, on est peut-être, oui, effectivement, une petite université, mais on est vraiment une université au sens historique du terme par le rôle qu’on joue dans notre communauté.
00:21:51 Luisa Veronis
Merci beaucoup, Aurélie, de nous partager la spécificité, la réalité et l’expérience unique de l’Université de Hearst, une université de petite taille qui est ancrée dans la communauté.
[Transition musicale]
00:22:15 Luisa Veronis
Maintenant, on va se tourner un petit peu du côté des institutions collégiales. Patrick, on voulait vous demander dans ce cadre de pressions multiples, de nouvelle gestion. Que signifie pour vous, dorénavant, de préparer les étudiants au marché du travail qui, lui aussi, est en constant changement et poursuivre la mission plus large de transfert des savoirs et de vitalité des communautés francophones? Qu’en est-il concrètement à La Cité collégiale?
00:22:46 Patrick Mainville
Merci, Luisa. En fait, au collège de La Cité, ces pressions systémiques importantes ont, en quelque sorte, redéfini en profondeur notre rôle. Ce que ça signifie, c’est qu’on doit former rapidement, mais durablement. Donc, il faut offrir des programmes parfaitement alignés sur les besoins immédiats et futurs du marché du travail. On peut penser à la santé, les technologies, les métiers spécialisés, mais tout en développant des compétences transversales. La résolution de problèmes, la curiosité, l’adaptabilité, la collaboration, la communication efficace en français en situation minoritaire. On doit aussi revoir un peu, on l’a fait en 2018, mais on a bonifié récemment notre modèle pédagogique par compétence. Donc, placer l’étudiant au centre de son apprentissage, livrer des activités d’apprentissage authentiques, des projets appliqués avec l’industrie pour accélérer la préparation à l’employabilité. On a mis beaucoup d’efforts aussi au niveau de la reconnaissance des acquis, donc valoriser les parcours antérieurs de nos étudiants, notamment chez les personnes immigrantes, pour éviter le dédoublement de formation, puis valoriser, bien évidemment, leur intégration rapide sur le marché du travail. Il y a une rareté, il y a des pénuries de main-d’œuvre dans des domaines très ciblés. Donc, il faut à la fois fournir des ressources, de la main-d’œuvre compétente, mais il faut aussi soutenir la vitalité des communautés francophones. Fait qu’on veut former des diplômés qui travaillent et qui vivront en français, et particulièrement dans les régions où la main-d’œuvre bilingue est essentielle. Il faut agir en quelque sorte comme collège maintenant, comme un carrefour d’intégration. Donc, pour plusieurs étudiants internationaux, nouveaux arrivants, La Cité est la porte d’entrée vers une intégrité qui est durable, mais aussi professionnelle, parce qu’ils ont besoin de subvenir à leurs besoins essentiels, d’avoir un revenu stable, de s’intégrer dans la communauté et d’avoir un futur qui est prometteur. Donc, on a aussi réfléchi dans ce contexte-là de ces pressions qui arrivaient de tous bords, tous côtés, de comment on peut transférer les savoirs autrement. Donc, on mise beaucoup sur la formation continue, Martin y a fait référence tantôt, les microcertifications, les partenariats avec les employeurs, la formation sur mesure, la formation continue. Parce que parfois, pour un nouveau Canadien, un nouvel arrivant, un étudiant international, bien, c’est peut-être pas les études postsecondaires qui est la solution pour lui, c’est peut-être l’emploi avec un cadre et un plan de formation continue. Donc, il faut revoir les façons de faire. Pour nous, concrètement, ça s’est traduit dans de l’arrimage beaucoup plus serré avec nos comités consultatifs et les employeurs. On fait maintenant du co-développement de programmes, ce qui est assez nouveau et récent dans plusieurs institutions postsecondaires. On a bonifié tous nos comités consultatifs sectoriels. On a aussi, pour les étudiants, les apprenants, on a déployé des parcours d’études plus flexibles, des programmes courts. La plupart de nos diplômes d’études collégiales de deux ans, de quatre trimestres, sont passés à trois trimestres consécutifs en onze mois pour accélérer l’entrée sur le marché du travail. Puis, on a fait, évidemment, des investissements importants. Par exemple, le domaine des métiers spécialisés, la voie de l’apprentissage où les gens peuvent devenir des travailleurs rapidement, des apprentis parrainés, qui va mener, évidemment, au certificat de qualification. Puis, évidemment, on a misé de faire tout ça en français, en Ontario, en situation minoritaire.
