Découvrez les récits touchants et les anecdotes familiales qui témoignent de la créativité et de l’humanité de celles et ceux qui façonnent le Québec. Une plongée dans des histoires insoupçonnées, portées par des voix d’ici.
Pilotée par Julien Morissette, la série hebdomadaire donne la parole à celles et ceux qui façonnent la province au quotidien. Des créateurs·trices issu·e·s de tous les horizons se succèdent pour raconter des expériences qui résonnent bien au-delà de leur parcours personnel, révélant les forces invisibles qui tissent notre société.
· Animation et réalisation : Julien Morissette
· Production au contenu : Audrey Blackburn
· Indicatif musical : P’tit Belliveau
· Réalisation sonore, enregistrement, montage et mixage audio : Simon Coovi-Sirois
· Musique originale : Simon Coovi-Sirois et Alexis Elina
· Caméra et montage vidéo : Patrick Lozinski
· Recherche : Emmanuelle Gauvreau et Maude Petel-Légaré
· Script-édition : François DesRochers
· Cheffe de contenu pour Télé-Québec : Sophie Bélanger
· Coordination : Clara Gauthier-Morrison
· Communications : Louis-Philippe Roy
· Visuel : bureau60a
· Remerciements : Steven Boivin, Clara Lagacé, Marysol Foucault et Sophie Lacelle-Bastien de Transistor Média
L’heure de grande écoute est une série de Transistor Média, produite en collaboration avec Télé-Québec.
Ce projet a été rendu possible grâce au soutien financier du ministère de la Culture et des Communications du Québec et de la Ville de Gatineau (via l'Entente de développement culturel avec le gouvernement du Québec).
/
Transistor Média, basée à Gatineau (Québec), est un studio de création, de production et de diffusion d'œuvres audios. En plus de ses balados, l’organisme tient annuellement le Festival Transistor et le Kino-radio.
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Je ne sais pas si vous avez déjà entendu
parler de Tuvalu,
un petit État archipel polynésien de 10 000
habitants.
Dans les années 80-90, des scientifiques
commencent à prévenir
certains États insulaires que la montée du
niveau de la mer,
c'est une menace à laquelle il faudra
accorder de l'attention.
À Tuvalu, on vit un peu dans le déni,
comme on le fait tous face à la menace
climatique.
On se dit que c'est trop lointain, trop
abstrait pour nous atteindre.
Mais à la fin de la décennie 90, on
commence à prendre conscience que ça va
affecter la population de façon très
concrète. Les signes apparaissent dans les
années 2000,
le niveau de la mer monte, les tempêtes
tropicales deviennent de plus en plus
intenses et les côtes
s'érodent. Les habitants de Tuvalu ont
commencé à faire leur deuil, celui de la
terre, leur culture,
de leur maison. Mais certaines Tuvaliennes
et Tuvaliens ont décidé de ne pas sombrer
dans
l'inaction. Il y a de la résistance pour
obtenir de la justice climatique.
J'ai l'impression que ça va être ça le 21e
siècle.
Dans l'hémisphère sud comme dans
l'hémisphère nord,
je pourrais donner des dizaines d'exemples
de milieux de vie
qu'on doit abandonner face aux changements
climatiques.
Des zones inondées, des secteurs frappés de
plus en plus souvent
par des ouragans, des villages qui
disparaissent sous les flammes
en raison des feux de forêt.
Beaucoup d'endroits où ce ne serait pas
sage de rebâtir.
Et on ne parle pas seulement de zones
arctiques ou insulaires.
Ça se passe aussi dans des quartiers
urbains,
comme à Rouyn-Noranda,
où il y a des centaines de personnes
qui doivent faire le deuil de leur milieu
de vie.
Aujourd'hui, en compagnie d'Ariane Ouellet,
résidente de Rouyn-Noranda,
on va découvrir comment les citoyennes et
citoyens de sa ville
vont transformer leur douleur en action
collective.
Ariane est artiste visuel et membre du
collectif
Tombé debout, un groupe d'artistes
qui s'intéresse aux notions de territoire,
de communauté et d'appartenance.
Bienvenue à l'Heure de grande écoute.
Le balado qui vous fait entendre les
histoires vraies et les personnages
surprenants qui façonnent le Québec.
L'épisode d'aujourd'hui, le deuil
écologique.
Le jour où je vais être poignée peut-être
pour sortir de ma maison, là c'est vrai que
je ne me sentirai plus chez nous.
Faut je gère les crises de mes enfants qui
m'appellent.
« Mais maman, où c'est qu'on va aller?
Maman, on n'aura plus de maison.
Maman, je ne verrai plus mes amis. »
Ça a été vraiment un choc.
On est en studio avec Ariane Ouellet.
Salut Ariane.
Allô, Julien.
Aujourd'hui, on parle d'un grand
bouleversement
qui est toujours d'actualité dans la région
de Rouyn-Noranda.
On a entendu deux personnes, Yvonne et
Manon.
Elles vont perdre leur maison. Pourquoi?
Parce qu'elles habitent toutes les deux
dans le quartier Notre-Dame-de-Protection,
à Rouyn-Noranda.
C'est là qu'il y a la fonderie Horne.
Puis comme plusieurs personnes l'ont
sûrement entendu dans les médias,
l'air à proximité de la fonderie est très,
très pollué.
Et le gouvernement permet à la compagnie
Glencore de poursuivre ses activités,
même si elle ne respecte pas les normes
environnementales qui sont en vigueur
partout au Québec.