00:26:24 Nathalie Bélanger
Merci, Patrick. C’est très intéressant, cet alignement-là sur le marché de l’emploi tout en développant les connaissances et compétences transversales chez vos étudiants et avec ce souci-là de vitalité de la francophonie. Je me tourne maintenant vers Martin. Donc, dans ce paysage transformé aussi de gouvernance, quelle est, selon vous, l’importance de collaborer et quelles sont les opportunités de collaboration entre les institutions postsecondaires pour renforcer, en fait, leur mission et leur rôle communautaire? Et quel est le rôle précis, en fait, l’ACUFC dans ce contexte actuel?
00:27:09 Martin Normand
Je pense qu’il y a des forces internes, des forces externes qui amènent à voir la collaboration comme étant une voie pratiquement imposée pour réfléchir à l’avenir de l’accès à l’éducation postsecondaire en français. Il y a de l’appétit réel pour la collaboration au sein du réseau de l’ACUFC, mais il ne faut pas négliger qu’il existe d’importantes barrières administratives à la collaboration, on pourrait y revenir, mais il y a ces barrières-là, mais il y a aussi de la compétition qui est induite par les modèles de financement. Les modèles de financement actuels n’incitent pas nécessairement à une plus grande collaboration entre les établissements postsecondaires, donc, c’est là que l’ACUFC essaie de jouer un rôle un peu de médiateur éventuellement. Deux types de pression qui proviennent un peu de l’externe aussi pour réfléchir à la collaboration, c’est d’une part, évidemment, l’ACUFC, son action est au niveau national, donc au niveau pancanadien, au niveau fédéral. Donc, les bailleurs de fonds fédéraux avec lesquels on traite s’attendent à voir la collaboration s’accroître dans le but de multiplier l’accès à des programmes diversifiés partout à travers le pays et pour répondre à des besoins spécifiques de main-d’œuvre un peu partout. Donc, c’est réfléchir à comment rendre plus efficace l’investissement fédéral dans l’éducation postsecondaire pour faciliter l’accès. C’est du vocabulaire qu’on entend de plus en plus fréquemment de la part des institutions fédérales qui investissent dans le postsecondaire. Ces pressions-là viennent aussi des communautés elles-mêmes. Les communautés ont des attentes grandissantes à l’égard des établissements postsecondaires qui sont des joueurs clés dans l’épanouissement des communautés. Et donc, oui, il peut y avoir des plus petits établissements dans certaines régions. Certains établissements sont en région rurale, éloignés, répondent différemment à des besoins différents au sein de leur communauté. Mais les communautés ont toute l’aspiration à ce que leur établissement postsecondaire leur offre la plus grande gamme de programmes possibles, soit des « comprehensive », des établissements qui peuvent offrir un peu de tout parce qu’il y a une rareté d’établissements. C’est plus difficile pour une communauté francophone d’accepter que son établissement se surspécialise dans un domaine quand l’aspiration qu’il a, c’est qu’il puisse répondre à l’ensemble des besoins de sa communauté. Donc, il y a des tensions avec lesquelles il faut jouer un peu et la collaboration permet d’un peu agir là-dessus. L’ACUFC essaie de jouer un rôle grandissant pour faciliter la collaboration entre ses membres. Quand on a mené l’exercice de consultation sur l’avenir du postsecondaire il y a quelques années, quand on a colligé dans le bilan final des états généraux sur le postsecondaire en contexte francophone minoritaire, la collaboration était omniprésente dans le rapport. Mais comment faire vivre ça, ça peut être plus difficile. Heureusement, à l’ACUFC, on a un exemple où ça fonctionne et duquel on peut tirer les leçons et c’est dans le domaine de la santé. Donc, Santé Canada finance le Consortium national de formation en santé depuis près de 25 ans. Là, vous entendez déjà l’une des clés du succès, c’est la durée. C’est le financement et c’est la durée. Dans ce cas-ci, les gens ont pu prendre le temps d’apprendre à se connaître, de creuser des collaborations potentielles dans un domaine qu’ils avaient en commun. Il y avait des ressources dédiées à réfléchir à l’avenir de la formation en santé en français. Il y avait des incitatifs à collaborer, à imaginer comment, ensemble, on peut s’assurer d’accroître le nombre de professionnels de la santé qui sont capables d’offrir des services équitables et sécuritaires en français. Et