Oui, ça a fait les manchettes. On en a
entendu parler à travers la province.
Mais je ne suis pas sûr que les
gens qui ne sont pas de la région
de l'Abitibi ont conscience des
conséquences de cette décision-là.
Bien, la conséquence directe, à part la
pollution, bien sûr, c'est la destruction de
maisons et de
logements autour de la fonderie. Donc,
depuis 2023, la solution que le gouvernement
a, c'est de
« relocaliser » des
habitants qui sont dans une zone d'environ
140 mètres au pied de la fonderie
parce que c'est dangereux pour leur santé.
Donc, dans le fond, ils créent ce qu'on
appelle une zone tampon
entre la fonderie et le restant du
quartier.
Et puis, si je comprends bien, la zone
tampon, c'est un peu l'expropriation.
Moi, ça me fait penser à ce que le
gouvernement faisait dans les années 60-70
pour bâtir des routes, des autoroutes,
ou même ici, dans la région, il y a eu
beaucoup d'expropriations
pour qu'on puisse construire des buildings
de la
fonction publique donc ça ressemble un peu
à ça ? Ben pour l'instant les mots qui sont
utilisés
c’est plutôt « une relocalisation volontaire ».
Ok, ok, je vois. Même si au final
ça ressemble pas mal à des expropriations,
puis la surprise, là-dedans, c'est que les
habitants du
quartier qui va être démoli de la zone tampon,
ils ont appris ça le 16 mars 2023 par les
médias, en même temps que tout le monde.
Donc, je pense qu'il y a un petit
manque de respect là.
Je comprends, je comprends le sentiment. Ce
quartier-là a l'air de quoi?
C'est le Vieux-Noranda. Donc, tu imagines
un quartier ouvrier au pied d'une fonderie.
C'est un quartier qui date des années 20
avec des petites maisons, avec des
commerces,
avec des façades boomtown, des rues assez
larges où avec une auto,
les pickups peuvent se stationner à 45
degrés.
Il y a aussi une école primaire, un CPE,
puis il y a un grand lac au bout.
Oui, moi, je me souviens d'être allé,
comme beaucoup de gens au Québec, pour des
festivals,
parce que l'Abitibi est quand même reconnu
pour sa vie culturelle foisonnante,
que ce soit le Festival de musique
émergente,
le Festival des guitares du monde.
Je pense aussi à l'Écart,
un centre d'artistes autogérés
qui est fabuleux dans ce quartier-là.
Donc, il y a beaucoup de gens, finalement,
qui ont fréquenté ce quartier-là
qui a quand même une grande importance,
on le comprend bien, dans la vie à Rouyn-Noranda.
Bien oui, c'est vraiment notre quartier
culturel.
Après tout ce que tu dis,
il y a des bars, des librairies, etc.
Pour nous, c'est un quartier qui est
vraiment très important,
qui bouge beaucoup.
Donc, c'est précieux dans l'écosystème
d'une petite ville.
En même temps, je veux juste clarifier que
que c'est pas tout ce quartier-là
qui va être démoli, c'est vraiment une
partie résidentielle. Donc on parle de 80
bâtiments,
à peu près 200 familles qui sont touchées
par ça. Donc moi, personnellement, je ne vis
pas dans ce
quartier-là, mais toutes les trois du
collectif, on a des liens assez serrés avec
le quartier.
Nos enfants, ils ont tous été à la garderie
ou à l'école là. C'est un quartier qu'on
fréquente,
dans lequel on vit et qu'on aime beaucoup.
Oui, donc ça a des conséquences, ça a des
impacts dans la vie de tout le monde.
À Rouyn, j'en suis convaincu.
Là, tu parles du collectif.
Vous avez eu l'impulsion, étant donné que
ça vous touchait,
de créer un projet artistique qui
s'intitule « Perdre racine ».
Ça, c'était en 2024, donc l'an dernier.
Et « Perdre racine », ça a pris la forme
d'une installation multimédia
que les gens ont qualifiée, tu m'as dit,
d'assez percutante.
Oui, bien nous, c'est sûr que la zone
tampon, ça a été beaucoup couvert par les
médias, mais le plus souvent dans un angle
économique, logistique, environnementale, puis
de santé publique. Puis, à force d'en
entendre parler comme ça, on en vient à
oublier que c'est
que c'est du monde, c'est des voisins à
qui on dit comme tout à coup qu'ils sont
plus à bonne
place, puis qu'il faut, t'sais qu'on va
démolir le quartier. Et à qui on
on se demande pas comment ils vivent
cette situation-là. Donc, pour nous, ça a
été important
de donner une voix à ces gens-là.
Oui, puis vous vous êtes même rendu dans
ces maisons-là
pour parler à ces gens-là qui vont perdre
leur foyer.
C'est une... Vous avez eu accès à cette
intimité-là,
à ces paroles-là.
Oui, puis on a documenté ces rencontres-là
en audio
puis en photo aussi. Donc, même si c'était
pas des moments faciles pour eux,
ils ont eu la générosité de nous accueillir
chez eux,
dans leur cuisine, dans ces maisons-là,
dans le fond, qui sont vouées à disparaître
éventuellement.
– Humainement, ça dû être chargé comme
rencontre.
– Oui.
– Oui.
– Oui, puis ça nous a fait beaucoup
réfléchir
à ce que c'est un chez-soi,
sur de l'importance que ça a,
puis les témoignages qu'on a reçus
nous ont vraiment beaucoup bouleversés.
Dans ces témoignages-là, tu vas nous
présenter Emmanuelle,
chez qui vous êtes allées pour entendre
parler de son histoire.
Oui, Emmanuelle, c'est une femme, c'est une
mère que je trouve vraiment très
impressionnante.
C'est quelqu'un de très allumée, très
articulée, qui est très pertinente aussi.
C'est une petite femme, pas très grande,
mais qui impose beaucoup.
Elle faisait partie d'un groupe métal avant.
C'est une artiste puis elle a pas peur de
dire ce qu'elle pense.
Je m’appelle Emmanuelle Arseneau Cantin.
Je suis locataire. J'habite ici
depuis 2018, mais c'est ma mère qui avait cet
appartement-là avant
Elle a emménagé ici en 2013. J'ai
deux enfants, j'ai passé deux ans SDF,
quand mon fils était en bas âge.
C'est ça, à un moment donné, ma mère a décidé
de me céder son bail pour que je puisse
enfin avoir
une place pour être avec mes enfants.
Je me suis retrouvée ici avec toute son
barda.
Je n'avais pas envie de venir habiter ici,
mais je n'ai jamais nécessairement fait de
recherche non plus
pour habiter ailleurs.
J'ai déjà assez de vivre juste le
quotidien.
Habiter ailleurs, je ne sais pas.
Je suis à pied, je n'ai pas d'entourage.
Aller habiter ailleurs, où? Je ne sais pas.
Emmanuelle Arsenault semble être une personne
qui a vécu des situations de vie assez
précaires
avant de se poser là où vous l'avez
rencontré,
dans son appart.
Ça fait que ça, j'imagine que pour elle,
ça rend l'endroit encore plus symbolique
dans sa vie.
C'est comme un ancrage important.
Oui, puis malheureusement, c'est le cas
de plusieurs personnes qui sont dans la
zone tampon.
Emmanuelle, aujourd'hui, elle a des problèmes
de santé en plus,
qui limitent ses activités. Donc, si c'est
une femme qui
donne tout ce qu'elle a pour ses enfants,
puis elle s'implique
aussi dans le comité de défense des
locataires qui sont souvent
démunis devant la situation. Moi, je trouve
qu'Emmanuelle,
elle a une lecture vraiment très lucide de
ce qui se passe.
Tu sais, elle porte pas des lunettes roses,
puis en même
temps, bien, ça rend pas les choses plus
faciles pour elle,
là, au contraire.
On est déjà un quartier défavorisé. Il y a
plein de situations,
plein de gens vulnérables.
On vit déjà des situations
au quotidien qui ne sont pas évidentes.
Puis là, ça amène juste un stress
de « qu'est-ce qui va se passer? »
Le stress de ne pas savoir, puis en même
temps,
la frustration de « pourquoi
que là, ils viennent de se rendre
compte qu'il faudrait qu'on parte?
Puis c'est quoi vraiment qui est en arrière
de ça?
Il n'y aura pas moins de pollution
de l'autre bord de la ruelle.
Il y a de l'injustice, de
l'incompréhension,
de l'insécurité, de la peur, de la
tristesse,
de la nostalgie même.
Donc, Emmanuelle et les gens de
Notre-Dame-de-Protection font face à un
vrai dilemme
avec toutes les émotions qui viennent avec,
on l'entendait.
Bon, d'un côté, on sait que la pollution
est élevée dans le quartier.
Fait que j'imagine que c'est normal de
vouloir fuir le lieu
où l'air n'est pas nécessairement bon à
respirer.
Mais de l'air n'est pas nécessairement bon
à respirer,
mais de l'autre côté, tu ne veux pas perdre
ton chez-soi.
Donc, c'est assez contradictoire comme
sentiment.
Ce n'est pas un dilemme facile.
Non, c'est vraiment super polarisant comme
situation.
On ne veut pas rester dans un périmètre
toxique,
mais ça ne veut pas dire qu'on est en
accord non plus avec les méthodes qui ont
été déployées
pour la création de la zone tampon.
Puis, il y a plein de monde, t'sais comme
Emmanuelle,
qui se sont battus puis qui se battent
encore
pour éviter de perdre au change.
Au final, ces gens-là, ils vivent comme une
sorte de deuil.
Oui, puis c'est fou parce qu'on le sait
depuis longtemps
que la fonderie pollue,
mais quand même, du jour au lendemain,
la relocalisation qui est imposée,
ça leur tombe dessus un peu, sans crier
gare.
Ça arrive, puis c'est là que ça se passe.
Oui, puis ça m'a fait beaucoup me
questionner
sur la panoplie, dans le fond, d'émotions
que vit quelqu'un comme Emmanuelle à travers
tout ça.
Puis pas juste Emmanuelle, ça s'étend à
toutes les personnes
qui ont été ou qui vont être délocalisées
chez nous,
puis ailleurs aussi.
Puis, pour m'aider à mieux comprendre tout
ça,
j'ai réussi à parler à une autre Emmanuelle,
Emmanuelle Larocque, qui est professeure à
l'Université du Québec en Outaouais.
Puis, à la base, elle est travailleuse
sociale.
Puis, c'est elle d'ailleurs qui m'a fait
vraiment découvrir le concept du deuil
écologique.
C'est un domaine dans lequel elle se
spécialise aujourd'hui.
Le concept de deuil écologique en tant que
tel dans la littérature,
il apparaît juste depuis 2018.