en plus de tout ça, il y a un exercice de coordination qui se fait chez nous à l’ACUFC et qui permet de voir à ce que les efforts soient concertés, coordonnés et qu’il y a une impulsion qui est donnée par le national à ce que les résultats collectifs soient atteints. Il y a plein de leçons à tirer de ça et si on veut faire accroître les collaborations, il faut être très réaliste et faire comprendre aux bailleurs de fonds qui souhaitent plus de collaborations que ça coûte quelque chose la collaboration. Ça ne se fait pas à coup nul nécessairement. Donc, c’est un travail qu’on continue de faire. On essaie d’imaginer comment dans les enveloppes actuelles, avec les ouvertures qu’on entend, l’ACUFC pourrait jouer un rôle de catalyseur, de courtier, de collaboration. Parce qu’évidemment, Patrick, Aurélie, vous pourriez le dire, quand on agit dans un établissement, on a les yeux dans son établissement, c’est plus difficile de savoir ce qui se passe ailleurs parce qu’on est pris dans la gestion quotidienne de son établissement. On a le luxe à l’ACUFC d’être un peu au-dessus de la mêlée et de voir des opportunités de collaboration, de déterminer là où l’ACUFC pourrait jouer un rôle plus efficace pour se faire concrétiser un projet de collaboration. Donc ça, il y a des modèles qui sont en développement chez nous pour qu’on puisse jouer un rôle plus actif dans cet effort-là d’identifier les occasions de collaboration qui seraient bénéfiques pour toutes les parties prenantes, mais surtout qui seraient bénéfiques pour la population étudiante qui cherche un meilleur accès à l’éducation postsecondaire à travers le pays.
[Transition musicale]
00:32:24 Luisa Veronis
Merci à vous trois de nous avoir parlé en fait, comment vous faites face, comment vous gérez, à ces multiples pressions, à ces défis, ces transformations. Vous nous avez déjà parlé un peu des initiatives, des exemples en fait, de collaboration notamment avec les communautés, avec les employeurs, avec différents secteurs. Donc, notre troisième thématique est vraiment spécifiquement sur les questions des stratégies, collaborations et les perspectives d’avenir pour les institutions postsecondaires. Donc, en regardant vers l’avenir, quel rôle ces institutions de langue française et bilingues doivent-elles jouer pour assurer la pérennité et la vitalité des communautés francophones en situation minoritaire et que dire de l’évolution des programmes, des services offerts à la population étudiante changeante dans un contexte qui continue d’être incertain et qui probablement va continuer à l’être ou qui se transforme, qui est en constante évolution? Aurélie, on aimerait t’entendre là-dessus en premier, s’il te plaît.
00:33:30 Aurélie Lacassagne
C’est sûr que dans le nord de l’Ontario, les enjeux sont énormes et que l’université joue un rôle vital, en fait, pour la pérennité des communautés francophones qui se situent tout au long du corridor de la route 11. C’est leur survie à ces communautés qui est en jeu à cause du vieillissement de la population, de l’exode des jeunes qui entraînent une pénurie de main-d’œuvre. On est dans des économies locales mono-industrielles, extractives, donc complètement à la merci des grands enjeux mondiaux. Et puis on est invisible aux yeux des gouvernements bien souvent. Donc, sans les étudiants étrangers, à l’Université de Hearst il n’y a pas de salut. Le maire de Hearst, Roger Sigouin, aime bien le dire, il pourrait confirmer, ce sont nos étudiants qui font tourner le supermarché, les hôtels, les stations-service, les restaurants dans la ville. Ce sont eux qui travaillent à l’entretien et à la cantine, à l’hôpital, à la maison de retraite. Tout ça, ça ferme demain s’il n’y a plus d’université. C’est aussi simple que ça. Et je ne pense pas qu’il y ait beaucoup d’universités au Canada qui peuvent dire la même chose, peut-être, à part Sainte-Anne, en Nouvelle-Écosse. Donc, c’est vraiment, c’est plus qu’un rôle important, c’est un rôle vital. J’avais colligé quelques données, le Réseau de soutien à l’immigration francophone du Nord en 2024 disait qu’il y avait 600 résidents permanents qui étaient venus s’établir dans tout le nord de l’Ontario, dont 35 à Timmins. L’Université de Hearst, chaque année, c’est une soixantaine de diplômés qui vont rester, diplômés étrangers, qui vont rester dans nos communautés. En d’autres termes, on est plus performant en matière d’attraction et de rétention que