Donc, c'est quand même assez récent qu'on
commence à réfléchir à ce concept-là en tant
que tel,
surtout en lien avec les changements
climatiques,
donc ce que les changements climatiques
apportent en termes d'éco-émotions.
On entend peut-être souvent parler
d'éco-anxiété, éco-colère et tout ça,
mais il y a aussi les éco-deuils qu'on peut
vivre.
Donc l'émotion qu'on peut vivre face à la
transformation négative du lieu où on
habite.
C'est comme un mal du pays quand nous
sommes encore à la maison.
Donc un sentiment d'être défamiliarisé,
déterritorialisé de son propre habitat, de
son milieu.
Puis, c'est aussi intrinsèquement lié à
l'attachement qu'on a à ce milieu-là.
Donc, on ne peut pas vivre de deuil
écologique si on n'est pas attaché au milieu
où on habite.
Emmanuelle Larocque m'expliquait que ça ne
date pas d'hier, le deuil écologique,
même si on ne mettait pas ces mots-là
là-dessus.
Ça fait quand même longtemps que les
communautés autochtones en vivent des
déracinements,
puis des transformations majeures de leur
territoire.
Peut-être que ces deuils-là, ces deuils
écologiques-là sont un petit peu mieux
documentés.
Oui, mais ça vient avec tellement
d'émotion, faire ce deuil-là,
le sentiment d'impuissance, de colère,
c'est beaucoup de choses à gérer.
Oui, puis les gens, ils ont aussi raison de
se questionner, puis d'être en colère.
C'est pas irrationnel. Les gens, ils
questionnent les choix que le gouvernement fait,
puis ils essayent aussi de reprendre un peu
de pouvoir sur la situation.
Puis, j'essaie de me mettre dans la
situation aussi
où il y a une diversité de gens qui ont des
situations
différentes dans ce quartier-là.
Ça ne nous affecte pas tous et toutes de la
même façon.
Tu sais, juste vivre les deuils dans nos vies de
tous les jours,
on ne le fait pas de la même façon.
Donc là, quand ça touche une collectivité,
est-ce que ça peut créer des conflits dans
la population?
Bien, sans parler ouvertement d'un conflit,
ça crée des tensions sociales, c'est certain.
Il y en a qui pensent que s'exprimer contre
le niveau des rejets toxiques, ça veut dire
qu'on est contre les travailleurs de la
fonderie alors que ce n'est pas ça du tout.
Il y en a qui disent qu'on devrait partir
si on n'est pas content avec la mine ou la
fonderie parce qu'elle a toujours existé.
T'sais comme si ça justifiait qu'elle
pouvait faire n'importe quoi et qu'au final,
elle avait plus de droits que les citoyens du quartier.
Je pense que c'est ça qui choque les gens.
Moi aussi, je trouve ça choquant parce que
je ne comprends pas
collectivement comment on en arrive à
laisser une multinationale,
multimilliardaire jouer avec notre
environnement et notre santé.
Je parle juste de Rouyn-Noranda.
Pour donner un peu de contexte, tu le dis,
elle a beaucoup de pouvoir.
Ça représente quoi la fonderie dans la
ville de Rouyn?
Est-ce que c'est ce qui fait vivre la
ville?
Je ne voudrais peut-être pas utiliser
l'expression de poumon économique,
mais tu vois ce que je veux dire.
Est-ce que c'est au cœur de toute
l'activité économique et de l'emploi et de tout?
C'est sûr que c'est un employeur important
dans la ville.
Puis elle contribue aussi à la vitalité
économique,
mais d'un autre côté, elle est nocive
pour notre santé, donc c'est pas si simple
de s'entendre
sur l'aspect essentiel
de la fonderie dans notre économie.
Mais, vu que c'est pas moi l'experte
là-dedans, j'ai eu l'occasion d'échanger
avec
Hugo Asselin, qui est professeur à l'UQAT,
l'Université du Québec en
Abitibi-Témiscamingue,
puis il est aussi directeur de la Chaire
Desjardins en développement
des petites collectivités. Puis, c'est
un peu lui qui a fouillé la question.
Aujourd'hui, Rouyn-Noranda fait partie des
villes au Québec qui ont le meilleur indice
de diversité économique.
Donc, le poids de la fonderie dans
l'économie de la ville n'est plus ce qu'il
était.
Et ce ne serait pas si dommageable que ça
que la fonderie ferme, surtout dans le
contexte actuel de pénurie de main-d'oeuvre.
Donc, la plupart des personnes qui
travaillent là pourraient se relocaliser
dans d'autres compagnies.
Il ne faut pas oublier que la fonderie Horne
à Rouyn-Noranda, ça représente environ 3 % des
emplois dans la ville.
Si on ajoute à ça les emplois indirects, ça
monte au double, donc à peu près 6 % des
emplois.
Donc, il y a beaucoup, beaucoup plus de
personnes qui ne travaillent pas pour la
fonderie que de personnes qui y travaillent.
Donc, le poids qu'une grosse entreprise
comme ça a dans la communauté est beaucoup
plus petit que ce qu'on s'imagine comme
citoyen, citoyenne.
Ok, Ariane, je m'attendais vraiment à des
chiffres
différents. Je suis un peu surpris par
la si petite proportion
de gens qui travaillent pour la fonderie.
Pourquoi nous-mêmes de l'extérieur, on a
l'impression
que c'est un rôle aussi important
dans la communauté, dans la ville,
dans l'économie? Bien, depuis longtemps,
le nom de la fonderie, il est partout
en ville. On le voit sur des arénas,
on le voit aussi sur différents événements.
Puis chez nous, tout s'appelle du cuivre.
Tu sais, le théâtre du cuivre, la promenade
du cuivre, etc.
Puis, les cheminées, on les voit de partout.
C'est vrai.
Puis, on connaît tous
quelqu'un qui travaille ou qui a travaillé
là,
ça fait partie du nous à Rouyn-Noranda.
Puis, on finit par croire qu'on y doit tout,
à cette entreprise-là.
Puis, depuis toujours aussi,
elle fait partie de l'identité de la
communauté.
La fonderie, elle est là depuis le début.
C'est par la mine Noranda puis la
fonderie Horne que la ville
a commencé. Ça va faire 100 ans
l'année prochaine. C'est vrai, ça fait
vraiment partie de l'identité du lieu.
Donc, ça peut créer de la confusion.
Il y a des exemples qui me viennent en
tête.
Ici, en Outaouais, il y a le nom McLaren
qu'on voit beaucoup dans les secteurs de
Masson-Angers, de Buckingham, parce que ça
a été
des bâtisseurs, puis des industriels.
Donc, les noms se retrouvent un peu
partout...
les parcs, les rues.
Ça frappe vraiment l'imaginaire des gens
qui visitent, des gens qui habitent les
lieux.
C'est comme ça. Il y a beaucoup de villes
et de villages qui me viennent en tête.
Il y a des exemples comme ça partout au
Québec, dans le fond.
Oui, c'est ça. Mais en vrai, pour Rouyn,
quand on regarde froidement
les chiffres qu'Hugo Asselin nous montre,
aujourd'hui, la fonderie, elle n'occupe
plus
une place si importante que ça
dans le marché de l'emploi.
Pour moi, ça valide un peu
la frustration des citoyens
qui pensent qu'ils pourraient avoir
d'autres solutions que ça.
OK, mais là, je te pose la question
froidement.
Est-ce que c'est une bonne solution de
fermer la fonderie?
Est-ce que c'est envisageable?
Bien, t'sais, telles que les choses sont
aujourd'hui,
puis si on regardait juste les enjeux de
santé,
moi, je répondrais oui.
Mais t'sais, moi, c'est pas comme ça que je
réfléchis à la situation.
D'ailleurs, t'sais, la fonderie, elle
a comme l'habitude de menacer de fermer
quand elle sent qu'elle doit se conformer à
certaines normes.
Hugo Asselin m'expliquait qu'elle utilise
souvent cette menace-là
pour essayer d'alléger un peu ses
responsabilités, si on veut.
Mais non, moi, la fermeture de la fonderie,
ce n'est pas ça que je voudrais
parce que c'est des emplois, mais aussi
parce que la fonderie
a fait partie d'un système quand même
important
du recyclage des déchets dangereux,
puis qu'il faut le faire quelque part, ce
recyclage-là.
Oui, oui, oui. Est-ce que tu as des
solutions en tête?
Tu proposerais quoi? Est-ce que ce serait
que la fonderie finisse par se plier aux
normes?
Bien, c'est sûr que moi, je voudrais que la
fonderie soit moins polluante,
puis même pas polluante du tout, si c'était
possible,
mais minimalement, je voudrais qu'elle
respecte les normes qui sont en vigueur
ailleurs au Québec.
Pas qu'elle reçoive une permission spéciale
de polluer chez nous comme si on était des
citoyens de dernière classe
et qu'on valait moins qu'à Westmount.
Parce qu'en ce moment, c'est comme ça que
beaucoup de gens se sentent chez nous.
Puis, comme moi, Hugo Asselin, il pense que
ça se peut d'amener le fardeau du changement
dans la cour de l'entreprise plutôt que dans
celle des citoyens
à qui on exige de partir dans le fond.
On parle des investissements de plusieurs
centaines de
millions de dollars pour mettre le site aux
normes, mais pour une compagnie qui déclare
des milliards
de dollars en profits à chaque année.
Alors, est-ce que c'est possible? Moi, je
pense que oui.
Est-ce que ça coûterait cher? Oui. Est-ce
qu'ils ont mis beaucoup d'investissement
dans ce site-là pendant des décennies? Non.
Alors, tout ça est lié et il faut respecter
le fait que des personnes puissent être
attachées à un territoire,
même quand ce territoire-là a été développé
par l'industrie au départ.
Mais on comprend qu'à la fin, on ne leur
doit rien à ces entreprises-là.
Le territoire aurait pu se développer d'une
autre façon et s'est développé de multiples
façons depuis que la ville a commencé à se
développer.
Hey Ariane, c'est quand même fou de penser
que, quand le gouvernement a eu deux
choix,
le premier étant de demander à Glencore de
moderniser ou de déplacer un quartier en
entier,
on a privilégié l'entreprise en lui
accordant des permissions spéciales.
Et là, on parle d'une permission d'émettre
qui est hors des normes habituelles.
Ça veut dire quoi concrètement?
C'est des chiffres qui sont vraiment
percutants.
Pour info, la norme québécoise d'émissions
d'arsenic, c'est 3 nanogrammes
par mètre cube. En mars 2023, le même jour
que l'annonce de la zone tampon, Glencore
recevait une autorisation ministérielle
leur demandant de réduire leurs émissions
d'arsenic
de 45 à 15 nanogrammes par mètre cube en
2027. Donc, c'est cinq fois plus
qu'ailleurs.