les programmes d’immigration économique pour le nord de l’Ontario. Je l’ai mentionné, notre projet éducatif, il est entièrement connecté au marché du travail régional, un marché qui va voir 27 % des personnes partir à la retraite d’ici 2031. Donc, répondre à ce défi de taille, c’est vraiment un impératif. Puis ces étudiants diplômés qui restent, non seulement, bien sûr, ils aident à pallier à la pénurie de main-d’œuvre, mais ils fondent aussi des familles, ce qui aide nos écoles de langue française à rester ouvertes, ils contribuent à la vie sociale et culturelle, ils créent aussi leurs propres entreprises, il y a un esprit d’entrepreneuriat très important. Donc, ils permettent vraiment, non seulement à nos communautés de survivre, mais mieux, potentiellement, dans quelques années, je l’espère, de s’épanouir. J’avais déposé avec mon équipe une demande de projet pour renforcer justement le parcours, parcours du combattant, de nos étudiants vers la résidence permanente et je suis heureuse de l’annonce qui a été faite le 20 mars dernier de l’octroi de ce financement dans le cadre du programme d’appui à l’immigration francophone parce que ça va permettre au Bureau de l’international de l’Université d’appuyer effectivement encore mieux nos étudiants vers l’obtention de la résidence permanente. L’Université de Hearst, c’est vraiment toute une équipe qui travaille d’arrache-pied au quotidien pour éduquer, pour équiper les étudiantes et les étudiants qui permettent alors effectivement aujourd’hui à nos communautés de survivre et puis demain de se développer, de s’épanouir, qu’on sorte de la survivance. Ça fait 25 ans que je suis dans le nord de l’Ontario, j’aimerais un jour sortir du discours de la survivance. Puis si j’avais une baguette magique pour être sûre que ce qui a été bâti depuis 70 ans soit encore là demain, j’élargirais le projet pilote d’IRCC sur les étudiants étrangers francophones que Martin mentionnait. J’en ferais la norme tout simplement que tous les étudiants francophones dans les institutions en situation minoritaire obtiennent la résidence permanente une fois diplômés. C’est à mon avis la solution pour nos communautés pour qu’on puisse maintenir notre poids au Canada.
00:37:47 Nathalie Bélanger
Merci beaucoup, Aurélie. Maintenant, Patrick, la même question se pose pour vous. Quel rôle les institutions postsecondaires de langue française et bilingues, la vôtre, le collège La Cité, peut-il jouer pour la pérennité et la vitalité des communautés francophones en situation linguistique minoritaire? Vous avez donné déjà beaucoup d’éléments de réponses, mais que dire, donc, pour des perspectives d’avenir? Comment voyez-vous cela?
00:38:18 Patrick Mainville
Oui, tout à fait. En fait, au collège La Cité, on s’apprête à démarrer le processus de consultation pour notre prochain plan stratégique. Donc, la question est à point, puis j’y ai réfléchi longuement. En fait, pour nous regarder vers l’avenir, à La Cité, ça signifie assumer pleinement un rôle qui, selon nous, dépasse la formation traditionnelle. Les institutions postsecondaires de langue française et bilingues doivent devenir des véritables, je crois, piliers de développement des communautés francophones en situation minoritaire, à la fois comme lieu de formation, mais aussi d’intégration, d’innovation et de rayonnement de la culture francophone en situation minoritaire. Je pense qu’au courant des prochaines années à La Cité, notre rôle sera, entre autres, de ne pas tout simplement diplômer des gens, mais les ancrer, ces fameux talents-là, dans la communauté. Évidemment, ça va passer par l’établissement de liens étroits avec plusieurs employeurs régionaux. Les stratégies de rétention de nos futurs diplômés au sein des milieux de travail comme francophones en situation minoritaire, comment on peut aller jouer ce rôle-là aussi, comment on peut fournir des ressources aux employeurs pour bien intégrer des futurs talents francophones. Je pense que La Cité et tous les collèges et universités de la francophonie en situation minoritaire vont devoir devenir des carrefours d’accueil et d’inclusion. Il faut accompagner tous les étudiants, nos fameux domestiques, comme Martin les a mentionnés plus tôt, les internationaux, les nouveaux arrivants, au-delà de la salle de classe. Fait qu’on parle dans une perspective d’intégration du marché du travail, mais on veut aussi qu’ils participent à la vie active de nos