OK, donc là, on passe, ils sont à 45 en
moyenne.
On veut diminuer à 15,
mais ça, tu disais que c'est 3 nanogrammes,
la norme québécoise.
Oui, ça fait que la cible va être quand
même 5 fois plus élevée que partout
ailleurs.
Ça, c'est si on l'atteint en 2027.
Oui, c'est ça.
Wow!
Oui, fait que, en ce moment, 98 % de l'arsenic
qui était mis dans l'air au Québec
se retrouve dans le ciel de Rouyn-Noranda.
Puis 89 % de tout le plomb est mis dans
l'air au Québec et dans le ciel
de Rouyn-Noranda. Il y en a toute une liste
comme ça. Ça donne une petite idée.
C'est un non-sens déjà qu'il y ait un
quartier à côté d'une fonderie. Je pense que
tout
le monde est d'accord avec ça. Encore là,
je trouve que c'est un non-sens de tasser
du monde un peu plus loin sans faire
respecter les règles, déraciner du monde.
L'injustice est frappante quand j'entends
les statistiques, quand on entend aussi
Emmanuelle témoigner,
autant pour la santé
que pour la valeur patrimoniale
de ce quartier-là, des bâtiments,
la valeur qu'ont ces bâtiments-là
pour les familles. Donc là, même
si le gouvernement fait une zone tampon
et qu'ils font baisser les rejets toxiques
comme on l'exige à Glencore,
au final, il me semble que c'est un peu
insécurisant
d'habiter proche de l'usine
comme ça. En tout cas, moi, pour la santé
de mes enfants, de mes proches, de mes
voisines et voisins, je ne sais pas si je
trouverais ça vraiment troublant. Est-ce que
les gens pensent
quitter de leur propre gré?
Ils y en a qui partent, mais il y a plusieurs
éléments à soulever
dans ce que tu dis. Il y a comme des enjeux
de confiance perdus envers les
gouvernements. Puis,
c'est vrai qu'il y a un non-sens dans ce
projet-là. La pollution, elle va
pas s'arrêter à la limite du quartier
démoli.
Elle se répand sur des kilomètres
en périphérie. Donc, le problème,
il sera pas réglé avec la zone tampon,
je pense. Puis, tu sais,
on le sait pas si la situation,
elle va s'améliorer éventuellement
pour vrai. Ça, c'est une chose.
Pour les maisons et les logements, c'est
compliqué.
Il y a personne, c'est sûr,
qui tient mordicus à rester dans ce
quartier-là
une fois qu'ils sont au courant du dossier
de l'arsenic.
Mais, en même temps, on est en pleine
pénurie de logements.
Le marché de l'immobilier, il est super
élevé.
L'accès à la propriété est archi difficile.
Donc, relocaliser du monde, on les met où?
Même si on offre des compensations
financières et des indemnisations, ça ne
réglera pas tout.
Quand j'ai parlé à Emmanuelle Arsenault,
elle avait beaucoup de préoccupations par
rapport à ça.
Autant pour ses voisins, qui peuvent être
aussi dans des situations encore plus
précaires qu'elle.
Si on parle juste d'argent, c'est que
personne ne se retrouve entre deux,
pas d'endroit où se relocaliser, où être
incapable de payer son loyer,
où on va être indemnisé combien de temps.
Regarde, je paye 715 par mois pour mon
loyer. J'ai un 5 et demi. Jamais, je ne vais
être capable de retrouver ça nulle part.
J'ai une remise, j'ai une grande cour, j'ai
une galerie. Jamais je ne vais me retrouver
ça nulle part, nulle part,
nulle part. Une indemnisation, ok, mais
pour combien de temps? Si vous payez le prix
de mon
loyer, trois ans, après ça, je me ramasse
dans la rue, c'est sûr. Ça va être comme ça
pour tout
le monde. Les locataires annulent là. Même si
je connais beaucoup le dossier parce que je
suis
dedans à temps plein, je n'en sais pas
nécessairement plus que le reste du
quartier. On est comme les premiers touchés,
les premiers impactés,
mais ils parlent pas de nous autres.
Ils ont négocié avec la fonderie, avec la
ville,
avec, mais nous autres, c'est comme rien, rien.
OK, Emmanuelle et d'autres citoyennes et
citoyens
se sont mobilisés, il y a eu des
manifestations.
Oui, oui, puis les citoyens,
ils se sont organisés pour essayer
d'avoir un meilleur rapport de force
dans les négociations avec la fonderie,
avec les ministères.
Les rencontres citoyennes se sont
multipliées,
mais un combat comme celui-là, c'est
éreintant à la longue.
Il y a certaines personnes qui ont investi
des centaines d'heures de leur temps
pour siéger sur des comités.
Puis ça, c'est du temps qui est grugé dans
leur vie personnelle
et dans leur vie familiale.
Oui, c'est le classique David contre
Goliath.
Tu as d'un côté la compagnie qui peut se
permettre
de bien payer des gens
pour qu'ils veillent à leurs intérêts
à temps plus que plein et grassement
payés souvent. Et de l'autre côté,
t'as des citoyennes et des citoyens
qui, des fois, en arrachent déjà,
qui ont un travail à temps plein des
familles.
Ça crée un déséquilibre monstre.
Non, c'est pas évident. Puis, les gens
impliqués,
ils sont fatigués.
Je pense que l'usure morale,
psychologique, puis physique,
c'est comme une arme de combat ou une
tactique,
t'sais pour finalement décourager le monde.
Ça épuise, ça divise, puis ça démotive.
Au bout du compte, ils ne se sentent pas
plus entendus.
Puis, comme Emmanuelle disait, le processus
n'est pas plus transparent.
Au bout du compte, je pense que c'est un
peu tout ça, le deuil écologique.
Mais revenons-en au deuil, justement.
Une fois qu'on se dit qu'à Rouyn-Noranda,
les citoyens auront pas le choix de
déménager que
de toute façon on veut pas vivre dans un
environnement qui peut nous rendre malades
qu'est ce qui reste
pour les citoyens. Qu'est ce qu'on fait ? Il y a
encore plein de choses en suspens en ce
moment, je pense
que ça fait partie du stress qui vivent de
pas savoir aussi s'ils vont être perdants
financièrement,
puis en même temps même s'ils vont être
dédommagés à différents niveaux, puis
installés ailleurs, les compensations
financières,
ils ne compenseront jamais
pour leur énergie perdue, pour leur
temps, pour tout le stress
qu'ils ont subi. Puis, tu sais, ils vont
perdre
leur maison, mais ils vont aussi perdre
le tissu social du quartier.
Puis, je pense que pour beaucoup de monde,
l'attachement émotif qu'ils ont
envers ça, il est vraiment très fort.
C'est un lieu qui est rempli de souvenirs,
puis qui fait
vraiment partie de qui ils sont.
Je me suis fait dire, oui, mais tu vas
peut-être avoir un bel appartement neuf puis j'en
ai rien à foutre d'avoir un bel appartement
neuf préfabriqué avec des murs vides. Que
t'entends ton
voisin qui n'a pas d'âme. Qui n'a pas de...
je sais pas... Qui n'a pas de vécu... C'est une
vieille
maison. C’est délabré, le toit coule,
mais en même temps, elle est bâtit comme
qu'elle est bâtit,
puis ça n'existe plus. Je trouve que les
maisons ont pu... un peu comme tout dans le
fond, il n'y a plus rien qui a une âme qui
est construit.
Tout est fabriqué.
C'est des vieilles maisons, puis elles ont
beau être contaminées, il n'y en a pas une
de pareille.
Elles sont toutes, je ne sais pas, il y a une
âme, il y a le vécu.
De quitter sa maison comme ça, de façon
forcée, c'est un sujet qui touche les gens
de plein de façons.
On parle de deuil écologique depuis tantôt,
de catastrophes naturelles ou de changement
climatique, mais il y a aussi les deuils à
faire
quand on quitte une maison, je ne sais pas,
après une séparation
ou un déménagement qui arrive alors qu'il
n'était pas nécessairement prévu.
Petite parenthèse, moi, j'ai écrit une
pièce de théâtre là-dessus
et ça m'a fait prendre conscience quand on
la présentait devant le public
à quel point les gens sont attachés à leur
milieu de vie
et aussi à quel point nos maisons font
partie de notre identité,
font partie vraiment de qui on est.
Puis quand on les abandonne,
on laisse aller une partie de nous-mêmes,
de qui on est.
Oui, puis il y a un autre citoyen qu'on a
interviewé, qui nous a dit que le jour où sa
maison va être démolie,
c'est le jour où elle va mourir.
Pour lui, ce lieu-là, il est vivant.
Puis, il y a un autre monsieur, lui,
qui nous a dit qu'il voulait la mettre
belle
pour le grand départ.
Ça nous a beaucoup renversé cette idée-là
de la maison qui meurt.
Oui, c'est comme une cérémonie, un rite de
passage.
C'est tellement puissant comme émotion.
Oui, puis les émotions qui sont vécues par
les citoyens
de la zone tampon sont pas à négliger.
C'est légitime, je pense.
Puis de l'extérieur, c'est sûr que les gens
peuvent se dire,
« Revenez-en, c'est juste du matériel. »
Mais nous, on a perçu vraiment une forme de
détresse,
dans le fond, chez ces gens-là.
C'est vraiment le bordel, parce que je suis
comme,
pourquoi je donnerais une go pour, enfin,
t'sais décorer, mettre ça à mon goût chez moi?
J'ai plus la drive d'investir pour que ça a
l'air de chez nous.
Non, il y a comme un désinvestissement un
peu,
un peu beaucoup.
Non, on n'a plus de projet,
c'est en train de vraiment s'effriter.
Si on sait qu'on ne partira pas demain ou
dans quelques mois,
ça peut prendre encore un minimum de 2 à 4
ans.
Ça va être pénible de vivre de 2 à 4 ans comme ça...
dans quoi... je me dis que bon,
je suis tu mieux de commencer à sortir du
stock,
à paqueter, à épurer, à faire un tri de ce
que je garde,
ce que je garde pas, puis là, 5 minutes
après,
je suis comme de la merde, ils crisseront
la pelle dans mon bordel, c'est tout, je
vais ramasser ce que j'ai besoin,
puis ils se démerderont avec le reste.
C'est comme... c'est ça, d'une minute à
l'autre,
je le sais plus, là.
J'ai beaucoup d'empathie pour ce que vit
Emmanuelle,
puis honnêtement, j'espère qu'il y a une
forme d'aide
qui est offerte aux gens du quartier, que
ce soit...
je sais pas, est-ce qu'il y a des
travailleurs sociaux,
de l'aide psychologique qui est fournie aux
gens
qui sont affectés par la situation?