communautés francophones. Aurélie a fait référence aux villages, aux villes dans le nord de l’Ontario. Il faut nourrir ces communautés-là, puis ça passe par nos étudiants, nos diplômés. Je pense que le continuum en éducation de la maternelle à la douzième année au postsecondaire doit se prolonger, puis il faut inclure aussi tous les acteurs communautaires, les gens du marché du travail, les institutions privées, publiques, on forme un tout ensemble. Comment est-ce que nos campus, nos espaces où la langue française se vit au quotidien devient en quelque sorte un milieu riche qu’on valorise, où on se rassemble puis qu’on célèbre cette fameuse diversité de parcours francophones, qui évoluent là, sont constamment en mouvance puis en changement. Bon, c’est certain que si on se projette pour l’avenir, on a déjà certaines recettes gagnantes, on en a parlé plus tôt. Les formations courtes, les passerelles, la reconnaissance des acquis. On veut offrir une variété de différents outils de soutien par rapport à l’apprentissage authentique. On veut aussi renforcer l’apprentissage par projet, selon moi, la formation en milieu de travail. On a un concept à La Cité maintenant qu’on appelle les « classes vivantes ». Donc, compte tenu du contexte socio-économique, le financement des différents paliers gouvernementaux, on se rapproche de l’industrie, on utilise leurs espaces, leurs installations, on intègre nos étudiants francophones dans leur milieu, tout dans une perspective de favoriser l’employabilité. Donc, je crois que pour l’avenir, ce qui va se passer concrètement à La Cité, on va renforcer nos partenariats, on va s’adapter plus rapidement aux besoins du marché du travail par rapport à notre offre de formation puis on veut devenir le levier dans la région de la capitale nationale au niveau du développement francophone en situation minoritaire. Donc, toute cette vitalité, cette pérennité communautaire francophone, je pense qu’elle doit vivre autour de notre campus et de notre belle communauté à Ottawa, tout en assurant que notre capacité collective à former puis intégrer ces gens-là demeure au centre. Donc, je pense que c’est le rôle qu’on a comme institution francophone en situation minoritaire.
00:42:19 Luisa Veronis
Merci Patrick. En fait, en vous écoutant, c’est très inspirant, si je puis dire, et on voit vraiment le rôle central que jouent les institutions postsecondaires pour la vitalité et la pérennité des communautés francophones en contexte minoritaire. Maintenant, Martin, on a hâte de t’entendre, j’espère que tu vas continuer dans cette lancée positive et inspirante, mais donc, du point de vue national, qu’est-ce que tu peux nous dire?
00:42:49 Martin Normand
Oui, bien, je vais en profiter pour aller un peu ailleurs et me plonger dans le rôle qu’on joue à l’ACUFC par rapport à cette question-là. Je pense qu’Aurélie et Patrick ont habilement parlé de comment tout ça se vit dans les institutions. Comment ça se vit chez nous dans la façon dont on mène notre mandat et qu’on appuie nos établissements, je vais vous amener sur le plan fédéral à la Loi sur les langues officielles. On s’entend tous que l’éducation, à prime abord, c’est une compétence provinciale. Et donc, c’est à prime abord le gouvernement provincial qui intervient dans ce secteur-là. Mais c’est absolument de la chimère de prétendre que le fédéral n’a pas de rôle à jouer dans le postsecondaire pour plusieurs raisons, dont la Loi sur les langues officielles. Et dans la loi, maintenant qu’on a une loi à moderniser, le gouvernement appelle à l’appui d’institutions fortes qui contribuent au développement dans des secteurs clés de l’épanouissement des communautés et pour remplir certaines missions gouvernementales. Et à ce titre-là, les institutions postsecondaires cochent toutes les cases. Et le gouvernement fédéral peut donc se doter d’une capacité d’agir sur le secteur postsecondaire, oui pour appuyer l’accès plus général à l’éducation postsecondaire partout au pays parce que c’est un objectif de la loi lui-même, mais aussi parce qu’il se fixe d’autres objectifs gouvernementaux que s’il veut qu’ils soient remplis, il doit aussi lui intervenir. Penser au développement du taux de bilinguisme au pays, bien ça se fait notamment dans nos établissements. Penser à accroître l’accès aux services de garde, aux services éducatifs, bien ça passe par nos établissements qui forment les éducateurs et les éducatrices. À