Oui, oui, il y a de l'aide qui leur est
offerte.
Je pense qu'elle est pas toujours si facile
d'accès.
Les gens se sentent quand même abandonnés
un peu là-dedans.
C'est une situation confrontante parce que
c'est une problématique,
c'est un problème personnel finalement
qu'on vit.
Il faut le gérer soi-même, mais aussi c'est
une situation collective.
Donc, ces deux tableaux, je ne saurais pas
sur quel pied danser.
Je pense que chaque personne vit ça à sa
façon.
Les gens, ils essayent quand même de
rebondir
et de se projeter dans l'avenir,
de trouver du sens là-dedans, de faire la
paix avec la situation, dans le fond.
Emmanuelle Larocque, elle exprime bien
cette situation-là.
Il y a quand même des émotions communes
entre les deuils écologiques
puis les deuils, disons, plus généraux, où
on peut vivre la colère,
on peut vivre de la culpabilité, de la
tristesse.
Je dirais, les étapes du deuil en tant que
telles,
elles ont un peu été évacuées, parce qu'une
chose qu'on ne veut pas faire,
justement, c'est de psychologiser le deuil
écologique,
puis de responsabiliser l'individu en
disant « bon, tu vis un deuil, alors
qu'est-ce que tu vas faire pour te soigner ? »
alors que c'est très structurel.
Alors, on veut vraiment éviter, au niveau
du deuil écologique, d'individualiser le
problème,
de responsabiliser la personne, puis plutôt
de le voir comme un enjeu qui est
systémique, structurel,
même qui provient des rapports coloniaux
qu'on a avec la nature.
Puis de traiter ces rapports-là à la terre,
donc c'est plus d'aller vers comment on
peut aider
à reconnecter les gens ensemble,
donc collectiviser, de pouvoir en parler
ensemble,
de pouvoir s'activer ensemble,
mais aussi de pouvoir mettre en place
des méthodes de reconnexion au vivant,
de reconnecter à son corps,
à cette sensibilité-là humaine qu'on a,
qu'on a peut-être perdue en cours de route,
puis qu'on aimerait
retransmettre justement aux décideurs,
aux élus, pour qu'eux aussi ressentent
les deuils qui sont vécus
par les gens de leur communauté
et puis les non-humains aussi,
les effets que ça a.
C'est important de se rappeler que le deuil
écologique,
ça touche, oui, l'individu, mais que c'est
surtout
un enjeu collectif. Puis ça, on le comprend
dans toute l'histoire de la fonderie Horne,
c'est pas fini. On va en savoir plus
dans les prochains mois, les prochaines
années aussi.
Ariane, qu'est-ce qu'on peut faire pour pas
baisser les bras?
Qu'est-ce que font les citoyens de
Rouyn-Noranda en ce moment?
Bien, ils se mettent en action.
Il y en a qui répondent à ça par l'art, par
exemple.
Il y en a qui militent aussi. Il y a Mère
au front.
Puis il y en a à travers des comités de
citoyens
qui essaient de s'entraider,
qui continuent leur discussion avec le
gouvernement.
Emmanuelle Larocque puis Hugo Asselin, les
deux experts que j'ai rencontrés,
disent d'ailleurs que tous les deux, c'est
une façon assez positive de faire face aux
deuils
écologiques que collectivement les gens se
mettent en action. Puis d'un autre côté,
c'est sûr que
la mobilisation citoyenne, ça a ses
limites, ça use, puis ce n'est pas une
solution miracle.
Je pense que ça ne remplace pas des décisions
politiques qui devraient se prendre,
mettons.
C'est surtout que ça n'enlève rien aux
difficultés qui sont vécues par les citoyens
et aux défis qui les attendent.
Mais je suis assez d'accord avec Emmanuelle
et Hugo, la solidarité, ça
aide à se sortir de
l'apathie et du cynisme ambiant.
Des fois, ça donne espoir
et ça donne espoir que les voix
qui parlent fort à
plusieurs vont finir par être
entendues plus loin.
Je suis très reconnaissant d'avoir entendu
ces voix-là et que vous les
fassiez résonner avec le collectif.
Ariane, merci infiniment.
On va suivre les développements encore plus
attentivement
dans les prochains mois et les prochaines
années.
L'heure de grande écoute est une série de
Transistor Média
produite en collaboration avec Télé-Québec.
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votre choix.
Cet épisode a été réalisé par Francis
Thibault.
À la recherche, le collectif
Tombé debout, composé d'Ariane Ouellet,
Violaine Lafortune et Valérie Hamelin.
Enregistrement, montage
et mixage audio : Simon Coovi-Sirois.
Musique originale : Alexis Élina et
Simon Coovi-Sirois.
Caméra et montage vidéo : Patrick Lozinski.
Productrice au contenu : Audrey Blackburn.
Scripte-édition : François Desrochers.
Coordonatrice : Clara Gauthier-Morrison.
Aux communications : Louis-Philippe Roy.
Visuel : Bureau 60A
L'indicatif musical de P'tit Béliveau
Merci à Steven Boivin, Clara Lagacé
et Sophie Lacelle-Bastien
de Transistor Média, à la Ville de Gatineau
et au ministère de la Culture et des
Communications
qui a rendu ce projet possible.
Je m'appelle Julien Morissette. Merci
d'avoir été à l'écoute.