l’ACUFC, on a un superbe projet financé par Emploi et Développement social Canada qui nous permet d’agir sur ce front-là. Penser à la croissance du poids démographique, Aurélie et Patrick ont déjà fait référence à la contribution de la population étudiante internationale qui, dans une plus forte proportion que la moyenne canadienne souhaite rester au pays à la fin de ses études. C’est démesurément plus large dans les communautés francophones que dans les communautés anglophones, ce souhait de rester au Canada à la fin de leurs études. Et aussi pour répondre à des enjeux de recherche émergents, on entend toutes sortes de consultations du gouvernement fédéral sur des enjeux importants auxquels nos établissements postsecondaires contribuent directement. Penser à la transformation technologique et à l’utilisation de l’intelligence artificielle. Tout notre réseau est en train de se mobiliser pour voir comment s’intégrer dans les stratégies gouvernementales en matière d’intelligence artificielle pour veiller à ce qu’elles se développent de façon à ce qu’elles répondent efficacement aux besoins des communautés francophones. Penser, on y a déjà fait référence, au vieillissement de la population puis au changement du profil démographique de la population francophone, ça fait émerger des enjeux, des sujets de recherche qui sont mobilisateurs et qui nous amènent à nous poser des nouvelles questions pour favoriser le vivre ensemble dans nos communautés. Penser à l’effet des changements climatiques, on l’entend beaucoup dans les institutions fédérales et ça se vit complètement différemment qu’on soit au Collège Nordique aux Territoires du Nord-Ouest, qu’on soit à Hearst, qu’on soit dans la Baie Sainte-Marie, qu’on soit dans les Prairies canadiennes, qu’on soit en milieu urbain à Ottawa ou à Toronto, les questions ne sont pas les mêmes et donc d’avoir un appui fédéral, avoir une réflexion diversifiée sur la façon dont les changements climatiques peuvent avoir un effet sur les communautés francophones, ce n’est qu’une valeur ajoutée parce que personne d’autre va se poser les questions que les francophones se posent en ce moment. Penser aussi à la désinformation et aux clivages sociaux. Si on n’est pas en train de travailler sur ces enjeux-là, aussi en français, on n’est pas en train de rejoindre un public qui peut-être s’abreuve à des sources peu fiables pour informer les choix qu’ils font pour avancer. Donc, je vais laisser aux établissements de continuer leur travail auprès de leur gouvernement provinciaux, mais auprès du gouvernement fédéral, la liste est longue ici à l’ACUFC d’enjeux sur lesquels on peut agir au nom de notre réseau d’établissements pour les rendre plus agiles, plus aptes à répondre aux changements dans les dynamiques socio-économiques au pays. Et ça, c’est le mandat que nos membres nous ont donné et qu’on va continuer à jouer avec grand enthousiasme. D’autant plus qu’en ce moment, on sent une écoute et une ouverture dans certaines institutions fédérales à trouver des solutions communes.
00:47:02 Nathalie Bélanger
Merci beaucoup à vous trois, Aurélie, Patrick et Martin, pour des échanges vraiment riches et éclairants. On voit bien que les défis sont réels, les enjeux de taille, mais que les idées et la volonté d’agir le sont tout autant. Donc, merci beaucoup.
00:47:22 Luisa Veronis
J’aimerais renchérir avec un grand merci à vous. Ce qui ressort clairement est vraiment le rôle central des institutions postsecondaires pour la vitalité, la pérennité de nos communautés. Mais peut-être d’une manière étonnante, on peut aussi souligner en fait les liens très étroits entre les enjeux d’éducation postsecondaire, immigration et étudiants internationaux qui est ressorti très clairement de vos interventions et pour se tourner vers l’avenir des institutions postsecondaires en contexte minoritaire, ça passe vraiment par la collaboration entre les institutions elles-mêmes, les communautés, les différents paliers universitaires et divers secteurs, dont le monde de l’emploi, les employeurs. Et donc, on espère que cette conversation contribuera à faire avancer les réflexions, les initiatives. On voit qu’il y a beaucoup de travail, mais c’est inspirant. Et donc, merci à vous trois et merci à toutes et tous qui nous ont écoutés aujourd’hui. On vous dit à très bientôt.
[Musique de fond]
00:48:30 Patrick Mainville
Au revoir, merci.
00:48:32 Aurélie Lacassagne
Au revoir, merci.